Lettres de mon moulin

Après des semaines à tester mes boules de geisha et mon nouveau fauteuil à bascule de chez Greault & Tartineau, je me suis dit qu’il serait plus que temps de faire une femme de moi et d’écrire pour Terreur! Terreur! un texte génial qui marquera un tournant dans l’histoire de la littérature mondiale (et du Japon). Hélas, je me suis alors souvenue que j’avais, entassés comme des sardines dans ma boîte de réception, des centaines de courriels qui attendaient une réponse. Je devrai donc vous parler un autre jour de l’hypospadias purulent de Maurice Duplessis, car le devoir m’appelle; la dernière chose que je voudrais, c’est qu’on me prenne pour une vieille folle qui refuse de discuter avec les gens pour des raisons bêtes et incompréhensibles, n’est-ce pas…

* * *

De : choupie-jenny@kiskiss.ca
À : anne@archet.net
Objet : Recherche sur le mouvement d’anarchiste

Bonjour Madame Archet,

Moi et ma collègue de recherches étudions au cégep de l’Outaouais dans le cadre de notre cours de sociologie, nous avons un travail d’analyse d’un mouvement social à faire. Nous avons choisis le mouvement d’anarchiste pour faire notre travail et nous aurions aimé savoir si vous pouviez répondre à nos quelques questions. Cela serait grandement apprécié.

Je vous joins en fichier «word» nos questions, si vous pouviez répondre à celle dont vous pouvez, cela nous aiderait grandement.

Marie-Jeannie Desbiens-L’Heureux et Bianca Lavigueur-D’amour

De : anne@archet.net
À : choupie-jenny@kiskiss.ca
Objet : re : Recherche sur le mouvement d’anarchiste

Chères Marie-Jeannie Desbiens-L’Heureux et Bianca Lavigueur-D’amour,

(Ouf, une chance qu’on peut copier-coller vos noms, sinon on serait encore ici demain, hein…)

Vous n’êtes pas censées être en grève, vous deux? Il me semble que vous avez des trucs plus constructifs à faire en ce moment que de rédiger des travaux de session en sociologie… Jeunes filles, vous me décevez grandement. Vous devriez penser un peu à votre avenir au lieu d’user bêtement votre fond de culotte sur un banc d’école. Vous pensez peut-être qu’il suffit d’écouter pendant des heures un binoclard réciter ce qu’il a pioché sur internet la veille pour s’estimer éduquée ? Vous pensez que le simple fait d’avoir un bout de papier signé par Line Beauchamp en personne va vous ouvrir toutes grandes les portes du bonheur et de la réalisation de soi ? Good luck with that !

Je suis d’accord avec François Legault, les jeunes perdent leur temps au cégep ; les meilleures années de leur vie leur filent entre les doigts pendant qu’ils sont en classe, prennent des notes, révisent, préparent des examens, tout ça sur leur propre temps, à leurs frais, en assumant eux-mêmes les coûts de la formation de la main d’œuvre, et au final pour faire quoi ? Pour se trouver un job minable et permettre à leur futur employeur d’empocher des tas de pognon. Vous pensez qu’une telle gammick constitue un progrès pour l’humanité ? Jeunes filles, il est temps pour vous d’être sérieuses et socialement responsables ! Apprenez à rouler un pétard convenablement, apprenez la différence entre une cravate de notaire et une branlette espagnole – à la rigueur apprenez à jouer Dust in the Wind à la guitare sèche, mais de grâce, ne perdez par votre temps avec un cours de Socio 101 ! Pensez à tous ces flics qui n’ont pas encore reçu de roches sur la gueule – de quoi vont-ils avoir l’air avec personne à gazer devant eux? Pensez à tous ces chroniqueurs mongoliens qui s’égosillent chaque jour sur toutes les tribunes – vous voulez vraiment qu’ils retournent à leur ordinaire et qu’ils se remettent à cracher sur les musulmans, les écologistes et la chaussure d’Amir Khadir ? Et sur le dos de qui les politiciens véreux pourront-ils faire campagne et ainsi revenir au pouvoir ? Hein ? Sur le dos de qui ?

Ah la la… la jeunesse d’aujourd’hui.

Ceci étant dit, je suis gentille et serviable, alors je répondrai à une de vos questions, celle qui me semble la plus importante de toutes celles que vous m’avez soumises :

« Depuis quand que vous êtes membres du mouvement d’anarchiste ? »

Depuis qu’ils offrent des Air Miles pour chaque vitrine fracassée d’un commerce non-participant.

Je vous fais la bise et vous souhaite bonne chance de tout cœur,

AA.

* * *

De : marcel.cinq-mars@antipatico.ca
À : anne@archet.net
Objet : Moulin à paroles & féminisme

Anne – je pense me souvenir que tu avais déjà parlé d’un texte sur le féminisme sur un de tes blogs. Je crois que tu suggérais qu’ils le lisent à l’occasion du Moulin à paroles, en 2009… Je me souviens l’avoir beaucoup aimé ; aurais-tu encore une copie ? C’est pour une copine.

Merci et bravo pour tout ce que tu écris, même si je n’ai pas le temps de te lire.

Marcel.

De : anne@archet.net
À : marcel.cinq-mars@antipatico.ca
Objet : re : Moulin à paroles & féminisme

Cher Marcel,

Il s’agissait d’un article d’Henri Bourassa publié en 1918 intitulé Le suffrage féminin; il est facile à trouver sur le ouèbe et je vous épargnerai l’affront d’un cours sur l’utilisation de gougueule. Pour le plaisir de votre copine, je vous en offre quand même un extrait grattos :

«Le féminisme tend à la suppression du mariage et de la maternité pour aboutir au rétablissement de l’esclavage de la femme. C’est une reculade de vingt siècles.

S’il n’y avait en cause que les pécores du féminisme, les dévoyées de l’égalité sexuelle ou les perruches huppées qu’on est convenu d’appeler les «society women» et dont la stérilité volontaire appellera au tribunal de Dieu l’accablant témoignage des malheureuses déjetées du ruisseau — celles-là au moins subissent ici-bas le poids de leur opprobre et ne couvrent pas leur honteux trafic d’un manteau d’hypocrite correction — on pourrait en prendre son parti. Mais il y a encore parmi nous un certain nombre de gens qui ont eu une mère, une vraie mère, qui ont une femme, une vraie femme, qui ont des filles dont ils veulent faire de vraies mères et de vraies femmes. Ceux-là n’ont pas le droit de laisser une bande de politiciens en quête de malsaine popularité, avilir leurs mères, leurs sœurs, leurs femmes et leurs filles au contact des détraquées et des émancipées qui ont entrepris de consommer la déchéance morale de la femme et la désorganisation de l’ordre social.»

Ce qui m’amène à penser qu’être un imprécateur réac augmente de beaucoup la probabilité qu’un boulevard porte son nom après sa mort. Si vous ne me croyez pas, je vous donne rendez-vous au coin de Richard-Martineau et de Jeff-Fillion en 2040. Chiche!

Bises,

AA.

* * *

De : maitre-m@bdsm.net
À : anne@archet.net
Objet : C’est l’heure de la punition

Samedi 12 mai prochain, Hotel le Chablis (5800, rue Sherbrooke Est), suite 105. Demande la clé à la réception. Arrive à 21h00 PRÉCISES, car je déteste les petites chiennes qui ne sont pas ponctuelles. Tu dois porter une culotte de coton et rien d’autre. Il y aura un bandeau et un bâillon sur le lit. Tu sais ce que tu as à faire. Attends-moi sagement. La punition sera sévère, mais juste et méritée.

Ton Maître M.

De : anne@archet.net
À : maitre-m@bdsm.net
Objet : re: C’est l’heure de la punition

Cher M&M,

Désolée pour votre fantasme tout coquinou, mais je viens de me rappeler que deux collégiennes (en chaleur, il va sans dire) m’attendront ce jour-là au coin du boulevard Jean-Charest et de l’avenue Stéphane-Gendron; ils veulent que je leur apprenne à brasser voluptueusement leur carré rouge. Par contre, si vous aimez flageller des postérieurs féminins, j’aurais peut-être un nom à vous suggérer : elle représente Bourassa-Sauvé à l’Assemblée nationale, vous n’avez qu’à gougueulerson nom.

Bises,

AA.

Publicités
Comments
3 Responses to “Lettres de mon moulin”
  1. Philippe M. , Maréchal des logis-chef première classe de l'Ordre lubrique des masturbateurs compulsifs dit :

    Anne,
    En ce qui concerne l’apprentissage des jeunes générations, même si nous n’avons pas de Cegep ici, je suis d’accord sur le fond, encore que j’étais personnellement plus sur les arpèges de « The needle and the damage done » que « Dust in the wind » ; par contre le socle de mes références culturelles vacille : il y aurait une différence entre la cravate de notaire et la branlette espagnole ? J’étais persuadé qu’il s’agissait là de pratiques délicieuses strictement synonymes ; j’ai du manquer un cours d’école buissonnière lors de mes lointaines années d’études… Pouvez vous m’éclairer sur ce point ?

  2. Anne Archet dit :

    La branlette espagnole (comme l’explique Wikipedia, source infinie de sagesse et de photos pornos appelant la censure), c’est lorsque la zigounette de l’homme, serrée entre les deux seins de sa partenaire, tend le bout de son gland vers le visage de l’élue de son coeur. Pour la cravate de notaire, il faut faire une rotation à 180 degrés, c’est-à-dire que l’homme de loi présente son derrière sous le nez de sa dame.

    (Quand je pense que j’ai abandonné l’enseignement depuis maintenant quatre ans. Chassez le naturel…)

    • Philippe M. , Maréchal etc. ... dit :

      Effectivement tout est une question de sens, même si le lieu d’accueil reste le même, ie le sillon inter mammaire (ma mère ?) .. Merci de votre éclairage avisé ; maitrisant a peu pres la langue de Cervantes, je retourne a mes études (buissonnières bien sur) de notariat …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :