Soins intensifs

– Ayoye! Je pense que je vais me mériter un prix honorifique si je réussis à te faire ressembler à ta photo de passeport un jour! Moi qui pensais que la nurse avait charrié sur la quantité de bandages!

– Êtes-vous toujours aussi monstrueux avec vos patients, Docteur, ou juste avec ceux qui viennent de survivre de justesse à un accident grave?

– Excuse-moi, petite, c’est vrai que je pourrais fermer le micro des fois. Euh… j’ai oublié ton dossier dans mon bureau. C’est quoi ton prénom, déjà?

– Isabelle.

– Ça te dérangerait de me récapituler les épisodes que j’ai manqués, Isabelle? Question que j’envisage bien la suite du programme…

– Oui, c’est juste que… je sais pas trop par où commencer. Pis c’est un peu gênant…

– Commence par arrêter de faire des circonvolutions autour du pot pis dis-toi que j’ai vu neiger de toutes les couleurs.

– Je pense que je suis nymphomane. Du soir au matin, j’arrête pas de me tripoter, de me faire tripoter ou de penser à me faire tripoter. Je me rentre toutes sortes d’objets dans les trous, des affaires de plus en plus grosses et dégueulasses. En plus, je suis obsédée par le sperme, au point d’avoir des comportements de junkie. Il m’en faut toujours plus pis je suis prête à n’importe quoi pour avoir ma dose, si vous voyez ce que je veux dire.

– Pas besoin de sortir tes crayons à colorier, chérie, je suis capable de relier les pointillés. Mais je saisis pas trop le lien entre ton feu au cul pis ta tête d’Elephant Man par exemple…

– Si vous me faites d’autres remarques plates du genre, Doc, vous aurez pas un mot de plus. Je vous avais prévenu que c’était compliqué à expliquer, ça fait que laissez-moi le temps de trouver mes mots!

– Tout doux, cocotte! Je promets de rester muet comme un poisson si tu finis ton histoire. Parce qu’il faut bien l’avouer, les récits qui commencent de même, j’ai tendance à vouloir les écouter jusqu’à la dernière goutte.

– OK, je continue. Premièrement, il faut que vous sachiez que je suis pas frustrée sexuellement. J’ai un mari très bien équipé pis tout le temps prêt comme un scout. Il me fait jouir et me fait don de sa dèche aussi souvent que possible.

– Mais c’est pas assez…

– Non, c’est jamais assez! Moi, c’est des litres et des litres que je veux! Je veux me doucher avec, m’en étaler partout comme si c’était de la crème solaire et que je m’en allais passer une journée à la plage. J’en remplirais des piscines pis je plongerais dedans la bouche ouverte et les jambes écartées. Je me fous de savoir de qui il vient en autant qu’il finisse sur ou en moi. Alors, dites-moi, Docteur, est-ce que je suis normale?

– J’admets que t’es un cas rare, chérie… mais on dit souvent que c’est la rareté qui fait la valeur de quelque chose, non? Pis sache que la normalité n’existe pas; y’a juste du monde qui cache leurs bibittes mieux que d’autres…

– En parlant d’affaires à cacher… vous pouvez vous mettre à l’aise si vous voulez, Doc. Vous semblez un peu coincé là, un peu à l’étroit.

– …laisse-moi nous faire croire encore deux minutes que je suis plus professionnel que ça, OK?

– Enfin… ce qui complique encore les choses entre mon mari pis moi, c’est qu’on a tous les deux des jobs qui nous obligent à passer ben du temps sur la route, chacun de notre bord. Souvent des semaines de temps. Au début, je me crossais comme une enragée en regardant de la porn sur le Net, mais c’était comme essayer d’éteindre un feu de forêt avec un fusil à eau. Ça pas été long avant que je me mette à la webcam. Je me déculpabilisais en me disant que c’était pas vraiment de l’infidélité vu qu’il y avait pas de contact pis que je montrais jamais ma face à la caméra. Je suis rapidement devenu une petite star dans le genre, avec un fan club dévoué. Je coûtais rien pis je donnais un meilleur show que ben des pros. C’est en chattant avec des pervers qui éjaculaient pour moi en show privé que j’ai découvert l’existence du Cercle Vicieux.

– Va me falloir une note en bas de page ici, trésor.

– C’est un club sélect qui organise des rencontres entre pervers avec des fétiches vraiment déviants. Pas la typique soirée d’échangisme entre vieux couples blasés, mais des trucs hardcore extrêmes pour amateurs avertis. Pour en faire partie, il faut passer une initiation pour prouver qu’on est sérieux.

– Et c’est pendant ton initiation qu’ils ont confondu ta tête avec un punching bag?

– Non, non, mon initiation, ça fait longtemps que je l’ai passée. Le dernier trip, c’est d’ailleurs moi qui l’avais organisé, c’était mon idée.

– Et tu veux bien partager avec le reste de la classe, petite?

– Oui, à condition que vous fassiez prendre l’air à ce que j’ai fait pousser dans vos boxers.

– Deal.

– Hum… vous pouvez vous approcher un peu du bord du lit? Que je vois comme il faut? Oui, comme ça, merci.

– Bon, la suite maintenant.

– Mon scénario, c’était ça : un bukkake tout habillé avec vingt gars choisis seulement d’après des photos de leur queue, format dix pouces et plus, peu importe la couleur et l’âge du propriétaire. Moi au milieu, en robe de finissante rose bonbon et gants opéra assortis, un diadème en toc sur la tête et des lunettes de plongée pour me protéger les yeux des éclaboussures. J’avais les babines grimées en rouge pétant et une bannière marquée Cum Queen en travers de la poitrine. À genoux dans une piscine gonflable, empalée sur un dildo à ventouse format King Kong, la gueule grande ouverte pour recevoir leurs décharges. Interdiction de me toucher, ils avaient juste le droit de me regarder en se branlant, de me crier les pires insultes de leur répertoire et, bien sûr, de m’éjaculer dessus. Je les avais aussi encouragés à apporter de la bière et à se saouler, pour réveiller la brute épaisse en eux. La rencontre avait lieu dans la suite d’un motel de passe minable, sur le bord de l’autoroute, avec miroirs partout et films de cul en continu sur flat screen. Ils payaient la suite. S’ils se sentaient capables d’offrir une deuxième ou une troisième tournée, je prenais tout le jus qu’ils réussissaient à faire gicler. J’étais prête à rester à leur disposition aussi longtemps qu’ils le voulaient. Je m’imaginais déjà avec les cheveux tout gluants de sperme, mon maquillage beurré partout dans la face, ma robe collée au corps par des litres de décharge qui me coulait entre les boules, entres les cuisses… Hum… je vois que vous aussi, vous le voyez bien, hein, Doc?

– J’ai en effet une idée assez claire de la scène, peut-être même du film au complet, ma petite prom queen chérie. Mais continue, laisse-moi pas décrocher de l’histoire, j’ai l’ennui facile.

– Malheureusement, c’est pas mal tout, Doc…

– Comment ça, c’est tout? Qu’est-ce qui est arrivé le soir du bukkake? Pis comment t’as eu ton… accident. Les gars ont été trop rough avec toi pis t’as perdu le contrôle? Ton chum est revenu plus tôt que prévu, il t’a suivie pis il a découvert ce que tu fais dans son dos? La femme jalouse d’un des branleurs est débarquée dans la place à l’improviste? Le proprio du motel a pas aimé les taches sur le tapis pis il te l’a fait savoir avec ses poings?

– Non, rien de tout ça. Je me suis jamais rendue, c’est tout. J’ai eu un accident de char sur la route en y allant pis je me suis réveillée à l’hôpital, moulée dans le plâtre quasiment de la tête aux pieds avec de la morphine en soluté dans le bras. Cave de même.

– Shit! Attends donc une minute, toi… Es-tu en train de me dire que tu m’as raconté tout ça pour rien? Que t’aurais pu me dire « j’ai eu un accident de char » comme deuxième phrase pis qu’à la place, t’as décidé de me gratifier de la version longue parce que ça te tentait?

– C’était pas tout à fait gratuit, Doc… plutôt prémédité. Je me suis dit que tant qu’à être clouée dans un lit d’hôpital pour une durée indéterminée, j’avais tout intérêt à me mettre amie avec vous. Pour vous donner le goût de revenir écouter mes histoires et soulager mes crises de manque…

– Tu l’as méritée, ta prescription, petite. Si toutes tes histoires sont inspirantes comme celle que tu viens de me raconter là, je devrais être capable de trouver des trous dans mon horaire pour toi… Ça t’offusque si je t’apporte une cagoule la prochaine fois?

– Non, c’est correct, mais là, ça va faire, Doc! J’en peux plus du bavardage, des sous-entendus pis du langage à double-sens! Trouvez un spot de peau à l’air sur mon corps pis venez vider vos couilles dessus maintenant, je vous en supplie!

– Puisque c’est si gentiment demandé…

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