Soigne ta droite, Marie!

a.k.a Génie de ce Siècle

Étant donné que la Papesse du web 2.0 a daigné répondre à mon dernier billet, Petit guide de savoir-vivre sur les réseaux sociaux, par un billet intitulé très respectueusement De la connerie estudiantine et de la réponse à la connerie, je me sens investie du devoir de répondre également. Comme elle se moque allègement de moi, je me permettrai de lui servir la même sauce.

D’abord, je souligne l’admirable maîtrise poétique du français de Mme Blanc qui me plonge dans un questionnement existentialiste dès le titre, faussement pompeux, comme si Mme Blanc avait le monopole de l’expertise en matière de connerie. Or, je ne suis pas certaine de comprendre, la « connerie estudiantine », réfère-t-elle à la grève, aux étudiantes et étudiants qui ne sont pas d’accord avec les propos de Mme Blanc ou Mme Blanc présume-t-elle que je suis étudiante? Quant à la « réponse à la connerie », s’agit-il de sa réponse à ma connerie ou de ma réponse à sa connerie? Tant de questions aussi pertinentes pour un simple titre! Quel tour de force!

J’outrepasse tout de suite le premier paragraphe où Mme Blanc nous parle de son angoisse de persécution, (j’y reviendrai), pour régler dès à présent la question de mon identité. Commençons par la question de mon sexe, sujet pourtant apparemment sensible pour Mme Blanc qui m’appelle et je cite: « la courageuse anonyme (je dis la mais ce pourrait bien être « le »). » On jase là, mais s’il avait fallu que je lui témoigne de ce genre de confusion, elle m’aurait collé un procès sur le dos. Par ailleurs, sa confusion faussement jouée manifeste sans aucun doute sa mauvaise foi puisque Mme Blanc a lu les commentaires de mon billet, commentaires où ma photo apparaît… Mais bon, je ne vois aucun problème à ce que Mme Blanc mette en doute ma féminité en m’accordant potentiellement un pénis symbolique si ça lui chante, mais de sa part, je trouve que c’est d’une touchante coquinerie.

Par contre, là où Mme la Papesse du web 2.0 fait fausse route concernant mon identité supposément vilement cachée derrière un dangereux pseudonyme, c’est qu’en un clique de souris à la droite de mon billet, elle serait tombée sur ma biographie. Biographie qui commence par mon vrai de vrai nom, Marie-Christine Lemieux-Couture, étonnant n’est-ce pas? Le pseudonyme fait partie de notre jeu éditorial sur Terreur! Terreur!, Mme Blanc appellerait ça notre « branding », mais je déteste utiliser ce mot : je ne suis pas un produit, je ne suis pas à vendre, je ne suis pas une pute, je suis gratuite. Ceci dit, nous sommes une centrale d’écrivains. Le pseudonyme a été utilisé de tous temps par les écrivains, pas par manque de courage, mais par simple manie de la fictionnalisation. Appelons ça une déformation professionnelle.

J’en jasais, ce matin, en prenant un café en compagnie du charmant SS Latrique. Nous nous disions qu’un petit tour du côté de la psychanalyse nous donnerait quelques hypothèses sur le pourquoi du comment Mme Blanc a la hantise des pseudonymes. J’évoquais qu’il s’agissait peut-être d’introjection selon la définition de Mélanie Klein et de Sándor Ferenczi, ce à quoi Latrique m’a éclairée en renchérissant avec l’apport de Karl Abraham à cette notion. Introjection, donc, qui est un mécanisme de défense assez courant chez les personnalités narcissiques et lié à l’angoisse (de persécution). En ce sens, le billet de Mme Blanc ne répond pas vraiment au mien puisqu’elle se contente de faire un long étalage de son Moi, de ses persécutions et de ses réussites. Elle ne revient pas sur son association délirante entre libéraux états-uniens et gauche québécoise pour enfin m’expliquer par quelle torsion des faits les libéraux se transforment magiquement en anarchistes dès la frontière franchie. Non, elle se contente d’être horrifiée par notre utilisation du pseudonyme — reflet d’un jeu assumé sur l’identité, identité construite comme fictionnelle —, qu’elle ne peut acceptée, peut-être parce qu’elle-même a dû se battre pour faire accepter sa véritable identité. Mécanisme d’introjection donc, que serait cette critique du pseudonyme, car pour protéger sa construction identitaire, elle se concevrait comme garante du vrai (introjection) en expulsant le faux hors d’elle (projection). Par une équation simpliste (mais ô combien utile à la valorisation du Moi), le vrai soi de l’identité deviendrait le Bien et le faux soi du pseudonyme deviendrait le Mal.

Ce processus psychique est doublé, lorsqu’en début de texte, elle reprend à son compte mes conseils pratiques de savoir-vivre sur les médias sociaux — qui, disons-le, ne s’adressaient pas à elle directement, mais à l’ensemble des utilisateurs des médias sociaux, car bien que je réponde à ses arguments au commencement de mon billet, mon propos s’élargit dès le milieu du texte pour se terminer en affirmant clairement que : « Cette liste de conseils pratiques n’est pas limitative ni exhaustive, elle s’adresse à toutes et à tous sans discrimination basée sur les convictions politiques. » Or donc, Mme Blanc semble surprise de représenter « une cause », alors que vers la fin de son billet, elle nous dit combien elle est fière d’avoir fait avancer différentes causes, justement. Mme Blanc a raison d’être fière des « changements » pour lesquels elle a été un « élément clé ». Je le dis le plus sincèrement du monde. Mais pourquoi donc s’étonner de parler au nom d’une cause qu’elle affirme avoir fait avancer? (Non sans dire l’admirable contradiction de vouloir que le gouvernement paye pour la chirurgie du changement de sexe, mais pas pour la gratuité scolaire : deux poids, deux mesures, j’imagine). Bien que Mme Blanc nous parle de ses réussites en web 2.0 et au sujet des droits des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres, tout en niant la moindre allégeance à un parti politique, ce qu’elle ne dit pas, (s’en étonnera-t-elle elle-même), c’est que l’idéologie qu’elle représente et défend dans le présent débat politique, c’est : le libéralisme économique dont elle est bénéficiaire.

Mme Blanc n’a pu s’empêcher de citer dans son billet un commentaire que m’a fait la toujours sublime et anarchiste Anne Archet. Mme Blanc trouvait la réponse de Mlle Archet savoureuse. Il y a de quoi, évidemment. Mlle Archet me mettait en garde contre l’utilisation du terme « idéologie », la gauche radicale se méfie des idéologies, ainsi elles sont plutôt l’apanage de la droite qui y voit toujours un moyen d’asseoir son pouvoir. J’essayais de généraliser mes conseils, la généralisation a ses limites, Mlle Archet me l’a joliment fait remarquer et je lui ai donné gain de cause. Mais cette réponse de Mlle Archet ne pouvait en rien servir le propos de Mme Blanc qui le reprend de cette manière tout à fait intéressante qu’a la droite de se justifier discursivement en se réappropriant du langage de la gauche. Voilà comment la droite fait miroiter l’idée de justice derrière la « juste part » ou l’idée de démocratie derrière la « majorité silencieuse ». Ce que j’ai trouvé d’autant plus savoureux, c’est la réplique que m’a servie Mlle Archet sur son compte facebook quand je lui ai signifié qu’elle avait été citée par Mme Blanc, en l’occurence : « Je crois qu’elle n’a lu que la première et la dernière phrase. C’est assez courant chez les analphabètes fonctionnels. »

Dans la catégorie -par-dessus-connerie : Mme Blanc termine son billet par une leçon de démocratie comme elle seule sait en faire. Elle se demande, mais pourquoi donc est-ce que la CLASSE n’a pas présenté de candidat aux élections partielles, parce que selon elle « c’est aussi ça la démocratie ». Voilà un puits sans fond de connaissances profondes du milieu syndical. Tant qu’à faire, Mme Blanc, à quand la FTQ à la tête de l’État québécois? Non mais!

En terminant, je trouve dommage que Mme Blanc s’en prenne à l’ensemble de mes collègues en parlant « du non moins élogieux blogue terreurterreur » quand c’est en mon nom seulement que j’ai répondu à son billet, ajoutant que si elle avait inventé cela, elle se « serai[t] certainement fait tirer des roches par des gens qui se promènent sans doute avec des cailloux dans leur sac-à-dos pour garder la forme… » comme si nous étions des intégristes religieux prêts à la lapider sur la place publique.

Un superbe témoignage de sensiblerie petite bourgeoise. Je vous en remercie.

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Comments
27 Responses to “Soigne ta droite, Marie!”
  1. Anne Archet dit :

    Je tiens quand même à souligner que je suis anar, pas gauchiste.

    http://flegmatique.net/notes-sur-l%e2%80%99anarchie/

    La majorité des anarchistes sont de gauche – et donc démocrates, socialistes, politiciens, progressistes, idéomanes et moralisateurs, ce qui n’est pas mon cas.

  2. Thierry Hardy Simonelli dit :

    Bien du plaisir!
    Mais je ne savais pas que cette Michelle Blanc était susceptible à ce point. Pauvre petite.

  3. SS Latrique dit :

    George Sand doit se retourner dans sa tombe, la pauvre.

  4. michelleblanc dit :

    Vous écrivez vraiment très bien. Vous écrivez n’importe quoi avec la suffisance pseudo-intellectuelle des gens insécures, mais vous avez du style. Très hâte que vous cessiez de jouer à la psychanalyste de deux cennes et que vous commenciez réellement à parler avec vos tripes plutôt qu’avec vos lectures de chevets universitaires. Ça vous aidera sas doute aussi de vieillir un peu. Vous comprendrez alors peut-être l’ironie de ma blague à propos de la CLASSE qui n’a pas présenté de candidats aux partielles. Entre-temps, bonne route et ravie de vous avoir diverti…

    • geniedecesiecle dit :

      Votre compliment me surprend, mais j’apprécie. Surtout que, voilà, vous m’avez démasquée : tout cela est purement littéraire. Rhétorique, mais littéraire. Comme disais Kafka : « Tout ce qui n’est pas littérature m’ennuie et je le hais, car cela m’entrave et me dérange, même si cela n’est que présomption. » Ceci dit, heureuse de constater que vous êtes aussi bonne joueuse.

    • Isabelle Gélinas dit :

      Madame Blanc,

      Après votre palmarès de citations hors contexte dans Twitter, je m’étonne de vous voir reprocher à geniedecesiecle ses «lectures de chevets» (sic). J’ignorais que vous aviez un tel sens de l’autodérision!

      C’est rassurant.

  5. Francis dit :

    Génie de ce siècle, il se peut que je t’aime plus que tout au monde, mais cette chicane est un peu ennuyante.

    • geniedecesiecle dit :

      Il se peut aussi que je vous aime considérablement, mais il est fort probable que je ne sois pas votre type de femme. Si j’éprouve un plaisir certain à écrire des choses qui ne sont pas ennuyantes, j’éprouve tout autant de plaisir à écrire des choses qui le sont, à conditions qu’elles soient toujours bien tournées (comme moi).
      ;-)

  6. L'engagé dit :

    Est-ce que Michelle Blanc a vraiment répondu « Très hâte que vous cessiez de jouer à la psychanalyste de deux cennes et que vous commenciez réellement à parler avec vos tripes plutôt qu’avec vos lectures de chevets universitaires.»? Ou est-ce qu’une personne se fait passer pour Michelle Blanc pour lui faire dire n’importe quoi?

    Bon je ne sais pas si ce sont vos lectures qui sont universitaires ou vos chevets, qui sont un problème, mais je me demande, un chevet universitaire, qu’est-ce? En supposant qu’il s’agisse de lectures universitaires, je m’explique mal que l’on vous attaque avec ça.

    Que l’on m’explique si j’ai mal compris. On vous demande d’écrire avec vos tripes et la même personne qui vous fait cette critique écrit des ouvrages justement techniques sur le WEB 2.0, lequel n’a quand même pas dû être écrit avec un bout d’intestin grêle… Vous employez la psychanalyse, qualifiée de à deux cents, on ne vous dit pas si c’est la psychanalyse qui est à deux cents ou celle que vous utilisez. Pourtant quand des gens viennent parler avec leurs tripes comme des psychologues à la SRC, on leur permet des commentaires aussi peu rigoureux que des analogie entre Jean Charest qui serait un père de famille et les étudiants qui seraient en révolte contre le père en occultant carrément les droits collectifs, l’histoire des mouvements sociaux 2500 ans de politique et de philosophie. Le conflit peut se résoudre simplement à une dimension psychologique primaire. On dit se genre de niaiseries à L’Apres-midi porte conseil, j’espère que la prochaine fois que Mme Blanc ira y communiquer ses conseils, qu’elle en profitera là-aussi pour critiquer la psychologie à 2 cents qu’on y pratique.

    Maquiller la dimension idéologique du conflit est le meilleur moyen d’empêcher les gens de vieillir parce qu’on évite que l’espace public se saisisse de questions fiscales et économiques capitales. Il est plus simple d’enfermer les citoyens dans des préoccupations comme la crainte des méchants terroristes du groupe Mise en demeure que comme le dit Khadir, de s’intéresser à l’évasion fiscale que pratique Arcelormittal. Malgré tout Mme Blanc écrit des livre pour aider Arcelormittal a se débrouiller dans le WEB 2.0 pour tirer avantage des réseaux sociaux avant ce que ces derniers ne se retournent contre elle.

    Paradoxalement, vieillir, c’est donc apprendre à parler avec ses tripes, en oubliant les conséquences de l’idéologie dominante et en évitant de recourir à des lectures universitaires pour éclairer notre lanterne. Comme projet, ça ressemble beaucoup à devenir des Madame Bombardier, ou à des Arielle Grenier qui hurleraient des moi-moi-moi

    Je sais pas pour vous, mais moi, dans les réseaux sociaux, je trouve plutôt que Madame Bombardier se fait démolir parce qu’on détecte bien plus facilement son manque de substance et son peu d’envergure intellectuelle (malgré ses prétentions). Mais je comprends que si plus personne n’avait de discour intelligent, ce qui nous distinguerait dans la toile, ça ne serait finalement que nos stratégies 2.0, nos compétences et nos tripes.

    Un tel monde serait un Cyberpresse étendu, sans plus de profondeur que l’univers des chroniques de Lagacé, où les Michelle Blanc et les Denise Bombardier seraient certainement nos phares intellectuels les plus puissants et la prose de Martineau, notre ordinaire. Dans mes tripes à moi, ça ne passe pas.

    Il fait du bien de vous lire et de savoir que nous avons encore un sursis. Vous écrivez vraiment très bien, mais ce sont surtout vos idées et votre culture que j’apprécie.

    Merci

    • geniedecesiecle dit :

      Votre commentaire avait malencontreusement disparu dans les dédales du web 2.0… Heureuse de l’avoir retrouvé (même si nous avons pu en parler de vive voix par un heureux hasard), car vous poser des questions pertinentes, bien que je ne puisse y répondre à la place de la personne concernée.

      Ce que je peux dire, et je vous l’ai dit d’ailleurs, c’est qu’à mon chevet, je ne lis que des ouvrages coquins que ma légendaire pudeur m’empêche de citer en public.

  7. Percutante la pensée. J’avais été déçu de ta reculade face aux jappements d’un malotru garde-chiourme* en réaction à ton ‘Speak Red’.

    *Personne brutale et bornée qui surveille une collectivité.

    • geniedecesiecle dit :

      Si j’ai écrit un poème qui s’intitule « Speak rich en tabarnaque », je ne suis pas, par contre, l’auteure du « Speak Red » qui a été publié quelques temps après. Je tenais à le préciser.

      • ah confusion de ma part, je pensais en effet à ton texte. Je suis un peu déçu, j’avais apprécié ce (ton) texte et croyais, via les nombreuses mentions ‘Speak Red’ sur le web, qu’il avait connu la gloire. Mais je vois les commentaires YouTube sur ‘Speak Red’ et c’est peut-être mieux ainsi.

        • geniedecesiecle dit :

          Pour un poème, je crois qu’il a connu sa gloire… Il a été re-publié à plusieurs endroits, dont dans Le Couac du mois de mai et le dernier L’Estuaire (#149). Deux vidéos ont été réalisées à partir de sa lecture en ouverture de la manif de soir du 25 avril. Il a été en début de plusieurs manif partout à travers le Québec, je l’ai moi-même lu en ouverture de la manif anti-capitaliste du 1er mai. Voilà, il fait son chemin. Je crois. Vous n’avez donc pas à être déçu. ;-)

  8. jlbaque dit :

    On peut toujours se prévaloir d’une opinion plus saine que son voisin et c’est le jeu démocratique de la bataille des idées, de l’influence, du pouvoir, de l’expression mais il faut toujours garder le sens de l’humour et le sens de l’auto-dérision. Beau pugilat stylistique dans lequel l’apprenti, l’élève, dépasse le maître supposé, l’experte…vous avez du style geniedecesiecle.
    Pour un autre style et la compréhension des phénomènes sectaire de tous ordres vous pourrez visiter mon site JLBaque’sblog et me faire un retour…
    A plus

  9. Louis-Marc dit :

    Bonjour Génie, je regardais les livres en présentation, tu écris aussi de la fiction (dans le genre des autres auteurs de Terreur-Terreur ou autre)? C’est possible d’en faire la lecture ici ou sur un autre blog?

  10. Soleil Noir dit :

    Le seul débat qui compte, dans la vie, c’est celui de la couleur du beurre et de la margarine.

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