Le Décamoron, jour neuvième

Florence, septembre 1348

Cavaliere,

Ce matin, votre cousine Teresa est venue frapper à ma porte. Elle était si catastrophée qu’elle arrivait à peine à parler. Il m’a fallu presque une heure pour arriver à la calmer suffisamment pour qu’elle puisse me raconter ce qui s’était passé. Il est maintenant près de deux heures du matin et elle dort enfin, blottie contre banarchiste, dans ma couche.

Et voilà que je reçois votre lettre, celle que je désespérais de recevoir.

Ne comprenez-vous pas à quel point je suis effarée? Ne comprenez-vous pas que vous me brisez le cœur? Nous avons tant pleuré, Teresa et moi, que des larmes de sang tachent notre visage. Je vous en supplie à genoux, je vous en conjure, dites-moi que ce n’est pas vrai. Dites-moi que ce que tout ce dont Teresa a été témoin n’était qu’un rêve, une horrible hallucination. Elle m’a raconté vous avoir vu arracher un enfant des bras de sa mère pour lui dévorer le visage. Elle m’a dit que vous l’avez ensuite décapité et frénétiquement sodomisé par le trou sanglant de son cou, avant de vomir votre abject repas sur ce qui restait de sa carcasse ensanglantée. Elle a a affirmé vous avoir vu démembrer la mère et vous servir d’un de ses bras comme godemiché anal. Elle m’a même dit que vous avez fait subir le même sort à un vieillard, un chien et un militant d’Option nationale que vous avez surpris en flagrant délit de vandalisme sur une pancarte du Parti florentin.

Je ne sais plus si je m’adresse encore à l’homme que j’ai tant aimé, à celui qui m’a tant fait jouir, à celui à qui j’ai offert ma vie, mon âme et mon corps. Je ne sais même plus si cet homme existe encore ou s’il a été dévoré par le monstre qu’il est devenu.

Donnez-moi un signe. Dites-moi quelque chose, n’importe quoi, qui me laisserait entendre que tout n’est pas perdu. Faites-le et j’accourrai, je volerai vous sauver – même s’il me faut affronter à moi seule une armée de croqueurs.

Si vous ne le faites pas, vous serez définitivement perdu à mes yeux. Et je pleurerai jusqu’à devenir exsangue.

Anne, marchesa di Archet

 

 

 

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