Petit guide de savoir-vivre sur les réseaux sociaux

Il semble qu’en ces temps de crise un de nos nouveaux sports nationaux se résume à une analyse simpliste des comportements psychosociaux de nos adversaires idéologiques. Le dernier billet liste m’ayant fait sursauter à ce sujet est celui de Michelle Blanc : « Crise étudiante, la gauche est plus active et intolérante sur les médias sociaux ».

Dans l’incipit de son article, Mme Blanc se sent l’obligation de nous révéler sa position idéologique, soit supposément de « centre-droit », ce qui est un euphémisme pour « droite modérée », lui-même un euphémisme pour « droite ». En se posant d’elle-même en faveur de la Loi 78, elle serait plutôt à considérer comme de droite autoritaire; par opposition, par exemple, à Éric Duhaime, clairement de droite libertaire, voire anarcho-capitaliste, raison pour laquelle il s’est positionné, lui, contre la Loi 78.

Dès la seconde phrase, Mme Blanc se pose en victime de cette gauche « active et intolérante ». Par conséquent, tout le reste de l’analyse sombre dans cette opinion biaisée qui relève du fait vécu plus que des sciences humaines. Il ne reste plus qu’à orienter le reste de l’article en l’appuyant sur des données toutes autant relatives.

Quand Mme Blanc affirme que la gauche québécoise serait plus intolérante que la droite conformément aux propos relevés par Hank Campbell selon une étude menée auprès de « libéraux » versus « conservateurs » aux États-Unis, j’ai quelques objections à lui présenter :

  • Premièrement, rien ne prouve que ce modèle soit applicable au Québec.
  • Deuxièmement, au Québec comme aux États-Unis, les « libéraux » ne représentent pas les valeurs de gauche. Il suffit d’un regard sur la « Boussole politique des élections états-uniennes de 2012 » pour constater que la gauche de Barack Obama penche plutôt largement vers la droite. Aussi, par quel tour de passe-passe rhétorique l’idéologie libérale états-uniennes deviendrait-elle une idéologie à gauche de l’échiquier politique une fois la frontière passée? Si Mme Blanc cherche une comparaison à faire avec nos voisins libéraux, il faudrait plutôt la chercher du côté de nos propres libéraux. « Liberals » ne se traduit ni par « communiste », ni par « socialiste » et encore moins par « anarchiste »; par contre, on peut aisément traduire « liberals » par « libéraux ».
  • Troisièmement, l’auteur, Hank Campbell, est co-auteur du livre « Science Left Behind: Feel-Good Fallacies and the Rise of the Anti-Scientific Left », un livre dont leitmotiv semble être de prouver que la gauche est plus rébarbative que la droite créationniste face au développement de la science parce que les valeurs progressistes s’opposeraient au progrès scientifique. Campbell affirme qu’être contre la vaccination de masse, contre l’énergie nucléaire, contre la recherche sur les animaux et/ou contre les aliments modifiés génétiquement mènent les mouvements environnementalistes à des tendances politiques fallacieuses et à une « bonne conscience » qui est d’ordre anti-scientifique. Il y a là de quoi se méfier de ce genre de source!

Ceci étant dit, si Mme Blanc avait voulu faire une analyse « objective » basée sur le fait vécu, il aurait été juste qu’elle passe une journée dans la peau d’un gauchiste notoire, histoire de voir comment la droite les aborde. Ou bien, qu’elle fasse une réelle recherche basée sur un échantillonnage large de témoignages de droite comme de gauche afin de comparer les données recueillies, mais bon… ça aurait pris des mois de recherches, les résultats n’auraient peut-être pas servis ses intérêts politiques et, comble de malheur, ils n’auraient probablement pas permis de poursuivre cette entreprise de propagande visant à démoniser la gauche.

Si j’ai du mal à croire l’analyse de Mme Blanc, c’est que l’intolérance ne reflète en rien les valeurs de gauche. La gauche prône à la fois l’égalité et l’affirmation des différences, c’est plus que de la tolérance, c’est l’acception et la compréhension de l’autre dans toute sa singularité. Évidemment, il est vrai que, comme tout être humain, un gauchiste peut répondre bêtement à des insultes, surtout à des insultes préfabriquées par l’élite politique, économique ou médiatique. C’est parce que nous trouvons que ça manque d’imagination et que ça témoigne de servitude intellectuelle envers la classe dominante. Comme je dis souvent à mes trolls de droite : « Si vous voulez m’insulter, soit, gâtez-vous, mais l’insulte est un art et je vous pris de l’utiliser avec soin. Surprenez-moi! »

Aussi, puisqu’il s’agit de parler d’intolérance, parlons de celle que nous vivons dans la rue. C’est sous le prétexte de l’intolérance de la droite que nous nous faisons gazer, poivrer, matraquer, brutaliser, bombarder, profiler sur la base de nos allégeances politiques, brimer dans nos droits fondamentaux, mépriser, arrêter aléatoirement. Alors quand, le soir, quelqu’un nous dit que nous méritions un tel traitement parce que nous manifestons pacifiquement, ne vous étonnez pas que nous répondions avec colère parfois. Mais sachez que lorsque nous nous battons, nous ne vous excluons pas de nos luttes et nous espérons que chacun et chacune profiterons de nos victoires. C’est ça la justice sociale, nous avons beau nous battre contre votre intolérance, ce que nous gagnerons, nous le partagerons avec vous sans chigner parce que vous n’étiez pas à nos côtés pendant la lutte.

Ainsi, je peux dire à Mme Blanc que je les adore, mes trolls de droite. Même que, pour moi, « troll de droite » n’est pas péjoratif du tout, c’est un surnom affectueux. Ils me font réfléchir, pas parce que leurs discours sont pertinents, mais parce qu’ils sont la copie conforme de ceux des pouvoirs en place. Leurs comportements psychosociaux m’informent sur leur degré de soumission à la doxa. Oh! Bien sûr, ils vocifèrent des attaques; aux faits, ils répondent par des injures; aux arguments, par des propos démagogiques; aux généralités objectives, par des invectives subjectives; etc. Mais, au lieu de crier qu’on me persécute, j’attends le jour où j’aurai un vrai dialogue avec un de mes trolls de droite adorés. Vous savez, quand on parle, qu’on s’écoute mutuellement et qu’on se répond. Ça fait partie de mes valeurs, le dialogue.

Or, ce jour-là n’est pas encore arrivé, je vous donne donc ici quelques pistes pour ouvrir le dialogue sur les médias sociaux :

  • Essayez de comprendre la position de votre interlocuteur. Pour ce faire, écoutez-le. Comprendre vous aidera à formuler votre pensée avec des arguments qui prennent la situation du dialogue en compte au lieu de répéter docilement des propos démagogiques directement issus des structures de pouvoirs;
  • Évitez les insultes, ça creuse l’écart et ferme le dialogue;
  • Évitez d’attaquer personnellement votre interlocuteur. Sur les médias sociaux, dans la plupart des cas, vous ne savez pas à qui vous vous adressez et, le plus souvent, vos attaques ratent la cible parce qu’elles relèvent de l’ignorance et des préjugés. Autrement dit, basez vos arguments sur des faits, pas sur des suppositions ou des hypothèses;
  • Tâchez de rester dans le sujet. Si votre interlocuteur parle de droits fondamentaux, lui parler de fiscalité lui apparaîtra totalement hors sujet. Vous pouvez, par contre, l’amener progressivement à élargir un sujet à condition de tisser un fil conducteur;
  • N’ayez pas peur de poser des questions, celles-ci montrent votre intérêt envers le discours de votre interlocuteur et ouvre le dialogue. Elles permettent de faire des nuances et de témoigner de neutralité dans des moments névralgiques de la discussion;
  • Vouvoyez votre interlocuteur et utilisez des marqueurs de politesse pour indiquer à la fois une forme de respect et une distance éthique;
  • Ne ressassez pas des arguments ou des formules chipées à un journaliste, un chroniqueur ou un politicien, votre interlocuteur pourrait se lasser ou supposer que vous êtes incapable de réfléchir par vous-mêmes;
  • N’oubliez pas que vous ne parlez pas seulement en votre nom, vous parlez au nom d’une cause, d’une idéologie que vous défendez au-delà de vous-mêmes. Quand vous parlez de vos idéaux politiques, vous représentez quelques chose qui dépasse votre je-me-moi ainsi que ceux et celles qui partagent vos allégeances;
  • Inutile d’essayer de convaincre votre interlocuteur, vous pouvez tenter de le « conscientiser » à votre cause, voire le mobiliser, pas convaincre;
  • Soignez la langue française.

Cette liste de conseils pratiques n’est pas limitative ni exhaustive, elle s’adresse à toutes et à tous sans discrimination basée sur les convictions politiques.

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Comments
11 Responses to “Petit guide de savoir-vivre sur les réseaux sociaux”
  1. (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII
    hummmmmmm. the high Art of Trolling for Anarchy and djijusse. mais je dirais, moins c’est plusse comme dans sécrétions de rubber indigeste… en saveur condensée sur FarceBourre lemieux couture pkoi tu ne fais pas de lanonamourrre? moui les temps sont assez durés. open the miiiiinds pas jusss des hackers la, oussi des fixers en rupture avec la  »providence ». mare des vaches mare des vaches viande a chier viande a chien putes a purin… cessna. O/I I/O
    (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII (I) (I) (I) (I) IIII
    Liberacci libère assise,  »LES PRINCIPES AVANT LES PERSONALITÉS » AAaaAAaaAAaaAAaaAA

  2. Anne Archet dit :

    «N’oubliez pas que vous ne parlez pas seulement en votre nom, vous parlez au nom d’une cause, idéologie que vous défendez au-delà de vous-mêmes.»

    Ça, c’est la recette parfaite pour tomber dans la niaiserie et le bêlement. Stirner disait que se mettre au service d’une cause est la principale source de servilité; sur les réseaux sociaux, c’est aussi une des principales causes de connerie.

    Ce n’est pas parce que j’appuie les étudiants que leur cause est devenue la mienne. Et surtout, ce n’est pas parce que je suis solidaire avec eux que j’adhère à une quelconque idéologie de mes deux fesses. Si ça se trouve, il y a des tas de trucs qui m’horripilent avec la crise actuelle, à commencer avec ce jeu de mot pénible de «printemps érable». Je me moque prodigieusement des arguments démocrates et bien pensants des carrés rouges et surtout de leur sociale démocratie à l’eau de rose. Je trouve que le gel des frais de scolarité ne mérite même pas d’être tyrappé trente secondes, je trouve oiseuse l’obsession d’être «écouté» et de «négocier» avec les salauds qui exercent le pouvoir et je trouve que les efforts mis en place sont démesurés par rapport à la finalité plus que modeste du mouvement (gratuité scolaire et alternance du parti au pouvoir).

    Ce qui me plaît, c’est l’expression de la révolte, la confrontation avec le pouvoir et l’apprentissage à la dure des relations de domination dans une société de classe. Ce qui me plaît, c’est de voir tous ces gens qui, en tapant sur leurs casseroles, se permettent de ressentir pendant un court moment ce que pourrait la liberté, voire se permettent d’envisager pendant quelque secondes la possibilité de reprendre possession de leur vie.

    Dans ces conditions, est-ce que je dois m’abstenir de participer au débat? Ou alors, dois-je reprendre la cassette de la FEUQ ou de l’ASSE, au nom de la «cause qui me dépasse»? Si la cause me dépasse, c’est qu’elle est devenue transcendante, un fantôme comme les autres (la Nation, la Liberté, la Justice, la Race, etc, ad nauseam) et donc une source de sacrifice et d’oppression. Fuck la cause. J’ai bâti la mienne sur rien.

    Ma seule cause valable est ma propre cause et j’en suis la seule porte-parole attitrée. Voilà pourquoi j’abuse du «je»: pour que personne ne se sente contraint d’être de mon avis.

    • Anne Archet dit :

      À mon tour de faire un mauvais jeu de mots.

      La gauche: beaucoup de causes, très peu d’effets.

      • geniedecesiecle dit :

        Vous faîtes bien de me reprendre sur ce point, Mlle Archet, surtout que je suis d’accord avec vous. La limite de ces conseils pratiques, c’est de se prêter au jeu de la généralité sur le plan de la formulation.

        Ceci dit, si les expressions « idéologie » ou « cause » se prêtent bien à une certaine gauche et/ou à une certaine droite, elle est plus difficile à appliquer ailleurs. J’ai pour principe de n’adhérer à aucun discours ni idéologie par méfiance. On peut mourir pour une idée qui ne sert que les relations de pouvoirs…

        L’idée n’est pas tant d’éviter le « je » que de comprendre comment il tend vers un « nous » dans le dialogue. Le dialogue reste une forme de l’éthique en ce qu’elle implique la relation à autrui. Il s’agit de se donner lieu mutuellement dans l’espace du social et de se penser historiquement dans l’affirmation de soi.

        J’aurais peut-être dû l’affirmer sur l’angle d’une responsabilité plutôt que l’angle quelque peu transcendant, vous avez raison, qui s’est glissé entre les lignes.

        Merci, donc, pour cette intervention pertinente.

        • Anne Archet dit :

          J’aime bien le Mlle, j’ai l’impression d’étudier chez les bonnes soeurs. Surtout qu’à l’âge que j’ai, c’est MILF Archet qu’il faudra bientôt écrire.

  3. Chris Seroquel dit :

    Ce qui me frappe dans vos prescriptions, c’est le traitement réservé à l’idéologie. N’est-ce pas une lubie de la droite de découper le monde en « convergences idéologiques » ? Quand je fais lire « The Clash of Civilizations » de Huntington aux étudiants – le type qui a rendu l’islamophobie cool – ce sont les petits bourgeois de droite qui l’aiment le plus. Ils adorent son analyse simpliste des grandes idéologies du monde après la guerre froide. Vous qui aimez les grands classiques de l’épistémologie marxiste, quelle est votre position face à « Idéologie et appareils idéologiques d’état » d’Althusser ? C’est un de mes textes préférés. Je trouve que les questionnements qu’on trouve dans ses textes tardifs sont d’une acuité encore inégalée. j’aime bien son courage d’avoir défié l’orthodoxie marxiste.

    L’idéologie, ça sert à se figurer un ennemi, ça dure cinq minutes dans une discussion sérieuse. Suffit de trouver les textes qui ont érigé la certitude idéologique. La plupart des gens qui ont un puissant ego idéologique s’appuient sur un ou deux grand auteurs. Un exemple parmi d’autres: i jamais ce Kapache se pointe encore dans Terreur Terreur, calculez les mots avant qu’il ne cite Henri Laborit (une idole assez pâlotte, mais bon)…

    • geniedecesiecle dit :

      Quand j’énonçais les prescriptions, j’essayais de ratisser le plus large possible. Il ne s’agit aucunement de faire l’éloge de l’adhérence à une idéologie, mais de faire l’éloge du dialogue respectueux entre personnes qui ont des perspectives différentes. Il s’agissait aussi, d’une certaine façon, de souligner subtilement qu’une idéologie nous précède et d’amener les gens à y réfléchir. Mais bon, je crois que ma formulation boitait un peu.

      Je suis heureuse de constater que vos lectures sont si diversifiées. Nous devrions tous nous faire un devoir de lire les classiques sur un spectre politique plus large que notre propre orientation, histoire de mieux en comprendre les rouages de nos « adversaires » de pensée.

      Quant à ce que je pense de l’idéologie, c’est sûrement le mot de la langue française qui me fait le plus peur. J’ai tendance à associer l’idéologie à une forme de soumission intellectuelle d’une part, et de l’autre, à une forme de mensonge visant à assoir des intérêts politiques. Je suis une littéraire avant tout. Je lis plus de romans que d’essais. Et j’ai une attirance avouée pour les écrivains de l’extrême, les radicaux qui refusent toutes formes d’idéologie. Ce sont eux, mes références.

      Vous amener un point intéressant en parlant de figuration d’un ennemi.

  4. alex dit :

    La droite chiale sur le fait que la gauche chiale trop fort parce qu’elle se fait pisser dessus par la droite.

    Outre les millions de pré-jugements fasciste de la droite, la seule raison pourquoi la droite capote c’est parce qu’elle veut se trouver des raisons d’avoir le droit de pisser sur la gauche sans se sentir mal.. En fait, elle veut se faire encourager de pisser sur la gauche.. surtout les jeunes et tout.. Elle veut que les autres la supportent dans leur argument rempli d’ignorance, de mensonge et d’idéaux fermé..

    Mais après, on vient se faire dire.. :  » ahh vous êtes pas tolérant.. laisser nous vous pisser dessus » laisser vous vous faire pisser dessus par les médias, le gouvernement corrompu, les policiers, etc..

    hehe j’ai tellement honte d’être québécois. Des vieux québécois qui se disent tout savoir quand ils se sont jamais informés et ne veulent tout simplement pas s’informer outre les médias de masse..

    • geniedecesiecle dit :

      Je comprends votre désarroi, or je crois que le dialogue est non seulement possible mais nécessaire. C’est une des nombreuse formes que peut prendre le militantisme, en fait, c’est un incontournable.

      Vous savez, je ne suis pas le Québec de Charest, mais je suis fière du Québec qui se bat contre son gouvernement, fière du Québec qui refuse de s’écraser. La honte est un sentiment qui ronge par en-dedans et pousse à se cacher, ce n’est pas le bon moment pour se cacher!

  5. Le Revizor dit :

    Si tout le monde pouvait imprimer et accrocher cet article à côté du PC….

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