Comment j’ai connu Darnziak

J’ai eu envie d’écrire ce texte quand Darnziak s’est joint à Terreur! Terreur! parce que j’aime parler de mes amis, des gens qui m’entourent, des chats que je rencontre, de pas moi.

J’ai commencé à fréquenter Patrick à l’été mille neuf cent deux mille trois. À ce moment-là, je vivais encore dans la Vallée du Gouffre, et puisque ça prenait au moins deux ou trois jours se rendre là en calèche à partir de Montréal, le Patrick restait chez moi au moins une semaine, et vice versa. Bref, on passait pas mal de temps ensemble, et pas mal de temps sur la route itoo. Un jour de cet été-là, ma famille et moi nous rendions à Québec-Vile. Patrick a demandé à mes parents de le déposer là pour qu’il aille chiller avec un ami mystérieux. Pendant qu’on s’y rend, il se mit à me parler de cet ami, un certain Jean-Philippe qui vit seul dans une minuscule chambre à Steufoye, étudiant en philosophie un peu misanthrope. « Il est un peu awkward, socialement.

— Qu’est-ce que tu veux dire?

— Bin, il fait pas confiance aux gens. Il est super méfiant. Il m’a déjà dit qu’il gardait toujours un couteau sur lui.

— Un couteau? Tu me niaises?

— Je sais pas si je devrais lui faire confiance. D’un coup qu’il me tue pendant que je dors? »

C’est là que j’ai commencé à m’inquiéter un peu. « Es-tu vraiment sûr de vouloir passer la fin de semaine chez lui? » Il m’a dit que oui, de pas m’inquiéter. « Laisse donc faire pis reste avec moi! J’ai pas envie que tu te fasses découper en pièces par un maniaque. » Il m’a dit que dans le pire des cas, sa mort brutale lui ferait vendre plus de livres. Argh. Je m’inquiétais gros, là. Je l’ai regardé entrer dans l’immeuble. J’espérais que c’était pas la dernière fois que je le voyais. J’étais du genre un peu anxieuse, vois-tu.

Patrick est un peu mythomane. Mais c’est pas un défaut, là. Il fait ça pour nous divertir, et il sait qu’on sait qu’il ment. Ou il finit par l’avouer si on embarque trop dans sa game (je lève la main). Mais il m’a avoué avoir entièrement inventé ce délire au sujet de Jean-Philippe seulement après sa fin de semaine passée chez lui. Je dirai simplement que j’étais soulagée d’entendre sa voix au téléphone le dimanche soir (au téléphone? Oui, c’était bien avant l’invention des internets).

Plus tard durant ce même été, Patrick et moi on est allés visiter Jean-Philippe ensemble. On faisait souvent une escale à Québec-Vile entre Montréal et la Vallée du Gouffre, et on dormait chez ma soeur de Steufoye, le temps de laisser reposer les chevaux. On a donc profité de cette proximité géographique pour passer une soirée relaxe chez Darnziak. C’était la première fois que je le rencontrais. Touptit, cheveux très courts, jean noir, t-shirt noir, petites lunettes ovales, volubile, sympathique. Oui, sympathique. Même si je savais que Patrick m’avait niaisée, je pouvais pas m’empêcher de chercher des traits de sociopathe chez Jean-Philippe. En vain. Il était quelque peu timide, mais rien de maladif. J’ai déjà vu des nerds bin plus pognés que ça. On pouvait discuter sans malaise. J’avais pas peur qu’il sorte un couteau ou un gonne. Eux buvaient de la bière, moi du Gay Torride olange. Le lendemain, Darnziak parlait de sa soirée sur son blogue. Il me décrivait comme une « grande gothique aux cheveux bleus ». Je suis pas si grande que ça, j’étais pas si gothique que ça, mais je reconnais que mes cheveux étaient boucoup bleus. Et j’en avais trois fois plus qu’aujourd’hui. Patrick trouvait que je ressemblais à une jeune Marge, la peau jaune en moins. Je sais, je dis ça pour rien, j’ai juste un petit moment de nostalgie capillaire.

L’hiver suivant, Patrick et moi on a emménagé dans la Vallée du Gouffre. On se sentait un peu loin de tout, mais nos amis venaient quand même nous visiter. Y compris Jean-Philippe. Au fil de ses visites, j’ai appris à mieux le connaître. Alors que je le voyais au départ comme un être très cérébral, j’ai fini par comprendre qu’il était aussi —avant tout— très sensible. Sensible aux arts, aux beautés de la vie, aux gens, tute. Y’a pas yinque des vitamines là-dedans, y’a aussi du sucre pis des saveurs de bon menoum! Au fil du temps et des conversations, on a remarqué qu’on avait certaines affinités et ressemblances. Je suis une grosse nullité en philo et j’aurai jamais assez d’une vie pour lire la moitié de ce qu’il a lu, mais on partage une passion pour les jeux vidéo (surtout en 8 et 16 bits), les chats, la musique de robots. Entre autres. Et la musique de jeux vidéo. (J’écris ça en écoutant la soundtrack de Castlevania et j’ai du vrai fonne.)

Un jour, on s’est mis à s’écrire. On s’envoyait de longs emails où on parlait de plein d’affaires. On a recommencé ça cet automne. On appelle ça des gueros mails. Des emails géants qu’on met parfois des jours à compléter, et qu’on a toujours hâte de recevoir. Quand je vois un gueros mail dans ma boîte de réception, c’est comme un cadeau, c’est ma fête. Quand Darnziak quitte Montréal pour une fin de semaine et qu’il sait que je suis en train de lui préparer un gueros mail, il me dit de lui envoyer ça à son adresse Sympatico pour qu’il soit obligé de le lire à son retour à la maison, et il est content parce que ça lui fait une certaine compagnie, et je sais qu’il appréciait ça surtout quand il se sentait seul dans son grand appart vide post-rupture. Gueros mail = fonne. Et quand on se voit, c’est pareil, mais avec des expressions faciales : on parle pis on parle comme des guerosses pies folles, on parle de vraiment plein d’affaires, et des fois on parle tellement qu’on perd des vie à Mario World. Mais c’est pas grave parce qu’on est bons, on sait qu’on va le buter facile ce Bowser de maudit pas bon de gros laitte. (Finalement, on l’a tué sans effort, c’était mille fois plus facile que le premier niveau de Super Mario Bros. : The Lost Levels.)

Dès qu’il commence à se sentir à l’aise, Darnziak parle fort. Il dit que c’est c’est une déformation professionnelle, parce qu’il est prof, et qu’il n’a pas le choix de parler fort pour avoir l’attention vue la faiblesse de sa masse corporelle. D’ailleurs, c’est peut-être à cause de son gabarit qu’il est presque aussi sensible que moi à l’alcool. Mais lui, ça le rend tout joyeux d’être Drunkziak, il parle encore plus et encore plus fort. Mais il n’est jamais saoul longtemps, il dit que c’est comme pogner une étoile dans Mario. Il dit vrai, j’ai vu ça de mes propres zoeils, crois-moi. Si un jour je vire une brosse avec Darnziak et que je suis trop saoule pour conduire, je vais lui confier mes clés en toute quiétude. Je bois jamais pis j’ai pas de char, mais je vais quand même lui confier mes clés de char si je suis trop saoule pour conduire, promesse de non-ivrogne.

Faits de fonne au sujet de Darnziak :

YASSEAH!, c’est devenu notre cri de guerre, notre cri de joie, notre cri de tussortes d’affaires. C’est son meme préféré, et je dirais qu’il est au moins dans mon top 5. On se tanne pas de le voir et on rit encore même après au moins une dizaine de visionnements. On va jamais se tanner, et on va en rire jusqu’à la Fin de temps.  Durh durh!

-Je suis une fan de longue date. J’ai toujours hâte qu’il finisse un texte, je cours pour aller le lire (et j’ai déjà eu le privilège de lire un de ses textes en avant-première, je me sentais comme dans les coulisses de son blogue, hiiii!). Je trouve qu’il devient toujours meilleur. J’envie sa transparence, ses capacités d’introspection, sa façon de parler de trucs tellement intimes que c’en est presque gênant à lire, mais ça reste touchant et drôle, triste et beau, comme la vie.

-Il est passionné par son métier. Il peut pus s’arrêter quand il parle de ses cours et de ses élèves, et je trouve ça admirable. Aimer son métier à ce point, ça devrait pas être un fait rare, à mon avis, mais c’est pas si fréquent, malheureusement. Enseigner, c’est quelque chose que j’aurais probablement aimé faire, alors j’écoute attentivement quand il me parle de sa job. Affaire de drôle : quand il donnait ses premiers cours, il disait son âge à ses élèves pour leur prouver qu’il n’était pas aussi jeune qu’eux, malgré les apparences.

-Darnziak, c’est un de mes très rares amis végétariens avec qui je peux en plus parler des droits des animaux et d’antispécisme. Bien sûr, la plupart de mes amis aiment les animaux et sont pour la protection animale, mais c’est pas du tout la même chose. Bien qu’on soit végétariens tous les deux, quand il vient chez moi je le nourris avec des chips du Douleurama et des bonbons chiés par Mario dans un kart. Je lui offre parfois mes moufonnes vegans, mais c’est pas le genre de bouffe qui fitte avec une soirée de gaming, mettons.

-Il boit toujours du Coke quand on se voit. La première fois qu’il en a amené chez moi, sa bouteille a essplosé dans ma « cuisine » et mon plancher était tout collant. Il était un peu gêné. Moi ça m’a fait rire, et ça m’a donné l’occasion de laver mon plancher sale. Merci, Darnziak.

-En parallèle à nos gueros mails, on entretient ensemble un tchat infini, comme je le fais aussi avec Fredoune. Il ne commence nulle part et il ne finit HAMAH. C’est peut-être un peu ça qui ralentit nos échanges par emails, puisqu’on se dit presque tout au fur et à mesure. J’ai-tu dit qu’on est des grosses pies sales?

-Après sa rupture, Darnziak avait souvent des attaques de tristesse. Une nuit où il faisait de l’insomnie, il est venu me voir sur Facebook, dans notre tchat infini. Je lui ai dit « viens jouer à Dino Run! », on a coursé, on s’est énervés, j’étais pas bonne mais j’avais du fonne, et au final il m’a dit que ça lui a fait du bien. Ne jamais sous-estimer le pouvoir des jeux vidéo.

-Il a le plus long chat que j’ai jamais vu. Chi est long, un peu fou, et très très mou. C’est comme un mollusque avec du poil poffé. Je l’aime.

-Écrire tout ça m’a sérieusement donné envie d’aller jouer à Megaman.

Quand on a fêté Meulie à La Remise, Drunkziak s’est mis à faire des dessins pendant qu’il était en boisson. Il avait fait un gueros pinisse, mais Vécké est partie avec (surprise, surprise!).

Note : Le dessin de l’en-tête est de Darnziak, bien sûr.

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Comments
5 Responses to “Comment j’ai connu Darnziak”
  1. Tarlatane D. dit :

    YASSEAH! Merci, tu fais ma journée.

    • Lora Zepam dit :

      Ça me fait pliaisir, Fredoune. J’espère que tu as bien profité de cette journée (hier) que je t’ai faite avec amour et attention.

  2. Ced-Evlyn dit :

    Oh, moi je ne dessine jamais des choses vulgaires!

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