Lovely chick with a dick

(sam26nov11‒08h44)

Hier pendant la journée, et puis hier soir aussi ici couché dans le divan chez Litchi, je craignais de ne pas pouvoir écrire sur Pascale Bérubé, finalement. Pourquoi? Mais parce que je l’aime trop, comme, déjà. Pendant que j’écris, elles sont toutes deux couchées dans la chambre et Miro est là, beau chaton. Bon matin! Il fait soleil sur la rue Saint-Jean à Québec, stie. J’ai un peu le hard on, mais ça passe. Je n’ai pas baisé Pascale. Est-ce que j’ai essayé? Non. Est-ce que j’ai essayé de l’embrasser? Oui, mais doucement. Est-ce que ça a marché? Non, mais c’est pas grave.

Pascale a 28 ans et elle n’a jamais fait l’amour comme il faut, comme on se sent bien, une seule fois encore dans sa vie. Biologiquement, elle est un homme, sans anomalie: sa vingt-troisième paire de chromosomes est XY, & tout & tout. Mais depuis avant même qu’elle ait eu acquis le vocabulaire pour le dire, elle se sent fille. Sur le spectre de l’identité sexuelle, où moi, par exemple, je ne me sens pas à 100 % gars mais proche, elle se sent à 100 % fille. Et, as such, elle est hétérosexuelle. Sur le spectre de l’orientation sexuelle, elle est attirée pas mal à 100 % par les hommes. En comparaison, Litchi et moi, on est un peu bi sur les bords, là où Fred, lui, ne l’est pas du tout, tant pis pour lui.

Tout ça, c’est des choses qui arrivent. Mais c’est pas drôle pour tout le monde.

Pascale est tellement belle et attirante que, pour un gars dont c’est le genre de fille, aucun doute ne vient troubler l’esprit lors de l’abordage, si j’ose m’exprimer ainsi. La voix de Pascale est grave, oui, pour une voix de fille, mais sa façon de parler paraît à coup sûr féminine.

Imaginez le danger. Une fois, elle n’a pas été prudente (une autre fois de trop) et est partie à la fin d’une soirée avec un gars qui n’y voyait que du feu. Quand il a su pour les big cock n’ balls underneath her skirt, il n’a pas filé doux. Il a reviré agressif. Il aurait pu la battre, on sait jamais. Il lui a fait des petites menaces. Elle n’avait rien voulu de mal. Elle voulait juste se penser normale, comme tout le monde. Maintenant, elle évite les cachettes, et c’est malheureusement mieux comme ça, parce que le world est un nasty place for queer folks of all kind, however kind & lovely.

Moi? Elle me fait bander ben raide, pénis ou pas, dans tête et dans le body, mais ça s’endure.

Quand elle a commencé à s’annoncer comme transsexuelle, elle s’est ramassée avec des gars qui voulaient juste le trip de fourrer une fille avec une queue, dans le cul, et même avec des plus fantasques, ceux-là, qui voulaient se faire enculer par une fille ‒ ce qui est excitant, bien sûr, sauf qu’elle, ça ne l’intéresse pas particulièrement.

Imaginez toute la peine qu’elle a dû avoir. Elle a été amoureuse, elle aussi, souvent, comme tout le monde, sauf que ça ne marchait jamais.

(dim27nov11‒07h44)

Pascale a de la chance. D’une part, comme je l’ai dit, elle est naturellement belle et féminine d’apparence; si elle porte bel et bien des faux seins (discrets, sobres), elle n’a jamais pris d’hormones ‒ d’ailleurs, l’opération de changement de sexe n’a jamais fait partie de ses plans («C’est pas mon sexe [biologique] qui fait que je suis une fille ou pas.» Right). D’autre part, ses parents, qui ont réalisé très tôt qu’elle était «différente», l’ont acceptée d’emblée telle qu’elle est et continuent de l’encourager dans la vie difficile qu’elle doit mener.

Écoutez, lisez, regardez: je déteste d’un peu à beaucoup servir et me faire servir des statistiques dans un contexte sérieux. Chu pas un comptable, ostie, chu un artiste ‒ «We think too much and feel too little», dit Chaplin dans The Dictator, à la fin. Mais je vais vous dire un fait: vouloir vivre, même dans une société libérale comme la nôtre, est une excellente façon de mourir. Vouloir vivre spirituellement, véritablement, et mourir douloureusement, physiquement. Beaucoup d’enfants se sentant laids, gros, manquant trop de confiance en eux, défavorisés à l’un ou les autres niveaux, etc., traversent l’école comme des mutilés puis sombrent. D’autres, très brillants, brûlent comme des feux de paille dès l’orée de l’adolescence, mal appréciés, mal épaulés, mal soutenus par un système dont l’idéologie égalitaire à outrance entraîne un nivellement général par le bas qui les étouffe, les frustre et en fait souvent des parias, des incompréhensibles incompris, livrés au désespoir et pire. Notre société, axée, en éducation, sur le formatage des jeunes pour en faire des citoyens productifs et conformistes, a fortement tendance à supprimer les sujets qui ne cadrent pas, lentement mais sûrement et en même temps absurdement coûteusement, mais là je parle comme un gestionnaire. Le suicide, à toutes les sauces, comme dans envoyer la sauce, est monnaie courante. Stéphany Litchi n’a que 22 ans et c’est une bête, elle est extraordinairement allumée et vivante. Elle prend un médicament contre un TOC depuis 5 ans. Frédéric, un autre impressionnant exemple, ne compte plus les penules que les psychiatres lui ont prescrites. Sibelle a pris des calmants et des antidépresseurs. Lorazepam, des anxiolytiques, si j’ai bien compris. Anyway. Et ceux et celles qui, comme moi, n’ont pas de diagnostic officiel traînent souvent depuis longtemps des problèmes divers d’alcool, de drogue, ou de drogues et d’alcool… Le suicide sous toutes ses formes, au Québec, est universel. Quand ce n’est pas la drogue, c’est le jeu, la téléréalité, la drague, les chars, l’exil et autres formes de fuite, name it! Survivre, câlice, est un véritable sport national, icitte. Un sport de haute compétiton.

Pourquoi je vous parle de tout ça?

Pourquoi est-ce que j’éprouve autant de sympathie pour la fierté queer ou LGBT?

C’est pour ça.

C’est parce que… Pourquoi, paradoxalement, dans une des sociétés les plus ouvertes et riches de la planète, au Québec, a-t-on l’un des plus hauts taux de suicides et de désespoir? Je dirais que c’est à cause de l’HYPOCRISIE. On donne aux enfants toutes sortes de sales espoirs, on les élève comme si on se préparait à les décevoir. En grandissant, ils se réveillent dans la Matrice, un univers cauchemardesque de faux semblants, où ce qu’on attend d’eux, c’est le rendement, la consommation rapide et l’intolérable standardisation de l’expérience humaine projetée, le conformisme dans une abjection proportionnelle à la beauté de l’illusion qu’on leur aura lâchement fait miroiter.

À propos des représentants visibles de la minorité (…nous sommes tous membres d’une ou de plusieurs minorités…) LGBT, le discours encore dominant, ne serait-ce que par la force de la peur, c’est: «Je n’ai rien contre eux, MAIS…»

Mais: qu’ils se cachent.

Je ne veux pas les voir.

J’aimerais, au fond, ne pas les SAVOIR.

Je voudrais bien qu’ils meurent, en silence, hors de ma vue, tabarnak.

Pourquoi ne disparaissent-ils juste pas?

Voilà la rampante, perfide, assassine hypocrisie qui pousse au suicide. Remplacez le dude ou la dudette LGBT par un ou une autre freak en puissance ainsi que son objecteur de conscience dans le placard par quelqu’un qui en veut à sa même liberté de vivre en paix, et vous retrouvez la même attitude meurtrière soft et acceptable reposant en toute quiétude.

*

Pascale est une créature fantastique et elle m’attire fougueusement. Présentement, elle dort avec Litchi dans la chambre; j’ai encore dormi dans le salon. (Par choix: j’étais cordialement invité à dormir avec elles deux, mais à trois dans un lit, ça allait mal ‒ surtout avec mon incontrôlable et volumineuse érection.)

Pascale a très gentiment repoussé mes tendres avances. Je ne suis pas son genre, c’est tout. Mais ce n’est pas son sexe ou l’attrait de l’étrangeté qui m’a rendu si vite si fou d’elle, c’est ce qu’elle dégage. Litchi me l’a demandé, avant-hier soir (elle se sent un peu mère poule avec Pascale): est-ce que c’est parce qu’elle est trans qu’elle t’excite? Non. Je me suis moi-même poussé à m’ouvrir l’esprit, depuis longtemps, assez pour que ça ne compte pour ainsi dire pas. Mon attirance, je crois, vient d’un mélange de mon propre désir de recevoir et donner de l’affection, de l’empathie peut-être ingénue que j’ai depuis l’abord pour sa façon de s’affirmer naturellement et généreusement, et de, je l’admets, sa pure et ineffable beauté dans mon regard. (Ouh! ‒ Sérieux, c’est vrai. Il y a aussi, sans doute, que ma condition physique au-delà du réel me procure un appétit sexuel grandiloquent.)

Litchi m’a dit Pascale, elle est comme ça, tout le monde la trouve attirante, belle, fascinante. Elle ne peut pas être déçue une autre fois; je pense que maintenant, ça la rendrait folle, elle est fragile. Elle m’a dit aussi fais-toi pas mal à toi non plus. Je n’ai pas mal. Je n’ai pas fait de mal non plus. Je suis très heureux de l’avoir maintenant pour amie. Elle vous salue.

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Comments
35 Responses to “Lovely chick with a dick”
  1. Le Prince dit :

    J’ai lu en personne à Pascale (& à Litchi) l’intégral de ce texte avant de le publier ici avec leur accord. Merci mes pouliches à sparkles de licornes.

  2. Le Prince dit :

    Oupse Fred m’apprend que Lora Z. n’a jamais pris d’anxyioltiques d,aucune sorte. Sorry & anyway, U get the point…

  3. Sophy dit :

    Cinq étoiles, Prince Ranger. Je pense que c’est ton plus beau texte que j’ai pu lire.

    (Je me fais prescrire des penules depuis des années, mais je résiste encore, à tort ou à raison.)

    Salut à Pascale.

    • Le Prince dit :

      Le tort & la raison ne s’excluent pas mutuellement, malheureusement, je présume, mais je sais même pas ce que je veux dire par là au fond, je suis feöu comme d’la marde.

  4. Litchi dit :

    Fucking wow. Weöw.

  5. ambidextre dit :

    Moi, ce que j’en pense, c’est que le monde GLBT devient tranquillement aussi intolérant que le monde ABCD. J’écris GLBT parce que les lettres semblent souvent placées par ordre d’importance. Gay laitue-bacon-tomate. Whatever. Sinon je suis 100% d’accord, fuck les stéréotypes de genre.

    • Right. Y a des intolérants partout. Ça fait longtemps qu’il y a des divisions de marde entre différentes sortes de queers. Ça chie dans tête.

      • Sophy dit :

        Amibi c’est un de mes amis les plus queers!

        (Gay-Laitue-Bacon-Tomates. Huhuhu. Je vais essayer de m’en rappeler.)

        Heille j’ai-tu hâte que le monde arrête d’être cave? Merci à vous d’être comme ça. Ça me donne de l’espoir. Ça me donne moins envie de mourir prématurément.

        • Merci à teöi oussi Sophy. Tu m’influences. Tu me fais du bien dans tête, depuis que je te lis. Le monde va pas arrêter d’être cave, j’en ai bien peur, mais j’ai moins peur.

          • Sophy dit :

            Weöw, ça c’est un beau compliment. Merci, je suis tute gênée… L’autre jour on parlait de toi, ma Meulie et moi, et on disait à peu près la même chose.

            Se faire du bien dans la tête, c’est beau et magique. Et quand les mots ont plus de force que les penules, c’est crissement magique.

            Bon, on a peut-être l’air téteux, mais je m’en fous, je suis sincère.

            • ambidextre dit :

              TÉTEUX! Get a fucking room!

              Heille, aujourd’hui j’ai vu un écureuil se prendre pour spider man. Il montait mon mur de brique à l’horizontal. Ils sont intenses les écureux icitte. Un jour je vous montrerai mon écureuil en ciment.

              En passant Ranger, ton histoire est ben trop cliché. Si je résume: c’est l’histoire d’un gars qui aime une fille et il pense qu’elle l’aime pas parce qu’elle a peur de lui quand en fait, elle le trouve juste pas de son goût. Ne te fais pas d’attente, ne reste même pas ami avec elle. C’était mon conseil de mononcle du jour.

              Remarque, je compatis, c’est l’histoire de ma chienne de vie.

              • Euh… Je dis précisément dans le texte que «je ne suis pas son genre, c’est tout.» Je ne me fais pas d’attentes, et elle est mon amie avant tout. Inquiète-toi pas. Je comprends quand même ce que tu veux dire. Ça m’est déjà arrivé de me faire pas mal mal pour des histoires impossibles. On s’en rejasera.

  6. Simon D. dit :

    J’ai croisé Pascale dans un des fameux vendredis de la Poésie du TAP. Son espèce de voix cassé, brute mais douce. J’comprends l’attirance. J’comprends ses poèmes. Pascale est tellement plus vivante que n’importe. Mais terriblement plus brisée aussi.

    Mais forte parce que résistante. Nichée entre les deux pôles qui scindent l’humanité. Ni homme ni femme, juste: Humaine, terriblement et froidement.

  7. Le Mercenaire dit :

    Arrivée marquante et remarquée, mon cher Danger. Bienvenue à bord. Avec ce billet-là, t’as open-bar pour toute la durée de ton séjour.

  8. Ed.Hardcore dit :

    Belle déclarations d’affection, Danger. Pis belle chick, by the way.

    Bienvenue Prince terroriste, on se fait un party gaz moutarde dans pas long ! Bisous.

  9. e.m.\c.p.\ dit :

    lecture au petit matin, le coeur pleins de regrets, les souvenirs pleins de peurs, ça donne envie de mourir, merci pour le texte.

  10. Gral dit :

    Volumineuse érection ? Ce déphasement de la réalité m’a bien fait rire.

    Gral.

  11. Tarlatane D. dit :

    Pénis de beauté. C’est fragile et furieux. Comme j’aime.

  12. ambidextre dit :

    Je trouve que les pénis sont à leurs mieux quand ils sont enfouis à quelque-part… c’est la beauté du trésor caché en quelque sorte…

  13. Il y a une chose que j’ai ratée dans mon texte. Pour faire de l’humour et pour alléger la tension, j’ai trop mis l’accent sur l’attirance sexuelle alors qu’il y a plus que ça.

    Notez aussi que Pascale écrit, et ça vaut le détour. Elle publie des «notes» sur son Facebook et a laissé quelques créations remarquables sur son blogue pour le moment abandonné (mais qui renaîtra peut-être): http://jeunefillemoderne.blogspot.com.

  14. Ça y est. Pascale a un nouveau blogue. Elle torche. Commencez donc par là, pour voir:

    http://lajeunefemmemoderne.blogspot.com/2011/12/transsexuelle.html

  15. Sébastien dit :

    J’ai rencontré la ravissante il y a plusieurs années. Elle m’a dit ce qui en était dès le début, pas de problème pour moi. Il y eu du flirt des deux cotés. Mais bon, finalement, une chose qui est bien étrange, c’est que pour moi, elle était un peu trop fifille, malgré son physique.
    Bref, pour ce qui est d’être une femme, elle le montre bien et sait se faire valoir de la sorte. Et cette façon d’annoncer, simplement mais rapidement qu’elle est, physiquement seulement, un homme, est parfaite à mon sens.
    Bonne chance à elle pour le reste. :)

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  1. […] est Pascale Bérubé? Elle tient un blogue ici, et Ranger en avait parlé dans son excellent texte Lovely Chick With a Dick. Un texte si beau et touchant que si j’étais pas un robot, j’aurais pleuré en le lisant. […]



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