Queer & the Shitty. Saison I. Finale

Parfois, sans raison précise, nos bras et nos épaules peuvent se rapprocher dangereusement du sol. Il arrive que ces phases de découragement impromptues se pointent aussi tartement qu’une Linda qui glisse sur une queue bandée sans se protéger et qui pogne une syphilis grimpante. (C’est niaiseux de même.) Mais trop souvent, on aime penser qu’on n’a pas le choix de courber l’échine… et ça, c’est pire que la popularité de Raël ou – salement pire – plus déculpabilisant que le fait de croire en Dieu qui décide tout, de tout, toujours.

Pour nous, les choses devaient impérativement changer sinon on allait se transformer en quatre tombes sur deux pattes. On maigrissait à vue d’yeux. L’angoisse commençait à nous rendre malades. Assumer nos responsabilités en tant qu’exterminateurs du Même au pays des images empaillées ou sombrer dans la mauvaise foi ne pouvaient aucunement représenter deux avenues ; rien n’égalait nos paquebots d’inquiétude ; ça devenait invivable. On commençait à imaginer que le Quartier Général était infesté de flics attirés par les déchets qu’on laissait mûrir derrière la porte de l’Écurie. On sautait au moins quatre coches existentielles par jour. Même le baromètre accroché sur le mur à côté des toilettes était complètement fucké à force de mesurer nos ups and downs. On n’en menait plus large devant le miroir. On faisait mal à nos reflets.

Aujourd’hui, on allait enfin pouvoir refaire surface en libérant nos morts-vivants. On avait choisi le moment tant attendu du célèbre festival Divers/Cité pour agir. Sans l’ombre d’un doute, la parade était le timing idéal pour lâcher nos amochés. La marée bronzée d’adeptes du speed-dating incapables de se caser hors plan de cul n’allait pas se rendre compte du caractère morbide de l’affaire ; la reine Mado allait aveugler efficacement tout le monde. Divers/Cité allait nous servir.

Après s’être maquillé le visage avec soin, Ritz est entrée au bercail.  Ce bercail, qui à présent laissait de moins en moins de place au mieux-être et à la jubilation.  Puis aujourd’hui, c’était carrément pénible. Le nénuphar dans les poumons se voyait maintenant dissipé, au grand malheur de Vian et ses lombrics.  Ritz en avait marre.  Elle en avait marre de cette poufiasse de Bonnie avec son nez en l’air et sa teinture rousse trop parfaite. Traînant ses intentions aussi larges et sales que son derrière, elle ne s’organisait pas pour avoir alliance avec elle. Au contraire. Elle nous connaissait très mal. Nous n’étions pas des Serial Killers nouveau cru 2011. Il n’a jamais été question de représenter un génocide de sous-sol. Nous voulions faire le ménage. Un peu comme ces concierges qui se disent patrons de grandes sociétés. Passer le balai afin de regarder le petit tas de poussière soigneusement laissé dans un coin de la pièce prendre une nouvelle forme. Et ce qui différenciait surtout Bonnie de Ritz, c’était l’avidité face à la colère. Pour Ritz, la rage ne constituait qu’un prétexte pour se flageller et se propulser hors de son propre enclos de vaches. Pour Bonnie, la colère n’était qu’une pièce de viande cuisson bleue à donner nonchalamment à son cœur maintenant trop vieux. À cette seule différence, au sein de notre famille, pouvait se déclencher une guerre de convictions tachée de force violacée. 

Ritz sentait une fois de plus le regard oppressant de Nicky et sa capacité à trop bien la cerner :

–         Tu penses aller où avec ta face de reine Élisabeth trois plis en trop… lui lança-t-il.

–         Ça dépend d’vous et d’vos choix, j’dirais. Disciples de la greluche et fervents amateurs de films japonais ou vous restez fidèles à nos intentions ?

Le silence s’est installé à la même vitesse que la décomposition d’une pomme au soleil de midi. Ritz s’est sentie comme Dorothy Gale au beau milieu d’un champ.  Les livres, les couteaux, les talons hauts, les écharpes et les jeux de cordes s’envolaient tel un tourbillon.

–         Mais répondez, bordel de merde !… s’est-elle écriée afin de briser le silence aussi insoutenable que le glissement des ongles sur une ardoise.

–         Tu n’devrais pas prendre pour acquis que nous sommes d’accord avec Bonnie… dis-je, question de calmer son insécurité étouffante.  

On voulait tout simplement déposer nos déportés sur la rue Ste-Catherine, les faire passer directement du Quartier Général à la place publique, sans les tuer pour en faire des bêtes de foire, cracher notre haine à la face du monde et exposer la déchéance en devenir de la fausse race des images. On avait eu le temps d’en jaser, Nicky Dean et moi ; il ne manquait que l’approbation des chicks. La semaine dernière, après le passage de Bonnie Frappier pour le spectacle de clôture des festivités de la fête de Ritz Carlton, après ses enseignements en matière de liquidation propre et le meurtre live dans nos faces d’une de nos victimes par injection, on avait reconsidéré la chose, anéantir ou faire souffrir, et on s’était entendu sur le fait qu’on voulait se venger, point. On n’était pas dans une entreprise d’élimination de la différence ; on épurait le monde. Non, nous n’allions pas leur enlever la vie. Mais Bonnie allait nous aider à les rendre plus morts que des morts en leur injectant un sérum qui leur ferait perdre la mémoire, la notion du temps, la connaissance. On voulait s’attaquer au Même, l’écorcher mais pas le faire disparaître, comme pour le laver, l’écrémer, puis le revomir dans le monde en effaçant toutes les traces du lavement. Le Quartier Général n’était qu’un camp de travail aux allures de chambre de tortures.

Ritz a remonté sa robe à son bonbon et, sans tenter de contourner l’amas de vidanges qui gisait sur le sol depuis plus d’une semaine, elle est allée se réfugier dans son fauteuil fétiche. Le rouge.

–         Ça va aller ?… lui demanda Nicky.

(Ce fut sans réponse.)  

Carlton avait déjà parcouru pas moins d’un kilomètre à travers ses tiroirs poussiéreux empilés sur trois étages de haut.Même entourée de ses deux plus fidèles acolytes, elle ne s’était jamais estimée aussi seule. Le fauteuil comme unique ami, son visage devenait plus rouge que celui-ci. La colère. Une de celles qui occupent chacun des recoins du corps. Des plis de peau.  Du cuir chevelu.  Des veines.

Puis, en un battement de cils, Ritz est sortie de son état moribond. À ce moment précis, plus rien ne pouvait l’arrêter.  Pas même un chatouillement discret dans la salle de bain. Elle devait tout arranger. Replacer les idées aux bons endroits, les cœurs aux bonnes artères et les objectifs dans les bonnes cases. Le ménage n’était plus seulement à faire dans les rues. Nous devions également le faire sous notre propre toit. L’Écurie était foutrement sale.

La porte du Quartier Général s’est ouverte en coup de vent. Minette Salinger est arrivée en nous entretenant au sujet de son dernier achat révolutionnaire : un nouveau cache-cerne plus cher à l’unité que son ratio de dépenses en bouffe pour une semaine, qui beurre épais mais bien, pas faussement pantoute. Sa joie de vivre était palpable. Le clash entre nos faces de carême et son énergie d’enfant était considérable. À côté de nous, elle avait l’air en santé, pas poquée pour une cenne ni rien. Sans nous demander le pourquoi et le comment de nos allures de phoques enragés noir contre un enlisement dans le malaise, elle nous a parlé de sa baise de la veille.

–         Y’était tellement hot, tellement beau, tellement cochon, tellement toute ! J’en r’viens pas… J’vais l’rappeler, j’pense.

Ritz Carlton l’a regardée comme si elle venait de dire la pire des âneries, LA chose à ne pas dire, tandis que Nicky Dean et moi étions en train de l’imaginer démaquillée, laide comme nous, bâillonnée, moins cave. La Salinger attendait nos réactions. Pour empêcher Ritz de lui lancer un char de méchancetés, Nicky s’est prononcé :

–         Minette, tu penses pas qu’on devrait penser à autre chose ?! Me semble qu’on a des affaires plus importantes à régler que l’fait d’te trouver une bite idéale pour continuer d’te remplir jusqu’à ton mariage…

–         Ouin, mettons, dis-je, en trouvant que Minette commençait à virer crissement égocentrique.

En guise de réponse, Carlton s’est contentée de soupirer aussi fort qu’une obèse qui monte des marches. Elle a ensuite pris un vieux Clin d’œil qui traînait sur un coin poussiéreux de la bibliothèque et, comme si ça l’intéressait plus que l’affaire de Minette, elle s’est mise à tourner sauvagement les pages, aussi concentrée qu’une canne congelée de jus d’orange Minute Maid.

La folie des grandeurs de Minette Salinger venait de prendre une débarque ; je l’ai vue passer à travers sa jupe rase-trou et dégringoler sur le plancher comme un gros tas de honte trop dur à porter. Elle ne se sentait plus dans la gang, loin de notre monde, dans une mer d’incompréhension avec les étoiles de mer. Minette s’est retournée vers la porte de l’Écurie, ses yeux ont cligné plusieurs fois. Ça sentait la rage mêlée avec des larmes qui roulent au bord du mascara. Nicky et Ritz l’observaient en espérant qu’elle arrive à encaisser sa faute : pouvoir oser continuer de s’amouracher en ces temps de crise, tandis que le devoir nous appelait tous et qu’il fallait agir avec sang-froid. Sans essayer de cacher le raz-de-marée dans sa voix, l’obsédée de l’amour s’est laissée aller :

–         C’est bon, vous en avez rien à crisser d’ma vie, hein !? (Ses poings commençaient à se serrer.) Vous êtes ben trop occupés à vouloir saigner l’monde ! Ben fuck it, man !  Y’a pas juste ça, votre sacrament d’politique dans vie… J’existe ! Allez-vous arrêter d’me prendre pour une conne un jour ?

Et Minette est repartie sans se retourner. Le feu au cul, elle a claqué la porte du Quartier Général en nous envoyant chier. On se sentait dans une église vide. Personne n’a eu le courage d’essayer de faire son speach, de la ramener dans la famille ou de la contredire en lui disant je t’aime. Cette fois, on était allé trop loin. On venait de perdre une joueuse.

*

Chromée comme une Mercedes volée maquillée en bronze, Bonnie s’est pointée plus éclatée que jamais. Il n’était que midi et elle avait déjà englouti trois cosmos. Content de voir sa maman, Nicky Dean s’est dirigé vers elle, le regard plongé dans sa craque siliconée, et il l’a aidée à se débarrasser de ses trois sacs remplis d’échantillons de sperme parce qu’elle revenait d’une cueillette vraiment payante dans un gang bang de quatorze heures.

–         J’ai pus vingt ans, mon Nicky. Pis dire que parsonne avait d’la pourrrdre dans c’te maudite restant d’rave-là… Ça se r’montait avec du Guru pis des patantes de même… J’ai la plotte à terre. Mais j’suis là, dit-elle, en me lançant son pire regard de Cougar de luxe et en ignorant complètement Ritz.

En moins de temps qu’il ne lui en faut pour faire venir une queue, Bonnie s’est métamorphosée en savante folle. Il fallait s’occuper du traitement à administrer aux gars, les sortir de l’Écurie, les préparer pour Divers/Cité et les piquer afin qu’ils deviennent des végétaux ambulants qui se rappellent à peine de leurs noms. Le tout devait se dérouler en moins d’une heure si on ne voulait pas être en retard pour la fête.

Bonnie Frappier a enfilé ses gants. En la regardant se préparer, on ne pouvait faire autrement que d’avoir la gueule à terre tant elle savait s’y prendre. À elle seule, elle aurait pu enfiler tout, toutes les mains sales de la terre, tous les masques – de celui de l’infirmière cochonne qui sait tâter en profondeur avec doigté à celui de Youppie –, n’importe quelle identité. C’était la savante folle aux cent visages. Nicky Dean bavait raide. Ritz avait chaud entre les boules. Je pensais à la queue de mon premier chum. Pour que les choses se calment, Bonnie a dû lâcher une joke poche :

–         Savez-vous c’est quoi la différence entre une femme pis une pantouffe ?… Y’en a pas… Plus tu la mets, plus ça pue !!!!!

Personne n’a ri sauf elle. C’était lourd. Même que Ritz l’a regardée comme si elle arrivait tout droit de la Planète des « À Chier ». En guise de deuxième élément pour nous époustoufler, après les gants, Bonnie Frappier a sorti ses seringues déjà toutes prêtes. Là : hipélaye !… On s’est littéralement transformé en répliques pétrifiées de Stéphanie Couillard dans Watatatow et on a découvert qu’on en avait en crisse à apprendre d’elle. C’était immense. Plus long que des pénis de chevaux.

–         Avec ça, mes cocos, ils vont oublier d’rêver… Pas d’danger pour vous, mes coucounes… Ils s’rappelleront même pas qu’y sont nés, dit la Frappier, en se raclant la gorge.

Ritz Carlton était impressionnée. Bonnie venait de marquer des points.

–         Euhhhh… tu vas les traverser d’bord en bord avec ça…

–         Pas d’problème, sweeté… c’est faite de même. Y’ faut qu’y chient dans leurs culottes avant de s’faire épingler pour que ça marche mieux…

–         Qu’est-ce qu’y’a là-dedans, m’man… demanda Nicky, en train de capoter à la place des futurs crucifiés qui allaient sortir de l’Écurie vraiment bientôt.

–         C’t’un secret, mon Nicky. Pose pas d’questions pis t’auras pas de menteries…

Le rire gras de Bonnie a résonné au moins trente secondes dans le Quartier Général. C’était presque glauque. Les seringues alignées sur le comptoir de la cuisine, nos faces cernées aux teints cireux, les grattements contre la porte de l’Écurie comme si des rats étaient en train de crever de faim, tout ça, avec le crisse de robinet qui fuyait, Bonnie qui nous fixait froidement, prête à agir… Avec un peu plus de moyens, on aurait pu se croire dans le bloc opératoire d’un institut psychiatrique louche.

–         Ok, amenez-les !

Bonnie n’avait pas le temps de niaiser. Son vol en classe affaires pour Beijing n’allait pas attendre qu’on reprenne nos nerfs en main pour flyer. Elle devait aller s’occuper de sa business ; ses exploités chinois commençaient à se rebeller.

*

Comme d’habitude, comme à chaque année, le soleil était au rendez-vous pour la parade, brillant plus gaiement que les spectateurs rassemblés de chaque côté de la rue pour brandir leur drapeau, crier haut et fort quand matante Castel allait passer dans son p’tit char conduit par Jasmin Roy, se montrer le cul en attendant de se le faire défoncer en gang, cruiser des beaux spécimens habituellement inaccessibles mais ouverts aujourd’hui parce que c’est spécial, mais surtout là, en train de pogner un cancer de la peau – ça rend trop la face luisante, la crème – parce que, pour une fois, il y avait une possibilité de s’afficher sans honte, hors de la crainte imminente au statut de pédé, sans avoir la chienne de se ramasser dans une ruelle la rondelle en sang avec la face pétée par un ou des vrai(s) gars pas mangeux de battes.

Avant de lâcher nos zombies dans la foule, on a tenu à les embrasser, comme si on allait s’ennuyer d’eux. L’injection administrée par Bonnie semblait fonctionner à merveille ; les trois gars avaient l’air complètement stones, tellement frostés que leurs yeux nous regardaient comme si on venait de leur sauver la vie en les amenant dans la rue. Pour eux, on était des bons samaritains. Nicky Dean s’est laissé aller dans un french passionné éternel avec le survivant ramené de Ste-Adèle (les plaques tectoniques auraient pu exploser… ça n’aurait rien ébranlé) et Ritz Carlton a ramassé sauvagement le paquet du danseur qu’on lui avait callé pour la féliciter du meurtre de Ray Couture qu’elle avait accompli froidement comme une pro ; de mon côté, je me suis rabattu sur le sosie de Patrick Bateman ramené par Minette… C’était un véritable festival des langues. Autour de nous, personne ne savait qui on était. Le sang versé et les coups, de même que nos actes et nos idées empreints de barbarie, étaient protégés, embarrés dans le coffre-fort d’un passé inatteignable, invisible, loin de l’amour artificiel dont on arrosait nos victimes en pleine rue.

Partout, les paillettes et les sifflets et les slogans contre l’homophobie continuaient de nous agresser. On détestait être là même si, comme la plupart des fifs fiers de l’être – contrairement au commun des mortels assaisonnant la question du genre n’importe comment – on refusait les ghettos et on rêvait d’irradier la suprématie du douchebagisme. Partout, il y avait du cuir. Des militaires aux shorts trop tights. Des répliques d’Anne-Marie Losique. Des chants. Des parfums mêlés avec des aisselles qui puent. Laissez-moi danser de Dalida qui sort des speakers du char allégorique de Séro Zéro. Des mains molles qui font des « hello » mous. Une vieille d’environ cent huit ans habillée comme Samantha Fox. Le soleil. Des punks. Des hétéros. Des enfants qui regardent les travestis comme si c’était des clowns. Des gais. Nos envies de fendre la foule. Les battements de nos cœurs stressés par la possibilité de se faire pogner les culottes baissées en train de vouloir libérer nos premiers prisonniers. Amen !

La toune Noir Désirde Vive la Fête est partie comme une bombe. Pour nous, c’était le signal.

–         OK, on les lâche… suggéra Ritz Carlton.

Nicky ne s’est pas fait prier. Il a été le premier à pousser son potentiel sac à dèche dans la foule même s’il n’avait toujours pas eu le temps de l’utiliser. Désormais, le pauvre fermier sexy transformé en déchet urbain allait devoir se débrouiller seul.

–         Come on, Latrique ! (Ritz venait de me donner son ordre.)

J’ai souri au sosie de Patrick Bateman et, après l’avoir traîné gentiment au centre d’une marée de touristes, comme on joue à la cachette avec un chien de poche trop gluant, sans le perdre de vue en train de se perdre, je lui ai dit bonne chance dans ma tête. Pour la Carlton, ça s’est passé encore plus vite ; elle a envoyé son dude lui chercher une bière et on a sacré notre camp en courant.

Libérés de nos fardeaux, une piscine de drinks nous attendait sur la terrasse proche du ciel du pire bar du Village.

*

Une heure plus tard, enfin, on savourait notre victoire ; un séjour tout inclus à Cuba n’aurait pas pu nous contenter et nous reposer davantage que là, bien au-dessus de la rue, sur le toit du somptueux Sky Club. On était toujours aussi en crisse après les faux, contre le règne de l’image, bien enracinés, certains de la pertinence de notre mission, mais pour un instant, on croyait avoir le droit d’agir en aveugles, le temps d’une brosse.

On avait réussi à respecter nos convictions sans tuer ou presque – la faille de Ritz Carlton envers Ray Couture lors de son premier mandat devait être considérée comme une erreur de parcours, point. Pour nous, il fallait penser. Décider. Réajuster le tir, peut-être. Mais toujours est-il que rien ni personne n’allait nous empêcher de continuer. Au contraire.

Le soleil commençait à mourir sur la ville. Du bleu cyan, il passait progressivement au rouge. Demain, on allait encore crever. Après notre troisième pichet de sangria, le temps avait de moins en moins d’importance ; demain, c’était hier, et désormais, comme aujourd’hui, comme demain, à jamais, la possibilité de passer outre le caractère éphémère d’une nuit ensemble loin des râles dans le Quartier Général, enfin, prenait tout l’espace.

Ritz Carlton attendait incessamment l’explosion d’une comète dans son champ de vision, quelque chose comme une histoire intense mais là, éclatante, de l’amour ; Nicky Dean reluquait la galerie, en attente de son prince ; et moi, j’essayais de redescendre sur terre, toujours incapable de chercher quoi que ce soit, prisonnier, le contraire parfait de Minette Salinger qui savait trouver sans chasser, tous les jours, au coin de la rue. C’était ça, notre plaie : ne pas savoir se fondre, de pas savoir aimer comme il le faut, pour l’être en retour, dans la normalité.

On continuait d’entendre les cris de joie de la fierté, quelques étages plus bas, de même que les sirènes stridentes des chars de la SPVM qui devaient essayer d’attraper des méchants casseux de party, mais on s’en foutait. On était inatteignables.

–         Booonnn… la Salinger s’ennuie, dit Ritz, en empoignant son Blackberry.

Elle venait de recevoir un texto. On s’attendait à manger de la marde.

–         J’imagine qu’elle s’est faite maudire là par son scateux ! (Nicky se sentait bitch.)

Puis, les yeux exorbités, la face plus blanche que Courtney Love pas maquillée un lendemain de cuite, Ritz Carlton nous a regardés comme si le monde s’écroulait.

Elle a tourné son cell devant nous. En majuscules, on pouvait effectivement lire la mort : EUH… WTF… LES COCHONS SONT DÉBARQUÉS. VOUS ÊTES OÙ ? JE CAPOTE.

On ne savait pas où était Minette Salinger, on ne comprenait plus rien, mais on a sacré notre camp en huitième vitesse en laissant un cent piasses roulé sur la table.

*

FIN DE LA SAISON I.

MERCI À RITZ CARLTON, CANETTE ANGER & BONNIE FRAPPIER (MCLC) POUR LEUR COLLABORATION.

SAISON II : OCTOBRE 2012.

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Comments
One Response to “Queer & the Shitty. Saison I. Finale”
  1. SS Latrique dit :

    Collabo et photo : Rita-Adèle Beaulieu
    http://barphotos.blogspot.ca/

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