Leslie & John

J’ai une confession à te faire, petite : la littérature et le cinéma me font beaucoup plus souvent pleurer que ma vie personnelle. De là à en conclure que je suis une sorte d’autiste plus sensible à la vie imaginée qu’à son propre vécu, tire-z-en tes conclusions. Toujours est-il que la dernière oeuvre à avoir créer une inondation dans mes canalisations lacrymales est un récit issu du dernier livre de John Waters, Role Models, que j’ai choisi de te ploguer un peu en cette journée pluvieuse.

(Ici, je m’interromps pour te dire que si t’as jamais vu Pink Flamingos, Cry-Baby, Hairspray, Polyester, Multiple Maniacs, Serial Mom, Female Trouble ou Desperate Living, arrête donc ce que tu fais pis va vite combler ce trou béant dans ta culture cinématographique. Reviens lire la suite de cet article quand ce sera fait.)

John Waters est plus qu’un héros pour moi. Il est une sorte de soleil autour duquel gravite tous les astres les plus brillants de mon microcosme personnel. Il est la quintessence de l’esprit libre, le champion du DIY, le raffinement exquis dans la recherche du mauvais goût, le champion du dandysme moderne. Celui qu’on appelle le pape du trash est si redoutablement intelligent que tu prends des complexes juste à l’écouter parler. Il te réconcilie avec tes vices et te rend fier d’être indécrottable, irrécupérable, infréquentable et insupportable. Bien des gens ne voient en lui qu’une espèce de bouffon qui ne cherche qu’à attirer l’attention en se complaisant dans la provocation facile. C’est un point de vue et je plains ceux qui le défendent. D’autres, dont je suis, considèrent John comme un des plus brillants contributeurs et analystes de la culture pop américaine.

Pas besoin d’en rajouter, j’imagine que t’as compris que John Waters est un de mes maîtres à penser. Ce qui tombe bien, c’est qu’il vient récemment de publier un livre intitulé Role Models dans lequel il nous parle de ses idoles et influences à lui. Je ne ferai pas la critique du livre dans sa totalité mais d’un chapitre en particulier où John nous parle de sa longue amitié avec Leslie Van Houten, tristement célèbre pour avoir tué au nom de la famille Manson. Waters l’a contactée alors qu’il écrivait pour Rolling Stone, dans les années 80, et il a passé des années à correspondre avec elle, créant peu à peu un lien de confiance qui s’est lentement transformé en amitié.

L’histoire de Leslie est une des choses les plus émouvantes qu’il m’ait été données de lire dans ma vie. Pourquoi? Parce qu’elle nous rappelle que tout le monde est susceptible de basculer dans la folie et qu’une nuit d’horreur peut te condamner à expier ton crime pour le reste de tes jours. Parce qu’on y ressent de l’intérieur la détresse de l’assassin qui doit vivre quotidiennement avec la conscience d’avoir commis l’irréparable et se le voit sans cesse rappeler (les crimes commis par la famille Manson étant probablement les plus médiatisés en Amérique). Parce qu’elle nous force à réévaluer notre propre conception de la Justice et du pardon ainsi qu’à réfléchir aux mécanismes du lavage de cerveau. Parce que John nous fait réaliser que si Leslie l’avait eu comme ami pour délirer sous LSD, elle aurait pu faire des films plutôt que de traîner avec Charlie et sa secte.

Ce qui m’a bouleversé, c’est que Leslie n’essaie en rien d’atténuer l’atrocité de son geste pour attirer notre sympathie. Elle nous confie aussi la répugnance que lui inspirent ceux qui glorifient son crime insensé.

Le chapitre de Role Models consacré à Leslie m’a littéralement pris aux tripes et me hante depuis que je l’ai lu. À plusieurs reprises, j’ai dû interrompre ma lecture dans l’autobus ou le métro parce que les larmes me montaient aux yeux.

Si la criminologie t’intéresse ou que t’aimes bien mettre au ballottage tes idées reçues, tu dois lire ce récit.

En plus, tu peux le faire gratuitement en cliquant sur ce lien : http://www.huffingtonpost.com/john-waters/leslie-van-houten-a-frien_b_246953.html#

Tu me remercieras plus tard.

Publicités
Comments
8 Responses to “Leslie & John”
  1. Marie dit :

    Ah Waters… le mauvais goût à son meilleur!

    Tu as oublié Pecker dans ta liste. Pas tout à fait du Waters classique tsé, mais il y a une naïveté dans ce film-là que j’adore.

    Je te remercie tout de suite, mais je lirai plus tard.

  2. Marie dit :

    Tant qu’à s’acharner sur ta mémoire & ses lacunes… tu as oublié A Dirty Shame aussi.

  3. Eric L dit :

    good job, mon chum

  4. nic h dit :

    Intéressant billet.

    Est-ce que tu as vu Leslie, My Name is Evil? Paraît que Waters déteste le film.

    http://newrealfilms.com/lesliemynameisevil/

    • doctriton dit :

      Waters déteste le films pour la simple et bonne raison que tant que des oeuvres sensationnalistes et simplettes continueront à dépeindre Leslie comme un monstre incarnant le Mal, celle-ci peut faire une croix sur sa libération. Je pense qu’il n’a pas très envie de voir son amie crever derrière les barreaux.

      Non, je n’ai pas vu le film. Je ne suis pas encore sûr de vouloir le faire.

Trackbacks
Check out what others are saying...
  1. […] This post was Twitted by DocTriton […]



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :