TETONRAMA — Critique de danse à 10 par Canette Anger

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TETONRAMA — Critique de danse à 10

par Canette Anger

Lundi le 26 septembre, je me suis rendue au Kingdom, le plus beau bar de danseuses nues de Montréal à mon avis, pour assister à DANSE À DIX, un show de danse contemporaine présenté par La 2e porte à gauche avec mes deux complices Mathieu et Sophie.  Pour mon premier billet pour TERREUR TERREUR, il me semblait évident que je devais faire une critique de la chose.  La vue de l’intérieur.  L’avis de la danseuse.  Dans son article pour Le Devoir, Catherine Lalonde m’annonçait que rares sont les danseuses qui ne se sont jamais fait servir cette blague graveleuse : « T’es danseuse? Pour 10$, me sors-tu ton poteau? »  Jamais entendu.  Mais par curiosité, j’ai fait ma petite enquête.  Niet.  Mon article s’avérait donc de plus en plus nécessaire.

Le Kingdom aime participer à des projets artistiques.  Récemment, un film québécois, Bumrush, avec ce club pour principal lieu de tournage est sorti au cinéma.  Comme ce film encourage de manière déplorable les stéréotypes entourant mon chez moi avec une histoire ridicule de gangs de rue, j’osais espérer que ce spectacle allait étoffer le diaporama d’un peu de réalisme.  Le show était à 18h.  Vous l’avez manqué.  Mais malheureusement, c’est vraiment pas grave.  C’est dommage puisque ça ne passera pas deux fois comme opportunité.  J’avais le cerveau tout écarté, les oreilles toutes lubrifiées.  J’ai enfilé avant de passer la porte mon cœur le plus comestible.  Pour rien.  Je vais donc me finir moi-même, ici, devant et avec vous.  Chronique sur lit érotique.

Dans le programme, on nous explique que chacun des danseurs à un petit numéro intime à nous présenter dans un isoloir pour un simple billet de 10.  Ils se promenaient donc dans la salle doucement.  De la lave.  Les danseurs contemporains adoptaient donc la vente de type « princesse » à se laisser désirer, à marcher l’intérieur nasale en display, à se fier sur leur réputation et la publicité du stage pour amadouer les portefeuilles.  Les gens ne se garochaient pas vers les isoloirs.  Je voyais bien que plusieurs désespéraient un peu.  Il y avait au moins ça de réaliste.  Je me demande si les danseurs ont dû payer, comme nous, un service bar de 20$ pour avoir le droit de travailler.

Ce club n’est pas exactement conventionnel, je ne parle pas ici de la variété de danse contact, car bon, en effet, c’est le seul club montréalais qui offre des danses-à-vingt, mais zéro le seul au Québec.  Ce qui le rend particulier, c’est que lorsque tu vas dans le V.I.P. avec un client, ils déduisent un cinq dollars de ta première danse.  Tu fais donc une danse à 20$ pour le prix d’une danse à 15$.  Est-ce que ça revient pas à la même chose dans le fond que vous vous demandez?  Culotte, pas culotte.  Pour nous.  Non.  En fait, non seulement les clients plus cheaps vont se contenter d’une seule danse, ce qui leur permet d’abuser du système, mais les clients sales eux vont essayer de glisser une main à toutes les dizaines de notes dans ou sur ton petit jardin secret.  Ça demande beaucoup plus de concentration de gérer ça.  Avec ta main toujours sur ta plote, pas vraiment possible de faire toutes les stepettes dont tu es capable.  Fait surchauffeur la souffleuse à découragement.  Te fait brailler de l’acide.  Et souhaiter que ça puisse se faire par la noune histoire de ne pas avoir à t’amputer d’une patte.  Les danseurs auraient donc dû donner 2,50$, soit 25% de 10$, au chorégraphe directeur.  J’imagine Steve, le gérant, aller chicaner les danseurs dans leur loge.  « Clara, si tu vas pas faire ton slow, il faut que tu t’arranges avec le DJ, que tu lui donnes un petit vingt-quarante piastres. »  Yeux méchants.  « Francis, t’as pas enlevé ton top. »  Yeux méchants.

Sur le stage du Kingdom, il y a six poteaux d’une quinzaine de pieds chacun, communiquent tous ensemble.  Une grosse cage.  Francis Ducharme et Clara Furey ont tous les deux fait trembler la cage.  Belle image.  Même répétée.  Une autre chose s’est répétée par deux fois au fil du spectacle.  Les prothèses mammaires.  Surprise, surprise.  As-tu compris, public?  La société de consommation?  Le botox dans le moment?  Il y avait tout à quoi on peut s’attendre d’un show de danse contemporaine : le danseur bandé, la musique cinématographique, des tetons, le festival de la symbolique.  On nous a servi tous les stéréotypes.  La danseuse folle.  Le client qui tombe en amour.  Les niveaux de jeu frauduleux.  La poignée de change.

Miss Betty Wilde va s’asseoir sur une chaise ou elle enlève le reste de son linge après une chorégraphie puante de négatif surjoué, garoche ses souliers, s’allume une clope langoureuse, l’air songeur.  On doit comprendre que c’est la fin du shift.  Le documentariste se trempe une plume dans le cul pour signer le sein de la fiction.  On m’aurait présenté simplement une parade de mode avec toutes les gammes des sweatpants roses SE XY, BIT CH, BA BY, GI RL, une syllabe la fesse, et j’aurais été ben contente.  La cigarette, moi, je l’aurais utilisé pour faire des trous sur un couvre-lit d’appartement de danseuse.

Je me suis beaucoup indigné pendant ce show.  Une chance que Sophie était là pour me dire des choses nounounes comme : « Moi, si je suis pour faire de la poudre une fois dans ma vie, je veux que ça soit sur le sein d’une danseuse. »  Mais, pour ce qui est du contenu du spectacle, un remerciement monstre à Frédérick Gravel pour son génie.  Pour comprendre les choses simples.  Savoir représenter.  Avec sa deuxième chorégraphie, avec point virgule, d’une part Blanche, danseuse nue « professionnelle » [1]  qui se tordait avec l’agilité d’un écureuil sur le poteau sans jamais toucher le sol et de l’autre Peter James qui nous criait à nous, le public, qu’il allait tous nous fourrer et se fourrer lui-même jusqu’à Hiroshima son amour.  J’ai aussi aimé ce que Marie Beland a amené au cocktail.  Ça m’a diverti.  Mais Frédérick, c’est définitivement toi le Molotov.  Peut-être que ce numéro de danse va me suivre toute ma vie comme le font certaines phrases, certains poèmes de livres poches.  La paillette sur le tas de marde.

Je travaille dans pas long.  Je suis stone de maladie cette semaine, un rhume DD, je tousse comme un vieux texan et ça a l’air de bien énerver Alexandra.  À chaque fois que je tousse, soit elle soupire, soit ses yeux font un tour de poteau.  Je m’excuse Alexandra, la prochaine fois je vais essayer de ne pas tomber malade.  Cette idée aussi de mettre une vingtaine d’échasses par jour à ma gorge.  Tous les chorégraphes de Danse à 10 seront installés à une banquette dans le club, je ne vais pas rester longtemps.  On va tous mutuellement se présenter.  Marie Beland va me complimenter pour mon corset de vinyle.  Doux sourire de connivence.  Les autres vont me tomber sur les nerfs.  Je vais changer de place, vais m’assoir sur les genoux de Gravel et réciter ce petit poème à ses amis :

Chorégraphes

vous êtes venus chez moi

pour faire ma vaisselle

mais vous l’avez fait

vraiment tout croche.

_____________

[1] Si je mets « professionnelle » ainsi entre guillemets, ce n’est aucunement une atteinte au talent de Blanche.  Loin de là.  C’est simplement que je ne vois pas vraiment ça comme une profession.  Déni?  Sagesse?  Pet sauce?
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Comments
26 Responses to “TETONRAMA — Critique de danse à 10 par Canette Anger”
  1. Toutes les images de mes posts à date viennent du fabuleux blog AIMING FOR THE GUT (http://aimingforthegut.com/). Tu vas toutes les vouloirs sur tes t-shirts. Tes bobettes. En tramp stamp.

  2. Antoine Lussier. dit :

    C’est plus fort que moi.
    J’sais ben qu’c’est une concurrente immédiate,
    Mais ostie que le texte est bon .

  3. Frédéric D. dit :

    « Ça m’a diverti. Mais Frédérick, c’est définitivement toi le Molotov. Peut-être que ce numéro de danse va me suivre toute ma vie comme le font certaines phrases, certains poèmes de livres poches. La paillette sur le tas de marde. » J’ai failli m’étouffer avec mon pénis. J’aime bien l’ensemble, ouais. Sauf peut-être un bout, quand tu parles des danses à vingt. J’ai pas trouvé ça full clair. Je m’y suis perdu un peuze. Mais c’est peut-être parce que je suis cave, aussi. Cela dit, c’est du bon. Hâte à ton prochain billet, fille.

  4. Frédéric D. dit :

    NAON!

  5. Sanfric Raminetau dit :

    Nice Tits!

  6. Sophy dit :

    Moi aussi je pensais que c’était toi sur la photo. Mais toi, t’as pas des bouttes en Triforce.

    Non seulement ton premier article est assez PAPAON, mais en plus ça me donne un point de vue super intéressant et pertinent sur ce show. J’avais aussi remarqué bien des clichés, mais l’expérience était trop belle pour que je sois déçue.
    Quoi que y’a pas une maudite danseuse qui m’a offert de me faire une track de pourde sur ses boules. Tristesse.

  7. m. dit :

    vous n’avez aucune chance, les autres cocos.

  8. Jesus dit :

    Le numéro avec Peter James, c’est pas du Gravel. Mais Gravel reste Grand.

  9. Fred G. dit :

    Oui Jesus, merci de préciser que le numéro de Peter James n’est pas le mien. C’est celui de Nicolas Cantin, un grand de la mise en scène à mon avis.
    Et merci de ton texte Miss Anger, ça prend pas que des gens qui nous flattent dans le sens du poil pour avancer. On s’en jase si tu veux et j’espère qu’on fera de mieux en mieux si on reprend ça.

    • Vous êtes grands tous les deux et je vous ferais un gros câlin si je croisais un jour par hasard à la vente trottoir ou à La Chapelle. Ça me ferait grand plaisir d’en jaser. J’ai tout plein de commentaires constructifs en stock. Je crois que ce qui manquait dans le fond c’était de l’information sur le milieu, un éventail étoffé, avec un échantillonage juste. Puisque c’est un milieu bien plein d’une grande théâtralité.

      Ça serait vraiment malade que vous puissiez reprendre l’expérience. En fait, j’étais bien surprise de découvrir que le Kingdom accepte un tel projet. Comme le public de la danse contemporaine ne compte pas vraiment de grands buveurs, pas la grosse bouteille de champagne, pas de Greygoose. Puis, pour les filles, après, de suivre ce spectacle, c’est quand même difficile. Différencier les clients potentiels des vôtres qui sont, on se le cachera pas, généralement, plus souvent intéressé à leur poser 36 000 questions qu’à les faire danser.

      J’ai travaillé là-bas un été complet. C’est un lieu qui fait rêver. On s’y sent bien.

      Je te donne mon courriel : canetteanger@gmail.com.

      Fleurs, fleurs, fleurs sur le dancefloor.

      • Fred G. dit :

        Je pense que maintenant on en sait tous davantage sur ce milieu. En fait, beaucoup plus que lorsqu’on a commencé. Cela pourrait nous inciter à refaire l’expérience. Expérience complexe du croisement des genres, où il est fascinant de recevoir les commentaires venant de deux milieux, et aussi du public qui souvent ne s’associe ni d’un côté ni de l’autre. Nous savions que nous nous étions mis dans le pétrin et que les critiques allaient fuser des deux côtés, puisque pour quiconque dogmatise une façon de faire de la scène, nous avons ici multiplié les sacrilèges… Mais ça valait franchement le coup.

  10. Fred G. dit :

    Ah oui aussi, pour le bien de la discussion, les danseurs de notre projet n’avaient pas de frais à débourser. Ils avaient même un salaire de base pour faire leur numéro sur la scène principale. Les isoloirs étaient un bonus disons, parce qu’on savait que nous aurions parfois un public un peu réticent ou timide pour ce genre de chose. Dommage parce que certains m’ont dit que c’était vraiment dans les danses en privée que ça se passait, là que c’était confrontant ou touchant ou excitant. Mais bon, on ne peut pas forcer les gens à se donner courage… Et aussi, on ne forçait pas du tout les danseurs à vendre des danses. C’était vraiment important pour nous que chacun y aille à son rythme et à son aise, qu’on puisse refuser des clients un peu trop excités par autre chose qu’une proposition artistique, que le jeu soit agréable à jouer. Il fallait au fond que l’enjeu pécuniaire ne devienne pas central, parce qu’à ce moment d’autres critiques auraient fusé, de l’autre côté du spectre disons…

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