Catharsis par Antoine Lussier

NDLR : Oké doux, s’cusez du retard pour la mise en ligne. Le voici, le voilà, le dernier texte de la Terreur Académie… Bouhouhou, mais non, demain, avant le vote, un dernier dernier texte sera posté. Allez ! Émotions ! Note ! Commente ! Pis partage, dieu de dieu !

Catharsis

par Antoine Lussier

« Nous remettons toujours tout à demain,
Et dans ce monde, c’est comme s’il n’y avait pas de lendemain. »
— Isabelle Lévesque.

Montréal.
J’ai toujours cru que la ville de Montréal était un endroit parfait. Malgré les mille et une illusions qu’elle promet. J’y ai cru longtemps, parce que c’était l’inconnu. Vous remarquerez, un jour, si ce n’est pas déjà fait, que l’inconnu est parfait, dans la majeure partie des cas. Du moins, quand on a éliminé les préjugés. Pour moi, Montréal, c’est une ville de carte postale, c’est une ville que j’entrevois au loin, et que je parcours de temps à autre pour aller sur la Ste-Cath au Archambault, ressortir avec une pile de CD et DVD, sans trop savoir combien ça m’a coûté. Pour connaitre quelqu’un, ou quelque chose, j’imagine qu’il faut vivre dans sa réalité. Simplement pour le comprendre un peu. Montréal, je n’ai jamais compris vraiment qui elle était, probablement parce que je ne vivais pas en elle. Parce que je ne l’avais pas pénétré dans ses moindres racoins, parce que Montréal était une fuck-friend à qui je faisais des caresses quand je passais par son appartement. Montréal et moi, on était des agaces pissettes.

Pour moi, c’est surtout une ville pleine d’inspiration. Chaque fois que j’y mets les pieds, c’est comme quand on écoute une chanson pour la première fois. Une chanson qu’on déteste au début. On déteste, mais au fond, la chanson nous fascine. On cherche à comprendre pourquoi tant de gens l’aiment, pourquoi tant de gens la détestent. On va l’écouter durant des jours, en boucle, jusqu’à l’ultime fois, qui provoque le traumatisme, qui nous donne de moins en moins le goût de l’écouter. J’ai toujours eu un faible pour l’automne mouillé sur la ville. On est samedi matin, et le temps est dépressif, mortellement déprimant. Who cares ? Les samedis matins, c’est toujours amusant, quand tu te réveilles à 5 heures et que tu es revenu à la maison à 3:30 la veille. On a tout déjà connu pire. Pourquoi se plaindre ? Parce qu’on se sent tous mieux de le faire ?

On devait se rejoindre au cinéma du Quartier Latin pour le Festival du Nouveau Cinéma. Mais je sais qu’elle va arriver par la face du St-Denis, alors je m’accote sur un parcomètre, et j’attends. Le ciel se fait sombre, et au bout du compte, je sais qu’elle ne me reconnaîtra jamais. On ne reconnait jamais l’inconnu la première fois. Les voitures sont pressées, comme toujours, les gens marchent sous leur parapluie, et ils courent presque, sur la chaussée qui irrigue l’eau vers les bouches d’égout. Moi, je suis là. Nul par ailleurs pour une fois, ma tête et mon corps sont dans le même endroit. Je sors de mon coupe-vent un paquet de clopes, j’en tire une, et je l’allume. Une petite lumière dans l’obscurité fatale. On dirait presque une étoile qui brille dans le ciel de smog qui flirte sur le quartier.

Je lui ai simplement dit qu’on signait le contrat pour Intermède Imaginaire. Foutaise, c’était bien la seule personne que je me permettrais de rencontrer pour faire signer un contrat. L’acte, purement diplomatique, ne servirait à rien dans le fond, c’était qu’une simple excuse pour la rencontrer. Je l’aperçois, et le choc est immense. Chaque artiste comprendra ce que je veux dire. On connait tous le symptôme ( si on peut appeler ça ainsi ) de la catharsis. Le créateur qui devient sa création, qui s’imprègne du rôle, au théâtre surtout. Mais qu’arrive-t’il, lorsque notre création, ce personnage qu’on n’a monté de rien, se présente comme ça, devant vous. Comment réagit-on quand elle parle, et que sa voix est comme on l’imaginait ? Comment on peut se sentir quand ce personnage, qu’on a interpréter durant si longtemps pour la simple cause d’un roman mal fait et bourré de fautes, se retrouve devant vous ? Ce choc est toujours complexe à gérer.

Pourquoi ? Parce qu’on croit avoir créé quelque chose, et alors, on se rend compte que l’on incarnait auparavant quelqu’un qui existait déjà. Elle ressemble à deux gouttes d’eau à cette fille que je croyais avoir créée. Inconsciemment, probablement, mon cerveau a dû redémarrer, parce que je n’ai pas réagi tout de suite, quand ELLE m’a reconnu. La création vient de prendre contrôle sur le créateur. Elle a une conversation saine, commençante par « ‘ Bonjour ‘‘. Et moi, je la regarde, ma cigarette entre les deux doigts, sans trop savoir quoi dire. Elle sourit, le genre de sourire qui veut dire  » Youhou, sort de ta bulle, je suis là  » . Mais je ne peux rien dire. J’ai tué le personnage. Chacune des marques sur mes bras en est la preuve.

Je finis par débloquer. Je réponds bonjour, je demande si elle a envie qu’on prenne quelque chose sur une terrasse, mais il pleut, je reformule, je lui demande si elle a envie de prendre quelque chose. McDo, ça va être beau qu’elle dit. On rentre. C’est tellement sale que je me rappelle que c’est comme ça partout. On s’assoit à une table. On se regarde dans les yeux. Et je lui raconte tout bonnement qu’elle ressemble au personnage que j’ai créé il y a deux ans, pour mon roman. Elle me regarde drôlement au début. Je lui dis qu’elle a le même sourire, la même voix, le même visage, et je pourrais continuer comme ça pendant des heures, mais elle comprend rapidement le principe. Elle est gênée, elle se sent de trop. Ou quelque chose comme ça, mais elle ne se sent pas bien.

Je sors le document du porte-folio. Je lui place sur la table, fouille plus loin, et trouves un stylo. Elle a juste à lire, et à signer. Pendant que moi, je la regarde encore, le mot  » impossible  » flash dans mon front. Les fantômes qui reviennent me hanter. Et je n’ai jamais entendu qu’on pouvait tuer des fantômes. Je ne suis pas condamné à vivre avec elle pour le restant de mes jours, j’espère.
Je la fixe. Elle le sait, parce qu’elle se relève la tête, et me dit qu’elle aimerait savoir pourquoi je la fixe. Je sors du McDo, j’arrive pour traverser la rue, elle sort elle aussi.

CRISSE-MOI PATIENCE, SACRE TON CAMP DE MA FACE. C’est ce que je me dis.
Elle s’approche, essaie de me rejoindre. Il fait noir, noir comme chez le loup. La rue St-Cath défile sous mes yeux. Il est encore tôt, et pourtant, il y a tant de gens qui circulent entre les intersections. C’est le bon moment, et au pire des pires, ce sera la fin. Je la prends, sa main dans ma main. Je lui souris. Et je la pousse dans la rue. Un flash.
Son visage, affolé, qui ne comprend rien. Seulement mon sourire, qui a toute sauf quelque chose de sain. Et un bang. La tête sur l’asphalte. Et la roue qui roule et qui écrase. Et le rouge, le sang qui se déverse lentement, au travers de la chair écrabouillées. Et les cris. Qui ne durent pas longtemps. Et moi qui cours. Toujours, et toujours, sourire aux lèvres. C’est comme la première fois qu’on entend une chanson. Son obsession. La folie qui s’en suit chaque fois qu’on appuie sur replay. J’imagine encore comment cela aurait fait une fin merveilleuse, et pourtant, elle me regarde encore sur le trottoir, essayant de comprendre quelque chose. Montréal. Tu m’as volé mon esprit. Et je cours.
Toujours.
Toujours.

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Comments
One Response to “Catharsis par Antoine Lussier”
  1. Pistov dit :

    Il faut éviter le cheese double bacon.

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