Queer & the Shitty. Saison I. Épisode II

Quand les terrasses sont pleines à 10h dans Hochelaga, la folle du coin n’aime plus ses pigeons comme d’habitude, la routine court après des espérances et les urgences aimeraient t’ouvrir grand leur cœur pour te guérir, sûrement. Dans la déchéance des plus blessés, il y a l’idée de se lever pour vivre mais il faut bien passer le temps. Alors on boit dès 10h. C’est normal.

Les heures approuvées sont rares ici. C’est un indicateur de la lourdeur. À Hochelaga-Beach, on se retrouve très facilement entre une Manon et un verre, deux continents d’oubli, ou entre une Josée et la prison si les forces de l’ordre trouvent que la Josée en question a l’air louche avec son jacket léopard et ses pantalons de vinyle trop moulants. À Hochelaga-Beach, entre la solitude rotée des perdus de l’amour qui s’enfilent des pichets sur Ontario à 10h et l’échec émotif qui nous pend au bout de la queue parce qu’un jour elle va arrêter de bander, il n’y a qu’un pas.

Mais si la blessure infecte des laissés pour compte dit  « bois pour oublier ta situation merdique », qu’en est-il de leur besoin de se sentir ailleurs ? Que penser de la loi de l’attraction qui ne les empêche pas de baiser malgré leur haleine écœurante ? Qu’en est-il de la chance qui pourrait les placer dans la mire de Minette Salinger, la face dans sa craque avant qu’elle décide que c’est assez et qu’elle doit les délivrer de leur pauvre vie de pauvres déportés de l’amour ?

Ritz Carlton n’avait crissement pas le goût de niaiser quand je l’ai appelée.

–          Yo man, ça va ? C’est SS… J’ai fini d’arranger le trou avec Nicky. Shit, ils vont capoter là-dedans…

–          J’ai l’air d’une bonne femme de quarante ans, crisse ! Comment tu veux que j’ramasse Ed Hardy ? J’aurais pas dû passer dix heures sur Réseau Contact hier ; ça m’a rendue lette, cernée comme un bouledogue pis là, j’suis pognée pour essayer de cruiser live. On devrait laisser faire Minette…

C’était hors de question parce qu’on avait voté. On est pour la démocratie. Ritz avait été élue. Le premier crime lui revenait. Compte tenu que le ratio de buveurs tôt est ultra-élevé dans Hochelaga, elle n’allait pas avoir de mal à trouver.

En gros, certains crimes allaient être collectifs. D’autres totalement indépendants. Ça allait dépendre du trou de cul en face de nous, de ce qu’on allait décider de lui faire passer comme quart d’heure. Un cas à la fois.

La fosse commune était creusée ; je m’en étais chargé avec Nicky. Un méchant gros trou cadenassé entre le Frigidaire et le poêle, pas accessible pour deux cennes à moins d’être sacré dedans, où on allait laisser crever de faim nos victimes les plus marquées par le Même. La fausse allait devenir notre coffre-fort, un réservoir de stéréotypes. Ensemble, on l’a baptisée l’Écurie.

Ritz a raccroché après avoir essayé de m’amadouer. Nicky non plus ne voulait rien savoir. De toute façon, Minette n’était pas disponible… elle s’en venait avec moi pour me filmer en train de fourrer Mimosa.

Carlton s’est regardée dans le miroir avant de partir. La jupe noire allait parfaitement avec ses longs cils de poupée mais les ongles rouges manquaient un peu de punch… Ce n’était pas grave parce qu’elle allait porter ses gants de cuir pour liquider proprement son premier douchebag trop orange. Le rouge pas assez rouge ne se verrait donc pas sur la Ontario.

Après avoir sacré le couteau le plus aiguisé de sa cuisine dans sa sacoche, Ritz a claqué la porte. Sa chienne jappait mais le son de ses talons aiguilles sur le plancher du corridor la rendait inaccessible. Dans deux heures max, elle allait traîner un gars dans un sac, dans le même corridor. C’était son but.

Deux étages plus haut, je venais de finir d’envoyer mon jus dans la toilette sale avant d’aller me faire sucer par mon ex pour sa fête. Je voulais juste ne pas trop lui en donner. Minette Salinger a entendu le ploc. Ça l’a excitée à mort.

*

Une heure plus tard, j’étais sur le trottoir en face de l’appartement de Mimosa sur Sherbrooke Est, prêt à me faire shooter des bêtises avant de baiser. C’est tout le temps de même avec elle parce qu’elle oublie pathologiquement de gober son Effexor ou son Xanax. Comme elle n’est jamais assez gelée pour être normale, je ne m’attends à rien de spécial. Ça va gicler as usual, c’est clair.

Minette m’enligne :

–          Crisse man, c’tune folle c’te fille-là… Pis m’semble que c’est pas ton genre de te faire tromper !? D’habitude, tu fourres pis t’oublies.

Même si je sais que la vérité sort des lèvres botoxées à fond la caisse de Minette, je suis emprisonné dans mon addiction. C’est comme ça. Mimosa Woolf : nom féminin. Singulier. Magnifique. Dans ses collants mauves, je la vois dans son salon qui m’attend. Mimosa. Mon premier amour. Mimosa ma camisole de force, mon drink libidinal du matin. Mimosa mon garde-fou. Ma freak. Je l’aime encore crisse !

Je l’entends qui se dit :

–          Pourquoi personne se pointe jamais à ma fête? J’aurais pas invité Latrique si j’avais des amis. Des vrais. Qui arrivent à la bonne heure. Avec un cadeau pis tout. J’ai fait mon propre gâteau. Faut le faire. Quand t’as pas d’amis. Faut tout faire et avoir pensé à tout. Pis ça donne mal à tête s’organiser une petite fête. Surtout la voir rapetisser.

Je m’entends lui répondre :

–          Ben non, arrête ! Pourquoi tu dis ça ? (Je me vois essayer de ne pas me mettre à vouloir me coucher entre ses deux jambes pour me mettre à la sucer crissement fort.)

La Salinger n’est pas contente parce que je perds mon temps en regardant dans le vide comme un cave. Elle veut qu’on entre au PC pour qu’on puisse laisser Mimosa dans sa marde au PC et qu’on aille rejoindre les autres au Quartier Général.

On sonne.

Mimosa est saoule. Deux cadavres d’un litre d’Amoretti finissent de mourir sur la table en niaisant les mouches à fruits qui dansent autour.

–          T’as eu de la visite ?

Mimosa pogne une boule à Minette. Elle me regarde les yeux dans le beurre.

–          Rentre-moi d’dans, Latrique… À moins que j’te rentre dedans ?!

Il faut faire vite sinon elle va s’endormir dans ma face ou me faire un coma éthylique. Je veux lui donner son cadeau. Son bonbon. Minette va dans le coin, à côté de la grosse plante verte. Elle baisse ses culottes, sort la caméra, pèse sur Power, arrache les faux ongles de son majeur et de son index, les lance derrière elle, ça saigne, elle nous regarde concentrée, ma cochonne d’amour respire fort, Mimosa m’entraîne vers la table. Le buffet est là. Personne sur les chaises. La nappe lui sert de jupe mais personne n’a découpé la fente pour ses hanches. Une fête pour deux. À deux. Mimosa avait prévu une épluchette de blé d’Inde. Elle porte son strap-on ; je le vois à travers la nappe. Je l’agrippe. Je pogne un blé d’Inde. Je l’accroche après les ganses de son strap-on. Elle l’a déjà utilisé avec Bouteille Fureur mais c’est pas grave ; ça m’excite. Je la prends par les fesses pour qu’elle se trempe la poche dans le beurrier. Je vais splatcher sur place. Je veux la piper. Mimosa rit.

–          J’suis pas belle quand j’ris. J’me vois dans l’miroir du plafond. Ritz Carlton avait raison, l’amour, ça craint. Surtout d’en haut.

Je mange son épi avec la sensualité d’une moissonneuse-batteuse. Je ne veux pas qu’elle parle. Je tire sur sa jupe sans m’en rendre compte. Genoux enivrés, seul point de pivot pour ce moment.

–          Ça parait qu’tu t’mets pas souvent à quatre pattes pour sucer.

–          Si t’es pas contente, ouvre ta chienne pis bouffe !

Elle dénoue ma ceinture. L’étoile de métal fait « ting » sur la table.

–          Euh… ça m’rappelle que j’ai rasé mon tapis d’en bas avec un rasoir usagé et qu’mon vagin a l’air d’un ciel étoilé magenta.

Je lui enlève son strap-on et ses collants. Le faux sang quitte l’ovaire. Je quitte mes jeans en même temps. On est comme deux enfants qui se préparent pour un mauvais coup. On joue à relier les grains de beauté. On les met en commun. Mimosa prend un air coquin ; elle fait sa Anne-Marie Losique en manque :

–          J’veux t’faire pleurer par en bas. Le miroir me rappelle que j’suis jolie la bouche pleine. Ça manque d’épices. Enfourche la livre de beurre ! J’fais d’la catharsis. J’suis sèche. Les chaises sont vides ; ça m’déconcentre.

Minette Salinger lâche sa caméra parce qu’elle comprend vite. Ses doigts passent proche de mon nez et l’odeur de plotte patchée me rend bizarre. Des images de mes parents en train de fourrer me passent dans la tête. Je pense à Ritz. Elle est où ? J’ai mal au cœur.

Mimosa rit comme une conne. Je la crucifierais sur place.

*

            Les pauvres d’Hochelaga continuent de boire malgré le fait qu’ils aient perdu un des leurs : Ray Couture. RDI a parlé d’un sac rempli de peau et d’organes, une chose innommable et atroce. Aucun os n’a été retrouvé… Les médias n’en reviennent pas. Seul un être extrêmement sadique et malade aurait pu commettre un tel acte selon eux.

–          C’est juste d’la bouillie d’douchebag dans son sac de gym, man. Y’a pas d’quoi capoter. (Minette a dit ça sans aucune émotion dans la voix, en continuant de recoller ses faux ongles.)

Ritz Carlton a vraiment été killer. Une reine. Tout a été fait proprement. Vite fait bien fait. Aucune trace de sang sur sa jupe noire ni sur ses Fuckmeboots. Du grand art. Nicky Dean vient de lui caller un danseur pour la récompenser. Elle mérite une bite à sucer.

Pauvre danseur…

*

À SUIVRE.

SAISON I. ÉPISODE III : MAI 2012

Publicités
Comments
One Response to “Queer & the Shitty. Saison I. Épisode II”
  1. SS Latrique dit :

    Collabo : Canette Anger !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :