Chronique sur les arthropodes : le iule

Au premier jour du présent mois, j’ai reçu une invitation à participer à Terreur! Terreur! Mi-touchée mi-intimidée, j’ai un peu hésité avec d’accepter. J’aime ce blogue et ses auteurs, mais je suis pas une terroriste, et s’il s’avère que je défais le monde, c’est bin juste parce que je suis un grain de sable dans une craque de fesses. Mais Edou m’a rassurée, m’a dit que je pourrais y poster des notes gnéseuses comme j’en ai l’habitude. Ainsi, chers lecteurs que je connais pas bien, si le gnéseux c’est pas votre bag, au moins je vous aurai prévenus.

Je peux te tutoyer? Ça va être plus chaleureux, je trouve.

Jusqu’à présent dans ma vie, j’ai écrit deux (2) chroniques sur les arthropodes, et je vous livre ici ma troisième. Je veux pas me prendre pour un autre, mais on pourrait dire que je suis un genre de Georges Brossard, sauf que je suis pas entomologiste, je suis beaucoup moins courageuse, je chasse pas les insectes, et je roulerai jamais mes r aussi bien. En fait, je suis juste une fucking bebitte moi-même.

Tous les animaux m’intéressent, mais j’ai commencé cette chronique en bonne partie parce que je pense que les bebittes méritent plus d’amour. Sont pas toutes aussi quioutes que des bébés phoques, je le sais, beaucoup de gens en ont peur (je lève la main timidement), même que les phobies ne sont pas rares, mais je vous assure que ça se guérit totalement ou partiellement (je lève la main avec aplomb). Peut-être as-tu peur des bebittes. Peut-être les trouves-tu dégueuses. Eh bien moi, j’ai de la peine dans mon coeur quand on regarde une bebitte avec haine et/ou dégoût. Mais je comprends. Et je veux te montrer que les arthropodes sont pas inutiles, insignifiants, laittes, méchants ou dangereux (en fait, oui, il y a des espèces qui peuvent te faire mourir dans d’atroces souffrances, mais au Québec on a beaucoup de chances côté bebittes tueuses). Oui, on peut accepter de cohabiter sereinement avec ces mini-monstres. Et c’est le principal but de ma chronique, car en plus de vouloir t’émouvoir avec des tites faces complètement a-do-ra-bes, j’aimerais sincèrement t’apprendre à aimer et à ne plus craindre les bebittes. Si t’as pas peur, tant mieux. Si t’es terrifié, je te prends par la main, sans aucune condescendance — j’ai moi-même encore peur de plusieurs espèces. Suis-moi, on va y aller doucement.

Au départ, je voulais commencer ma chronique ici avec la megastar ☆Scutigère Véloce☆, mais je vais la garder pour plus tard. Je vais plutôt y aller avec le iule, petit animal duquel je me sens plus proche.

Une des espèces de iules les plus communes au Québec, Cylindroiulus caeruleocinctus,  est d’origine européenne, et c’est Homo sapiens quil’aurait accidentellement introduite en Amérique du Nord. J’ai souvent vu Cylindroiulus caeruleocinctus, ou peut-être que c’était une espèce vraiment similaire, c’est toffe à dire, faudrait vraiment que je devienne amie avec Georges parce que les internets n’ont pas l’air de s’intéresser beaucoup à la présence de Cylindroiulus caeruleocinctus au Québec. (Je peux essayer de ploguer son nom une coup’ de fois dans mon texte pour que tu puisses le mémoriser plus facilement, mais ça adonne que ça se prononce pas super bien, alors j’insisterai pas trop.) Le iule, parfois appelé Nine Inch’nille appartient à la classe des diplopodes, nom qui provient du grec diplous, double, et podos, pieds, car les diplopodes ont deux paires de pattes par segment. Tu vois que je drope pas des noms comme ça juste pour le fonne : c’est pour comprendre et mieux identifier les bebittes. Bon. Les diplopodes sont des myriapodes — myria! Dix mille! Moi j’aurais voulu être là quand des scientifiques se sont entendus pour trouver ce nom : « Ouais bin tout ce gros tas de bebittes, ça fait pas mal de pattes, on pète les trois chiffres pis c’est clair! Eurh eurh eurh! » — un sous-embranchement des arthropodes (arthron, articulation) qui comprend entre autres notre fameuse scutigère (j’ai hâte de te parler d’elle!). Les arthropodes, c’est l’embranchement qui comprend le plus grand nombre d’espèces animales sur la planète. Environ 80%. Tu visualises la grosse pointe de tarte? En tout cas, le jour où toutes les baleines bleues voudront faire la guerre à tous les arthropodes de la Terre, je vais totalement parier sur ces derniers, tsé. Bref, sont une méchante grosse gang, pis comme c’est presque impossible de les éviter, j’ai décidé d’apprendre à vivre avec. Tu vas voir, c’est faisable!

Le iule est un petit animal assez facile à aimer. D’abord, il ne va pas se garocher sur toi : il ne vole pas, ne court pas, ne saute pas. Il fait sa vie, pom pom pom, en marchant tranquillement, passant le plus clair de son temps caché dans le sol. Il est principalement nocturne et fuit la lumière, alors il devrait pas venir t’écoeurer pendant que tu fais un pique-nique, à moins que tu fasses des pique-niques nocturnes avec tes amis gothiques — et même là, il y a peu de chances qu’il se joigne à vous. C’est pas de la pure timidité ni de la politesse : il se câlisse de toi, simplement. Je dis pas si t’étais souillé de matières végétales en décomposition, là, peut-être qu’il serait tenté de venir pique-niquer sur toi. Mais bon, j’en serais bin étonnée, parce que le iule, il fait ses p’tites affaires pis il te fout la paix. D’ailleurs, je le trouve paisible, moi. Fais juste observer ce millipède géant : n’est-il pas relaxant? Je me tanne pas.

Mais l’affaire la plus hot, la plus cool, pis là c’est mon boutte préféré, c’est sa façon de réagir face aux prédateurs, réels ou virtuels. Quand le iule se sent en danger, il se roule en spirale pis il pue. Ce qui pue, c’est la substance jaune-orangé qu’il sécrète, voyons ça comme un genre de peupi nerveux. Rien à craindre, il ne peut ni piquer ni mordre ni déposer de plainte à la police. OK, son ti peupi acide PEUT créer des réactions cutanées, mais tu vas pas pleurer pour ça, là, c’est vraiment moins pire que le gros bobo de Vécké. Si t’es game, essaie ça : tu touches le iule du bout du doigt, et fouiiiiiiiiit! il se ramasse en tas! MALADE.

La plupart des iules se nourrissent de matières végétales en décomposition ou parfois de petits arthropodes. Il semblerait que Cylindroiulus caeruleocinctus soit végétarien, mais je dois avouer qu’on ne trouve pas une abondance d’informations sur son cas dans les internets. Je dirais même que le VRAI problème, la grosse marde qui va pas dans le monde, c’est que les internets manquent de iules. Voilà, c’est dit. Fallait bin que quelqu’un en parle, hein?

Deux iules qui font la tendresse

Pourquoi le iule est-il important? Personnellement, je crois pas que ce soit nécessaire que chaque espèce animale ou végétale ait une utilité pour avoir de l’importance, mais je vais quand même tenter d’en trouver afin de satisfaire les gens plus terre à terre. La terre, justement, elle a besoin d’être entretenue, brassée, aérée. C’est plein de vie, là-dedans! C’est pas pour rien que ta mère te disait de pas mettre ça dans ta bouche. Si les lombrics sont des spécialistes du labourage, ils sont pas les seuls dans ce domaine. Le iule c’est comme le coloc du lombric, pis il participe aux tâches ménagères, mais il frotte juste un petit peu moins fort. En fait, non : il frotte aussi fort, mais il s’occupe de l’époussetage pis du balai au lieu de refaire les rénovations. Ah pis fuck les métaphores : le iule travaille la couche supérieure du sol. Labourage, recyclage, tute. Mais surtout, il est quioute. Juste quioute. Et on peut l’apprécier pour ça, et aussi pour

le

mouvement.

Hypnotisant. De. Ses. Pattes.

En parlant des insectes, Georges Brossard a dit : « Y’a pas de vie inutile. » Wow. Merci, Georges. Je me sens moins mal d’exister*.

*Allume ton détecteur de sarcasme, il sonnera même pas.

NOTE : Le dessin de l’en-tête est de Darnziak, qui a gentiment accepté de le faire pour accompagner le texte ci-dessus. Darnziak, aka Jean-Philippe Morin, a illustré le recueil de poèmes Carcasses au crépuscule de Patrick Brisebois (L’Effet pourpre, 2002, bonne chance pour trouver ça) et L’angoisse des poulets sans plumes de Sébastien Chabot (Trois-Pistoles, 2006). Prof de philo au collégial, il blogue depuis 1978. www.darnziak.wordpress.com

Publicités
Comments
4 Responses to “Chronique sur les arthropodes : le iule”
  1. Le Prince dit :

    T’écris des gnéseuseries drôlement intelligentilles, miam!

  2. Jean P. Rimé dit :

    In beubittes we trust

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :