Fille scratch and squeeze

Mon dieu que c’est cher la vie.

 

–         Combien?

–         Tu veux pas savoir.

–         Pour 9 piastres, tu fais quoi?

–         Je m’endors sur un film de location et me réveille une heure avant de devoir aller le retourner. Pour 9 piastres, t’as juste assez pour t’offrir le luxe de m’écoeurer avec tes histoires de job pendant une dizaine de minutes.

 

Parfois, j’aimerais enclencher le bouton AutoTune quand les petits jeunes paumés me jasent de leur débossage de poêle ou carrosserie, pour rire un peu. Mais dans le fond, tristement même pas de besoin. Tabarnack que j’ai un cerveau masochiste moi quand mon portefeuille le veut. Tantôt, je travaillais, ma dernière soirée en ville avant de partir pour Trois-Rivières so je me suis liché l’intérêt bien comme il faut pour qu’il puisse rentrer dans à peu près tout. C’est un cercle. Les affaires plates du monde. L’argent. Terme de job qui ring aucune bell. L’argent. Une possibilité de job en déneigement. Money. Les aléas communautaires. Keshing? Ma noune, oui. Je te montre ma noune de même pour rien dans la salle. Elle fait miaou. Mon g-string, c’est sa laisse.

 

« Client, ta yeule, écoute moé parler avec mon corps dans le backstore, effeuillette ton wallet, pis bonne nuit. »

 

Emprise headphones. Les speakers sont menstrués. La bass est, poulette, chicken, ben pop, cock. Erico, c’est le chauffeur. C’est un incompétent chauve dans la trentaine. Tu veux que je te parle de lui? De quoi veux-tu que je te parle? Je peux te parler d’à peu près tout. Je suis hot de même moi. Fille scratch and squeeze. Conversation dont t’es le héro. Quand je te criss mes boules dans face alors que je danse pour toi, c’est que je me cache pour bailler. Tu scratch, tu squeeze, deux mains ou deux tounes, une par mission. Je passe au suivant avec ça moi après. Je paye mon chauffeur. Erico. Pis c’est la monnaie canadienne elle-même qui a mal à l’ego. Gros cave. J’y va. Pars le meter, bonhomme.

 

Il étudie pour devenir soudeur. Il a une business, un chien de garde. Il met un canal Galaxie aléatoire pour son chien et ses tournevis quand il part de chez lui. Tabarnack qu’il parle. Pourquoi je sais tout ça moi? Pour en faire un poème un jour? Je ne crois pas. Pas la peine. Tellement d’autres choses à écrire que des poèmes.

 

Ce que les clients semblent ignorer, c’est que les oreilles, c’est des orifices. Oui. J’essaye de me les calfeutrer sans cesse en me rejouant les évènements de ma journée mais c’est pas suffisant. Le gros boom boom, c’est pas suffisant. Superposition, non plus. J’entends, record malgré moi. Tabarnack que le monde regorge de niais.

 

« Tantôt. Tantôt, qu’est-ce que je faisais? J’étais avec Daniel. Il me faisait lire ses nouveaux poèmes, je donnais mes commentaires et soulignais mes phrases préférées avec ma yeule. Bave high five. Je boursouffle. Pourquoi ai-je accroché à celle-là? Parce que les oreilles, ce sont des orifices. Je le savais déjà, je le sais depuis longtemps. Il suffit d’une trentaine de pas dans ce club pour que m’y frappe à nouveau. Vigueur. »

 

Les guillemets dans tout ça, c’est les deux bandes de tissus qui me cadrent les mamelons. Tabarnack que je pense avec mon décolleté. Très réversible comme calinours. Je vous parle de ma vie. Littérature emo. Pas snifflable alors mise en ligne sur un blogue de même. Mais pas trop souvent. Juste comme ça, pour tenir au courant, taguer mes pensées pour qu’elles aient au moins l’impression d’avoir été documentées. Du noise. Littérale en plus. Postérité très petite dans ses shorts.

 

Quand je travaille, je porte si peu de tissu, c’est débile. Tu pourrais même pas faire un one piece à une barbie naine avec ça. Peut-être une cape à ta pouliche si tu possèdes une surgeteuse. Je connais rien aux surgeteuses mais je peux te dire que mon amie Sophie en a une, te raconter notre voyage à Baie St-Paul, faire une parenthèse sur les alpagas. Mais tu me payes pour quoi? Pour faire des lettres majuscules avec mes bras, minuscules avec mes jambes et idéalement contribuer aux points de suspension dans ton jeans trop tight.

 

« Cerveau, dans ta chambre. Individu, mets tes training weels. Vraie vie, bonjour. »

 

J’ai pas de besoin d’aller à Berlin pour baigner dans le minimal. Je fais ma tounue dedans depuis trois ans. J’ai toujours senti le besoin de spécifier qu’avec zéro orifice involved, mais je réalise que c’était un gigantesque mensonge. Mes oreilles, les pauvres. Avec un moustiquaire, le fret rentre pareil. Les mouches à fruits aussi. Si en entrant dans le club, mon cerveau, c’est de la sauce blanche, en en sortant, mon sang, c’est de la sangria. Télégraphe bien élevé. La langue française en dictée trouée, berret ergonomique avec un cerceau, le client. Tous dans le même chapeau. Nommé désir. Penesse Williams.

 

Je ne buvais pas avant à la job. Maintenant, c’est différent. Il faut que j’oublie que je suis la version vivante et palpable de la vraie Schtroumphette d’Alain Fisette. Léopard shooté au windex. Ça coûte pas cher boire. Ça coûte juste cher à mes oreilles. Sont slacks. Zéro cerise. Neuf piastres le verre, mais pas mon PIB. L’économie locale. La barmaid : la petite dépanneuse du village. Contribue à la plus totale élasticité de ton pénis. La simple préposée à l’érection que je suis ne peut plus rien pour toi. Ton pénis, y’est soûl. Le mien aussi.

 

Un clitoris, ça devient tranquillement un petit dard, oui. L’inverse de l’appétit sexuel chez une fille, c’est volumisant. Surprise. Plotte en talon aiguille. Je promène mon doigt un peu dessus pour le show que me propose le ti monsieur dans l’cockpit. Mais le pilote automatique vole pas haut, pas toujours la même latitude. Ce soir, j’ai plutôt l’impression que mon clitoris feelait seringue. L’antidote pour mes doigts. Avec lesquels j’écris cette note. Sans retenue. Les vraies affaires. Le témoignage. Faire le point sur un doigt sur deux. Main feuille mobile.

 

« Pour Nowel, je veux le liquid paper dans le moment. »

 

Mais surtout mes oreilles. Ouate the fuck que j’aille à composer quotidiennement avec autant de bullshit. Il me faudrait un disque dure externe pour toutes ces futilités. God oui. Pourquoi je ne peux pas entendre un échantillon de ce que je veux entendre. Pas tout au complet. Juste une brindille.

 

« Offrez-moi une petite gâterie, quelqu’un. »

 

Une notification de message texte. Le tintement de Gmail. La réponse d’un correspondant. Des nouvelles des gens qui disaient m’apprécier il y a pas longtemps. Sais-tu quoi, toi qui me lit en ce moment? Je t’écoeure en ce moment avec mon break dance de neurones et j’ai l’impression que je te dois donc de l’argent, oui. Bien plus que neuf piastres. Ce qui est encore plus triste. C’est que si la vie venait collecter ce fameux neuf piastres dans mon compte d’existence à chaque fois que j’obtiens quelque chose que je veux, je serais encore bien riche. Oui. Ce même si ma fortune serait une affaire de deux mains, un pied. Flamand rose éternel. Il me semble.

 

« Cash, money, pussy. »

 

Je me travestie l’écrit. Le sérome de mon clitoris se dissipe.

 

–         Pour 9$, tu fais quoi?

–         Je te joue La pire journée au monde d’Avec pas d’casque en pets de noune.

 

Je suis pauvre, mon petit frère est en famille d’accueil, le garçon que je fréquente me donne pas de nouvelles, mon beau-père va mourir du cancer des poumons, la cours d’école est trop petite pour tout le monde, mes souliers sentent mauvais, le club est si mortellement mort que même le zombie veut se tirer une balle.

 

–         Pour 9$, qu’est-ce que tu me fais?

–         Je me lève et je m’en vais. For sports, si tu y tiens, je vais vomir aux toilettes et te ramène un doggybag.

 

Je vous écoeure avec ma littérature comme mes clients le font avec leur forage au diamant. Tout ce qui compte finalement, c’est la littérature. Tout ce qui compte pour mon client, c’est le forage au diamant. Et ma noune. Mon cul, mes fesses, mon dos. Mes oreilles, elles?

 

Je me sens comme une génératrice maniaco dépressive, pleine de contradictions. Je sais bien que j’ai pas de raisons de chialer, que c’est relatif, ça se renverse, mais parfois, il fait bon de chialer. Le rouleau d’imprimerie. Pas même de soucis pour les fautes. Mettre le tout en italique pour justifier. Comme c’est pas dramatique si je manque un moove sur mon stage. Mon stage, les clients vont le confirmeront si vous osez me visiter, il te laisse avec l’envie de te commander un pichet de luxure. Même si je passe sur le bord de me briser un bras ou me rompre le cou. Malgré mon anatomie d’absolu porcelaine, le sang pompe. Un plus un égale vagin dont je liche la baie.

 

Pour neuf piastres, je te chique du tabac en vingt cinq bâtons, je te parle cinq minutes à frais virés, je te donne un échantillon de bonheur, dealé direct par la vie et moi il me reste toujours neuf piastres en banque. Magie. Il est tard. Le marchand de sable est en train de fourrer ma mère dans l’autre pièce. (Oui, j’ai une famille.) Demain, je pars pour Trois-Rivières et toutes les créatures mythologiques qui pourraient m’aider à ne pas avoir l’air d’une bouteille vide en sandwich dans de la chaire humaine sont présentement en train de roupiller dans l’indifférente promesse du demain naissant.

 

Mercredi, je vais aller au Zénob célébrer mon arrivée dans cette ville pleine de promesses. Utiliser ces neufs pièces dorées pour partager un pichet avec un autre client ou autre cliente, avec mon linge pis tout. Qu’est-ce que je vais faire alors pour ce montant? Écouter. Écouter oui. Plate de même. Plein pouvoir de contemplation. Juiceboxe que l’autre. Un verre à la fois. Avec la plus complète langueur dont je suis capable.   

La vie continue feat. Trois-Rivières.mp3

 

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Comments
9 Responses to “Fille scratch and squeeze”
  1. Ed.Hardcore dit :

    Si je roule mes cennes, j’ai juste trois et cinquante-deux. Pour trois et cinquante-deux en p’tit change, tu fais quoi ?

  2. ambidextre dit :

    J’aime pas ce que tu écris. Ça veut pas dire que c’est pas bon, au contraire, ça fait juste mal en-dedans.

    • ambidextre dit :

      Juste quand tu parle de ta job. Je sais pas pourquoi exactement.

      • Sophy dit :

        Oui.

        Et on s’attendait-tu à ce qu’elle parle de ces orifices-là? Ossetie de Vécké. Mais « ossetie de Vécké » dit affectueusement, tu comprends.

        • ambidextre dit :

          Oui.

          Mais moi c’est mes orifices visuelo-lacrymaux qui en arrache là. Je ne voudrais pas qu’elle me paie pour lire ça, de toute façon l’inflation bouffe toute. Pour 9$ on a même pas deux pintes de bière, et on plus, en vieillissant deux pintes de bière ça rend même pas un ti-peu feeling. Double whammy inflationiste dans nos faces de vieux. Le plus grand bienfait de ce texte c’est de me rappeler, en le lisant jusqu’au boutte, que je suis masochiste, tu comprends.

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