Quelques réflexions sur le but moral de Delphine

J’étais en pleine rédaction d’un pamphlet dénonçant l’hyperprolactinémie rituelle chez les Iakoutes philatélistes de l’île de Sakhaline pour Terreur! Terreur! lorsque je me suis rappelée que j’avais encore des tas de courriels à répondre. Je ne pourrais plus me regarder dans le miroir – surtout celui vissé au plafond, au dessus de mon lit –si je continuais à faire indûment poireauter tous ces aimables weirdos qui attendent une réponse de ma part comme une apparition de la sainte vierge dans un tube de KY. Il ne faudrait surtout pas qu’on me prenne pour une effrontée qui n’a aucun respect envers son lectorat, n’est-ce pas…

* * *

De: Delphine@vivisectron.net
À: anne@archet.net
Objet: Autofiction érotique

Chère Anne,

Je lis votre blog depuis des années et j’apprécie beaucoup vos textes érotiques. J’irai droit au but : je viens moi-même de terminer un récit intitulé Mourir de langueur et j’aimerais beaucoup avoir votre avis, car vous êtes sûrement la personne toute désignée pour m’aider à le peaufiner. Votre opinion compte beaucoup pour moi; on n’apprend qu’auprès des meilleures!

Mille mercis à l’avance,

Delphine

Pièce jointe : mourir-de-langueur.doc

De: anne@archet.net
À: Delphine@vivisectron.net
Objet: re : Autofiction érotique

Chère Delphine,

Je vous remercie de tout cœur de m’avoir soumis votre nouvelle. Je l’ai trouvée parfaitement excitante – surtout le passage où la narratrice explique comment elle a réussi à synchroniser la sonnerie de son téléphone avec celle de son lave-vaisselle, je n’aurais jamais cru qu’une telle chose soit possible. Bien que mon opinion ne vaille pas tout le bien que vous en pensez, je me permets de vous soumettre respectueusement ces quelques commentaires. J’espère que vous ne serez pas insultée; s’il y a quelqu’un qui sait à quel point c’est difficile d’écrire sur le sexe, c’est bien moi. En matière d’érotisme, la frontière entre le sublime et le ridicule est si mince qu’à moins d’être un génie, on finit la plupart du temps par s’empêtrer dans la niaiserie – et je vous rassure tout de suite, je ne fais pas exception à cette règle.

Here goes.

P. 1 : Minuit sonnait au clocher du village et la lune, rayonnant dans un ciel sans nuages, se mirait dans l’étang…

Votre récit commence comme une histoire de voleur de patates, non?

P. 1 : Quand j’ouvris la porte, Matilde tâtait la braguette de Léonce. Quant à Stéphane, il caressait impudiquement le corps de Cassandra. « Entrez donc, ne soyez pas timides! » leur dis-je, bouche bée, muette d’émotion.

À mon humble avis, les gens qui se pelotent en public sur le pas de votre porte n’ont pas besoin d’être encouragés à surmonter leur timidité par une ventriloque.

P. 2 : L’atmosphère s’échauffa soudainement et j’en frissonnais d’excitation.

L’atmosphère a beau s’échauffer, le fond de l’air reste frais, y’a plus de saisons ma pauvre dame.

P. 2 Nous nous sommes mises à nous lécher les unes les autres, histoire de faire plus ample connaissance…

… et nous jappâmes toutes « Wouf! Wouf! » en chœur.

P. 3: Je me suis agenouillée devant lui et, tout en le regardant dans les yeux, j’ai dégrafé sa ceinture et ouvert la braguette. Son sexe jaillit brusquement sur mon visage.

J’espère que, sous le choc, vous n’avez pas été assommée.

P. 3 : «Vas-y, baise-là, elle est prête» ordonna Cassandra à Stéphane, sa verge enfoncée profondément dans sa gorge.

Cassandra est donc aussi ventriloque… C’est une réunion syndicale?

P. 3 : Les yeux révulsés, sa bite frottait contre ma joue, comme une incitation à la débauche.

Je me doutais bien que le vieux dicton était erroné. Un trou est peut-être un trou, mais une queue peut vraiment avoir des yeux.

P.4 : Sa main sur ma chatte, j’avais commencé avec ma main un va-et-vient quand une main vint se poser sur sa verge à côté de ma main.

Voilà ce qu’on appelle un homme de main.

P. 4 : Je continuais de le pomper et l’enfilai dans ma chatte en me penchant pour l’embrasser […] puis il gicla entre mes fesses et je bus goulûment.

Si les chinoises contorsionnistes du Cirque du soleil arrivaient à faire une telle chose, Guy Laliberté ferait enfin de l’argent avec moi.

P. 4 : Voyant une goutte perler, je passai mon pouce sur le gland de Stéphane et mouillai la peau bleue tendue et chaude avec cette humidité…

La peau bleue? Il s’agit du schtroumpf éjaculateur?

P. 5 : Ses doigts allaient et venaient dans mon sexe en murmurant des mots obscènes et délicieux.

Celui qui a les doigts qui parlent, est-ce le même qui est bleu et qui peut voir avec sa bite? Si oui, est-ce qu’on peut le rencontrer sur le Réseau Contact?

P. 5 : Avec ma langue, j’eus tôt fait de remettre son pieu en état.

Étant Québécoise, je ne comprends pas toujours votre argot… êtes-vous en train de dire que vous avez refait le lit avec votre langue?

P. 6 : Cette nuit sera peut être suivie d’autres, qui sait…

Il paraît qu’en 2012, la terre cessera de tourner, alors vous avez bien raison de ne pas trop compter là dessus. En attendant, je vous fais la bise en vous souhaitant de continuer d’écrire et de fantasmer, c’est une façon fort honorable d’affronter le désastre.

AA.

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Comments
3 Responses to “Quelques réflexions sur le but moral de Delphine”
  1. rich28102810 dit :

    Excellent, on apprend des choses sur l’art d’écrire. J’aime !

  2. Pink dit :

    : ))) Merci !! J’ai ri aux larmes… Je m’inscris tout de suite sur Réseau contact, on sait jamais !

  3. Rintintin dit :

    J’ai bien aimé. Cela fait changement des textes plus sérieux qui ont été publiés dernièrement.

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