Les geeks aussi lisent Bukowski

(Mes textes pour Terreur! Terreur! forment une série à propos des échecs amoureux chez les geeks. Avant celui-ci, il y a eu : 1) La fille du Bic, 2) La plus belle fille de la classe et 3) Les geeks aussi sont des salauds. Ce texte est le dernier de la série et se déroule un an après les trois autres. Ils peuvent se lire de manière indépendante, mais il vaut mieux les lire dans l’ordre. Pour la bande sonore, voir mon blogue Darnziak).

* * *

En 2003, j’ai perdu ma première blonde et ma deuxième m’a mis le grappin dessus. Entre les deux, c’était l’été. Je travaillais de nuit au Couche-tard, j’écrivais encore sur mon web log dans le but de rencontrer des filles et je me prenais pour Bukowski.

Ce qui suit raconte mes tentatives ratées de devenir un débauché, entre deux parties blasées de Zelda The Wind Waker au GameCube.

* * *

Ma première blonde, assise sur mon lit, dans ma petite chambre de Sainte-Foy, blottie dans le coin de la pièce, recroquevillée, la tête enfoncée entre les épaules, adossée à mon poster de Kid A, comme si elle essayait de se cacher dans le mur, derrière les montagnes grises, dans l’arrière-plan noir. Loin de moi. Elle voulait rompre, je l’avais suppliée de ne pas le faire.

— As-tu envie d’écouter… un Simpsons?

— Non.

Elle était avec moi dans ma chambre et on n’avait plus aucune idée de ce qu’on était supposé faire. Elle était encore très belle, une minuscule blonde aux yeux bleus. Elle s’était même maquillée pour venir me voir. C’était sa dernière visite, elle quittait Québec, retournait dans son village natal du bas st-laurent pour l’été – pour les trois prochains mois. Elle regardait les murs, le plafond. Comme une petite bête traquée. Elle ne prononçait jamais mon nom; elle n’aimait pas les noms composés. Je ne savais pas quoi lui dire pour me rapprocher d’elle.

Je me suis jeté sur elle pour la chatouiller.

Notre vieille complicité enfantine est réapparue tout de suite. On ne s’entendait sur rien – la politique, l’art, la vie – mais on était capable d’avoir du fonne ensemble. On s’est chamaillés comme des flots, on est tombé à la renverse sur le lit, enlacés. La distance était franchie, on était à nouveau ensemble. Avec elle je n’ai jamais eu besoin de discours. Je me suis penché vers ma table de chevet.

— Merde! La boîte est vide!

J’ai presque couru jusqu’à la pharmacie pour acheter des condoms. Quand je suis revenu, elle avait descendu la toile, elle m’attendait dans le lit. Seule sa tête dépassait, ses yeux brillants et son sourire de petite tannante. Elle était complètement nue sous les couvertures, en plein milieu de l’après-midi. Ágætis byrjun de Sigur Rós jouait sur le stéréo, l’album qu’on utilisait tout le temps pour camoufler à mes quatre colocs les grincements du lit. Je croyais avoir « sauvé mon couple », « sauvé mon été ».

C’était la dernière fois que je la voyais.

Je ne compte pas l’année suivante, quand je l’ai croisée alors que je marchais avec ma deuxième blonde, sur le trottoir en face de mon bloc appartement, près de chez elle. C’était la nuit, l’hiver. On était emmitouflés dans nos manteaux. Elle marchait seule. Je n’ai pas tenté de capter son regard, j’ai regardé mes bottes, honteux.

* * *

Au mois de juin, j’ai surmonté ma phobie du téléphone et je l’ai appelée à quelques reprises, à la maison de ses parents, dans son village natal. À chaque appel elle devenait plus glaciale. Sa voix robotique, terrible et lointaine. Elle ne me proposait plus d’aller la visiter comme prévu. Elle ne me proposait rien. Elle ne voulait pas me parler. Je la dérangeais, c’était clair.

J’ai redémarré mon web log. Ce n’était plus Anomalie, c’était devenu Darnziak.

Web Log. 5.6.03.
Il semble que je n’aie plus de blonde. Les groupies, c’est le temps de me contacter. On ira prendre un verre. Vous ne le regretterez pas. Il parait que je baise encore mieux que j’écris.

Je me fichais d’écrire cela sur internet. Même si on était encore ensemble officiellement, ma blonde avait cessé de me lire. Une fille qui ne me lit pas se fiche de moi et ne mérite aucun égard. Elle m’avait pourtant prévenu qu’elle était terriblement jalouse. Si jamais je tentais quoi que ce soit avec une autre fille, elle me laisserait sur le champ. L’idée me faisait sourire. Je sentais que j’avais tous les droits. Je voulais devenir écrivain, un écrivain doit écrire ce qu’il ressent, il peut écrire ce qu’il veut. Même s’il n’est qu’un frustré. Même s’il peut faire du mal. Un écrivain se fiche de tout.

Ma coloc jouait à Final Fantasy VII, mon coloc jouait à Final Fantasy IX; je fermais la porte et dans ma chambre je lisais Women de Bukowski.

Une fille a tout de suite répondu à mon appel explicite par courriel. Une lectrice d’Anomalie, admiratrice dans l’ombre, la dernière d’une longue succession. On s’est donné rendez-vous le lendemain.

* * *

Je l’ai rencontrée au Temps Perdu, sur la rue Myrand. Je les ai toutes rencontrées à la même place. La belle psychologue rousse de l’année précédente, mes deux blondes. Celle-ci s’appelait C., elle était aussi une étudiante en psychologie. Elle était plus grande que moi, élancée, de longs cheveux bruns lisses. Trois filles aux longs cheveux bruns j’ai rencontré cet été là, comme des copies du même modèle.

Nous avons discuté de mes textes. Elle voulait me dire qu’elle était d’accord avec moi. Surtout, elle détestait les mêmes choses, on avait les mêmes ennemis. Elle avait la manie de rouler ses yeux vers le haut, lorsqu’elle évoquait quelque chose d’exaspérant. Elle l’a fait à plusieurs reprises. Je me souviens avoir eu un peu peur de ses grands yeux blancs, je me souviens avoir trouvé dommage qu’une jolie fille comme elle se défigure ainsi.

Avant que le soleil ne se couche, elle s’est levée brusquement.

— Ta chambre est juste à côté, hein? Tu me fais visiter?

* * *

La belle C. aux longues jambes et aux longs cheveux assise sur mon lit dans ma petite chambre, à écouter Sigur Rós encore, juste à côté de moi. Appuyée sur le poster de Radiohead comme ma blonde l’avait fait un mois plus tôt. Ma petite blonde qui m’avait embrassé la première fois exactement au même endroit, assise sur mon lit, les jambes allongée elle aussi, après notre deuxième date.

Pendant une seconde, j’ai cru que c’est ce qui était sur le point d’arriver, encore. C. voulait tester si c’est vrai que je baise encore mieux que j’écris. Elle a été convaincue en me voyant et voulait visiter ma chambre tout de suite. Elle était pressée, elle me voulait. Elle était tout près de moi, sa jupe était courte, sa camisole légère. Elle a fait un mouvement.

Mais au lieu de s’approcher, elle s’est propulsée du lit pour se relever.

— Bon, il faut vraiment que j’y aille. On se reparle.

Elle ne ma pas embrassé sur les joues, elle m’a à peine regardé, elle a ouvert la porte et est sortie en coup de vent.

Dehors, il faisait encore clair. Une belle soirée d’été.

* * *

Le premier juillet approchait, ma blonde a fini par m’appeler. Nous avons rompu au téléphone, d’un accord mutuel, dans le calme. Nos différences étaient irréconciliables. Notre couple a duré sept mois. Ce n’était pas un désastre. Un geek avait réussi à se faire une blonde, c’était déjà un exploit.

—  Tu peux avouer que tu avais aimé ça?, lui ai-je demandé.

— Quoi?

—  Bien, le sexe? Coucher avec moi?

—  Bien… Oui!

Je voulais confirmer que j’avais réussi à exister sous forme de corps, ne serait-ce qu’un peu. Pendant quelques mois, la possibilité d’un contact physique, une échappée de mon monde abstrait. C’est la dernière fois où j’ai eu droit à sa voix de petite fille.

Elle n’a fait aucune allusion à mes tentatives d’attirer des groupies sur mon web log.

* * *

Le geek est redevenu célibataire. Très rapidement, la frustration de l’année précédente a refait surface. J’étais à nouveau obsédé par l’idée de me faire une blonde. J’ai repris mes vieux réflexes, IRC, msn et mon web log, mais cette fois-ci avec lassitude, avec écœurement. Une période de peine d’amour, de dégoût de soi et de canicule.

Le premier juillet, j’ai quitté la maison de chambre que je partageais avec quatre colocs pour aller vivre seul en appartement. C’était un petit deux et demie, dans un bloc situé au coin du chemin Sainte-Foy et de l’autoroute du Vallon. Un des rares coins bruyant de cette ville morne.

En février j’avais choisi cet appartement pour me rapprocher de ma blonde, pour tisser un petit cocon intime avec elle, près de chez elle. J’ai eu trop confiance en l’avenir. En juillet nous n’étions plus ensemble, mais le bail était signé, je n’avais pas le choix, je devais aller y vivre. Tout près de son bloc pour aucune raison.

Par une coïncidence bizarre, mon nouveau bloc était situé à côté de celui de la belle psychologue rousse que j’avais rencontré l’année précédente. J’ai tenté de la contacter à plusieurs reprises, elle ne m’a jamais répondu. J’ai appris plus tard qu’elle n’était plus là. Tant d’heures à fantasmer qu’elle traverse le petit espace entre nos blocs pour venir me sauter dessus. Pour rien.

Mes amis, collègues en philosophie, étaient tous retournés dans leurs régions natales pour l’été.

Pour payer le loyer, plus du double du prix de ma chambre, je me suis trouvé un emploi au dépanneur Couche-tard, de l’autre côté de l’autoroute du Vallon. On m’a donné surtout des shifts de nuit. J’ai découvert que lorsque qu’on travaille dans un dépanneur la nuit, on est le seul employé sur place. À Sainte-Foy, à dix heures, même la fin de semaine, il n’y a presque plus de voitures dans les rues. Encore moins de clients au dépanneur.

Il fallait compter les paquets de cigarettes et les billets de loterie. J’ai appris ce que signifiait king size et presto pack. J’ai appris à compter ma caisse. Je buvais des Monsters Energy Drink pour rester éveillé. Je devais me taper la programmation intolérable de Radio Énergie en boucle, Caroline Néron, Sylvain Cossette, France d’Amour, Martin Deschamps, les premiers chanteurs de Star Académie, jusqu’à vouloir devenir sourd. J’allais me cacher derrière dans les réfrigérateurs pour faire du remplissage dans le bruit des machines. J’ai passé plusieurs nuits à quatre pattes à éponger la mare de liquide répandue derrière la machine à sloche, parce que les clients ne fermaient pas les poignées.

À partir du premier juillet, je vivais seul. Je travaillais seul. J’étais seul.

Qu’est-ce que j’étais venu faire à Québec, déjà?

* * *

* * *

J’ai revu C., la psychologue brune, deux fois par la suite. Juste après le déménagement, elle est venue faire un petit tour rapide à mon nouvel appart dans lequel il n’y avait encore aucun meuble. En plein jour, vers l’heure du midi, loin des heures où on pourrait être influencés par l’alcool. Elle m’a prêté son très gros volume du DSM-IV, le répertoire des maladies mentales. Je lui ai donné une copie de mon manuscrit de roman. Celui que j’avais envoyé à six maisons d’éditions, dont je n’avais pas eu d’écho encore.

Je l’ai vue une dernière fois dans un nouveau café qui venait d’ouvrir, en diagonale de chez moi. Le Star Café. Elle roulait encore ses yeux vers le ciel. On s’entendait bien, mais elle me parlait de d’autres gars. Son passé me faisait peur. Les geeks n’ont pas de passé, ils ne font que ressasser des miettes d’événements. Il ne se passe rien dans leur vie et ils en font de longs récits. J’avais envie d’elle mais j’étais paralysé, je ne pouvais faire aucun mouvement. Les mots « mon ancien chum » agissaient comme un mauvais sort, un sortilège de paralysie.

Elle m’a prêté un disque de Björk. Je l’ai encore. Elle a cessé peu à peu de répondre à mes courriels et elle est disparue rejoindre les autres filles intangibles du virtuel.

Elle m’a échappé, elle s’est dissipée devant moi. Comme toutes les filles que j’allais rencontrer cet été là, je n’avais nulle emprise sur elle. Disparue comme une vapeur. Ou est-ce que c’était moi qui manquais de consistance? Est-ce que c’était moi, le fantôme?

Mon corps s’estompait.
J’entrais dans mon esprit.

* * *

Ma vie s’était vidée. Il ne se passait plus rien.

Mon cycle de sommeil était perturbé par le travail de nuit. Je dormais le jour et internet était mort la nuit. Msn désert.

J’ai tenté de me rabattre sur mes réflexes de geek. J’ai démarré une partie de Zelda – The Wind Waker sur le GameCube de mon frère, écrasé sur le plancher entre les débris de sacs de chips. Ça ne fonctionnait plus. Je ne pouvais plus nourrir le geek en moi. Le geek a besoin de stabilité pour se consacrer à ses petits mondes imaginaires. Il n’y avait plus de femme dans ma vie et je ne pensais qu’à ça. J’avais la tête ailleurs. Les jeux vidéo ne pouvaient pas m’aider. Link ne pouvait pas me sauver.

J’ai écrit cet été là : l’utilité d’avoir une blonde est de ne jamais, jamais penser aux femmes.

J’avais besoin d’autre chose qu’un jeu vidéo. Par ennui, je sortais dehors en pleine nuit, souvent vers deux heures du matin. Je traversais le boulevard en diagonale jusqu’au Star Café. C’était ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je m’asseyais dans un des grands fauteils de cuir, à côté du feu de foyer synthétique, éteint. Factotum, Le Postier, Souvenirs d’un pas grand chose, Journal d’un vieux dégueulasse, Contes de la folie ordinaire… Je passais à travers l’œuvre de Bukowski, me remplissait la tête d’obscénités, de scènes de beuverie et de sexe, qui me semblaient aussi imaginaires que la Terre du Milieu pour l’instant, mais peut-être à ma portée. Il y avait eu une fille dans mon lit quelques mois auparavant. Les filles existent, elles font parti du domaine du possible, même si leur apparition est rare et difficile à invoquer. Quelque part au loin je pourrais de nouveau retrouver mon corps.

Bukowski enseignait que si on buvait, il y aurait des femmes. Il y aurait des seins, des jambes grandes ouvertes, il y aurait de longs cheveux bruns. Le sexe apparaîtrait au-delà d’une certaine quantité de bouteilles vides. Causalité directe. Voilà la formule que je cherchais. Qu’est-ce que je perdais à l’essayer? Sans amis, sans blonde, incapable de me concentrer sur Wind Waker, dans une ville morte pour l’été?

Entre deux paragraphes, je surveillais les environs, pour voir si une jolie fille entrait dans la place. Ça arrivait. Mais ça ne changeait rien à rien. Elles restaient loin. Et je restait là. Assis, tout petit, avalé par le fauteuil, maigre, insignifiant. Inaperçu.

J’allais essayer autre chose : boire.

Dire que deux ans auparavant, geek à l’os, je ne voulais rien savoir de l’alcool.

Comme le jeune Bukowski, à chaque semaine je recevais une lettre de refus d’éditeur.

* * *

Dans mon appartement en désordre et sale, une soirée d’ennui et de déprime, de rechute de peine d’amour, à écouter True love waits de Radiohead encore et encore. « I’m not living, i’m just killing time. Your tiny hands, your crazy-kitten smile. Just don’t leave, don’t leave… » Parfois, on fait exprès.

Le téléphone sonne. Il n’y avait que ma mère qui m’appelait, mais jamais aussi tard. Il était passé minuit.

—  Salut. Il faut que je te parle. Je suis allé voir ton site.

C’était mon ex-copine. Elle pensait à moi. Elle s’ennuyait de moi. Elle a eu envie de prendre de mes nouvelles. Elle est allée sur mon blogue. Elle a lu les archives. Elle est remontée jusqu’à juin.

— T’as écrit que tu voulais rencontrer des filles! Tu parles même de les baiser! Mais on était encore ensemble quand t’as écrit ça! C’était le 5 juin! C’était avant notre rupture! T’es vraiment un sale! Pourquoi t’as fait ça? T’en as rencontré, hein?

—  Qu’est-ce que ça change, on n’est plus ensemble maintenant…

—  Réponds! As-tu rencontré une autre fille pendant qu’on était ensemble?

—  Tu m’appelais jamais! Tu voulais pas que j’aille te voir! C’était comme si c’était déjà fini!

—  Ça veut dire que oui, ça? As-tu couché avec?

—  Mais non! Voyons donc! Comment je pourrais faire ça?

Un geek qui annonce vouloir baiser des filles, c’est des paroles en l’air, ça ne peut rejoindre aucune réalité. Elle devait bien le savoir. C’était de la pure fiction.

—  Mais tu as rencontré une autre fille quand même? Tu le sais que je suis hyper jalouse! Je te l’ai dit mille fois!

—  Il s’est rien passé. Je suis allé prendre un café avec, c’est tout.

— T’es vraiment un con!

Elle m’a ensuite largué tout une cargaison de reproches, elle m’a envoyé au visage toute sa colère et sa haine accumulée. Je ne suis qu’un prétentieux, je me prends pour un écrivain mais je n’écris que des vulgarités, des cochonneries, de méchancetés. Mes textes ne parlent que de marde et de haine. Je méprise tous ceux qui ne lisent pas, comme sa famille qui n’a aucun livre à la maison. Je suis un paresseux, je suis amorphe, je suis une larve, je suis un faible, toujours fatigué, blême et maladif, je ne suis même pas capable de m’occuper de moi-même, je mange des cochonneries, je suis un nerd, je suis un enfant entretenu par son père, je suis un futur fonctionnaire, je suis un maudit intellectuel, un ostie d’artiste, je suis un montréalais, je suis un sale con.

Elle a raccroché, sans m’avertir, sans adieu, comme elle le faisait souvent. Je n’ai pas pu placer un mot.

J’ai repris conscience, agrippé au téléphone, recroquevillé sur mon lit. Je me suis levé de peine et de misère.

Je me suis installé devant mon ordinateur, je me suis logué sur blogger. J’ai effacé l’entrée du web log du 5 juin. Puis je me suis connecté sur msn pour raconter ce qui venait de m’arriver à ma confidente du moment, une jeune fille de 17 ans qui tenait un blogue elle aussi, avec laquelle je flirtais sans arrêt même si je ne l’avais jamais vue, même si je n’avais qu’une photo assez floue d’elle. Je lui disais qu’elle était belle. Une fille de Montréal, lointaine, inaccessible comme les autres.

Ma connexion ne fonctionnait pas.

Panique.

* * *

Web Log. 18.7.03
La Relève

1h AM. Ma connexion internet flanche. J’ai envie de parler à n’importe qui, n’importe qui n’est pas là. Je pense à elle; je pleure un grand coup. Sanglots, etc. Ça dure un temps. Ma connexion est toujours foutue, je me dis; on va aller prendre une marche. Je sors, je vois du béton, deux autoroutes qui se croisent, le dépanneur où je travaille juste de l’autre côté, je pense; il y a un bar juste là, le bar des cégépiens, La relève. Je ne suis jamais allé dans un bar seul. Les geeks ne sortent jamais seuls. Les geeks ne sortent jamais de chez eux. J’y vais. J’entre.

Je me dirige vers le bar. Je veux me commander une bière. C’est long. Tout à coup, on me saisi une fesse. Une main qui s’installe et tâte ma fesse gauche. Je viens d’arriver, ça commence bien. Je me retourne. Un gars me dit : « Hé, elle vient de te pogner une fesse! », il y a deux filles avec lui, je dis « qui vient de me pogner une fesse? » avec un sourire parce que j’ai aimé ça et elles ne répondent pas, puis la jolie petite blonde dit « Bon oké, c’était moi… Tu me payes un verre? ». Je veux lui répondre « Attends un peu, peut-être… », mais trop tard elle est partie en éclatant de rire, c’était une blague, bien sûr. Je comprends, j’ai de super jolies petites fesses, il parait que c’est ce que j’ai de plus sexy, mais bon… C’est un peu effronté mais quand même flatteur. Ça commence bien, me dis-je encore. Profitons du machisme des femmes, me dis-je encore. Sautez moi dessus, violez-moi, je suis partant.

Je me promène, je ne sais pas où aller, je ne sais pas ce que je fais là, je vais m’asseoir dans le fond. J’observe les filles; il n’y a pas assez de filles. Trop de gars; trop de casquettes. Jamais une fille seule, elles sont en groupe ou avec des gars. Pendant que je bois ma première bière affreusement sobre un gars vient me voir, un client du dépanneur, je le reconnais, il arrive toujours saoul quand le soleil se lève, il me dit : « Hé, t’aurais pas de l’argent à me prêter pour une bière » et je dis « Oké, vient avec moi, je t’en paye une », en me disant je vais pouvoir parler à quelqu’un ce soir, tant pis si c’est pas une fille. Je paye, je lui donne sa bière, il s’en va, il ne dit rien, je ne le revois pas de la soirée.

Le reste du temps il ne se passe rien, je me promène, je fais le tour quinze fois, la musique est horrible, du pop alternatif répugnant, je ne vois pas trop de belles filles à part celles qui dansent, je sais pas quoi faire pour en ramener chez moi, une telle chose est bien au-delà des possibilités offertes aux geeks, j’imagine que je dis « Ça vous tente de continuer la soirée j’ai plein de bière dans le frigo », ça me parait ridicule et stupide et ça n’arrive pas, personne ne me regarde, je fais la ronde plusieurs fois, trois heures du matin arrive vite, je suis venu ici trop tard, tout le monde sort, à l’extérieur du bar les gars et les filles se rassemblent en petits groupes, j’attends comme un con juste à côté que quelqu’un me parle mais personne ne le fait, pourquoi le feraient-ils, je hausse les épaules, je monte l’escalier, je traverse deux coins de rue, je suis chez moi, j’aurais pourtant eu envie de baiser; peut-être je trouverai comment faire la prochaine fois; je me passe un vidéo de porn (Barely Legal #22), ferme le store me mets à poil dans le salon et regarde mon corps, que je trouve pourtant beau, pourquoi elles ne le voient pas? Est-ce qu’il existe ou non, ce corps là?

Une belle petite relation stable, c’est bien mieux je sais bien, mais ça ne vient pas demain matin, alors on peut déconner en attendant, qui ça choque maintenant? Plus personne, il n’y a plus personne ici.

Je lirai Kant à l’automne.

 * * *

Un soir, mon ami l’écrivain, de passage à Québec, est débarqué à l’appartement. Après de longues années de vide amoureux, de déceptions et de frustrations, il venait enfin de se faire une blonde, il se préparait à quitter Montréal pour aller vivre avec elle. Il m’a montré sa photo. Penchés tous les deux vers l’avant, côte à côte sur le divan, on l’a admirée ensemble un bon moment.

J’enviais sa chance. J’en voulais une comme cela, moi aussi.

Nous avons vidé le frigo de toutes les bières qui s’y trouvaient, la porte patio grande ouverte pour qu’il puisse fumer ses cigarettes, celles qu’il roulait lui-même avec du tabac drum. L’année précédente, il avait publié un recueil de poèmes inspirés par Bukowski, dont j’avais fait les illustrations. Un recueil désabusé, désespéré, dont j’essayais de reproduire l’ambiance dans ma vie à ce moment là. L’idée de lire Bukowski, de s’en inspirer pour écrire, et pour boire aussi je suppose, ça venait de lui, c’était son influence. Pourtant, il s’en détournait déjà, revenant plutôt vers un autre de nos auteurs favoris, Philip K Dick et sa paranoïa métaphysique.

—  Lâche Bukowski, Jean-Philippe.

Pourtant je sentais que je n’en avais pas fini avec le vieil alcoolique de Los Angeles. Je n’avais pas bu grand chose encore, mon lit était vide et je n’avais toujours pas envie de finir le premier donjon de Wind Waker.

* * *

J’ai poursuivi mon imitation de Bukowski avec méthode. Je savais très bien ce que je faisais : faire des conneries, par ennui, dans le but de les écrire par la suite sur mon web log. C’était une débauche planifiée, une expérimentation que je ne prenais pas au sérieux, en vue d’avoir de la matière à écrire et de peut-être attirer les femmes. Une simulation. Une autre forme de jeu. Bukowski Quest.

La prochaine étape était d’essayer de boire seul, avant de sortir.

Web Log. 23.8.03
Le Monkey

Ce n’est pas tellement bon, la nouvelle boisson ADN. Un arrière goût de malt fort désagréable, comme un soupçon de pré-vomi. Tant pis. Il me reste deux bouteilles à terminer. Il fait froid aujourd’hui à Sainte-Foy. Sainte-Foy est sur un plateau qui surplombe Québec. Au loin, il y a des montagnes. Des montagnes lourdes, tristes. J’ignore la vaisselle sale qui traîne dans l’évier. Je me demande où est passée la disparue de l’été; s’est-elle sauvée par les craques du plancher?
Interpol joue fort
je ferme la porte patio
et je vais me chercher un sous-marin chez Subway.
Hier mon ami et mentor l’écrivain est revenu
me voir encore
avec sa nouvelle copine une
grande gothique aux cheveux
bleus
il est parti tôt
j’ai fini la soirée seul
dans un Monkey plein à craquer où
on m’ignorait comme si j’étais
invisible.
Assis sur un banc je suis mis à faire des simagrées, mettre mes pieds sur la table, grimacer, me tenir la tête comme si j’étais malade comme si j’allais vomir partout et je m’appuyais sur une colonne en prenant une pose je sortais mes fesses je faisais mon petit androgyne sexy mais personne ne remarquait pas une crisse qui ne regarde dans ma direction des fois je me demande
si je ne suis pas déjà
mort.
Dans la toilette sur le mur l’écriteau
« sautez dans l’urinoir pour y trouver de l’or
je suis vivant et vous êtes mort. »

Invisibilité
insignifiance
glisser le long des murs
mince comme une feuille de papier.
En revenant j’ai écrit un long courriel
pratiquement une déclaration d’amour
pour une fille dont j’ignore tout
qui n’existe que sur msn
et puis le lendemain je me suis dit
qu’est-ce que tu as fait là maudit débile?
Tu ne la connais pas
elle n’existe pas
et c’est à ce moment que les montagnes que je vois de ma fenêtre au loin m’ont parues si
lourdes
lointaines
noires
inaccessibles
tristes.

J’aime de plus en plus cette boisson ADN, finalement.

* * *

Un soir, j’ai reçu un courriel d’une fille, encore une lectrice d’Anomalie et de mon web log. Appelons-là D. Elle vivait seule en appartement même si elle n’avait que 17 ans, elle disait être désespérée, la tête pleine de pensées suicidaires. J’ai eu peur pour elle. Je voulais l’inviter au Star Café, elle a refusé. Mais elle voulait bien passer me voir. Il était onze heure et elle a sonné à la porte, elle s’est installée sur mon divan. Je me suis assis sur une chaise en face d’elle. Elle parlait à voix basse, près de la porte patio, elle était difficile à entendre chaque fois qu’une voiture passait sur le chemin Sainte-Foy.

Elle a regardé mes livres, elle a dit qu’elle voulait tous les lire. Elle ne me regardait pas, elle regardait le mur, elle parlait d’une voix monocorde. Elle était belle, encore une belle fille aux cheveux bruns, encore un peu trop grande pour moi. Celle-là avait le teint tellement pâle que ses lèvres étaient exsangues, presque blanches. Elle ne voulait pas de bière, elle disait être une straight-edge. Je lui ai demandé ce que ça signifiait.

Elle disait ne plus vouloir baiser. Ne plus vouloir boire. Elle avait déjà assez abusé, c’était terminé. Elle était écœurée de se saouler tous les soirs et de coucher avec tous les gars. Elle voulait une pause de tout ça. À 17 ans elle se sentait prête pour une forme d’ascèse, alors que moi, le geek de 24 ans, je n’avais jamais réussi à abuser de quoi que ce soit, je ne demandais qu’à le faire, systématiquement, pour tromper l’ennui et le vide, pour essayer de me rematérialiser durant cet été où tout s’estompait. Elle m’avait écrit ce soir là, elle voulait venir me voir parce qu’elle savait que je ne tenterais rien avec elle, elle était certaine que je ne la toucherais pas. Parce que je ne suis pas un salaud. Parce que je suis un gentil garçon. Elle voulait juste parler avec « un esprit qui pense ».

Elle portait des pantalons d’armée noirs très amples, un t-shirt noir informe. Pourtant il était clair qu’elle était très attirante, en dessous. Elle était allongée de travers sur mon divan et c’était évident. Une immense latitude m’est descendue dessus. Je l’ai écouté me parler, avec toute l’attention et la patience à ma portée. Bien sûr, je n’allais pas lui sauter dessus. J’en étais incapable.

Lorsqu’elle est repartie, j’ai échappé un long soupir. Je n’avais même plus envie de regarder du porn.

* * *

J’ai écrit ce qui suit après son départ.

Web Log. 30.8.03
I might be wrong

Je prends la bouteille. Elle est difficile à sortir. Elle est coincée dans le carton. Bon! Je l’ai. Je la débouche avec ma main. Ça fait mal. Je bois. Ça goûte la limonade. Smirnoff Ice. C’est bon. Ça descend dans l’estomac. Ça brûle un peu. Je n’ai rien mangé ou presque aujourd’hui. Des hotdogs pas de pain.

Je bois vite. Ça frappe fort. Ça m’étourdit. Je bois plus vite encore. J’ai à peine le temps de prendre mon souffle. Je cale. Ça brûle. Ça fait mal. Je grimace. Mais je la termine. Je la vide, la bouteille.

Je suis étourdi. Je suis en boxer. Avec des bas. J’ai toujours froid aux pieds, la nuit. Sans bas, mes pieds brûlent de froid comme si je marchais sur des braises, comme si je marchais dans l’azote liquide. Je suis presque nu. Je dépose la bouteille vide sur la table. J’ouvre la porte de l’appartement. J’ai mal aux yeux. Il fait trop clair dans le corridor.

Il est cinq heures du matin, il n’y aura personne. J’hésite un peu. J’avance un peu, passé le seuil. Je n’entends rien. Silence total. Pas encore de bruits de télé assourdis par les portes. Je fais un pas. Je reste là. Presque nu. En boxer et en bas.

Je chuchote. Je chante. Une chanson que j’ai dans la tête. Je ferme les yeux. I used to think. I used to think. There is no future left at all. I used to think…

Je fais un pas dans le couloir. Un autre. Je marche les yeux fermés. Le plancher craque. J’avance. Vite. De plus en plus vite. Je chante plus fort. J’ouvre les yeux. Open up and let me in. Let’s go down the waterfall. J’arrive au bout du couloir. J’entends un craquement. J’ai réveillé quelqu’un!

Je me retourne. Je cours. Vite. Retourner à l’appart. Vite! J’ouvre ma porte, j’entre, je la referme. Clac! J’espère qu’elle m’a entendu. J’espère qu’elle m’a vu.

Have ourselves a good time, it’s nothing at all.
Nothing at all.
Nothing at all.

* * *

Une nuit encore, insomniaque vers trois heures du matin, j’ai écrit l’adresse de mon web log sur de petits papiers, une bonne trentaine : « Visistez darnziak.com. Il vit dans votre bloc! ». Sur chacun, je faisais un petit dessin. Je pensais à l’affiche sur la porte à côté de la salle de lavage dans le sous-sol, « Girls who ride », avec une photo de fille sur des planches à neige. Il y avait des filles dans mon bloc appartement. Elles allaient savoir que j’existe. J’ai inséré mes petits papiers dans les fentes de tous les casiers postaux à l’entrée du bloc.

Le lendemain matin, ils étaient répandus partout par terre et dans la poubelle.

* * *

Méthode Bukowski afin de faire apparaître une fille dans son lit : boire de l’alcool, puis aller voir une fille. Aller dans une discothèque cette fois-là, un endroit où les geeks ne mettent jamais les pieds.

Deux soirs plus tard, dans un moment d’intense ennui, où la platitude sidérale du chemin Sainte-Foy m’écrasait, j’ai invité D. la straight-edge à venir avec moi.

* * *

Web Log. 7.9.03
Le Palladium

On s’écœure de n’importe quoi
on en fait vite le tour
déjà la débauche
commence à m’ennuyer.
Je ne vois plus tellement l’intérêt
de caller une 1,18 L de Cozmo
puis courir rejoindre cette fille
straight-edge
pratiquement inconnue
plutôt floue
parce que j’ai enlevé mes lunettes
pour être plus beau
et que l’alcool vient de taper.
On descend la pente à côté de la pyramide
jusqu’au Palladium
on entre
on monte au deuxième étage
tout est flou
je ne distingue pas de visages
grande discothèque pleine de lumière
de bruits assourdissants
de vibrations et de gens qui dansent
des femmes maquillées
et de grands hommes musclés
une longue coulisse d’eau sort des toilettes des femmes
dégoutte sur la piste de danse en bas.
Je me penche sur la rampe
je lance un grand crachat
sur des têtes nues.
Et puis on redescend
au centre de la piste de danse
compressés entre des corps
la straight-edge l’air sérieuse
ne danse pas
elle reste figée là.
Moi je grouille un peu et puis
je fais semblant de saisir les fesses
d’une fille devant moi.
La straight-edge me crie à l’oreille
« T’es pas game »
alors je prends une bonne poignée
de fesse à
deux filles et même
un gars.
La première fille frustrée les yeux sortis de la tête
me gueulait après pendant que
je lui riais dans la face.
Et puis ensuite
la straight-edge et moi
on s’assoit à une table vacante
et je me mets à lancer
des canettes d’energy drink vides
qui trainaient.
Je les lance
le plus haut possible au dessus de la piste de danse
au dessus des têtes des danseurs
les canettes vides volent en l’air.
Je m’apprête à lancer une bouteille
et elle fronce les sourcils
« Arrête, tu vas te faire sortir »
alors j’arrête
et puis elle veut partir déjà
alors on s’en va
parfait je pense déjà
que j’en ai assez pour écrire.
En remontant la côte
la straight-edge me dit qu’elle retournera
au Palladium une autre fois
avec un gars
qui danse bien
lui au moins
« Palladium-style! »
dit-elle en agitant les bras
avec un sourire méchant.
Elle dit que je marche comme
un pantin.
Elle me demande si c’est vrai mon texte
de l’autre fois
celui où je cours en boxer dans les corridors
du bloc.
Je lui dit :
« non ».
Elle dit :
« Je suis certaine que tu dis que c’est faux
parce que tu as honte de l’avoir raconté ».
et j’éclate de rire
les frontière de la vérité et du mensonge
sont minces
et la mythomanie est une pathologie
intéressante.
On est allé bouffer une pizza
au Salvatore
sans trop se parler
là où travaillait mon ex le printemps passé.
Elle est partie chez elle
comme si je n’avais pas été là.
J’étais son bouche-trou
de la soirée
mais je m’en fous
j’ai dormi comme une roche.

* * *

Après avoir mis ce texte sur mon web log, mon ami l’écrivain m’a écrit « qu’il sait que cela s’est déroulé uniquement dans mon imagination » et j’ai éclaté de rire devant mon ordinateur. Cette histoire au Palladium est véridique et il la croit fausse. Celle dans le corridor en boxer est fausse, mais la straight-edge la croit vraie. Je ne me fiche bien de ces catégories de vérité ou de fausseté. Quand tout est transparent et il ne se passe rien, il n’y a pas de différence entre l’imaginaire et la réalité. Tout n’est que paroles en l’air et la vie reste en suspend. Les événements existent si peu que c’est comme s’il ne s’était jamais rien passé.

Est-ce le monde, ou est-ce moi qui suis transparent? C’est du pareil au même, je n’ai d’emprise sur rien. La porte-patio était ouverte, il faisait frais et il y avait peu de trafic sur le chemin Sainte-Foy. L’automne arrivait.

Le trash des geeks c’est pour faire semblant. Il n’y aura pas de sexe à la fin. On n’y croit pas mais on le fait quand même, parce qu’on s’ennuie et que le GameCube nous a abandonné. J’ai échoué à devenir Bukowski, j’ai échoué à devenir alcoolique, mon petit corps frêle n’aurait jamais pu le supporter de toute manière.

Les geeks aussi lisent Bukowski mais cela ne les avance à rien.

Je n’ai pas baisé cet été là.

* * *

Épilogue. C’était ma dernière histoire d’amour geek.

À l’automne 2003, j’allais aussi fréquemment lire au Star Café, cette fois-ci durant le jour. Je ne lisais plus Bukowski. J’ai passé une journée entière à lire Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science d’Emmanuel Kant. Je l’ai lu d’une couverture à l’autre, entièrement fasciné. J’ai passé quelques soirées à rejouer à Day of the tentacle. Les frasques de l’été étaient terminées. Je m’étais fait une nouvelle blonde, mon esprit s’était stabilisé et mon corps allait à nouveau servir. À partir de ce moment, je me suis concentré sur mes études en philosophie.

J’ai connue ma seconde blonde sans l’aide de Bukowski. Elle avait écrit un article à propos de la métaphysique de Philip K Dick, mon auteur de science-fiction fétiche. Je lui ai envoyé un petit mot par courriel, dans lequel j’avais glissé l’adresse d’Anomalie et de mon web log. Elle a lu mon site et a voulu me rencontrer, comme bien d’autres avant elle – mais ce fut la dernière. Une fille sage et sérieuse, aux longs cheveux bruns. Dick avait ses « dark-haired girls », celles de Darnziak ont les cheveux un peu plus pâle mais sont toutes conformes au même modèle. J’ai vécu en couple avec elle pendant huit ans. L’esprit assez stable pour redevenir un geek et ne jamais regarder les autres filles. Peu à peu, j’ai délaissé mon blogue, j’ai cessé de dessiner, j’ai cessé d’écrire. J’ai joué pas mal au nintendo DS.

Elle m’a embrassé sur un banc de parc face au fleuve, à Sillery en septembre 2003 et je me suis réveillé en décembre 2011. Lorsqu’une fille t’embrasse, tu embarques sans le savoir dans une machine à voyager dans le temps. Tu te réveilles des années plus tard, tu reprends conscience ailleurs, dans un lieu presque identique à ton point de départ.

Il s’agira encore d’un appartement vide et d’une vie vidée de son contenu.

Il y aura encore une fois l’incapacité de jouer à des jeux vidéo.

Il y aura l’envie de boire, de sortir, de vivre la nuit.

Il y aura cette persistante impression de se dématérialiser, de se dissiper, de s’estomper, de disparaître. Devenir un spectre, devenir transparent.

Et à nouveau apparaîtra comme seul remède, comme unique possibilité de se maintenir dans l’existence, la nécessité d’écrire.

Alors j’écris.

On redeviendra geek dans une prochaine vie.

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Comments
4 Responses to “Les geeks aussi lisent Bukowski”
  1. Luc Chicoine dit :

    Shit! Ça me scie!
    Ça résonne dans ma vie comme si c’était du vécu.
    Et pourtant je ne suis pas si geek que ça. Juste un peu quoi, comme ma connaissance de l’oeuvre de Bukovsky.
    Peut être que c’est parce que je suis au plus creux de cette instabilité.
    Je vis trop pour écrire pourtant, mais des fois, vivre c’est écrire tant les deux peuvent être des moyens de fuir…

  2. mecreante dit :

    Hum, le nombre de commentaires que j’aurais à faire. On s’en reparle, peut-être.

  3. Sophie dit :

    C’est un beau texte. Cute comme tout.

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