Gestion des risques


Y a-t-il quelque chose de plus essoufflé et de moins Web 2.0 que la littérature? Lorsqu’on constate la perte de vitesse vertigineuse qu’elle subit par rapport aux autres modes d’expressions narratifs, on ne peut que se réjouir pour ceux qui détestaient lire.  La littérature vit une crise et je ne vous apprends rien. Non pas parce que les gens lisent moins – ça c’est faux; ni à cause de l’arrivée du e-book (sacré objet d’apocalypse littéraire par de nombreux penseux). La crise vient tant d’une permutation interne à la littérature (voir cette note-ci) que de la perte d’un goût essentiel pour toute activité – je n’aime pas le mot mais je suis à court de termes – artistique. Ce goût qui s’en va s’effaçant, c’est celui du risque.  Les éditeurs comme les auteurs risquent de moins en moins. Je sais qu’une telle assertion pourrait vous choquer et – tout en me récitant d’un souffle les Illusions Perdues de Balzac – vous me diriez que ce fut ainsi depuis toujours. Le cas échéant, je me devrais de rétorquer – vous traitant de sacs de douche – et de vous parler d’hommes comme Charles Ladvocat (1790-1854) qui, à ses risques et périls financiers, donna un véritable coup de fouet à la littérature française en adoptant une attitude éditoriale beaucoup plus proche de nos fanzineux contemporains que de nos éditeurs aguerris. Ensuite, j’énumérerais un autre exemple, celui d’une petite revue de rien qui publiait tout ce qui ne pouvait pas se publier qui finit par devenir, au milieu du siècle dernier, les prestigieuses Éditions de Minuit.
Je vous parlerais de tout ça, mais drette-là, le format web l’empêche. D’ailleurs c’est peut-être dans le concept du format que le risque trouve son Némésis. C’est par le formatage du manuscrit – l’évacuation de toute trace de risque – qu’on fait un «bon» travail auctorial ou éditorial. Et les seuls qui font encore de la gestion de risque en littérature, ce sont ceux qui se pointent à l’Expozine avec leurs timides piles de publications, imprimées avec l’argent du loyer.
Pour finir, je vous demande une faveur : la prochaine fois que vous vous asseyez devant votre macbook pro pour torcher une quelconque novella, essayez, pour le thrill, d’écrire quelque chose d’impubliable. Mais n’allez pas dans la facilité, forcez-vous vraiment. Vous serez surpris. On verra peut-être s’emballer l’encéphalogramme de la littérature.

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