Queer & the Shitty. Saison II. Épisode I

Ritz Carlton appelle les flics

C’est par un lundi matin du mois de novembre qu’on a décidé de reprendre du service; le monde devait s’ennuyer de nous autres, on avait eu en masse de temps pour guérir Minette Salinger de sa traumatisante nuit passée dans un poste de police à mentir comme une dinde pour nous protéger… et il fallait qu’on se délivre de nos divans (on commençait à ressembler à des mini-répliques de maman Dion à force de bouffer de la marde de pauvres en cannes devant la TV). Mettons que c’est comme si on avait fait un genre de dépression collective à quatre têtes à cause de la perte de feu notre Quartier Général adoré passé entre les mains des flics qui, aussi obsédés que des vieux fifs en manque, essayaient de nous retrouver pour nous sodomiser à coups de menottes rentrées n’importe où n’importe comment… On les a eus aux trousses pendant au moins trois mois, les crisses!… mais ils ont perdu. Pour nous en débarrasser, on s’est épuisés mais on a fait ça clean; on a déguisé quatre 450 en nous, on les a rendus vraiment incriminables, on les a saoulés comme des déterrés, et on les a parkés en face de notre ancien bloc dans des positions salement louches (un faux Nicky Dean les poches bourrées de coke, une fausse Ritz Carlton avec un Jackknife qui dépasse de sa jupe trop tight, une fausse Minette la face en sang, et un faux Latrique habillé en gothique wannabe). En moins de temps qu’il n’en faut pour péter une vitre de char, les cochons sont débarqués… Il faut dire que l’imitation de Ritz au téléphone – une  mémère qui avait vu notre portrait robot dans le journal et qui capotait ben raide – torchait des culs.

On a été pros, on a fait ça dans nos plus belles règles de l’art, mais quand même… ça nous a donné la chiasse identitaire et ça nous a fait vivre des affaires qui nous ont sacrées sur le carreau. Il fallait qu’on se relève. Notre guerre contre le Même n’avait pas le droit de s’étouffer avec sa langue à cause du SPVM.

*

Ce lundi matin-là, fouille-moi pourquoi, Nicky Dean avait particulièrement le feu au cul; même avec zéro café dans le corps, il a réussi à nous faire émerger du trou qui nous avalait, de la plaie qui se creusait au sein de notre cellule de serial killers de maudits objets trop identifiables parce que tous pareils; Nicky a été notre Dieu le père rassemblant ses disciples dans l’amour et le respect, dans le droit chemin, envers et contre nos gros culs qui ne demandaient qu’un peu de tendresse graisseuse pour réapparaître trop évidemment à la surface de la terre. On avait salement besoin d’un preacher.

– Heille! (Il a brandi un morceau du Journal de Montréal dans nos faces.) On devrait s’inscrire au séminaire de Shirley McMurray… J’dis ça d’même.

On savait tous que le journal en question allait avec nos convictions. Il n’y avait aucun doute là-dedans. Pour nous, le Journal de Montréal demeurait LE summun en matière de choses nulles si découvertes. Ritz s’est emparée du lambeau de page avec conviction; elle retrouvait sa sauvagerie; Minette s’est touchée.

« Cours de croissance personnelle et de rebâtissage d’identité pour les mal aimés. Soyez fiers. Redevenez invincibles. Shirley McMurray a voyagé partout dans le monde. Ses connaissances sont internationales. Elle saura vous guérir. »

En terminant sa lecture du minuscule encadré en forme de clé vers un paradis éternel, Ritz Carlton m’a demandé ce que j’en pensais et je lui ai répondu que tant qu’à être pogné dans le néant, il valait mieux s’essayer. Elle m’a dit qu’elle pensait ça, elle aussi. Bonnie Frappier allait revenir de son voyage d’affaires à Hong Kong et qui sait… elle allait peut-être pouvoir nous éclairer avec son grand savoir-faire international de la vie et qui sait… peut-être serait-elle en mesure de nous en dire plus au sujet de cette mystérieuse Shirley hypothétiquement rencontrée dans un de ses nombreux vols autour du monde. Minette a composé le numéro de téléphone inscrit en plus petits caractères dans le bas de l’annonce (censuré ici pour les besoins de la cause parce qu’on ne veut pas partager nos ressources avec tout le monde) et elle a donné nos noms à la voix de madame-robot au bout du fil. Elle a raccroché. On allait redevenir nous. Il fallait fêter ça.

*

Après deux Australian Ridge buts à quatre, on peut dire que tout allait bien. Notre réserve de vin de dépanneur était à sec mais on s’en sacrait comme de la misère au Bangladesh. Pauline Marois aurait pu se faire crucifier sur la croix du Mont-Royal,  Marie-Denise Pelletier aurait pu sortir un disque pour amasser des fonds contre la destruction du mythique Madrid sur la 20, le corps mutilé de Marie Eckel alias Passe-Partout l’héroïne de notre enfance aurait pu être retrouvé en charpie dans un bunker de Laval… rien n’aurait changé… Notre joie de renaître était indécrottable.

On a mis un vieux classique des Béruriers noirs dans notre lecteur de CD et on s’est mis à torcher le Nouveau Quartier Général en devenir avec nos torchons tachés d’avance par notre frustration d’avoir été trop longtemps inactifs. Heureusement pour les voisins, aucun d’eux n’a porté plainte à cause du volume.

Minette était belle à voir en train de sourire comme avant. On faisait reluire les murs de ce qui allait devenir notre nouveau nid de carnage, on suait comme des vaches folles, mais elle, elle était sexée à mort. Son va-et-vient devant le mur reprenait du pouvoir, ses cernes de déprime disparaissaient, elle riait, son hibernation fondait vite, ses lèvres reprenaient leur attitude de suceuse, c’était magique comme la coke; Minette Salinger était sauvée. Ritz Carlton, de son côté, s’est mise à courir, elle cherchait un nouvel air d’aller, elle a claqué la porte d’entrée, et, après nous avoir crié qu’elle allait chercher plus de carburant, elle est partie pour la gloire vers le dépanneur (cinq minutes plus tard, on était équipés, des guerriers). Nicky et moi, bandés juste à y penser, les yeux dans les yeux, détraqués comme on a toujours su l’être depuis notre alliance, on s’est lancé dans la construction d’une belle Écurie encore plus fonctionnelle que l’ancienne, on a été magnifiques, rien n’a traîné et, comme si nos vies en dépendaient, on a remplis nos verres à moitié pleins et, va savoir pourquoi – Ritz et Minette n’en revenaient pas de notre ouvrage – le ciel est redevenu clair, tout était vraiment crissement plus clair : il fallait qu’on s’arrange les portraits pour ne pas être reconnus.

Le nouveau Quartier Général avait totalement changé de gueule et maintenant c’était à notre tour de nous laisser parler d’amour. Notre but était simple; pour passer le test, il fallait que Bonnie Frappier nous prenne pour d’autres à l’aéroport et ce, malgré notre énergie malsaine, palpable, bien typique et reconnaissable entre plein d’autres à dix kilomètres à la ronde. Si on arrivait à berner la Frappier et son pif incroyable, tout était dans la poche; Shirley McMurray n’avait qu’à bien se tenir pour arriver à nous rééduquer.

On était bien. On était fiers. On était heureux. Des Vikings. On était prêts. Les ciseaux et le make up et les teintures trônaient au centre du grand salon fraîchement repeint en blanc. On était purs. Des monstres. On n’aurait plus jamais soif. On se sacrait des conventions comme de nos anciennes vies et de la police. Quatre innocents étaient en train de limer les chiottes d’un pénitencier à notre place et c’était parfait de même. On était là. Des chiennes.

*

À neuf heures du soir à Montréal un lundi soir, à part fourrer ou niaiser sur internet, il n’y a pas grand-chose à faire ni à espérer. Mais il était hors de question qu’on passe notre tour.

– Fuck man… j’ai crissement les gosses pleines… y’ faut que j’me mette!

Nicky Dean en avait plein le cul de ne pas se vider adéquatement, dans la viande; il lui fallait quelque chose de plus confortable qu’un t-shirt sale pogné dans sa manne à linge pour accueillir sa dèche et starter sa nouvelle envolée en beauté. On avait eu beau jouer à touche-pipi deux ou trois fois pendant notre accalmie, c’est l’odeur du crime qui lui manquait.

– Ben là… On va t’chercher un cul?… (Minette en était au stade du masque d’argile pour que sa peau soit douce comme ses cheveux coupés nouvellement sans pointes fourchues mais son ciment facial venait de craquer à cause de sa participation à la conversation et elle est devenue frustrée de la vie, en tabarnak après sa bouche, et elle est allée se rincer. J’ai proposé les Foufs.)

– Euh… des plans pour qu’y s’réveille le batte plein d’marde de métalleux…

Ritz venait de rejeter mon alternative. On n’avait pas plein de choix disponibles et il était hors de question de se rabattre sur Gay 411 parce que c’était trop facile. Je me suis repris :

– À moins qu’on débarque au Gogo Lounge? C’est plein d’classe là-bas…

– Ouin mais c’est fermé! (Minette Salinger, grande connaisseuse en matière de bars ouverts n’importe quand, m’a ramené sur terre.)

– Pis même les coiffeurs sont en congé le lundi…

Nicky Dean avait de la tristesse dans la voix en lançant ça; ça sonnait presque comme un abandon; il commençait à s’imaginer le pinceau pogné dans ses bobettes jusqu’à la fin des étoiles.

– À moins qu’on s’ramasse à L’Aigle noir? C’est tout l’temps ouvert… pis y’a du monde ben ben willing là-d’dans. (C’était ma dernière tentative.)

Parce que des poils de bear lui tentaient plus que des poils de métalleux, Dean s’est mis à sourire. L’idée lui plaisait pas pire, même si les chicks allaient devoir nous laisser y aller comme des grands parce qu’elles ne s’étaient pas fait pousser des barbes pendant nos métamorphoses et qu’elles allaient un peu trop clasher dans la faune même si le doorman les laissait entrer parce qu’il se sentait tendre. En nous attendant, elles allaient devoir s’occuper autrement. Pour qu’elles ne se sentent pas délaissées, j’ai eu une idée de malade :

– On fait un concours? Les filles contre les gars? Vous en ramenez une et on en ramène un? Deal?

Même si je savais qu’on n’avait pas trop de chances de gagner parce que Ritz et Minette kickent des chattes en ce qui concerne la chasse au Même (leurs preuves étaient faites depuis longtemps), j’ai embarqué dans la game comme tout le monde. Nicky s’est resservi un verre en l’honneur de notre nouvelle maison; Ritz Carlton a donné une claque sur la snatch de Minette comme pour lui dire « on les torche »; j’ai replacé ma queue dans mes boxers, j’ai senti mes doigts (c’était wow); et, dans nos confettis imaginaires, on s’est aimé à coups de frenchs en gang. Plus rien n’allait nous arrêter. Tout baignait. La nuit s’annonçait torride, splendide. On était reparti mon kiki!

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