Guerilla 2.0

Durant mon petit rituel du lever, j’ai appris que les nouveaux décideurs de Radio-canada rayaient définitivement de l’horaire la seule émission littéraire qui y subsistait encore. Ça vous étonne? Pas moi. Je vois là un symptôme qui confirme un peu plus mes prophéties bien personnelles.  Ce qui m’étonne, c’est l’air ahuri de ceux qui déplorent une telle disparition. Surtout à l’ère du web fuckin deux points zéro et à l’époque des podcasts. Il me semble que tous les outils sont là pour articuler un réseau totalement souterrain et plus efficace que jamais[1]. Je m’explique. Si les renégats démagogues de CHOI ont pu s’ouvrir leur dépotoir radiophonique et conserver leur auditoire, pourquoi tous ceux qui œuvrent dans les régions un peu plus… hem… sophistiquées(?) de l’espace publique n’en font pas autant? Ne me servez pas l’argument du manque de ressources. Je ne prétends pas vous l’apprendre : la période de l’ère numérique que nous atteignons offre énormément de solutions, permet de faire beaucoup avec presque rien.  Pourquoi nos professionnels de la littérature ne s’emparent-ils pas de cet arsenal ? Ils se retranchent tranquillement, cèdent du territoire, changent de costume, trouvent un autre petit poste qui attend lui aussi d’être fauché.  Mis à part la rogne, il n’y pas de mouvement réactionnaire, personne ne prend la pole. Pas de leader. On ne fait que témoigner du carnage, confortables dans notre impuissance.

La bataille ne doit plus se dérouler sur des champs ouverts, en rangs serrés car les philistins ont déjà l’avance et l’artillerie : cette bataille, on doit la livrer avec des armes qu’ils ne maîtrisent pas, on doit se battre en coulisse, les attaquer en cellules dispersées. Il faut connaître de fond en comble la carte des égouts et identifier toutes les caches potentielles où nos munitions peuvent dormir au sec, il faut trouver tous ces endroits depuis lesquels il sera possible d’organiser une riposte efficace. Il est franchement temps de réviser nos méthodes offensives et cesser de se battre à découvert, dans ces lieux où ils tiennent le plus long bout du bâton. Tant que le vent ne tournera pas, il faut cesser de compter sur les structures officielles pour diffuser le culturel. Tant qu’on ne considérera pas la guérilla comme une issue valable au conflit, on se fera les spectateurs pathétiques d’une molle tragédie dont la catharsis réduira au silence toutes ces tribunes que nous avions pris pour acquises.

La tendance néo-conservatrice qui gagne peu à peu les esprits laissera de moins en moins de place à tous ce qui n’est pas directement utile, directement rentable, calculable ou profitable. Même si on lui vole sont vocabulaire, à cette tendance, elle le maîtrise mieux que nous.  Inutile d’argumenter dans son langage : nous ne sommes plus assez bons en rhétorique pour lui damer le pion.


[1] Peut-être a-t-on perdu trop de temps à nous expliquer comment devenir une star sur les médias sociaux, peut-être faudrait-il enfin se faire expliquer comment faire autre chose là-dessus que d’accumuler du capital social ? By the way, rappelez-vous qu’au Maghreb, le feu révolutionnaire a su prendre grâce à facebook ; Obama a supposément gagné ses élections grâce à une utilisation adéquate et ingénieuse du web 2.0 (c’est ce que laissait entendre Michelle Blanc, si je souviens bien).

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Comments
3 Responses to “Guerilla 2.0”
  1. Gen dit :

    Moi la question que je me suis toujours posée de toute façon c’est « pourquoi une émission de radio ou de télé sur des livres »? Si on vise un public qui aime lire, les critiques écrites risquent d’être plus sa tasse de thé.

    Ok, y’a aussi le fait que mon mini-portable est tellement lent qu’écouter de la radio ou du vidéo en streaming dessus c’est une plaie, alors j’ai une nette préférence pour les sites 100% texte sans fucking pub animée envahissante!!!

  2. Le Mercenaire dit :

    Voyons donc. Et les critiques de disques, faudrait qu’elles soient chantées?
    À _Vous m’en lirez tant_ il n’y avait pas que des critiques (qui ressemblaient davantage à des commentaires de lecture que d’autres choses – et faut que je le dise, je n’ai jamais trouvé le contenu de cette émission entièrement pertinent), il y avait aussi des entrevues, des entretiens, des échanges, le genre de trucs qui stimulent un milieu.
    Mais on s’éloigne, ce que je dis ici, c’est que le web nous donne des tonnes de moyens pour faire des trucs de qualités sans passer par les réseaux traditionnels qui sont sujets aux coupures, aux décisions unilatérales. Le phénomène de la webtélé est un bon exemple. Ce que je me demande, c’est pour quessé faire que nos amoureux de la culture, au lieu d’attendre de se faire couper l’herbe sur le pied, ne prennent pas la pôle et ne s’ouvre pas un réseau sur le web sur lequel ils seront libérés de nombreuses contraintes ?
    Je ne veux rien enlever aux sites dont tu parles, mais le texte sur le web, ça a ses limites et il faut arrêter de penser le web comme un substitut du format imprimé. Mais je m’égare, ça sera sûrement du stock utilisable pour une prochaine note.

  3. Ge dit :

    lol! Non, les critiques de musique n’ont pas à être chantées, mais disons que je vois plus l’utilité d’un contenu audio ou vidéo pour du film ou du vidéo. Le livre s’en passe très bien.

    Et donc, tant qu’à moi, le livre devrait être encore plus facile à promulguer sur le web, puisqu’il demande encore moins de moyen que la webtélé. (Je suis parfaitement d’accord avec toi d’ailleurs : à l’heure du web, on ne devrait pas compter sur les grands médias ou attendre après eux).

    Le web, ce n’est pas un substitut de l’imprimé, c’est le substitut de tout. Faut juste calculer les avantages et inconvénients de la forme d’expression qu’on choisit.

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