Le Décamoron, jour huitième

Florence, septembre 1348

Ma Marquesa,

Je profite de ces derniers instants de lucidité pour vous demander de me secourir. Jamais je n’aurais pensé avoir les pensées aussi sales, pourries, comme mes joues, comme les fesses de Mère, comme la salope d’enfant de chienne d’Isabelle Maréchal que je vois en gros plan sur la couverture du Journal de Florence avec sa grosse face de honte. Mon amour, je ne peux plus me regarder dans le miroir. C’est La fin du monde est à sept heures qui s’y dessine tristement, aussi lâchement que le reflet d’une ancienne identité morte. Aidez-moi, Anne, je suis en train de perdre mes moyens. Bientôt, je serai incapable de poursuivre la bataille. J’ai beau essayer inlassablement de trouver des façons cruelles, belles, tendres, mielleuses, homolkesques, sadiques, laiteuses, sobres, pas sanguines, ignobles, rances, fortes, spartiates, pour retrouver mon équilibre, il est trop tard. Je suis cloué. Il m’est même passé par l’esprit d’aller rejoindre la Nef des Délaissés de l’aristocrate Pauline-Rouge-du-Carré-Noir aux cent deux mille vœux sous la mer. Mais ayant la chienne de l’excommunion, j’ai abdiqué.

Je m’emporte. Veuillez me pardonner ces excès, ma broutable, mais je sais que demain, ce sera pire. C’est comme si un mélange de commandements animaux et de pulsions législatives de gouvernance enrobaient progressivement mon cerveau en me défenestrant de moi-même.

Dans la rue, on crie…

God bless America !

Amen !

Vive le Roi !

Vive les rednecks !

Vive Mathieu Bock-Côté !

À bas le capitalisme !

Faisons le ménage !

Occupons-nous des p’tits vieux !

… et ça me fait sourire.

La guerre civile est belle. Je m’en nourris. Un chant patriotique me court-circuite le corps, des oreilles au trou d’cul, aussi douloureusement qu’une décharge trop retenue dans les gosses qui veut exploser pour éclabousser la face du crotté de monde pour le nettoyer. J’enrage.

Une charrue vient de passer, ramassant une horde de chiens morts sur son passage.

Mon huître, je sens que vous serez fière de moi parce que j’ai enfin suivi votre conseil : je me suis débarrassé des miens. Je vous écris présentement à partir de l’ordinateur que j’ai subtilisé à un gueux d’aveugle en lui laissant croire que j’étais Jésus, que j’allais le guérir, mais qu’il devait me laisser utiliser ses internets afin que je puisse retrouver le bear à la camisole de cuirette connaissant les mots de l’incantation sur le noble site de Gay 411, une flamme récente, mais prometteuse. Évidemment, je l’ai laissé là sans le guérir – le pauvre dépossédé – en me disant qu’il allait périr rapidement de toute façon.

Ma barre tendre, je suis désormais sans domicile fixe mais je prends mon pied avec mes nouveaux compatriotes. On fourre. On croque. On se comprend. Il est délicieux de me sentir entouré et de retrouver le mouvement de la ville suite à cette trop longue séquestration entre les quatre murs puants de ma maison d’antan. Hier soir, avant de retrouver ma liberté, j’ai mis Père en terre derrière notre Domaine. Pour moi, c’était le début de la fin de la peste. N’en pouvant plus de l’entendre gémir sur sa chaise, je lui ai d’abord coupé la langue. Le sang contaminé s’est répandu à une vitesse ahurissante sur le plancher de la cave et j’ai ressenti le besoin suave d’en faire couler davantage, de transformer Père en passoire, de lui charcuter la viande autant que faire se peut, pour me baigner dans le lac rouge pestiféré comme un enfant. Père a été mon cobaye, mon jeu. Avant de me laisser sombrer dans mes pensées gluantes, j’ai décidé de tenter une expérience sans doute étrange mais non moins significative ; étant moi-même victime d’attaques libidinales monstrueuses depuis mon croquage par Mère, j’ai voulu tenter quelque chose en me disant que si cela fonctionnait sur lui, ma délivrance était peut-être à ma portée… J’ai empoigné un tournevis : je l’ai inséré dans son urètre : et j’ai tourné. Il a lâché un « TABARNAK » de l’enfer. En voulant vérifier si l’entreprise allait le sortir de sa torpeur zombifiée, je l’ai achevé. Son cœur de croqueur ne battait plus. Le sourire aux lèvres, je me suis mis à fredonner la sympathique chanson de Julien Clerc qui nous séduisait tant ; vous vous souvenez, ma chienne, combien Cœur de rockeur nous représentait, à l’époque, quand nous avions tout à gagner, amoureux ?

En revenant dans la maison, habité par ma lucidité toute neuve, j’ai eu envie de m’amuser avec Térésa ; Mère étant trop amochée et fiévreuse (ne pouvant donc pas profiter de son expérience slaque comme la veille), la fente de ma cousine s’est mise à prendre la place de tout ce qui m’entourait. Je la voyais partout. Je la sentais. J’ai cherché dans tous les recoins de la piaule, j’ai regardé dans les placards, sous les piles de vêtements, dans la piscine, partout… Ma promesse de vidage demeurait introuvable ! Si j’avais eu les ongles plus longs, j’aurais lacéré les murs. Elle s’était sans doute évadée, la vache, et bien que, faute d’un trou, l’envie de me déverser entre les pages du dernier numéro de Florence érotique me tenaille, j’ai agi. Je n’avais plus une minute à perdre. Térésa décrissée, que pouvais-je espérer créer, bâtir, baiser, trouver drôle ou coquin, conquérir, ou tout simplement concevoir dans mon diantre de Domaine familial en ruines peuplé de fantômes ?

J’ai pogné le plus grand fanal de la maison – celui qui appartenait à mon grand-père – et je l’ai allumé. La flamme flambait glauque. C’était excitant à mort. Je me suis approché de Mère alitée et, après un gros french bien dirigé, je lui ai dit adieu en riant. Les draps blancs ont cramé à la vitesse de la lumière.

Ma Marquesa, si vous saviez… Depuis hier, je suis au paradis. Les bras devant, dans la rue, suivant le troupeau, la masse me réconcilie avec moi-même. Je suis libre. Je suis le spectacle, je suis le mouton, le sang vicié d’avance ne me fait pas peur, je veux te baiser, sale chienne, viens, je suis le temps, le guerrier, le vainqueur, le plus grand nombre ! Je n’ai peur de rien.

Il y a une heure, j’ai croisé le gros Barrette. Sans me faire prier, je me suis régalé. Le voyant avancer et porter sa carcasse de lard aussi dignement que son odeur de pénis sale, j’ai senti l’appel ; je me suis mis à quatre pattes et j’ai foncé sur sa jambe grouillante de promesses de festin. Le cerveau allait y passer après. Je sais, mon tartare, que vous détestez ce cochon… C’est donc la gueule fendue jusqu’aux oreilles que je vous apprends sa mort sous mes dents cassées. Pour y parvenir, j’ai dû me battre avec la croqueuse adorée et blanchie par la majorité des Florentins, la terrifiante France David Lee-Roth, qui, plus expérimentée et faucheuse que moi en matière de copinage avec les potentielles victimes, a bien failli l’emporter. Tous les deux accroupis, affamés, nous nous sommes lancés dans une guerre de grognage infernale, entrecoupée de coups de pattes sauvages, de croquées et de vociférations contre le système gangrené mais aimé ; je voulais la chair ; elle désirait l’os ; j’avais la bouche remplie de beurre ; elle grugeait la moelle. Le pauvre arriviste n’en pouvait plus de se faire manger de même. Il dégoûtait sa race de parvenu de la Terre-des-Bonnes. Quand le moment tant attendu de l’attaque de la tête est arrivé, j’ai réussi, enfin, à pisser sur mon territoire. La David est partie. Pour y arriver, je n’ai eu qu’à lui montrer ma graine. La pacifique défenderesse de la cause des madames pas contentes n’a pas tenu le coup… Offusquée, touchée droit au cœur et la face barbouillée de sang, elle m’a envoyé chier en me traitant de phallus ambulant. Et moi, j’ai pu savourer ma grosse boîte à lunch. Tranquille.

Ma guerrière, je sais que je change rapidement et que tu auras sûrement la plotte à terre en me retrouvant, si vous arrivez à braver la mer d’immondes créatures de mon espèce dans les rues, partout, dans les palais, autour, émergeant des moindres recoins du monde, afin de me secourir. Je me souviens de vous, belle, tu es toujours bandante à mort dans mes pensées. Et savoureuse. Pour toi, j’anéantirais mille autres Barrette dégueulasses, j’oserais croquer la préciosité de Denise Bombardier, j’inventerais une forteresse d’amour mystique, je me tuerais. Ma marquise, j’ignore à quoi je m’expose en vous implorant de me rejoindre, mais peu importe. C’est devant vous que je veux me décomposer.

Le soleil meurt sur Florence et je sais que je ne dormirai pas. Loin de tes boules, je suis une hémorroïde inguérissable ; je jute inlassablement dans le vide. Les rues de Florence continuent de se peupler. Les contaminés hurlent désormais… parce qu’après les râles sourds viennent inévitablement les cris.

Les miens sont loin, envoyés baladés, de la poussière, de l’engrais, mais je sais que c’est mieux ainsi. Mère est sans doute celle qui me manquera le plus, je l’ai pleurée quelques minutes, mais elle ne vous arrive pas à la cheville. À présent, je suis seul parmi la foule. Nous sommes tous pareils. Seuls. Des pierres en forme d’encensoir qui gravitent autour du néant. Si j’étais mystique comme Père l’était, j’oserais tenter d’accéder à la connaissance du mal qui m’a atteint. Je ne ferai que le vivre et le répandre. C’est irrévocable. C’est ma mission.

Je vous aime, ma Marquesa.

Je veux fourrer ta grosse chatte en forme de réservoir à dèche, ma salope.

Votre dévoué, SS Latrique

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Comments
2 Responses to “Le Décamoron, jour huitième”
  1. Anne Archet dit :

    Tabernaclo! Ostia! Il mio cavaliere è impazzito! Calice…

  2. SS Latrique dit :

    Une horde (de corneilles noires) vient de me dire fuck you. Elles chialaient toutes en même temps. La horde dansait. J’ai baisé une pute. Rien à déclarer. Mais. C’était beau. Les plaies. Les soleils. Je viens d’accomplir une tâche, mon devoir, mon droit. J’ai croqué. Je ne suis pas fou. Je suis le vrai. Le sens.

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