Queer & the Shitty. Saison I. Épisode IV

Parfois, il arrive qu’on meure. C’est la loi. Il s’agit même de la seule justice selon plusieurs. Il arrive aussi, parfois, que la mort devienne sale ; et quand ça arrive, on crie au meurtre parce que c’est laid. Dans ces moments-là, toutes les causes deviennent des moratoires. Il faudrait par exemple cesser de respirer le temps d’une trêve. Ou simplement ignorer. Ou capoter de rage. Ou encore – et c’est encore pire, se jeter dans une colère plus épeurante que les monstres que nous sommes tous capables de créer en guise de révolte.

C’était ma réflexion quand j’ai essayé de parler à Mimosa ; fouille-moi pourquoi. Le ciel était complètement en ma faveur. Il faisait beau à s’en chier la morale. Pas de réponse de Mimosa Woolf. Juste un message qui faisait mal à entendre. Partie avec Bouteille Fureur en croisière. Morte, autrement dit. Ma promesse d’amour était partie. Point. C’était fini. J’ai souhaité un naufrage suivi d’une attaque suivie d’un viol collectif suivi par une séance de mangeage entre cannibales qui s’aiment. Une croisière… Euh… Pardon ? J’ai trouvé ça weird venant d’elle.

Je suis allé me confesser en face de l’Écurie. Mimosa venait de me dire bye mais j’ai gardé ma dignité. Pas de larmes. J’ai regardé le trou called l’Écurie et l’envie d’aller enfoncer ma graine dans le trou du danseur pas encore crevé qu’on avait embarré dedans m’a pognée pour oublier la croisière de marde de Mimosa. Je devais l’accepter.

Désormais, je comprenais Ritz Carlton dans sa rage contre l’amour.

*

Deux étages plus bas dans le bloc, Minette Salinger était en train de se réveiller stressée à 7h36. Son baptême de la tuerie du Même la rendait complètement cinglée. Malgré son envie de se recoucher parce qu’hier a été un désastre alcoolisé, elle devait se botter. Aucun battement de cils à perdre. Pas le temps de se ressalir avec le nowhere qui dormait bandé dur la bite au ciel dans ses draps. Pas de carrosse en vue. Elle n’avait pas le choix d’être frénétique. Elle devait être bonne ; c’était un impératif. Son premier crime allait parler ; il était essentiel que Ritz Carlton soit fière d’elle, et que Nicky Dean s’en inspire et que je sois illuminé par le deuxième morceau d’insignifiance qu’on allait balancer dans l’Écurie.

Pour aller chasser un gars en complet avec des mèches à la Place Versailles, elle se demandait comment se déguiser : en fausse riche sexée, en étudiante salope sexée ou en danseuse cheap sexée mais avec un maquillage de qualité. Elle rushait. Comme si elle avait le temps de niaiser, Minette devait choisir une tenue décapotable parce que ce soir on allait tous partir fêter Ritz à Ste-Adèle. Elle allait juste avoir le temps de repasser au Quartier Général pour sacrer la viande dans l’Écurie avant de partir pour qu’on s’en occupe à notre retour. Après deux minutes d’hésitation devant sa garde-robe, le relent d’alcool d’hier fit enfin sa job en la désincrustant de son hésitation aussi efficacement qu’une claque sur le minou : Minette choisit le noir.

À 8h17, elle embarra le dude dans l’appart au cas où aucun fonctionnaire méché digne de ce nom ne soit assez cave pour la suivre ou juste pas levé un samedi à l’heure des matantes qui magasinent. Le noir… c’était le mieux en crisse. Un excellent choix ! Ça ne jurait pas avec le sang qui lui coulait entre les jambes (mais c’était une bonne nouvelle parce que l’arrivée de la saignée voulait dire qu’elle n’était pas tombée enceinte malgré ses trente baises bareback en une semaine). Mais pas le temps de penser.

L’important pour Minette était d’arriver à l’heure pour aller chiller dans un manoir en campagne en ayant accompli son devoir juste avant.

*

            La Place Versailles était plus laide que jamais même s’il faisait beau à s’en toaster l’existence. Minette était d’une humeur hitlérienne ; elle se sentait méchante ; il était tôt et ça la faisait chier d’être là, au milieu des salons de coiffure pas encore ouverts, à côté d’une espèce de zoo de lamas qui s’emmerdaient de vivre en plein milieu du centre d’achats, à 9h un samedi, tandis que mister grosse queue ronflait toujours dans son lit et qu’elle aurait pu être en train de se faire remplir en ce moment. Minette Salinger portait les Dr. Martens que ses parents qualifiaient de souliers de nazis ; tout allait dans le portrait, donc.

–          Ok, j’me parke là pis j’choisis, se dit Minette en enfilant ses grosses lunettes de soleil. (Elle venait de s’auto-proclamer Star-007 du porno-meurtre.)

Sur le banc à côté de la fontaine remplie de vœux à une cenne, c’était le lieu idéal pour agir. Malgré ses pulsions déchirantes de rosé dans un spa, Minette regardait les passants ; c’était délirant :

Des enfants qui criaient, le mal de tête qui battait, une p’tite pas vite qui n’arrêtait pas de gueuler qu’elle avait envie de faire caca, maman pas contente, papa était en train de faire arriver le câble dans la maison faque farme ta yeule, un gars qui se pointait au Ardène pour acheter un bracelet mais qui trouvait que le Ardène c’était finalement poche en sale parce que la vendeuse n’était pas là (elle était en train d’arriver armée de son gros cul qui venait de s’acheter un croissant – elle serait là dans deux minutes) et qui repartait frustré (mais il était crissement sexe), une bonne femme pareille comme Pauline Marois mais qui sentait de la noune, sûrement, parce qu’elle jutait des toiles d’araignées en spots à travers sa jupe grise, et un méchant beau spécimen de garce avec un batte entre les jambes, les cheveux méchés pis toute, la perle, c’était lui, c’était clair. La Salinger, assise sur son banc, avait la faculté de lire sous les vêtements derrière ses lunettes. Elle savait tout. Elle voyait tout. Rien ne pouvait lui échapper.

Yes ! Le sosie de Patrick Bateman s’est arrêté. Il a même replacé son joystick en regardant Minette. Il sentait le sale même si son complet semblait clean. Minette l’a aimé tout de suite. Droit devant elle, il s’est avancé la graine presque dans sa face. Il portait à gauche ; ça se voyait ; ça sentait. Minette a enlevé ses lunettes pour qu’il puisse réaliser qu’elle s’intéressait (apparemment) à lui avant d’exposer les magnifiques résultats de son dernier traitement au botox en figeant ses lèvres dans leur plus beau cliché de bouche de suceuse slash gorge profonde qui s’auto-deepthroat jamais produit (ses lèvres d’en bas ouvraient grand leur gueule, aussi, mais ça, il ne le voyait pas) ; le gars bandait en malade ; et Minette Salinger  y alla straight to the point :

–          Taxi ? (Elle venait de le proposer aussi sensuellement qu’une chatte plus en manque que jamais.)

–          Ok, dit le futur mort-vivant.

En sortant de la Place Versailles, un oiseau fonça dans le windshield d’un char. Et Minette sourit en se grattant la noune ; ça lui piquait.

*

            Quand ils sont arrivés dans le Quartier Général, le gars a trouvé que le degré de louchitude pétait des scores parce qu’il se retrouvait apparemment dans un appart de gars. Ça sentait le dirty-mâle et l’entrée était pleine de souliers trop grands pour les p’tits pieds japonais de la Salinger.

–          T’es sûre que tu restes icitte ?

Minette savait qu’elle devait agir vite. L’heure du départ s’en venait.

–          Viens mon beau. J’jute comme une vache.

Direction salle de bain. Minette Salinger savait que Nicky Dean y cachait sa collection presque privée de godes de toutes les grosseurs ; il y en avait tellement que tous les trous assoiffés du monde avaient la possibilité d’y trouver leur graine.

Il ne fallait pas trop maganer le dude, juste l’amortir, le faire patienter en attendant notre retour, et lui montrer que les apparences sont parfois connes et qu’il n’aurait jamais dû suivre une belle poupée comme elle. Les rôles s’inversaient. Aujourd’hui, c’était elle la maniaque. En le traînant par la bite vers le lieu maudit, des images d’Aurore avec les mains sur le poêle lui traversaient l’esprit. Minette ne se pouvait plus.

Le temps qu’il se regarde dans le miroir pour replacer sa cravate, il était déjà trop tard. Bang ! Tiens mon crisse ! Le coup est arrivé vite et efficacement. Il tomba par terre en se pétant deux dents. Derrière lui, Minette se tenait droite, victorieuse, la main en sang, les yeux sortis de la tête, plus forte que jamais avec sa botte de nazi armée d’un cap d’acier entre les mains. Patrick Bateman gigotait. Il avait mal. Mais elle s’en sacra. Elle le ligota : une ceinture pour le haut, une paire de résilles sales en provenance de la manne à linge pour le bas. Le cadavre en devenir badtripait.

–          Qu’est-ce que tu m’veux, osa-t-il essayer d’articuler entre deux crachats de caillots de sang.

–          Être ton homme.

Minette était fière d’elle. Elle souriait, de glace devant la mare. Puis, elle sortit l’attirail de Nicky Dean. Les couleurs la turnaient off. Elle empoigna le gros mauve en premier, une belle grosse pièce de qualité faite pour les gros sphincters souples. Et Minette encula le faux Bateman à sec. Du gros mauve au long jaune, c’était brun en premier quand ça ressortait mais c’est devenu rouge et déformé en deux secondes. Il avait le cul en charpie ; ça pissait au lieu de chier.

–          Fais l’cochon ! Go ! Crie !

Il ne pouvait pas se mettre à quatre pattes et ça mettait Minette en crisse. Un coup de pied dans le ventre et il se mit à obéir. Il imita un porc saucissonné cloué sur le sol. C’était d’un pathétisme hurlant. C’était parfait.

–          Fuck man, t’es pas un cochon, t’es un hot-dog !

Les yeux de Bateman cherchaient une issue et pleuraient en même temps. Et Minette le traîna jusqu’à l’Écurie. Vite fait bien fait. Le dude allait endurer son mal et le plancher était propre. C’était simplement parfait.

Juste avant de partir, elle décida qu’il n’était pas assez enrobé de tripes comme les saucisses et elle lui enroula la tête de Saran Wrap avec un trou sur la bouche pour qu’il ne crève pas avant qu’on revienne de la fête de Ritz Carlton. Derrière la porte de l’Écurie, ça chialait.

Et Minette se sentit plus femme que jamais.

*

À SUIVRE.

SAISON I. ÉPISODE V : juin 2012.

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