La métaphore de l’investissement

Faudrait un peu se parler de vocabulaire, voire de champs lexicaux. Faudrait aussi se rappeler les distances qui existent entre le littéraire et le littéral, se rappeler ce que métaphore veut dire – car comme figure de style, elle est la plus populaire, non? 
Au cœur du débat qui secoue le Québec depuis quelques semaines, à savoir celui qui tourne autour de la hausse des frais de scolarité, on ne cesse d’utiliser dans le camp du pour comme dans le camp du contre, un vocabulaire grossièrement dérivé du monde financier.  Le mot qui me fait le plus grincer des dents, c’est celui d’investissement. Pourquoi? Parce qu’il y a méprise quant à l’usage de ce mot : on l’utilise à la fois au sens figuré et au sens propre. Au départ, j’étais en paix avec l’usage plutôt métaphorique de ce mot. Ça s’est corsé par la suite. 
En étudiant, l’individu fait un investissement sur lui, en ce sens que le travail qu’il met dans ses études se bonifiera plus tard, et ce, de diverses manières – il aura probablement un meilleur emploi, une meilleure qualité de vie, oui, mais il sera aussi plus cultivé, plus savant, possible que son esprit critique se soit davantage affûté, il est probable aussi qu’au cours de ses études, il ait appris à réfléchir avec une multiplicité de perspectives.  Peut-être développera-t-il un goût accru pour le savoir, se sentira-t-il davantage interpellé par les enjeux sociaux, politiques, économiques qui agitent la vie sociale d’ici et d’ailleurs. Pas parce que le passage à l’université enduise l’individu d’une substance magique qui se mêle à ses flots sanguins et désinhibe le génie secret qui dormait en lui, mais plutôt, parce que les études, comme expérience de vie, forment le sujet et le tiennent en contact serré, pendant quelques années en tout cas, avec différentes sphères du savoir qui l’obligent à développer une certaine sensibilité intellectuelle. Cet investissement n’est pas qu’un investissement financier traduit en frais de scolarité, en dettes d’études, etc. Il est avant tout un investissement social car cet investissement (que l’étudiant – par les heures de travail qu’il met dans ses études et par l’argent qu’il emprunte ou débourse pour s’acquitter de ses droits de scolarité – et la société – par l’argent des contribuables – font sur lui) bénéficie à la société en général. Quoique depuis quelques années, tout ce qui a trait au monde intellectuel semble dégoûter une importante portion de la société.
Jusqu’ici, la métaphore tient. Mais plus pour longtemps : au cœur du débat qui nous occupe, on ne cesse de comparer l’investissement que l’étudiant fait sur lui (en temps et en argent) à celui qu’un individu ferait dans un indice boursier ou dans une action. Et c’est aussi au nom de cet investissement qu’on justifie la hausse, car c’est prouvé, il sera rentabilisé dans le futur. Comme M. Facal, nous avons perdu la dimension métaphorique de ce mot. Je ne croyais pas qu’on pourrait en venir à comparer sans aucune nuance un projet d’études universitaires à l’achat d’un immeuble – car s’il y a une distance entre ces deux choses, celle-ci n’est plus métaphorique mais maladroitement analogique. 
C’est ici que se déroule le vrai débat. Quelle valeur sémantique donne-t-on au mot investissement? Doit-on, pour faire valoir les différents arguments, se borner à l’usage du champ lexical de la finance qui ne teinte le débat que d’une seule couleur? Le recours à un tel vocabulaire n’éclaircit pas le plus important : c’est-à-dire s’entendre sur la place, l’usage et la fonction du savoir dans notre société – je ne vous cache pas ma peur d’une société qui ne voudrait que d’un savoir strictement rentable.  
Que fait-on des disciplines qui n’offrent pas de retour sur investissement à la manière d’une valeur mobilière? Faudra-t-il se résigner à n’investir que dans des études universitaires dites rentables? Faudra-t-il fermer les départements ou les facultés qui proposent des disciplines qui ne débouchent pas sur un emploi direct sur le marché du travail? Faites! Ensuite, peut-être perdrons-nous la capacité de déceler le métaphorique du littéral et des dires en forme de sophismes comme ceux que M. Facal nous tient, passeront à travers notre sens critique atrophié comme dans du beurre, en transportant des discours encore plus dangereux, sans que ça n’agace personne? Peut-être sombrerons-nous dans la méconnaissance des principes les plus élémentaires de notre système politique (pensons à Arielle Grenier qui nous a illuminé par son interprétation ma foi très libre du concept de démocratie) à un point tel qu’un seul individu, aussi malintentionné soit-il, sera libéré de toute responsabilité sociale. Peut-être cesserons-nous de nous poser des questions telles que « Qu’est-ce que la fiction? » et jetterons-nous en prison tous les Rémy Couture de ce monde? C’est alarmiste comme portrait? Je sais. Si on supprime des institutions qui transmettent le savoir ce type de connaissances qui ne sont pas immédiatement rentables (connaissances qui sont pourtant, d’après moi, socialement très utiles) ce scénario devient très probable. D’ailleurs, tout ça est déjà bien entamé : on a déjà éjecté de bien des domaines académiques toute formation humaniste. Ensuite, doublez ce scénario catastrophe d’une épidémie monstre de cynisme qui écœure tout individu de ses tâches citoyennes et de la montée de la pensée individualiste-consumériste et je vous gage deux bières par semaine que nous nous retrouverons dans Mad Max.  
Il est évident que la manière de financer notre système d’éducation supérieure est à revoir.  La manière de gérer son financement aussi. Il faut par contre être au fait des idéologies que servent chacune des solutions.

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Comments
21 Responses to “La métaphore de l’investissement”
  1. Lorazepam dit :

    Wow. Je suis pas assez scolarisée pour juste espérer pondre un texte aussi brillant.

    Sans blague, merci Steph. Au sens figuré mais surtout au sens propre, le terme « investissement » commençait à me taper sur les nerfs mais j’arrivais pas à trouver précisément pourquoi. Tout est plus clair, maintenant.

    J’aimerais qu’on n’ait plus jamais besoin d’utiliser les tags « Mad Max » et « Intellectual Apocalypse ». Je me permets d’avoir un peu d’espoir, oui oui!

  2. Alexie dit :

    Juste ajouter que des fois, le contact de l’université procure un sens critique aiguisé, oui, du fait que la logique économiste a déjà commencé à faire d’elle une machine à saucisses comme les autres; je veux dire que la haine de l’université, cultivée pendant six sessions de bac, quatre sessions de maîtrise, c’est fécond en maudit dans le cerveau. On en sort instruit, pauvre, enragé, criblé de dettes. Si on réussit à se débarrasser de la marchandisation du savoir, il restera tout de même un hostie de ménage à faire dans l’institution, mais oui, je sais, chaque chose en son temps.

  3. Très bon texte. Ça décrit bien comment le débat dérape loin des questions que la société doit se poser.

  4. David Simard dit :

    En fait, vous ratez l’essentiel. Le mot investissement est utilisé, à gauche comme à droite, pour désigner la réification du savoir. La seule différence réside dans le fait que la gauche veut que l’État prenne en charge cette responsabilité, et se propose ensuite de vendre notre savoir sur l’échelle internationale pour ensuite revoir sous forme d’impôt les bénéfices, tandis que la droite veut faire reposer ce fardeau sur les individus et réduire les impôts. C’est drôle parce que d’une manière ou d’une autre, c’est à peu près les mêmes qui vont payer, car la discrimination sur les résultats dans les institutions scolaires évacuent déjà les classes inférieures, de tel manière que tout le fardeau revient à la classe dite moyenne.

    Jamais la droite n’a abordé, pour le moment en tout cas, l’épineuse question de retirer des programmes jugés non rentables, bien qu’il est clair qu’elle y songe les jours de pluie. La gauche elle, ne critique en rien la logique capitaliste, et contribue donc indirectement à ce que les gens qui étudient dans des programmes culturelles vivent dans la misère toute leur vie durant.

    • Le Mercenaire dit :

      «Le mot investissement est utilisé, à gauche comme à droite, pour désigner la réification du savoir»; c’est un peu ce que j’ai dit, non? : «…on ne cesse d’utiliser dans le camp du pour comme dans le camp du contre, un vocabulaire grossièrement dérivé du monde financier».
      Excepté que je me suis bien gardé de parler de la gauche ou de la droite. Ce que je veux dire ici, c’est que cette métaphore de l’investissement nous éloigne d’une chose qui me semble essentielle et que je ne crois pas avoir ratée : il faut se demander ce que l’on veut faire de nos institutions de savoir. Évidemment que la question de leur financement ne peut être écartée. Mais si on persite à traiter le savoir comme un investissement financier, il est évident qu’une réorganisation des institutions de savoir est à prévoir. Si je vois mes études comme un placement, je voudrais forcément le meilleur retour sur investissement. Je vais choisir la carrière la plus susceptible de me fournir ce bénéfice à long-terme. Ça me fait penser à une discussion que j’ai surprise dans les couloirs de l’université, il y a quelques années :
      -Pis finalement, t’es rentré en arts dentaires?
      -Non. J’avais pas les notes. Je suis rentré en droit à’place.

      • Chris Seroquel dit :

        Prochaines métaphores totalement galvaudées à déconstruire: la gauche et la droite. À ce moment là, Monsieur Simard (je parie que vous portez une cravate !) et Kapache pourront vraiment haït les littéraires ensemble devant une bière !

        • Chris Seroquel dit :

          Juste pour ajouter un truc aux sophismes gros comme le bras présentés plus haut (moi qui pensais pouvoir me défouler un peu pendant la grève…)

          1) Les conservateurs ont déjà amorcé le processus qui mène à un « retrait des programmes jugés non-rentables »: désormais, toute demande de recherche dans le domaine des lettres et sciences humaines doit démontrer en quoi elle rend possible un retour sur l’investissement et des « applications concrètes », justement. D’autres exemples: les budgets qui fondent dans les départements de lettres, et font en sorte que plusieurs cours ne sont pus donnés à chaque session.

          2) À propos du « (…) les gens qui étudient dans des programmes culturelles [sic] vivent dans la misère toute leur vie durant »: demandez à un prof de Cégep qui donne aussi des charges dans une Université combien elle/il gagne par année. C’est plus que la plupart des ingénieurs, sauf s’ils travaillent pour Dessau ou SNC-Lavallin (et donc, par la bande, Jean Charest et Tony A.), aussi plus qu’une bonne beurrée de diplômés des HEC (les étudiants de M. Facal justement), ces fameux Maîtres en marketing qui font du télémarketing pour Fido…

          Le problème, Mercenaire, c’est que tu n’a pas toujours les lecteurs que tu mérites… toi qui les invites à LIRE (un truc qui se perd de nos jours) et penser par eux-mêmes au lieu de régurgiter les superbes discours super brillants et bien formulés – 20 ans de pratique et de révision dans des séminaires, ça aide – de leurs profs baby-boomers

          Bon, avant qu’Ed ne se tanne de ces discussions qui mènent à rien, je retourne dans ma tannière… mais pas sans envoyer ce S.O.S. au Doc Triton: ON VEUT DES POSTS !!!! J’en suis presque à demander à John waters de t’envoyer un coup de pied au cul par courriel…

          • Ed.Hardcore dit :

            Non non non, ces discussions ne me tannent pas pantoute. Cependant, ça fait une semaine que je me retiens de poster ma note intitulée « Puer de la graine » parce que je crois que ça serait un peu grossier de parler de smegma préputial au milieu de ces merveilleux textes (celui-ci comme celui de MCLC).

          • Le Mercenaire dit :

            Mister Seroquel, ne vous retenez pas et lâchez un coup de fil à John Waters, drette-là. Nous aussi, on souhaite le retour du Doc de tout coeur.

            Et by the way, c’est toujours stimulant lorsque vous vous arrêtez par ici.

      • David Simard dit :

        J’ai pris du temps à revenir ici pour continuer le débat. Vous m’en voyez désolé.

        Alors revenons à ce que vous avez raté. Vous vous demandez au départ quelle devrait être l’orientation des institutions du savoir, dénonçant au passage la domination de l’argent sur les vertus humanistes. Soit. Mais en conclusion, vous posez la question, paradoxale dans les circonstances, du financement de l’éducation supérieur, employant ici « un vocabulaire grossièrement dérivé du monde financier ». Financer, finance, c’est très drôle, n’est-ce pas?

        Ce que j’observe dans votre discours, c’est l’absence de critique du monde financier lui-même qui tend à tout soumettre à sa propre logique. Il n’y a aucune analyse historique du système, ce qui rend, vous l’aurez compris, votre revendication de l’autonomie de la sphère culturelle complètement idéaliste. Les quelques allusions à la culture populaire renforce cette impression. Car il s’agit, enfin c’est ce que je dis, de comprendre que le Capital prend possession de toutes les aspects de la vie et que, par voie de conséquence, toute autonomie d’une sphère en particulier fait désormais face à un système déshumanisant mondialisé qui broie le politique, rendant ainsi les choix de financement faussement différent les uns par rapport au autre. J’attends donc que vous poussiez votre réflexion sur la lutte contre le capitalisme pour comprendre ce que vous souhaitez qu’on fasse de la culture.

        Sinon, un petit commentaire vite fait sur votre ami postmoderne très drôle, il n’a pas compris que ma position ultra-gauchiste est en soi un dépassement de la dichotomie gauche-droite traditionnelle. Qu’il fasse ses devoir plutôt que de souligner mes fautes de français et ainsi se mettre en valeur de manière ridicule.

        Allez, bonne continuation!

        • Chris Seroquel dit :

          Monsieur Simard (si je peux me permettre),

          Sans ironie, je voudrais vous féliciter de votre fair-play ici. C’est tout à votre honneur. Vous avez le mérite, contrairement à moi, de pas être trop orgueilleux. En passant, je ne voulais pas vous niaiser en signalant votre faute de français… simplement rectifier un petit accroc dans un commentaire qui – bien qu’il me paraisse tout à fait subordonné au langage dépassé d’une science politique un peu surannée et, surtout, qu’il évacue toute possibilité d’une discussion collégiale avec un type intelligent venant d’une autre discipline – avait le mérite d’être clair.

          Un petit commentaire ici sur votre critique de l’absence d’une critique de la réification du savoir dans le texte du Mercenaire: avec tout votre respect, par votre manière de traiter de « systèmes » et de « monde financier » comme si c’étaient des entités qui vont de soi, qui sont autre chose que des métaphores édifiées par la culture bourgeoise pour, justement, réifier le savoir (suggestion au Mercenaire pour sa prochaine chronique: la chapitre sur la réification dans « Histoire et conscience de classe » de Lukàcs), vous faites preuve d’une étonnante cécité face à votre propre discours…

          Le mercenaire propose une critique d’un « système » (= la rhétorique bourgeoise de la représentation de référents stables), justement, qui établit une connexion non-arbitraire entre le signifiant « investissement et un signifié fantasmatique qui se définirait a peu près comme la « valeur quantifiée de l’éducation ». Il y a un jeu ici sur le sérieux de la logique conceptuelle, analytique, celle qui fonde le regard économique neo-libéral se s’appropriant l’appréciatio de la pensée critique, qu’en tout respect, Monsieur, vous ratez, je crois.

          En ce qui regarde votre « dépassement de la logique gauche-droite par le truchement d’une position ultra-gauchiste », il faudrait nous expliquer, car je « pige » pas, comme le disait un intervenant moins civilisé et plus arrogant que vous.

        • Le Mercenaire dit :

          Ce que j’ai surtout décidé de critiquer ici, c’est la façon dont on se sert du langage pour faire passer des idées et pour consolider à la fois un discours et un système de pensée. Vous voulez que je m’attèle à une analyse puis à une déconstruction du système capitaliste pour enfin mettre en lumière ses tares qui empoisonnent maintenant les sphères du savoir ? Ce n’est pas ce qui m’intéresse. La construction des discours me fascine beaucoup plus. Mais ne vous inquiétez pas, je peux vous bâtir le génome de la pensée néo-libérale rien qu’sur une gosse. Depuis les thèses de Luther jusqu’à la dissolution de l’URSS. Oui, le savoir sert maintenant le capital. Sous l’Ancien régime, il servait la religion. Et au lendemain de ce Grand soir que vous semblez toujours attendre, il servira autre chose. On ne sait pas quoi. Ce bon vieux Marx demeurait très vague quant à ce que nous ferions dans son monde post-capitaliste.
          Je sais bien que l’économie capitaliste est en partie responsable de la dérive que vivent nos institutions dispensatrices de savoir. Mais la critique d’un système ne peut faire l’économie d’une critique du discours. Je peux m’attaquer au système financier mais si je ne m’occupe pas du discours que ce dernier mobilise pour se rendre lui-même cohérent et pour nous rentrer cette cohérence dans la tête, si j’utilise moi-même son discours pour le critiquer sans pour autant critiquer le discours lui-même, au mieux je le réforme, au pire je perds mon temps.
          Je ne réclame pas que le savoir (ou la culture( ?)) se tienne dans une sphère autonome ; je suggère plutôt que nous refusions, en tant que société, la primauté de l’argument de la rentabilité, lui-même tiré de cette rhétorique – à déconstruire – de l’économie de marché, pour justifier nos choix, comme si cet argument allait de soi, comme si, en parlant l’unique langage qu’il sert, nous serions capable de régler des problèmes qui doivent être pensés en dehors de ce champ discursif. Tout dépendant si nous jugeons valable ou irrecevable l’argument de la rentabilité, nos sphères du savoir comme nos sphères culturelles s’organiseront de façons bien différentes. Et je ne suis pas idéaliste au point de croire qu’un argument n’est pas d’abord une construction langagière au service d’un champ discursif.
          Je suggère aussi que nous prenions garde aux jeux d’imposteurs qui nous font confondre esprits critiques et sophistes de bas étage.
          Votre lutte contre le capitalisme se fera d’abord dans le langage. Si nous sommes passés du sens littéraire au sens littéral par rapport au mot « investissement », le chemin inverse est possible. Il est aussi possible de sensibiliser les gens par rapport à l’usage tendancieux du langage dans ce genre de lutte. C’est d’ailleurs ce que tente de faire Marie-Christine Lemieux-Couture dans le texte qu’elle nous a proposé aujourd’hui.
          Aussi, le langage précède l’avènement du capitalisme. Des mots comme « finance » ou « bourse » le précède aussi. Si celui-ci se les ait appropriés, on peut les lui reprendre.

          • David Simard dit :

            Vous êtes incapable de voir l’absurdité de votre position. Critiquer l’emploi d’un jargon économiste dans le champ politique pour terminer un texte en disant tout bonnement que nous devrons revoir la manière de financer l’éducation laisse en plan la question centrale. Tout votre intérêt pour le langage ne change rien à l’affaire, intérêt que je respecte par ailleurs. Les discours sont relatifs au époque, certes, et donc aux luttes de classes mon cher monsieur. Que votre ami parle de Luckas rend le tout encore plus drôle, car comment parler de construction du langage autrement qu’en précisant son évolution historique en lien avec le social, ses contradictions et ses luttes, inséré dans une totalité (système l’gros! tu piges?). La métaphore de l’investissement, telle une image du réel rêvé, est très loin d’y parvenir parce que la domination de son sens capitaliste n’est pas une affaire de pur langage que nous pourrions contre-balancer par le langage lui-même. Le langage n’est pas confiner au langage infiniment dans une sorte de cercle concentrique, son penchant est politique. C’est pourquoi je suggérais humblement d’aller vers une étude plus approfondie de l’appropriation du savoir par le Capital depuis sa troisième phase, une appropriation irréversible sans attaquer la totalité qu’il tend à contrôler. Que d’autres logiques de domination existent toujours, comme le patriarcat et le pouvoir d’État, personne pour le contredire, seulement, il faut voir que le processus de totalisation du capitalisme digère ces anciennes formes pour mieux se perpétuer dans le temps.

            Cela étant dit, j’appui l’idée qu’il faut un langage du changement pour changer le monde, lui-même lié à un changement de langage, et donc, de surcroît j’appui la démarche si elle n’éclipse pas le sublime dans une mécanique de langage pour langage.

            Mais chez vous, l’éternité de la domination semble une évidence : le langage sert des intérêts. C’est vrai aujourd’hui, ce sera vrai demain. Bravo! Quel philosophe! En fait, le négatif de cette pensée, la société sans classe, tassée d’un coup pour les soins de votre démonstration, est précisément ce négatif qui subsistait chez Marx (lié aux Lumières), et ce tassement auquel vous procédez est la preuve que le langage des dominants est en vous, bien vivant. Ou devrais-je dire mort? Non, non, c’est vous qui êtes mort, ce langage vit en vous, étant réifié par le Capital, résultat du travail mort, ou vivant? Ah! c’est mélangeant la postmodernité vous en conviendrez! Mais vous, vous n’attendez plus le grand soir parce que vous n’y croyez plus à la révolution. Pourtant, vous êtes son déchet historique, membre de ces petits moyens qui niaisent dans les institutions du « savoir » en quête d’un avenir plus que moyen. La construction de ce discours depuis les années 70, vous savez lequel j’espère, c’est pour ainsi dire la mort du sujet qui démissionne à lutter contre un système devenu trop gros et complexe pour lui. Je vous imagine traînant les pieds, la langue à terre, comment dire, je vois un zombie du réformisme contemporain, marchant vers un horizon infini d’ennui. Alors toutes les questions relatives à la bonne gestion du financement des universités, eh bien, ce n’est que des éclats de fausse conscience qui resurgissent ça et là.

            Que proposez-vous donc? Quel langage, pour quel projet, pour quelle raison?

            Cela dit, je respecte poli.

            • Le Mercenaire dit :

              À qui nous donnons de l’argent et pourquoi. Financer, c’est ça, d’après moi. Comment nous donnons l’argent aux universités influencera ce qui en sortira. Vous voulez des intellectuels qui sauront trouver des systèmes substituables au capitalisme ? C’est sûrement pas dans un sous-sol qu’on va les former. Je n’ai pas écrit un texte pour jeter l’anathème sur le capitalisme mais bien pour dénoncer la façon dont on se sert du langage – depuis l’anecdote jusqu’au supposé texte d’opinion – pour promouvoir sa pensée. Vous dites que ma position est absurde parce qu’une refonte des moyens qu’on mobilise pour financer nos institutions de savoir n’enlèvera pas le mal ultime, soit ce capitalisme en voie de se totaliser. Si je veux qu’advienne à cette révolution à laquelle vous m’accusez de ne plus croire, je vais commencer la lutte sur le terrain que je connais le mieux, soit celui du langage. Car le langage est, je tiens mon bout, en jeu ici. Adam a nommé les bêtes, il leur a assigné un nom et pas un autre. J’ai la naïveté de croire que nommer, c’est très politique. Nommer les choses, c’est les faire entrer dans le jeu des représentations et ce sont ces représentations qui construisent notre réel. Si je laisse des gens comme M. Facal nous rentrer dans la tête que l’éducation n’est rien d’autre – rien d’autre – qu’un investissement, j’échoue dans la lutte que je me suis assigner, soit dénoncer les abus de langages. Voici une job pour nous, littérateurs attardés : dénoncer les abus de langage. Si vous croyez que les figures de styles ne sont que des fioritures du langage, de petits moyens esthétiques pour embellir la parole, je vais vous demander de vous détrompez. Les figures de style sont éminemment politiques. Les figures de styles ont assuré bien des rapports de domination. Maintenant, pour l’analyse historique, je suis parfaitement d’accord de m’y prêter, si seulement vous accepter d’éjecter du capital un télos absolument discutable. Je ne crois pas que le capital soit aussi puissant qu’un trou noir qui aspire tout vers lui, y compris l’irrémédiable courant de l’Histoire. Nous sommes à l’aube de changements graves. Et ces changements peuvent être provoqués en éjectant le mot « rentable » du vocabulaire avec lequel on parle des études universitaires (ou de la culture).

              Et pour ce procès d’intentions plutôt boboche, je vous pardonne. Vous ne me connaissez pas et je n’ai pas envie de déballer ici mon pedigree pour vous prouver que je ne suis pas un zombie qui niaise dans nos institutions de savoir en se masturbant sans hâte pour jouir d’un autre de ces orgasmes insipides. Si, comme vous le prétendez, j’avais abandonné cette lutte et si je m’étais réfugié dans ce spleen post-moderne où tout s’édulcore dans l’ironie et le sarcasme, j’aurais choisi les HEC plutôt qu’autre chose, j’aurais déjà chien, chat, hypothèque, bébé, auto, maison et tout le délire.

            • Kapache dit :

              Nous sommes le déchet de la révolution. Ben tiens donc. Et mis à part tes révolutions marxistes, racontées par des auteurs marxistes, pour satisfaire ta libido marxiste, t’en as vu souvent des révolutions mon coco?
              Ta « révolution » prise en dehors de tout cadre pragmatique n’explore rien, elle n’est qu’une structure vide de plus. Effectivement, beaucoup ont décidé d’en finir avec la « révolution », de fuir plutôt que de l’attendre comme tant d’autres avant on attendu le messie. Il y a d’autres alternatives à ton dualisme judéo-chrétien, révolution vs réformisme, vois-tu. Tu continues d’espérer la fin du capitalisme et de voir dans les crises successives les signes avant-coureurs de ton apocalypse matérialiste. Sans doute n’as-tu pas encore saisi que le Capital se nourrit de sa contradiction et que toi mon esti, ne sers à rien d’autres qu’à lui donner la pâtée. Peut être qu’ici, certains ne se donnent pas la peine de réfléchir dans le cadre de ta pensée bien balisée, bien révolutionnairement orthodoxe. Pourquoi leur en vouloir? Ils ont fait le pari de la pratique contre ton genre de verve inactive.
              Jusqu’à présent, je n’ai vu aucune « révolution » qui ne soit rien d’autre, justement qu’une révolution au sens premier du terme, un retour à la situation de départ, avec comme seul léger changement que le berger possède maintenant une chemise rouge plutôt que brune ou bleue. Alors tu sais ta révolution, tu peux te la carrer là où le soleil ne viendra jamais darder ses rayons à moins qu’on t’ouvre de haut en bas comme le dernier des patrons. Tu ne vaux guère mieux que les crosseurs de libéraux et autres capitalistes que tu te plais à fustiger, le cul bien cargué dans ta chaise d’intellectuel satisfait de son onanisme cérébral.

              • David Simard dit :

                Kapache? Est-ce un autre de ces personnages loufoques qui dit n’importe quoi simplement pour attirer l’attention des moutons qui égarés qui croisent votre site? Est-ce un petit littéraire qui essaie de faire de la philosophie sans réaliser le moins du monde à quel point son charabia correspond parfaitement à l’idéologie dominante? Qu’importe. Drôle de type. Je pense que dorénavant, tel qu’il m’a été proposé ailleurs sur ce site, je prendrai la peine de bien connaître mes interlocuteurs avant de m’avancer sur le terrain de la théorie. C’est un effort considérable t’établir le dialogue et si je persiste, c’est que les bienfaits relatifs à cette perspective de vous connaître parvient à outrepasser les souffrances corollaires et inhérentes à la rencontre de subjectivités fortes en dehors du privétariat. Puis-je lire de vos textes Kapache?

                • kapache dit :

                  Oh mais bien sûr mon cher! Où avais-je donc la tête? Lisez mes textes et congratulons-nous mutuellement. C’est ça.
                  Et après le numéro du bon samaritain de la philosophie, tu nous fais lequel? Celui d’expert de la production littéraire des masses consuméristes?
                  J’ai d’ailleurs comme le sentiment que tu fatigues, ton écriture commence à devenir inintelligible. Peut-être devrais-tu t’épargner des efforts inutiles.

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