Le texte gagnant du Super Concours Capoté

Oui, ça m’a pris du temps avant d’en arriver à révéler les résultats du concours, et c’est même pas parce que j’étais ensevelie de textes à lire (c’t’une image, là, parce que tu sais bin que je reçois les textes en .doc). Pour tout dire, j’ai reçu trois textes. FAIL, me diras-tu. Nenon. Wo. C’est surtout pas un échec, parce que les trois textes étaient bons, j’ai même eu de la misère à choisir. Pourquoi un si bas taux de participation? Soit le prix suscite peu d’intérêt, ce qui n’est pas vraiment grave, soit les lecteurs de Terreur! Terreur! ont peu confiance en leur talent d’écriture, et ça, je trouve ça un peu triste. Enfin, je ferai d’autres concours, parce que j’aime ça, moi, les concours.

Pour remercier les participantes d’avoir partagé une belle histoire de beubittes, je leur offre à toutes un rabais sur ma boutique Etsy d’câlisse. « Si c’est pas de la vente à pression, ça! » Même pas. Je sais juste pas quoi donner d’autre. C’est une suggestion, pis je suis pas susceptible, han, si personne n’achète rien, je serai pas insultée ou déçue. Même que j’ai plutôt tendance à dire aux gens « achetez donc rien », ça fait que j’insisterai pas. Mais l’auteure du texte gagnant, que tu pourras lire dès que j’aurai fini mon interminable intro, se mérite une édition deluxe de La punaise de lit ainsi qu’un kit de macarons J’aime les chattes. Bravo à Régis Lachamme pour Le Sphinx, texte gagnant du Super Concours Capoté! Tu peux aussi apprécier ses talents sur son blogue GuéA LA MITE. Les autres participantes ont gentiment accepté de partager leur texte avec toi, cher lecteur, alors ça me fait plaisir de te guider vers Les abeilles, de Raymonde Rainette Sauvé, qui a quand même frôlé la mort, et La journée la moins plate, de Vanessa Renard, qui s’est fait pas mal d’amis au terrain de camping. Merci à vous deux!

Je dois ajouter en terminant que je suis agréablement surprise de constater que des soixante-quatre exemplaires de La punaise de lit que j’ai fait imprimer, il n’en reste que trois. J’en profite pour remercier tous ceux qui l’ont acheté, ainsi que toutes les personnes qui prennent le temps de jaser de beubittes avec moi. Ça me fait toujours plaisir (pliaisir, même). Je vais bientôt écoeurer l’univers avec un deuxième fanzine : Darnziak et moi on prépare quelque chose de beau.

***

Le sphinx, par Régis Lachamme

Quand j’ai vu le concours annoncé tout récemment par Lora Zepam, concours dont le prix ultime est l’une des magnifiques éditions deluxe du plus beau fanzine qu’aie jamais connu la Terre, j’ai failli lâcher une petite miction, vu l’état de trépidation profond et fulgurant dans lequel j’étais entrée.

Non seulement le prix annoncé attise ma convoitise au plus haut point mais en plus, le flot des anecdotes affluent à ma conscience si frénétiquement qu’on croirait assister à l’assaut d’un troupeau d’adolescentes éperdues aux guichets d’un concert de Justin Bieber qui crieraient en vain pour solliciter l’attention du jeune…. du jeune : « Moi! Moi! Raconte-moi! Laisse moi pénétrer les champs de ta conscience tout de suiiite! Je veux aller dans ton lobe frontal maintenaaaaaant! »

Divagations à part, j’ai vraiment l’embarras du choix. Alors, laquelle ça sera? La fois que j’ai fait le tour de la maison familiale pour rentrer par derrière, parce qu’il y avait une guêpe posée sur la porte d’entrée? Et que le dépit causé par ma propre lâcheté m’avait tant piquée, au figuré, que j’avais trucidé la pauvre bête du diable, littéralement, d’un coup impitoyable de revue enroulée ?…

Ou bien l’autre fois, plus paisible,  où on a gracieusement offert l’allez-retour Montréal—Tadoussac à une drolatique araignée bedonnante, qui avait élu domicile derrière le rétroviseur droit de la Civic des Gueux*?

Ou bien l’espèce de fascination-répulsion qui nous avait prises, moi et Morin**, alors qu’en villégiature dans la réserve faunique Papineau-Labelle, devant une énorme araignée ayant élu domicile sous le ponton mais qui pourtant répugnait à toucher l’eau, ce qu’elle nous signifiait d’une secousse agacée de ses pattes graciles?

Toutes d’excellentes anecdotes, mais une histoire se démarque parmi toutes ses consoeurs de par son importance symbolique.

Voyez-vous, lecteurs potentiels, il m’est advenu de tomber amoureuse dans les dernières semaines. Le genre d’idylle passionnelle et prédestinée, aux émois réels et touchants mais tellement dits, redits, jusqu’à en devenir indicibles parce qu’archi-clichés et cucul-convenu, que j’éprouve bien de l’embarras à en parler. Et pourtant c’est tout ce dont j’ai envie de parler, tout le temps.

Ah, la tyrannie du goût!… Je suis sûre que vous le connaissez aussi, ce terrible despote, pour fréquenter un blog aussi prestigieux que celui-ci…

Mais trêves de flagorneries : l’anecdote que j’ai à vous conter me permet de vous parler de mes histoires de cœur, sans vous en parler. Ou en vous en parlant de façon allégorique. C’est beau, ce qu’on peut faire avec les mots, tout de même.

Quand j’étais enfant, j’habitais avec ma famille une belle maison un peu en retrait du reste de la ville, sise aux milieux des bois de l’Île Perrot. Il y avait beaucoup d’arbres, beaucoup de terrain, beaucoup de nature. Moi et ma famille avons toujours aimé la verdure***. Ainsi ma mère, entre autres passe-temps, pratiquait l’horticulture. Avide de l’imiter, j’avais établi un petit jardin à moi dans une des plates-bandes, qui était pour ainsi dire sous ma supervision entière. Je faisais la sélection des fleurs, que nous allions choisir aux Serres Gabriel, je choisissais leur emplacement et j’en surveillais l’entretien.

Entre autres plantes qui croissaient avec plus ou moins de bonheur dans mon jardin d’enfant, il y avait cette espèce de buisson extrêmement vivace. Pendant les deux premières années, il n’a pas donné de fleurs. Puis il s’est mis à croître avec une vivacité extraordinaire et un résultat esthétique peut-être un peu moins fameux. Je ne sais plus le nom du végétal. Pour vous le décrire sommairement, la base de la plante consistait en une touffe de feuilles longues, acérées, poilue, vert sombre et des boules bleues fichées gaillardement au bout de longues tiges lui tenait lieu de floraison. Ça donnait quelque chose de pas mal funky. Il prospère toujours, ce plant à la longévité inattendue. Mais ne digressons pas outre mesure.

Un bel après-midi d’août donc, que je profitais de cette oisiveté bénie des dieux que procurent les longues vacances scolaires, je me promenais dans la cour. J’étais entrain de faire ma petite inspection des plates-bandes, ce qui était plutôt une sorte d’exercice de contemplation résultant de mon désœuvrement. Rendue au buisson de fuchsia, qui était placé contre l’artisanal barbecue en pierres (mes parents sont des patenteux), une petite bête qui voletait proche des fleurs attira mon attention. Je la regardai de plus près : elle avait la même texture qu’un bourdon mais elle était un peu plus grosse. Elle était plus petite qu’un colibri, mais elle en avait le vol. Elle avait environ la grosseur d’un papillon, sauf que son corps était beaucoup plus large et charnu et de plus, ses ailes étaient beaucoup plus petites que celles ornant le commun des spécimens de cette famille.

Pourtant, il a la trompe des lépidoptères : mais de gros yeux noirs, et une petite calotte brune sur sa mini face blanche, éléments qui rappellent un peu la mésange… Et puis, cette allure extra-terrestre!

Fascinée, j’ai regardé l’étrange insecte butiner les profonds calices des fleurs du fuschia, en faisant du surplace, ses petites ailes semi-transparentes battant l’air à une cadence indiscernable pour l’œil nu. Puis il est parti, piquant à travers les airs comme une flèche véloce, au vol précis.

Courant de façon bien plus pataude que ma créature de songes, je suis allée raconter immédiatement la chose à ma mère.

Qui ne m’a pas crue.

La description que j’en faisait était tellement fantastique et tarabiscotée (un vieux défaut…) qu’elle m’a dit que j’avais dû rêver.

Bien convaincue de la véracité de ma vision, j’ai gardé pour moi ma certitude, malgré mon incapacité à répandre la foi.

Jusqu’à ce que je tente de répandre une deuxième fois la bonne parole, chez une tante de la région de Québec, dont le jardin, conçu par l’ex-compagne de son époux, est un des plus beaux que je connaisse. Arrivée devant son buisson de fuschia, qui m’a rappelé mon aventure, je lui ai raconté ma rencontre mystique. Elle me regarda sérieusement, gravement même, et me dit :

« Oui!… J’ai déjà vu ça, moi aussi! »

« Hein? Sais tu ce que c’est? »

« Non! Mais je suis sûre que ça existe, parce que j’ai vu quelque chose qui ressemblait à ça… »

« Oui, oui! Un genre de gros bourdon à antennes touffues avec une trompe?»

« Oui et qui vole en surplace comme un colibri, mais qui a une trompe comme un paillon, voilà, mais avec un tronc tout poilu, et plus gros que les ailes! »

« Oui! C’est ça! MAMAN, MAMAN!…»

Embarquer un adulte dans ses histoires, ça leur ajoute du poids. À dix ans, j’avais compris ça. Ma mère, une cartésienne, pris en compte ce deuxième témoignage, et me concéda qu’il était possible que ma vision n’eusse pas été une chimère.

Je l’ai revue quelques autres fois, ma bête. Et une fois, alors qu’elle était justement entrain de butiner les funky boules bleues, ma mère était avec moi. Cette fois, c’était bon : elle l’avait vue, ma bibitte!

Quelques semaines plus tard, un exemplaire de la revue Quatre-Temps nous apprenait qu’il s’agissait là d’un « papillon colibri », aussi appelé le papillon sphinx ou le moro-sphinx :

le-moro-sphinx

Papillon et colibri. Voilà. On n’y aurait pas cru, à ce mélange improbable. Mais il est réel. Et réussi.

Addendum PEOPLE :

* Les Gueux, soit Raymond Bock (auteur, notamment d’Atavismes au Quartanier) et Morin, c’est-à-dire;

** …. qu’il y a plusieurs Morin dignes de mention, mais dans ce cas il s’agit d’Alexie Morin, dont on peut retrouver les travaux ici et éventuellement au Quartanier.

***Hey. La pogne-tu. Hey.

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Comments
2 Responses to “Le texte gagnant du Super Concours Capoté”
  1. La Citadine dit :

    Woooaah un papillon colibri! Le mélange des deux affaires volantes les plus cutes! Un hybride de rêve, quoi. Excellent texte, ça mérite amplement le premier prix \o/

  2. rainette dit :

    ayoye, elle a mis le paquet « Régis » alors je dis bravo ! Tu écris plus haut Lora que les lecteurs de Terreur! Terreur! ont peu confiance en leur talent d’écriture. Oui mais tousseux qui écrivent sur Terreur! Terreur! eux et elles auraient pu se forcer un peu han ! Bin tant pis !

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