Queer & the Shitty. Saison I. Épisode III

Hier matin, on a décidé que la prochaine victime allait revenir à Minette Salinger parce qu’elle passait son temps à chialer. Depuis 9h, on l’endurait.

Le soleil flambant perçait la grosse vitre du Quartier Géneral. On buvait du mimosa cheap et je n’arrêtais pas de penser à ma Mimosa Woolf. Le soleil flambait sur le glauque de notre situation d’animaux en manque de paroles face au problème existentiel de Minette.

–          J’vais m’faire greffer une face de Marie Carmen, crisse ! Comme ça, les dudes vont m’trouver engagée auprès des pauvres en Amérique du Sud et y vont m’parler sans vouloir m’imaginer écartée dans leur char… Fuck man, j’vais oublier comment dilater si j’ai pas une queue intelligente dans l’vadge d’ici deux jours.

Ritz Carlton l’a regardée comme si elle venait de dire la pire des menteries. Ça sentait le catfight. Entre craques tueuses, les couteaux peuvent voler vraiment bas. Ritz rageait.

–          Euh… Tu penses qu’on le sait pas qu’tu nous caches des affaires parce que tu passes ton temps à tomber amoureuse pis qu’t’as honte ? Là, arrête ! Ta prochaine baise va être rentable. L’amour c’est out… Tu le sais ! Et l’Écurie a faim… Il faut remplir ce trou-là, aussi…

J’ai croisé le regard de Nicky Dean dans le miroir de la toilette. Il trouvait que Ritz y allait raide. Nicky n’aime pas la violence blanche entre collaborateurs ; ça lui rappelle trop sa prof de physique en secondaire IV, qui s’est fait sacrer à la porte parce qu’elle s’est fait pogner en train de lui manger le batte. Son amour des Cougars a été javellisé à cause de ça ; il s’est donc abstenu de tout commentaire face aux mots de Ritz Carlton… trop semblables à un avortement affectif vécu entre deux personnes qui s’aiment, il y a un certain temps ; ses traumatismes de cœur liés au bas de la ceinture s’en rapprochaient trop.

De toute façon, Nicky n’avait pas de temps à perdre. Il devait aller rendre visite à sa mère adoptive dans Westmount comme à tous les dimanches. Depuis la fois où la visite dominicale s’est transformée en gang bang slash Bonnie Frappier en train de me faire splatcher dans sa face slash Ritz en train de piper le chum de Bonnie slash name it, Nicky préfère y aller seul ; on est barré.

Minette Salinger m’a fait un clin d’œil.

–          Pis toé, Ritz, tu nous caches rien ?! On sait tous que Ray Couture est passé au cash mais zéro détail… Avez-vous fourré, au moins ?

On a arrêté de vivre pour écouter la réponse de Carlton. Le premier meurtre en valait le détour. Nicky a même interrompu sa séance de beauté. Comme si elle était la Star d’un matin dans le Quartier Général, Ritz s’est assise sur un tabouret à côté de la porte secrète de L’Écurie. Yeux sadiques. Rouge à lèvres rose pâle. Elle a écarté ses jambes pour qu’on puisse voir les marques de dents que Ray Couture avait laissées proche de sa snatch.

–          Hipélaye ! (Nicky Dean a fait une face de chevreuil apeuré, mais sa serviette est tombée et on a vu son gros pen bandé… ça l’a excité, le cochon.)

Ritz Carlton a été choisie. Va demander au concierge pourquoi, mais elle a été choisie. Sa mère dirait que ce sont ses yeux noirs. Certainement. Ils pourraient démolirent une ville entière. Pour nous, peut-être que choisir Ritz voulait juste dire qu’on était assuré qu’elle ne flancherait pas. Quoi qu’il en soit, Ritz avait mieux à faire que de réfléchir sur le moteur. Ses bottes de salope avaient deux trois coins de rue à arpenter afin de cibler le pire des ignobles unicellulaire. Un facile. Une de ces loques dont il suffit de dire… avec un sourire en coin… que ses muscles sont pour une fourmi le Mont Everest.

On est là, en attente de la confession, comme des répliques empaillées de Louise Deschâtelets dans Le Confident. Sur son tabouret, Ritz fait sa fraîche. Et elle se lance :

Le temps d’échapper subtilement mon briquet sur le trottoir et de le ramasser, derrière bien rebondi, je me suis exécutée. Un sourire, un battement de cil et hop, une choppe de bière devant moi. Puis une autre. Puis cinq. C’était le moment pour moi de tisser ma toile et d’amener Ray Couture hors de ce trou miteux où gît la pire des races d’Hochelaga.

Maintenant c’est mon lit.

Une fois dans le loft, ma chienne gavée d’un os bien dur, j’ai retiré ma robe de soie. Les mamelons bien brandis, je savais que son regard serait attiré. J’ai empoigné sa chemise à carreaux ridiculement achetée chez Rossy ;  j’ai eu aucun mal à la déchirer pour l’amener vers mon lit.

Après l’avoir dépourvu de son accoutrement de mauvais goût, j’ai respiré un bon coup et ouvert grand la bouche. Heureusement pour moi, il sentait bon. C’était bien sa seule qualité en tant qu’homme de peu de valeur : avoir un pain qui sent bon à ne plus savoir de quoi il en retourne. Il ne me suffit que d’une croquée pour que le gland reste entre ma langue et mes amygdales. C’est alors qu’enfin, après tout ce maladif carnaval, j’ai ressenti pour la première fois une grande jubilation. Je venais de définir ma raison.

Le pauvre, il criait. Et moi, j’riais à grande gorge déployée ; j’en pleurais. Quand j’ai vu ses yeux vriller et se gorger de sang (ils me faisaient penser à ceux de Malcolm McDowell dans L’orange mécanique), j’ai atteint l’orgasme. Couture me disait d’arrêter mais fuck it, man. Sa pollution visuelle m’enlevait le goût de croire à Miss Californie 1996.

J’ai découpé soigneusement ses pepperonis bien ronds pour lui en faire de belles pommettes. Amadouée par la photo, j’ai saisi un crayon de plomb HB soigneusement aiguisé et j’ai fait mon plus splendide tableau. Sur son torse, il y avait Le Baiser de Klimt. Le sang giclait. Un sang rouge carmin. Trois minutes et le tableau s’est effacé. Restait plus qu’à peaufiner mon sentiment amoureux. Le dépecer.

Après une heure et une bobine complète de soie dentaire, mon travail était terminé. Plus une once de chair sur les os, le tout achevé à la canine bien affûtée. J’ai salué l’œuvre en replaçant ma frange, le regard vide mais nourri. Puis j’ai gâté ma fille : « Juliet, ma belle chienne, maman a du bonbon pour toi. »

–          BRAVO !

Ritz Carlton ne se doutait pas de l’effet qu’elle me faisait. J’avais les gosses pleines de balles. Minette Salinger devait s’en inspirer, y aller aussi efficacement. Pendant que ma main sur la queue de Nicky cherchait je sais pas quoi, sûrement un Glory Hole à essayer, Ritz nous regardait, un sourire en coin ; elle savait qu’elle venait de marquer des points.

*

            La mère de Nicky était en train d’arroser l’asphalte de son entrée de cour quand Nicky est arrivé. Elle l’a serré, le boyau d’arrosage entre les mains, et Dean a trouvé la scène sexy. Il faisait chaud. On cuisait. C’était digne d’une scène comme dans Bleu Nuit, léchée pis toute.

La pulpeuse mère de Nicky l’avait eue un peu facile mais c’était digne de son ouverture vaginale. Pas d’embuches. Bonnie Frappier, devenue très riche à la mort de son père, s’était lancée dans une carrière prometteuse dans le monde des cosmétiques. Audacieuse, inventive, riche à craquer et très connaisseuse en matière de beauté, elle ne mit que quelques semaines avant d’être proclamée Miss Make-up dans le magazine Châtelaine et personnalité du mois dans le Journal de Westmount. Garce notoire à ses heures, elle fut également surnommée la Charrue liftée par la plupart des bourgeoises jalouses de son quartier. Mais rien ne pouvait arrêter Bonnie, qui enseigna les rudiments de la bitcherie sans concessions à Nicky Dean dès qu’il fut en âge de bander.

–          Viens dans maison… Tu sues trop, p’tit crotté…

Nicky savait ce qui l’attendait. Il connaissait les talents de nettoyeuse de sa mère, une balayeuse industrielle en fait. Bien que Dean se soit scrupuleusement pété plein de points noirs et lavé et rasé le chest avant de venir, il avait gardé sa bitte intacte parce qu’il ne pouvait pas décevoir sa mère folle de ça ; d’autant plus que Bonnie avait besoin du smegma de son fils pour concocter ses crèmes antirides, un succès auprès de ses salopes de clientes qui se faisaient souvent dire qu’elles sentaient la graine des joues sans comprendre pourquoi. Bonnie s’en tordait de rire.

En passant devant le laboratoire, Nicky ne put s’empêcher d’être fier de sa mère. Le nombre de pots Masson remplis de dèche alignés sur les étagères avait considérablement augmenté.

–          Tabarnak m’man, tu chômes pas ! Y’en a pour nourrir une armée d’suceux en manque icitte !

–          J’ai même réussi à développer une technique de recrachage qui marche comme la distillation. Pas une goutte de bave dans mes derniers échantillons… Tu peux être fier de ta mère… mon Nicky, dit-elle en lui ramassant le paquet.

Le chihuahua eut juste le temps de se parker entre les jambes de Nicky Dean, de lever son museau vers l’odeur écœurante qui s’échappait de son zip ouvert et de se mettre à courir en jappant – comme s’il avait peur qu’un ciel d’inceste ne lui tombe sur la tête – avant que ses jeans ne se retrouvent par terre et que Bonnie se mette à sucer avidement, une vraie réplique du Grand Canyon en forme de bouche. Nicky Dean se sentait  littéralement en Arizona malgré l’air climatisé.

En cinq minutes, ce fut fait. Nicky, pompé à mort et lavé, sentait son cœur qui voulait traverser sa queue. Il regarda sa mère. Il ne comprenait pas. Elle l’avait avalé. Et elle pleurait.

*

            En plein meeting des bibittes émotionnelles avec Minette Salinger et Ritz Carlton, j’ai repensé au terrorisme qui me liait à Mimosa. Minette avait beau risquer de tomber amoureuse en regardant un gars dans le métro et Ritz détenir la clé de l’énigme au centre de l’anti-stéréotype, j’allais devenir nul si découvert, un homme au foyer sans maison, sans famille, sans cul, sans rien, un rejet, une plaie d’Égypte, un sarcophage sans sacré dedans, si je continuais d’endurer sa liaison avec Bouteille Fureur. L’autre devait disparaître de la mappe.

Carlton nous a regardés avec plein de feux d’artifices dans les yeux. Le danseur appelé la veille pour célébrer son succès se démenait dans L’Écurie, ligoté, la face dans sa fausse face en sang étampée dans un bac plein de vitre cassée. On a eu un fun noir avec lui.

Pour enterrer les gémissements du danseur, elle a remonté le son sur l’ordi et elle a crié :

–          Je vous aime, mes trésors !

Et on est sorti s’acheter de la Pabst en attendant Nicky. Après le mimosa, ça allait trasher.

*

À SUIVRE.

SAISON I. ÉPISODE IV : juin 2012.

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Comments
2 Responses to “Queer & the Shitty. Saison I. Épisode III”
  1. SS Latrique dit :

    Collabo & photo : Rita-Adèle Beaulieu : http://barphotos.blogspot.ca/

  2. SS Latrique dit :

    Et ici, SS Latrique frenche ses lecteurs. Tiens : XXXX !

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