Correspondance entre Antoine et Canette

NDLR : Voilà, pour le troisième et dernier défi, j’ai demandé à Antoine Lussier et Canette Anger d’écrire une correspondance. Sujet libre. Il s’agit de l’ultime texte pour la Terreur Académie. Ce soir, ça sera le vote pour déterminer qui deviendra le nouveaux chroniqueur sur Terreur!Terreur! faque stay tuned…

Correspondance

entre Antoine Lussier et Canette Anger

Le 17 octobre 2011 00:06, Antoine Lussier a écrit :

23:07.
C’est là que je comprends que mercredi c’est dans pas long et qu’il faudrait que je commence bien vite à écrire quelque chose qui s’enfile bien pour les yeux. Une correspondance, c’est toujours plus agréable quand on a quelque chose de significatif à lire.

Parlant du principe, la correspondance, en tant que tel, je m’en suis rarement servi pour discuter avec d’autre gens que ceux que je ne connaissais pas. C’est probablement aussi le seul moyen brillant que j’ai trouver pour forger ce que je voulais être aux yeux des autres. On apprend à apprécier ou à détester une image, et des mots.

Pour certaines personnes, c’est amplement. Aussi fou que ça semble paraître, il y en a qui tombe en amour avec des mots, et ça en devient une conviction qui porte en eux toutes leur vie. Un fléau, un comble pour la timidité de l’espèce humaine.

Je parle pour rien dire. Mais ça me sert à quoi en bout de compte de parler de moi ? Probablement que tu t’en crisses de qui je suis. Probablement que ton seul but est de gagner . Et à ce moment là, ça se comprend. Qui n’en aurait pas envie ?

Mais j’ai pas le choix d’écrire sur moi. C’est une chose nécessaire, sinon, je parlerais de quoi ? Le prix du gaz? Effroyable, le baril de pétrole descend, et le gaz augmente.

23:38.
Je ris. Ça réveille les petits parents qui dorment en haut de ma tête. La blague était bonne. Mon exe qui menace de se tuer pour la dixième fois. Je ris, c’est pas gentil. Mais c’est parce que chaque fois , c’est la même chose. Ce serait de ma faute, si elle se sent mal dans sa peau. Elle se sent vieille. À 16 ans, déjà. Elle se sent pas à sa place. Elle aimerait vivre ailleurs. Elle voudrait être heureuse. Et si elle est si triste et si mal, c’est de ma faute.

C’est quelque chose que j’ai jamais compris de l’adolescence. On se regarde le nombril, même quand on pense aux autres. Assez contradictoire comme antithèse. L’adolescence. Je ris encore, c’est tellement un moment de ma vie que je skipperais. On m’a vanté tellement les joies de la liberté que j’y ai cru . Et qu’est-ce qui arrive quand on croit très fort à quelque chose et que le rêve se brise dans nos mains ? On est déçu . Et parfois, lasse d’être déçu, on y croit plus.

Mais dans un monde où on croit plus en rien, où est le sens ? Croire, je parles pas nécessairement de la religion, parce que ça, à mes yeux, c’est une connerie, un radotage de l’homme pour créer les carnages.

Mais quand on croit plus en rien ? Quand on ne croit plus en personne ?

On pourra toujours faire semblant que tout va bien. Que le fait d’être seul ne change rien sur notre personne. Mais c’est tellement faux. Même le plus résistant finira par succomber au désarroi de sa propre solitude. Sans personne, on vire fou. C’est pas pour rien que le bonheur, pour beaucoup, c’est l’amour , la stabilité . Des sentiments qu’on a banalisé. Parce que personne aujourd’hui fait la différence entre la passion, l’amour et la débauche mentale .

0:01.
Le monde est vide. Et le reste n’est qu’une illusion. On est placé dans une boite, et on tourne en rond en attendant le jour où on va disparaitre.

Paix à mon âme, dans cette boite, qui s’éteint chaque jour qui passe un peu plus, dans l’espoir de voir une particule de quelque chose détruire le silence bestial de la boite.

Bonne lecture .

C’est bref, mais mon iPod estime pas ce que ça donne sur grand écran. Tu m’excuseras si je ne réponds pas immédiatement à tes réponses. Je suis à l’école, je prends mes messages matin, midi, soir. Eh que je fais presque pitié ( pentoute ).

Antoine Lussier .

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Le 17 octobre 2011 18:53, Canette Anger a écrit :

17h32

J’aime bien les conventions dans les correspondances.  Je vais me laisser amadouer par la tienne même si elle me ramène un peu aux mathématiques.  Je déteste les mathématiques.  J’étais geek solide au secondaire.  J’ai participé à Optimath, j’ai fait mes 436, j’ai été tuteur pour les élèves plus jeunes, toute la patente. J’ai appris à connaître avant de partir la balayeuse.  Maintenant, quand je dois faire une addition, une multiplication, soit je la fais sur un vieux billet d’autobus, soit j’utilise la calculatrice de mon cellulaire.  Je vis très bien avec ma paresse numérale.  Ça m’emmerde royalement, ça m’endort carrément.  Anecdote à l’appuie.  Il y a quelques années, j’avais un amant qui était en train de faire son BAC sur la chose.  Pas le genre d’amant que tu présentes à tes amis.  Le genre que tu trouves un peu ennuyant, que tu apprécies donc presque uniquement pour la qualité de l’emboîtement de sa chose dans la tienne.  Leitmotiv : tiens, 20 piastres pour un taxi.  Je lui avais donné rendez-vous en après-midi comme je commençais à avoir le portefeuille chicken et que je devais me rendre à une lecture de poésie ce soir-là anyway.  Bonjour prétexte pour le pied au cul.  Après les galipettes, la tête écrasée dans le creux entre son épaule et son cou, je posais les questions usuelles.  « À quoi tu penses ces temps-ci? » « Quoi de neuf? »  Monsieur m’offrit généreusement sa dissertation, entendue mille fois déjà, sur ce que les mathématiques, c’est absolu, dans tout et partout.  Je me suis carrément endormie.  Il est important de noter que je n’étais pas du tout fatiguée.  La stimulation physique, moi, ça me fait danser les neurones.  Pourtant, je me suis quand même endormie.  C’est mon cellulaire qui m’a réveillé.  J’allais être en retard.  Je l’ai aidé à mettre son chandail alors qu’il descendait mes escaliers.  Puis, c’est moi qui a dû prendre un taxi.

Il n’y eut pas de supplémentaire à cette après-midi là.  Alors, j’étais dans ma phase distanciation de tout, ma phase trash, gelée d’indifférence.  Les relations.  C’est tellement kaléidoscope.  J’ai été longtemps à errer.  Comme tu dis dans ton message, quand ton rêve te brise entre les mains, que reste-t-il?  Tellement de choses.  Mais laquelle est la bonne.  La toute écrite pour toi.  Tu te mets à essayer des affaires, à tester des produits, les dériver, finir par les rejeter à la mer.  Au moins, tu réussis à en éliminer quelques unes.  C’est déjà ça.  Que je me suis dit.  Que je me dis encore.  Mais tout ceci reste quand même profondément décourageant et essoufflant.  C’est un peu pour ça que j’ai commencé à écrire en coupant mes phrases.  Comme ça.  Il faut respirer.  La vie est compliqué.  La vie est une pute de luxe à laquelle nous sommes mariés.  À la vie, à la mort.

18h13

Je mets mon manteau pour aller fumer une cigarette dans le fret.

18h25

Je reviens de dehors.  J’ai encore mon manteau puisqu’il fait foutrement fret.  Je suis sensée aller au lancement d’Iris et Zviane au Cheval Blanc.  Elles lancent le contenu de leur blog « L’ostie d’chat » en livre.  Dans des moments d’égarement, j’aime bien tenir un livre entre mes mains.  À la mitaine.  Je vais devoir partir bientôt.  Je n’aurai peut-être pas le temps d’écrire tout ce que je voudrais te dire.  Mais allons y avec les priorités.  Dés le début, j’ai eu l’impression que t’allais être le concurrent le plus intéressant du lot.  Je disais à Sophie par message texte : les autres concurrents, si on les breakdown en stéréotypes simples, c’est l’underage, l’hipster vote ethnique et le freebasseux.  Je lui disais de vive voix le jour qu’elle t’a écrit un message d’encouragement justement que je te considère beaucoup.  Oui, tu es jeune.  Oui, la vie devant toi.  Mais tu tiens un bon bout du bâton.  Chose que les autres n’ont jamais réussi à effleurer.  Ça m’a serré le cœur ce que tu écrivais à Gabrielle.  Je suis pas une grosse méchante avec l’ego magnum.  Ni sure de rien.  Bon je réalise qu’avec ce message, je n’aurai surement pas réussi à te vendre la chose.  Mais bon.  J’invoque ici un peu de ta confiance.

Moi, j’écris la nuit.  Je vis la nuit.  Je me remets d’un party de fête qui a duré toute la nuit et tout le matin voisin.  Le cerveau en béchamel.  Puis, je me prends cette journée pour congé.  Je m’en vais rejoindre des amis.  (En taxi surement finalement.)  Je vais me forcer pour te répondre dans les plages horaires qui te sont avantageuses mais je ne promets rien.  Depuis que Terreur Académie a commencé, j’ai vécu des affaires difficiles.  À en oublier de prendre des pauses pour respirer.  À en laisser passer des fautes.  Je ne suis pas à mon meilleur.  Tout ce qui me reste depuis quelques semaines, c’est ma sincérité.  J’espère que ça compte autant pour toi que pour moi.  J’imagine que les gars de Terreur Terreur espèrent qu’on utilise cette correspondance pour construire des petites choses de littérature.  J’pas mal sure que Ed aimerait ça que figurent le plus souvent possible les mots suivants : plote, noune, deep troath, sexe anal.cum.  Gabrielle aussi.  Mais je pense qu’il faudrait avant tout écrire sans pression, histoire de ne point oublier qu’on est sensé avoir du fun avec cette compétition.  Sans se soucier de ce que les autres aimeraient.  Ton ex, elle te met beaucoup trop de pression elle aussi.  Mais je ne suis pas surprise.  Tu dois avoir été à la base inspiré par sa grande sensibilité.  Un peu parce qu’elle doit un peu refléter la tienne.  Peut-être que tu t’es trompé aussi.   Comme moi avec mon dude en maths.   Mais t’sais ça me semble assez évident que tu te mets autant de pression par rapport à ce concours et surement toutes les autres sphères créatrices de ta vie qu’elle peut t’en mettre par rapport à la nature même de son existence.  Je pense qu’il peut peut-être y avoir dans ton rire un peu de dérision.  Flush moi tout ça et prends toi aussi une journée de congé.

18h51

Je vais rejoindre les amis.  En taxi.

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Le 17 octobre 2011 20:00, Antoine Lussier a écrit :

19:12,

17 Octobre 2011.

À l’écoute : Noah Ark – CocoRosie.

Je me suis toujours borner à mettre les dates complètes dans chacune de mes correspondances. J’ai jamais vraiment compris pourquoi. Sûrement pas par soucis du travail bien fait, de la minutie, ou bien encore par simple sens temporaire accru. Bien franchement, ces dernières années, les précisions ne font plus grandes importances. Je vis chaque jour en pensant à demain, parce que c’est probablement ce qui me tient sur le fil vacillant entre la vie, la mort, et les autres choses. J’aime pas tomber dans mon misérabilisme. Parce qu’au bout du compte, c’est rien. Des expériences de vie qui ont mals tournés, et ça, ça arrive à tout le monde.

Des fois je me sens presque mal de chialer dans le bureau du psy à lui dire comment je me déteste, comment je déteste la vie et les autres, et j’en viens à penser que mes parents avaient raison au début quand il parlait d’une crise d’adolescence. Ça à durer cinq ans, et j’en suis probablement à mon apothéose, la rencontre de tout les chemins, je suis sur les derniers miles vers Rome.

Écrire, au début, j’aimais pas ça. J’ai commencé à écrire en troisième années, et encore une fois, je sais pas pourquoi je me donne la peine de le raconter, mais je le raconte pareil. Les jeunes m’aimaient pas trop, parce que je faisais des allergies alimentaires, et j’étais différent. J’ai voulu me faire accepter, j’écrivais des histoires, et je mettais mes copains dedans. Et quand ils me faisaient chier, je les tuais. Morbide, mais pour l’époque, quand je me relis, c’était juste … encore plus bizarre. Mais les gens à partir de ce moment là ont appris à me respecter. J’ai fini par être encore plus reject au secondaire, au début, parce que j’écrivais. C’est mal vu dans notre société d’avoir une opinion précise, de s’exprimer. La poésie, encore plus. J’ai longtemps fermé ma gueule. Ça m’a pas plus aider.

J’ai souvent rêver de crisser mon camp. Loin. Parce qu’ici, la ville m’étouffe. On dit souvent que l’herbe est pas plus verte sur le terrain du voisin. Combien de fois que j’ai rêver de pouvoir partir, vivre dans Montréal La Grande, dans toute sa laideur. On s’aurait probablement compris, moi et la ville. Ou peut-être pas. Comment prévoir ? J’aime parce que c’est un genre de free-for-all. La culture est omniprésente. Vous avez vos soirée comme l’Off Fil, et une horizon tellement grande sur toute ces grandes lignes et plus petites du monde culturel actuel. Chose que dans notre place de stock-off, on a pas. Et quand t’essaie d’en mettre sur pied, personne embarque. Au bout du compte, la p’tite ville, le cul de sac de l’autoroute, c’est rien de plus que ça. Et c’est pourquoi je voulais le quitter.

Tranche de vie, encore.

L’isolement, ça m’a rendu toqué un peu. Je me rends compte, au fil des mois, des années, que j’ai rien vécu d’ma jeunesse. J’étais pogné dans un cocon de parents et d’adulte qui me disait de me comporter comme un grand. Trop mature pour un enfant de 5 ans. Et quand le temps m’a rattraper, j’ai dû arrêter de me faire des illusions. Je pourrais jamais vivre la jeunesse que j’avais perdu. Les gens, les jeunes, quand tu leur dis d’en profiter, ils comprennent pas. Si seulement la jeunesse savais, si seulement la vieillesse pouvait. L’isolement, ça m’a fait écrire. Encore, et encore. L’exercise d’écrire au moins une heure par jour, pour se défouler, combien de fois j’ai pu le faire, dans l’espoir que ça allait donner quelque chose. Je le fais encore aujourd’hui. Le monde dans mes cours de français se frotte la tête dans leur deux mains. Ça me prends quinze minutes faire ma compo écrite, quinze autre minutes la corriger. 90 %. Je dis pas ça pour me vanter. Les gens qui font ça, je trouve ça abérant, ridicule, chiant à vivre à côté d’eux.

À vrai dire, ce supposé  » talent  » ( si on peut appeler ça comme ça, c’est plus un choix de vie rare, d’écrire, mais bon ), je le donnerai à quiquonque le voudrait. C’est un art damné. On dit que ça soulage. Moi, ça me fait souffrir. Mais j’en ressens le besoin. Toujours envie d’écrire. Pour détruire, reconstruire. Encore et encore.

Je sais pas. Vision ridicule. C’est toujours plus simple pour moi de m’ouvrir comme ça à un inconnu ( une dans ton cas ). Probablement parce que j’ai pas peur de sa réaction. Parce que je me dis que dans le pire des mondes, il ne réapparaitra pas dans ma vie plus tard, il va me trouver bizarre, va me le dire, ça va me faire mal, puis ça va passer. J’ai toujours plus d’aisance d’écrire à un inconnu. J’ai l’impression que peu importe ce que j’écris, ça va être lu. Dans ce cas-ci, ma vie est pas intéressante, et on dirait que j’espère que quelqu’un me le dise que je me convaincs d’écrire sur autre chose. Peu importe.

Je juge trop souvent les inconnus, justement. J’ai une certaine réticence. Pourtant. Ces gens sont souvent les plus importants que l’on rencontre dans notre vie, parce qu’au travers de simples phrases, ils nous font réalisés des choses qu’on aurait jamais vu si quelqu’un d’autre aurait voulu nous les raconter. Tombons dans le sentimentalisme à cinq cennes, parce que j’ai jamais vraiment écrit dirt kind, j’écrivais des histoires d’amour, mais la vie en a décidé autrement dès mes premières créations. Je t’ai probablement jugée trop vite. Et je m’en excuse. Je me dégoûtes presque à être ce que je méprises. Mais merci. Merci de me faire réaliser bien des choses. En trois paragraphes… ou peut-être plus. Je n’ai pas porter attention au nombre d’espace entre chaque bloc d’idée. Deuxième correspondance de trois pour ma part. Prends le temps de répondre, je suis pas pressé. J’ai la vie devant moi. Je sais pas combien c’est de temps ça, mais … j’imagine que ça finira pas mercredi.

Prends soin de toi. Évidemment. Et je te souhaites toutes les chances. Ton talent est énorme. Faut pas gaspiller ça. La vie est rough, la vie est une salope. Mais peu importe ce qu’elle te fait, dit toi que rien n’est … impossible. La phrase cucul du siècle, mais c’est vrai. Il y a probabilité dans la vie. Tant qu’on assume nos choix nous menant à la victoire que l’on souhaite. Ou la défaite qu’on veut. Les temps sont hards, accrochons-nous à la clope, au café, à la bouteille de Jack sur le bord du comptoir. Parce qu’au final, on est pas plus faible en dépendant, parce qu’on dépends toute notre vie. On dépends de la vie pour pas tomber mort. Et on dépends de la mort pour rester en vie.

Sur ces paroles pleines de non-sens,

Bonne non-nuit.

Antoine,

Le jeune adulte tombé de l’espace.

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Le 19 octobre 2011 00:00, Canette Anger a écrit :

16h47

Le mal de tête est définitivement ici pour rester.  J’ai les paupières en totale dépression.  Pardonne moi si ça m’a pris un moment pour commencer à te répondre.  Il faut des journées pour récupérer dans la vie.  J’ai parti l’eau chaude pour le café.  (Là où je suis, il faut utiliser le machin truc en plastique pour les tasses de café filtre individuelles.) Puis, je me suis assoupie.  Le 5 minutes d’eau qui bouille a suffit pour m’apaiser à nouveau l’esprit.  Proie facile.  J’ai fait un rêve tellement étrange cette nuit.  Parmi d’autres qui me restent encore flous.  J’ai rêvé que j’avais des corridors plein de linge fancy.  Toute la panoplie de robes fancy à franges.  Le kingdom de la guenille.  Des fringues dans le genre de ceux au début de Puce Moment, un court métrage de Kenneth Anger.  Youtube le.  Puis, je traversais un chemin de fer pour rejoindre l’autre berge de corridors.  Mon ami Raphaël Gaspar était en train de le traverser en pack sac.  L’air morbide, le corps lourd.  On était content de se croiser mutuellement.  On parlait de choses, de la vie.  Les conversations dans les rêves sont de plus en plus lucides.  C’est freakant.  Il me racontait qu’il avait décidé de tout laisser tomber.  De partir.  Sans savoir où.  Ni exactement pourquoi.  Je lui ai parlé d’une robe jaune à frange de dentelle brillante et lambeaux d’or que j’avais aperçu dans le corridor derrière.  Je lui parlais du passage dans Les Vagues où Jinny est une gigantesque fleur d’or.  Plutôt majestueuse en fait.  Il savait exactement de quoi je parlais.  On se disait au revoir.  Je continuais à parcourir les rayons de robes.

Puis, c’est tout.

Ça me dépasse.  Mon subconscient est de plus en plus main dans la main avec mon conscient.  J’ai plusieurs obsessions.  Ce livre : Les Vagues de Virginia Woolf.  Ce court métrage : Puce Moment de Kenneth Anger.  Puis quelques mots.  Des mots, des tournures de phrases.  Les génitifs.  Je jongle souvent avec les mêmes mots.  Quand j’écris une phrase dont je suis fiere, je la traine avec moi.  Pendant un bon moment.  Je la mets dans un texte.  Puis dans un autre.  Je change un mot, je la désosse, me la fait poésie en miettes.  J’attends.  Qu’elle soit parfaite.  Ou qu’elle soit enfin quelque part pour rester.  Ça fait des rêves très contemplatifs.  Genre valse viennoise pour l’âme.

J’ai un ami qui m’a envoyé un poème aujourd’hui.  J’ai appris le mot « rizières ».  Il y avait des tonnes de mots de poètes.  Goulag.  Pour.  Verbe impératif.  « Je te parle à toi lecteur. »  Je te parle du mot rizières.  Le poème n’est pas si mal.  C’est juste que selon moi… ça manque d’émotions.  Tu sais quand tu dis que pour toi c’est difficile écrire.  Ça te fait souffrir.  Je comprends.  Ça m’a déjà fait ça.  Ça me le fait encore un peu.  Mais va venir le moment dans ta vie où tu vas décider que c’en est assez de la douleur.  Tu commences à écrire.  Tu commences à lire.  Tout ce que tu as lu, tout ce que tu vas lire n’est pas bon.  N’a pas été nécessairement difficile à écrire non plus.  Si tu lis quelque chose de sec, de mou, de chiant bout d’viarge,.ARRÊTE.  Bon.  C’est mon conseil là.  J’ai pas le doctorat en littérature.  Mais pour le moment, alors que tu es jeune, il faut que tu sois sélectif.  C’est correct.  Il faut que tu trouves les livres qui vont te parler.  Te montrer que ça peut être le fun et libérateur écrire.  Ces livres, personne ne va pouvoir te les enlever.  Tu vas vieillir.  Tu vas devoir finir les livres que tu as arrêtés, tu vas devoir en lire toute une famille du genre Tremblay.  Ça va te faire chier.  Tu vas vouloir tout garocher.  Mais il va y avoir toujours ce livre ou ces quelques livres que tu as découvert tôt, avec encore un peu de naïveté, qui vont toujours être là, caché sous ma robe pour moi, planqué derrière le cadran de ta montre pour toi, comme des talismans.  La même chose pour les textes qu’on écrit.

Je t’écris des affaires ma tante quand même peut-être.  Mais sâche que je me les dis à moi aussi.  Je me les répètes en te les écrivant comme je crois que j’ai de besoin de les entendre à nouveau.  Quand j’ai lu ton dernier message, j’étais en train de débarquer du taxi.  Allumée la cigarette.  J’ai lu et j’ai eu envie de te dire : « Antoine, Antoine. Antoine. »

17h27

Café prêt.  Je vais fumer une cigarette par symétrie.

17h36

Il fait beaucoup moins froid qu’hier.  Hie, en t’écrivant, j’écoutais L’amour et la violence de Sébastien Tellier.  Le remix par Boys Noize Euro.  Aujourd’hui, c’est du piano.  Je ne sais pas de qui.  Pas moi la DJ.  Antoine, je comprends ton impression d’être emprisonné.  Je comprends cette demie malédiction que de grandir vite.  Je pourrais me lancer dans la tranche de vie.  Mais ça prendrait des heures et des jours. La vulgarité de la vie. La solitude.  Je suis déménagé à Montréal-Nord en sixième année.  J’ai été dans une école privée de secondaire 1 à 3 dans Montréal-Nord.  Le texte de Rodrigo.  Il m’a profondément écoeurée.  Oui.  C’est tragique ce qui lui ai arrivé.  Ce rapport au racisme.  Come on. Même le plus persécuté des haïtiens ne perd pas son temps à écrire des textes voulus moralisateurs sur la chose.  Ces douleurs que l’ont vit.  Elles doivent être transformées, elles doivent dépasser notre petit nombril.  Le petit individu dans le vaste monde.  On a tous notre dose de bouette.  Certains l’ont plus difficiles que d’autres. Dans Storytelling de Tod Solondz, l’auteure chiale et dit qu’elle aurait aimé s’être fait violer quand elle était plus jeune pour avoir au moins ça à raconter.  Attendrir.  Que les gens la flattent.  Que son talent jaillisse d’une plaie qui ne soit pas que circonstencielle.

Je me souviendrai toujours.  Au privé.  On a participé à un concours.  On devait en équipe écrire un scénario pour une publicité contre le racisme.  On s’entend que la presque totalité de ma classe et de mon école était directement touché par ce sujet.  Ce qui est vraiment fascinant, c’est que presque personne a choisi l’approche de la pitié et du moralisateur.  Puisque conscients que ça attendrisserait pas le restant de skinheads qui errent dans les rues du Québec.  Et aussi écoeurés de chialer dans leur marde.  On avait écrit quelque chose de super Pollock sur les bords. Avec un fight de peinture.  L’autre équipe avait écrit une chanson.  Et ainsi de suite.

Mon point avec tout ça c’est que tout le monde est capable d’atteindre cet état de maturité.  Comme le point neutre.  Le feu jaune.  Le reste devient tellement superficielle.  Ma grand-mère est raciste?  Je lui parle plus.  That’s it, that’s all.  Une amie me prend pour une pantouffle et me vide de toute mon énergie?  Je lui parle plus.  That’s it, that’s all.  Il y a tellement de choses dans la vie qui ne méritent pas notre attention au final mais qui en ont le monopole parfois pour des raisons obscures.  La littérature n’en a rien à foutre elle aussi.  Les tiroirs déjà à rebord.

17h54

Le café est déjà froid.  Je crois que tu vas aimer Montréal.  Que tu devrais même venir y étudier l’an prochain.  Vous avez pas ça des autobus ou des trains de banlieues?  Tes parents vont économiser sur le psy.  Pis tu vas rencontrer des gens, avec les semaines et les mois peut-être, mais éventuellement, qui vont t’amener quelque chose, qui vont t’inspirer autre chose que le dégoût et la haine.  Vous allez regarder les feux d’artifices sur le toit d’un building désafecté.  En buvant du vin rouge de dépanneur. Pis tu vas pas te sentir obligé d’écrire un poème sur les feux d’artifices. Pas te sentir obligé d’écrire un poème sur le parc pour enfants avec la junkie enceinte.  Pas te sentir obligé d’écrire un poème sur les myriades de moufettes dans St-Henri.  Tu vas le faire s’il le faut.  Tu vas apprendre à connaître avant de balayer.  En tout cas, j’espère.

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Le 18 octobre 2011 19:18, Lussier Antoine a écrit :

18 Octobre 2011.

18:05.

À l’écoute : Baltimore’s fly , de Woodkid .

Dernière correspondance. Déjà.

Faut croire que tant que j’écris, ou que je lis l’autre, le temps est sur pause. Je rush entre le piano et le clavier, j’essaie de jouer quelque chose, parce que j’ai envie de jouer, mais rien ne sort. C’est des notes qui se suivent. Sans plus. Je les écoute, mais rien ne fait de sens. Ni les mots que j’enfilent de ma bouche jusque dans l’air que je respire, ni de l’amassis d’accord, ni du Woodkid en sourdine derrière. La soirée semble désuette de tout sa grandeur. La soirée est mouillé, et allumée par les lampadaires dehors.

Si je serais pas enterré par la cacaphonie que je suis en train de créer pour noyer les idées, j’entendrais probablement la soeur qui se fait taper sur les doigts par mes parents. J’entendrai la vie  » NORMALE  » qui suit son cours juste en haut de ma tête. Pas ce soir.

J’ai juste envie d’aller me geler le cul dehors et regarder l’eau passer sous le pont. L’activité n’a rien de passionnant en soi. En fait, ça dépends pour qui. Regarder le flot des heures et des heures, si la musique est belle, ça a du sens. C’est quelque chose que j’utilise trop ces temps-ci, ce mot là. SENS. Je pourrais le rayer. Le barrer de ma liste personnelle, faire des lignes, encore et encore. Au final, qu’est-ce qui peut bien arriver de plus ? STOP. STOP. STOP.

18:40

Bon. Les idées plus claires. Plus structurées dans mon bordel mental. J’ai pas envie de chialer sur le monde ce soir. Ni sur moi. Pour clearer les affirmations, je viens d’une famille stiff. Montréal, tout seul, je peux me le mettre dans le cul, même à dix-sept ans. Mon Cégep à Montréal, je voulais. Eux, non. Moi, je pensais crisser mon camps. Sauf que je pourrai pas. 2500 $ en compte. Pour mes études. Si je vais ailleurs, ils débourseront pas une cenne. J’ai l’appartement à payer. Une job à me trouver. Ça m’arrête pas. C’est l’université après qui va faire mal. Encore, et encore. Alors, je pensais, à ma deuxième option, qui n’en est pas vraiment une.

Cégep icitte. Montréal pour mon université. Je pensais aussi juste faire une fuckin technique à Montréal. Mais j’ai pas l’intention de gâcher ma vie juste pour une ville. Quoi que …

Le psy, mes parents le paye pas. C’est un direct one from the CLSC. Un drôle de bonhomme. Mais en six mois, j’ai pas vraiment avancer. Une personne que j’ai un jour considérer comme une amie m’a dit que c’est parce que je faisais pas les efforts nécessaires pour me sortir de ma marde. Ça m’a donner un coup dans la face. J’ai réalisé qu’il faudrait, vu qu’apparemment c’était pas fait, travailler sur moi. Haha. J’ai tellement fait de progrès. Je m’assume en tant que moi. C’est cool. Les gens me regardent bizarre, d’autres me parlent plus, faut vivre avec, c’est presque fini, c’est l’adolescence. Huh ? Ne pas se poser de question. C’est pas mon habitude, mais parait que c’est ce qui va me sauver. Essayons, même si j’ai déjà essayer.

Je me relis. Je me trouve décourageant. De chialer sur moi. Au fond, je suis pas si pire. Y’en a tellement plein de pire. Plein plein plein. Sans coeur. Ouaiiiiiiiiiis. Je généralise trop. Et je jases pour rien. De quoi tu parles Antoine ? De rien, de rien. Une chose que j’ai compris, c’est ça, je suis pas tout seul. On est plein. Y’en a des pires, y’en a des moins pires. Big family we are. Faut s’entraider. Les gens normalement sont pas capables de faire une vision grande échelle de ça. Et moi, parfois oui, parfois je joue le lâche, et je me dis qu’il y a pas d’espoir. On connait, tous, des moments de faiblesse un jour ou l’autre. Des défaites. Mais ça nous rends plus fort, non ? La douleur, elle est bonne, PARFOIS.

Ça me rappele une histoire que j’ai déjà entendue, que je répète à tous ceux à qui j’écoute la vie à longueur de journée. Les samourais, les vrais. Ils se coupaient des tranches de peau. Et attendait qu’elle se reforme elle-même. Quand la peau se reformait, elle était plus forte, plus résistante. Les guerriers de métal. Ce qui ne nous tue pas nous rends plus fort. Et ils hôchent la tête, me disent merci. Je les regarde s’éloigner. Ils ont le coeur léger. Et moi je porte aux lignes de mon ordinateur leurs malaises vitaux. Des lignes et des lignes. Et avec ça, je forme des reliures de papier, de 255 pages. Je les aime pas. Mais les gens de mon patelin les lisent. Les gens d’ailleurs les lisent. Ils aiment ce qu’ils lisent. Soi-disamment que ça les bouleverse. Mais moi je comprends pas.

Pourquoi pleurer sur le sort de personnage de papier, quand ces derniers existent, dans la réalité, et que les vrais, on se moque d’eux. Ça m’enrage. Chaque personne qui me revienne en me disant qu’ils apprécient mon imaginaire. Qui est tellllllllement réel.

Y’a été un moment, gros lâcheur que je suis, que je me suis dis on finit ça là. En parlant de TerreurTerreur. La première semaine, en voyant le branle-bas de combat qui se passait sur mon texte. Quand tu es habituer à te fier à ta critique personnelle parce que tout le monde qui lit tes affaires sont pas assez sincère pour te dire que c’est de la criss de dompe ? Ces critiques là, ça me mettait K.O. Je me rongeais la tête à me creuser le sentimental. Je dormais pas mes nuits, je regardais le plafond. Pensais. Qu’est-ce que je vais écrire avec le prochain article. Parce que quand j’ai lu ton premier, ça m’a fait une claque dans la face. C’est pas avec des chums d’école que je rivalise. C’est bien plus, c’est des gens qui ont écrits. Qui écrivent encore. Qui prennes ça au sérieux, ou du moins, j’imagine. Mon deuxième texte, j’étais sur le cul. On ne peut pas imiter le style de la place que j’ai compris. Faut que je sois moi-même, coûte que coûte. C’est sûr que je m’en irai pas dans les textes d’amours, mais … simplement écrire comme moi j’écris.

Ça va parraitre dans mon article demain. Et c’est là que je vais voir si la claque est imaginaire ou bien réelle.

Heureusement.

Y’avait Sophy. J’ai bien apprécier ses emails. Y’avait ma blonde aussi. Sans vraiment savoir de quoi je parlais, elle m’a écouté, elle a compris un peu comment je me sentais. Juste le fait qu’elle était là, c’était en masse. Et puis, mystérieusement, ma concurrente. Toi. Parce que je me rends compte au fil des lignes que oui, écrire, à mes yeux, ça toujours été une buisness de souffrance que j’effectuais tout seul. J’ai compris que l’on a pas nécessairement besoin de souffrir, pour écrire. Que tout ne sera pas … toujours aussi sombre. Que je suis pas si pire. Et que en dehors de ma petite ville, il existe le reste du monde. 6 milliards de gens, moins 40 000 personnes.

19:00

Tu vois, j’écris une dernière correspondance, je suis déçu que c’est déjà la fin. D’un autre côté, t’aura plus à me répondre, ça a cette avantage là. Je sais. Aucune confiance en ma personne. Je suis convaincu que je suis de la merde. Mais d’un autre côté, ça fait moins mal quand la personne en question pense ça de toi. Surtout quand, comme moi, tu t’attaches trop vite au gens. C’est ça le problème de vivre dans les mots. Tu t’attaches à ces derniers. Tu t’attaches au idées, aux émotions littéraires, sans trop savoir comment ni pourquoi. Mais bon. Éternisons-nous pas sur moi moi moi.

Merci premièrement pour avoir été gentille avec moi. Je sais pas si c’est comme ça que t’appeles ça. Pour moi, ça avait l’air un peu de cela. Une mentor, ou … je sais pas. Deuxièmement, je te souhaites la meilleure des chances, merdes, peu importe, les encouragements, c’est pas trop mon fort. Je pense sincèrement que tu as ta place, plus que moi, au sein de l’équipe de chez TerreurTerreur, et tes textes étaient écoeurants tout au long de la compétition. Troisièmement, si un jour il te passe un trip d’écriture, et que tu veux écrire sur les banalités de la vie, les chocs, les conneries, les histoires, t’a mon adresse. Au moins j’aurai l’impression de lire quelque chose qui a du sens, et qui à mes yeux, est pas un paquet de mot mis par un auteur pour aller chercher le plus de public possible, et j’ai rien d’autre de ma vie à faire de toute façon.

Sur ce.

Prends soin de toi, même si je te connais pas … tu le mérites.

Adieu, aurevoir, à un de ces quatres.

Antoine.

 » Si les hommes s’unissent, c’est pour mieux se séparer  » .

– Pierre Lapointe.

 6 6 6

Le 19 octobre 2011 11:48, Canette Anger a écrit :

19 octobre 2011

10h47

J’écoute le silence.  Pas de musique ce matin.  Je suis pas réveillée pour vrai.  Encore les yeux croustillants.  J’ai entrevu sur Facebook qu’Ed trouve que le nouvel album de Justice c’est the bomb.  Moi j’en suis tellement déçue.  Si tu veux t’exciter les poils des oreilles par un nouvel album d’électro, il faut que tu te tournes vers Modeselektor.  Je suis pas d’humeur à partir sur un gros paragraphe lyrique sur les bienfaits de l’électro sur la Canette Anger d’Amérique.  Hier.  Oh le feu a pogné dans ma boîte de réception,

T’sais tu dois bien avec lu ce que j’ai écrit en intro de mon dernier post?  Je dis que j’aime pas un texte publié dans Jet d’encre.  À cause du gabarit.  Qui fait cheap et amateur à mon avis.  Le crayon rouge pourrait continuer encore bien longtemps.  Mais je ne suis pas une critique que je me dis.  Je critique oui. Mais j’ai pas la badge et le gun.  Bref.  Sophy m’a écrit pour me chicaner.  Faut pas dire les choses qu’on pense sur les textes des autres sur les internets.  C’est juste correct quand on parle d’un auteur reconnu, blah blah blah.  Bon là, je veux ben croire qu’après le drâme avec Hugues Corriveau, le terrain est hostile.  Mais je suis zéro dans la même catégorie que lui.  Sur tellement de niveaux.  Je sais pas.  Moi je suis qu’une fille de 22 ans qui écrit du théâtre, de la prose et fais de la performance dans des 5 à 7 une fois de temps en temps.  Une fille de 22 ans qui a appris il n’y a pas longtemps qu’elle allait avoir un texte publié en revue.  Je suis cette fille.  Qui cohabite dans cette promesse de relève artistique québécoise avec bon nombre de jeunes hommes et jeunes filles de 22 ans.  Tous dans le même jacuzzi.  Quand j’y vois de la marde, je comprends pas que je ne puisse pas dire quelque chose.  Personne le fait à voix haute.  Bien sure.  Mais la petite fille, il faut bien que quelqu’un lui dise que c’était maladroit comme procédure.  Que ça fait frémir la littérature.  Non?  Je me dis que je suis bien placée justement pour émettre ce genre de commentaires.  1. Je suis quelqu’un de sincère.  2. J’assume ce que je dis.  3. Je suis capable d’encaisser la critique constructive à l’envers.

Non.  Il faut pas.  Dieu qu’il faut pas.  Non seulement je vais me devoir écrire un bon trois paragraphes pour expliquer mon point de vue, à coller à la fin de mon article.  Mais je vais devoir répondre aux courriels de haine de mes propres amis.  T’sais dans la vie.  Le timing.  C’est tout.  Sophy et Mathieu, mes amis, n’ont aucune idée de ce qui s’est passé dans ma vie récemment.  Surtout pas les gros trucs dramatiques.  Puisque la fois qu’on s’est vu c’était tout bonbon et lunettes roses.  Et aussi parce qu’à chaque fois que je commençais à en parler il y a quequ’un qui venait pour m’interrompre.  Sophy avec sa photo du dude de Ramdam comme fond d’écran de son cellulaire.  Et c’est pas facile de commencer à parler du genre de trucs qui me pèsent.  Si ta phrase se fait couper, elle meurt.  Elle se dit : fuck that shit. Le timing que je disais.  Nos amis ne devraient pas nécessairement être là pour nous.  Il ne faut pas avoir d’attente.  J’ai fait un gros ménage récemment dans ma vie justement.  Dans ma tête en même temps.  Pour ce qui est du dossier amitié.  Il m’en reste plus beaucoup mais c’est mieux ainsi que je me dis.  Il ne faut donc jamais avoir d’attente envers nos amis.  Alors moi, je commence à me la jouer un peu plus huitre.  J’endure.  Les gens sont habitué à ce que je sois la fille Windex émotionnellement.

Le timing oui.  Car au tout début de la compétition, Sophy a commis une grave erreur sur internet.  Elle a publié un lien sur mon mur public qui faisait directement référence au fait que je suis danseuse.  Je m’attendais à ce que ce genre de chose se produise.  Mais pas que ça soit mon amie.  Comme elle est au courant de la gravité de la situation avec ma mère.  (Tendances suicidaires.)  J’étais en train de travailler.  Je suis descendue, j’ai raté mon shift.  Pourquoi?  Parce que ma grand-mère qui me stalke sur Facebook s’est mis à m’écrire qu’elle comprennait pas et s’inquiètait.  Heureusement c’est la grand-mère du côté de mon père.  Celle qui est raciste d’ailleurs.  Alors le timing.  Que je dis.

J’ai aussi apprise que la date limite pour un collectif sur lequel je travaille avec Sophie est le 1er novembre finalement.  Elle était sensé me le dire que Mathieu m’a dit.  Le timing?  Au poubelle ce timing.  Je voulais prendre un peu des vacances la semaine prochaine.  Mais finalement, les choses à faire se multiplient.  Tellement aux poubelles.  Mais tout ceci ne m’effraie pas.  Je suis habituée.  Pas surprise.  C’est vraiment pas comme si c’était des péripéties qui sortent de nul part.

Ce qui sort de nul part, c’est que Mathieu m’écrive un message pour me dire que ça va me backslasher dans face.  20 fois ce que j’ai servi.  Que j’ai pas d’affaire à faire ça.  Proie facile.  Petite fille.  :Que je suis pas en train de parler d’un texte, je suis en train de blesser une personne.  Ok là j’arrête tout de suite.  WTF?  Non mais me semble que c’est pas mal clair dans la tête de tout le monde que lorsque tu publies un texte ou un livre, tu t’exposes au regard des autres.  À leur jugement.  Puis aussi.  La personne qu’on est dans la vie est souvent très différente que celle qu’on est à l’écrit.  Je parle générale là.  Le texte n’est pas un organe de notre corps.  Puis, si ce texte que je n’ai pas aimé, eh bien pour elle, c’est un organe de son corps, ça ne va pas la dérange que je dise ça puisque dans sa tête, ce texte, c’est un texte que personne ne peut lui enlever.  Puis.  La fille. Elle est aussi jeune que moi si je ne m’abuse.  Elle a pas 100 millions d’années d’expérience de la langue.  Me semble.  On fait tous de la marde au début.  On se cherche.  C’est pas corrrect de dire à ta voisine que sa pelouse vire jaune orange?

Alors Mathieu m’écrit que ça va me backslasher.  Que je vais me faire désinviter de certaines lectures, que les gens avec qui je collabore vont me lâcher parce que tel-qui-m’aime-pas veut pas lire à la même lecture que moi ou participer au même projet que moi.  Eh bien que puis-je dire à ça.  Vraiment.  Si le monde me mette ainsi en retrait pour dire ce que je pense, je ne me trouve pas si mal.  Je les trouverais bien pire au contraire.  Peur de recevoir des éclaboussures en travaillant avec moi alors courir se laver et changer de serrure.  Peur de devoir gérer du drama tellement à sens unique alors me désinvité d’une lecture.  Wow.  C’est surement pas ça qui va nécessairement me convaincre.  De pu jamais dire ce que je pense publiquement sur les autres.  Moi.  J’évolue avec ce monde-là veut, veut pas.  Je suis pognée dans la même hostie de bouette de relève.  J’ai les bottes brunes, la salopette brune, le col roulé brun.  Je le supporte ce brun mais des fois faut que ça sorte t’sais.  C’est normal.  Il me semble.  Je dis pas que je vais passer mes semaines à chercher dans les revues la nouvelle recrue à blaster.  Je veux rien changer à mon rythme.

T’sais ce texte.  C’est un des textes qui m’a le plus fait grimper aux rideaux récemment.  C’est tu de ma faute si elle est jeune?  Je suis tu sensé la juger autrement si elle est jeune?  Hostie elle est publiée dans la même revue que Mathieu.  Si une autre jeune femme de 22 ans quelque part dans le monde avait écrit un petit deux paragraphes sur le texte de Mathieu, il aurait donc trouvé ça ruff mais acceptable?  Ah ça va devenir compliqué si je me mets à considérer tous scénarios.  Puis, la fille, elle a plein de coverage positif.  Je me suis dit qu’elle pouvait sparer un peu de jus pour le négatif aussi.  C’pas comme si vraiment personne en avait parlé.

J’vais avoir écrit ce message en un bloc j’imagine.  La morale du problème que je vis.  C’est : ferme ta yeule Canette.  Je suis pas sure que j’ai envie d’laisser la morale entrer dans mon quotidien dret là.  Je vais penser à ça aujourd’hui, demain, les autres minutes.  Mes propres amis me lancent des flèches.  Les autres restent tous indifférents.  Moi, j’ai d’autres chats à fouetter.

Je te souhaite bonne chance aussi.  Dans tout ce que tu fais.  Puis je ne sais pas si je peux promettre une correspondance assidue.  T’sais comme je disais je suis pas mal occupé ces temps-ci.  Mais j’aimerais bien continuer à correspondre.  Ne me vois pas comme ton mentor.  Ça me donne l’air d’avoir des cheveux blancs.  L’impression en fait.  Mais moi j’aime ça correspondre tu vois.  Je vois ça comme du jogging.  C’est important de s’habituer à organiser nos idées.  Même si c’est que pour raconter ton weekend à ton ex inquiète.

Je n’ai pas encore été visiter le site de Terreur Terreur aujourd’hui.  Ton texte est déjà publié?  Je vais aller voir et lire.  Puis me verser un jus d’orange et aller me recoucher.

La compétition n’est pas encore finie.  Je crois qu’on a encore un défi à venir.  En espérant que ce soit rigolo et pas trop stressant, que ça se fait en écoutant du Modeselektor surtout.

Au plaisir prochain.

C.A.

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Comments
33 Responses to “Correspondance entre Antoine et Canette”
  1. Ed.Hardcore dit :

    @Canette : Le milieu littéraire, c’est une shitload de couteaux dans l’dos pis de sourires fakes — t’as eu du culot, c’est très bien ainsi pis Mélanie Jannard s’en remettra.

  2. Doctorak dit :

    Évidemment, les propos de Mathieu sont rapportés dans leur plus grande exactitude. Il a écrit à Canette, text: tu vas te faire désinviter, le gens ne t’aimeront pas, nous sommes tous des hypocrites et les gens qui dénoncent cet état de fait et disent enfin la vérité, nous les mangeons tout crus. Il faudrait rajouter aussi, pour que les lecteurs puissent bien suivre le sous-texte de ces échanges, qu’à chaque fois que Canette lui envoie un texte depuis deux ans pour qu’il le lise et le commmenter, il lui répond au hasard, « ça ne se dit pas », « ferme ta gueule » ou « c’est trop violent ». Il est comme ça lui, insensible et hypocrite. C’est un hostie.

  3. Eric dit :

    Ed aime pas que j’y écrive en privé même si je trouve pas ça pertinent de dire ça ici, mais il me trouve chochotte faque je vais lui faire plaisir.

    Canette, tu ne sais pas écrire. Tu fais une faute aux cinq mots.

    La qualité de ton texte, ça, j’me prononcerai pas dessus. Chacun son opinion, pis si tu t’es rendue là c’est certainement que ça plaît à du monde. Pis non seulement Ed trouve que j’ai des goûts littéraires de marde, mais en plus je considère Jannard comme une amie pis ça pourrait avoir l’air d’une « défense d’une amie en attaquant la méchante Canette », alors ça servirait à personne, sauf à Ed qui aurait des meilleures stats.

    Mais quand tu montres que tu n’as aucune capacité à conjuguer tes verbes, accorder tes adjectifs et tes substantifs autant en genre qu’en nombre, quand tu oublies de mettre un mot (sans que ce soit un effet de style, visiblement), ce n’est ni subjectif ni « joual » ou « travail sur la langue ». Ça montre juste que tu ne sais pas écrire. Objectivement.

    Et donc qu’avant de songer à collaborer à un blogue, avant de Créer Ton Oeuvre, tu devrais soit apprendre encore un peu, soit t’acheter Antidote. Ça coûte pas cher.

    • Ed.Hardcore dit :

      « Et donc qu’avant » que tu me vantes Yupters, je ne jugeais pas vraiment tes goûts littéraires.

      • Eric dit :

        J’ai jamais lu Yuperts. C’est de qui? ;)

        (Blague à part, je trouve pas que Yupster est un mauvais livre. J’ai mes réserves, évidemment, mais bon. Chacun ses goûts. Si ça discrédite complètement mon opinion littéraire à tes yeux, c’est plate, mais j’assume.)

    • Intermède Imaginaire. dit :

       » J’aime bien les conventions dans les correspondances.  »
      5 mots .
      Analyse Antidote HD : aucune faute.

       » La compétition n’est pas encore finie.  »
      7 mots.
      Le participe passé s’accorde avec son sujet, ajoute un  » e  » , parce qu’on dit une compétition.
      Analyse Antidote HD : aucune faute.

      • Eric dit :

        Se renseigner sur le principe d’exagération, en tant que figure de style.

        Ceci dit, si on veut jouer à ça:

        « Oh le feu a pogné dans ma boîte de réception, »
        Finir un paragraphe avec une virgule?

        « tu dois bien avec lu »
        Avec lu?

        « Moi je suis qu’une fille de 22 ans qui écrit du théâtre, de la prose et fais de la performance »
        Fait, avec un T.

        « Bien sure. »
        Sûr.

        Tout ça (presque) dans le même paragraphe.

        On continue?

        « Le crayon rouge pourrait continuer encore bien longtemps » indeed.

        • Intermède Imaginaire. dit :

          Je connais le principe d’exagération.
          Principe que nous apprenons en 3, je pense, dans le bloc des figures de style.

          Ça m’intrigue.
          Tu penses quoi, toi, vous, peu importe, de mes textes ?
          Veut, veut pas, je suis jaloux de pas savoir moi ça l’air de quoi dans tes yeux.
          La critique ne fait que des meilleurs textes, huh ?

        • Danger Ranger dit :

          « « Moi je suis qu’une fille de 22 ans qui écrit du théâtre, de la prose et fais de la performance
          Fait, avec un T. » »

          Éric, l’antécédent du pronom relatif «qui» est «je», première personne du singulier, donc c’est fais avec un S et par la même occasion *écrit avec un S aussi. Tout le monde se fourre là-dessus.

          Et, euh, Ed, « Et donc qu’avant », c’était correct: «Ça montre juste que tu ne sais pas écrire […] Et donc qu’avant […]»

          Scusez, c’est moi le meilleur.

          • Danger Ranger dit :

            Oké, non, l’antécédent est «une fille de 22 ans», mais «une fille de 22 ans» est «je», moi dans ces cas-là j’accorde comme j’ai dit, et j’ai toujours raison, c’est connu.

  4. ambidextre dit :

    Querisse que je le savais donc que ça prenait des diplômes pour commenter icitte. Je ne connais canette ni de dedans ni de derrière, mais je trouve ça agréable à lire ce qu’elle écrit généralement. Subjectivement effectivement. Comme on dit parfois, savoir aimer c’est s’avoir aimé.

  5. Le Mercenaire dit :

    Où c’est que t’as vu ça que ça prenait des diplômes pour commenter icitte?

  6. Danger Ranger dit :

    Je trouve que Canette est plus intéressante à lire, côté contenu, mais qu’Antoine (scusez, je vous appelle par vos petits noms, ou presque), qu’Antoine, dis-je, a un style plus fluide, très prometteur.

    Ce qui me gosse à propos de Canette, c’est que je la trouve bitch, à bien la relire. C’est quoi, sa première réponse, où elle ne tient pas compte de ce qu’écrit Antoine en amorce et y va d’un bôblabla sur l’adolescence (yo, girl, en passant, le nombrilisme n’est absolument pas exclusif à l’adolescence; j’en suis peut-être une preuve, je sais pas, à moins que je sois encore dans mon adolescence – tu l’es peut-être aussi? – ce qui n’est pas exclu), sinon de la bitcherie?

  7. Danger Ranger dit :

    En fait on lit là une drôle correspondance de sourds. Mais c’est Canette qui a commencé.

  8. Danger Ranger dit :

    correspondance d’aveugles

    my fucking god!

    • Danger Ranger dit :

      (Yeah, look who’s typing, on va dire, à quoi je répondrai que quand je dis moi-même que je bitche, c’est pour rire; en réalité, moi, je suis ouvertement hostile, méchant, name it, mais pas bitch – ce serait un euphémisme. Canette, elle, est bitch. Bonne journée.)

  9. Danger Ranger dit :

    Éric Samson est très, très clever.
    Mais il n’a pas grand-chose dans le coeur.
    C’est ça, sa faiblesse.

  10. Christian Mistral dit :

    Saint câlisse, boys! Me suis ramassé ici après avoir suivi le fil internet de cette Canette, pour y dire qu’elle écrit en tabarnak, et avec l’intention d’y refiler un truc ou deux. Keske je trouve? Samson et Ranger en train de se pogner pareil que depuis trois ans partout. Fuck, Ranger était ici ek moé au Bunker y a pas six heures, et j’y faisais admettre que Samson est un cerveau peu courant. «Oui, mais j’peux pas le sentir!» Ben too bad, lui non plus manifestement, ça fait deux trois ans que tout le monde est au courant, tout le monde avec une connexion su’l Web. Allez donc régler ça dans une ruelle, tapez-vous sua yeule, cibole, ou déposez vos mémoires de Maîtrise!

    Éric. Ces textes signés Canette, c’est du bon stock, ben des coches au-dessus de ce dont t’es capable. Littérairement, t’es un comptable. Tu le sais, on s’en est déjà parlé, tu seras pas insulté. Tu pèserais l’écriture au poids de fautes par page. Il te viendrait pas à l’esprit de trouver bizarre qu’une supposée danseuse vingtenaire en fasse aussi peu, de fautes, et sache écrire de même? Tu t’es rendu en Maîtrise ès Lettres pour ça: rien de rien piger. Samson, stie. Arrête de te gaspiller. Pis de jouer une game que tu peux pas gagner: y aura toujours kekun de plus savant que toé en langue française, moé par exemple, t’aimerais que je relève toutes les putains de fautes que tes phrases accumulent?

    Canette, crisse, ché pas c’est ki, mais elle écrit. Me rappelle Mélissa. You know, Meth. Faut vraiment avoir la tête dans le cul pour pas voir ce talent.

    • Danger Ranger dit :

      Right.

      Mais juste une rectification, Christian. Tu m’as pas fait admettre que Samson est un cerveau peu courant. Je te le disais de moi-même, et je le pense.

      Ce qui m’a toujours fait chier, c’est l’incommunicabilité avec ce Samson. Mais avec & depuis le temps, j’admets que je saurais pas dire à qui la faute.

      On fait-tu la paix, crisse, tabarnak, Éric Samson? Tu m’as jamais répondu cet hiver quand je l’ai sincèrement tentée, cette paix. Jamais. Please, now.

    • Danger Ranger dit :

      (si je me ramasse dans une ruelle avec Samson à nous taper s’a yeule, il n’a aucune chance, en passant)

      • Christian Mistral dit :

        Désolé d’avoir enduit d’erreur. Vrai, tu en as toujours convenu, plus d’une fois. Ce que je désirais dire, c’est que je te l’ai fait admettre ENCORE! Paske t’as beau en convenir, ça vient jamais facilement: extraire une molaire à côté, c’est comme se gratter le cul avec ses clés.

        Vous deux, dans une ruelle, vous vous faites ramasser et mener au Berger Blanc. Faudrait encore que j’aille vous sortir avant le lendemain midi, ou ben y vous euthanasient. Z’êtes des bêtes.

        S’il t’a pas répondu cet hiver, y a peu de chances qu’il te réponde astheure. Ça t’empêche pas de faire la paix unilatéralement. Il t’a rien fait, en-haut. Il t’a même pas parlé. Il t’achalera pas si t’arrêtes de le gosser.

        Yo, Danger! Y a tant et tellement de charognes alentour, de mesquins de méchants de crosseurs de sans-coeurs de vicieux aux yeux purulents de charlatans qui ritalinent nos enfants de charlatanes qui émasculent nos gars une cut à la fois, une fois par récréation dès la première année, pis si c’est pas assez, y a Martineau. Samson, y est rien de ça. Faut pas gaspiller toute cette belle et bonne brutalité sur un honnête homme, ça me fait trop de peine…

        Snif.

  11. Danger Ranger dit :

    <3

    Crisse Christ t'as de l'oiseau dans la cage du coeur ainsi que des brains dedans le dedans & me le montre encore une fois. All good, all true, all fucking right.

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