If you don’t like the Reflection, Don’t look in the Mirror. I Don’t Care – (part 1)

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Pour m’initier aux lecteurs de Terreur Terreur, j’ai décidé de terminer un vieux projet que je traîne ici et là et que j’ai retouché maintes fois depuis cet été. Et ce pour finalement vous le faire lire. Quand je suis devenu officiellement membre du blogue pis toute pis toute, je me suis donc replongé dans un sujet qui m’a pas mal obsédé tout au long de ma vie; soit la légende urbaine du snuff movie. J’essaye d’aller au cœur du malaise par cet article un peu pêle-mêle qui sera publié en 3 volets.

Le snuff movie a d’abord existé comme mythe; légende urbaine moralisatrice et réfractaire technologiquement : servant d’abord à mettre en garde les fillettes contre le monde toujours plus décadent de la pornographie. Mais de ce qu’on en sait aujourd’hui le snuff-hollywood complotissime des légendes modernes – celles qui peuplaient les imaginaires morbides de corporations underground impitoyables – ne fut sans doute jusqu’à très dernièrement (à défaut de preuves circonstancielles contraires) qu’un business digne d’une infâme dystopie accommodant les fonctions éthiques d’une pure fiction. Oui, selon Wikipedia, une telle industrie pornographique n’aurait été qu’un cauchemardesque fantasme gore, sci-fi ou parano. Au pire, le fruit d’un imaginaire américain helter skelté par l’issu du procès d’un certain Charles Manson dins seventies. Cependant, réfléchir la logique du snuff-cinéma selon le paradigme qui l’a fait naitre dans l’imaginaire occidental parait aujourd’hui complètement anachronique et révolu selon les moyens de médiation contemporains. Le snuff est devenu, ne vous en déplaise, aujourd’hui réalité, à ceci près qu’il n’est pas né dans le contexte marchand et économique qu’il laissait présager initialement. Mais commençons par un peu d’histoire…

Le snuff est une légende plus complexe qu’elle n’en a l’air à la première analyse. Elle ne se limitait pas, à l’ère de ses origines, à critiquer le cynisme d’un hypothétique réalisateur porno caricatural qui ultimement finirait par pousser ses acteurs à commettre un meurtre / se faire tuer – comme c’est le cas simpliste et provocateur d’A Serbian Film. Si le cas avait été tel, sa portée ainsi que son message n’aurait pas véritablement différé de celui du Petit Chaperon Rouge qui, en aguichant avec ses couleurs vives et sa crédulité idiote, finit broyé par l’érotisme de cette bête hobbesienne qu’est le loup métaphorique déguisé en mère-grand. Le snuff, en revanche, avait une portée bien contemporaine et beaucoup moins générique que le conte de Perrault quand il commença à sévir dans les années 80. Son dispositif narratif visait surtout à mettre en garde l’homo-VHS contre lui-même : ce pervers « nouvelle race » qui pouvait soudainement, au cœur des eighties, sans même sortir de chez lui, s’adonner au visionnement de contenus audio-visuels sans affronter les regards médisants ou approbateurs de la rectitude plébéienne.

À l’avant-garde du 1Lunatic1Icepick, le réalisateur David Cronenberg, dans son cultissime Videodrome, concrétisait d’ailleurs le sujet de ses appréhensions vis-à-vis la médiation de la violence télévisuelle en donnant au marché de la porn une forme comparable à celle du trafic de stupéfiants. Le cinéma quittant le milieu des massifications grégaires propres aux jeux romains et au théâtre élisabéthain, celui-ci devient une petite boite en plastique noire qu’on achète individuellement et qu’on consomme behind close doors à l’insu des qu’en dira-t-on. L’étrange suffixe que constitue par ailleurs ce fameux « drome », propre au titre du film, n’a rien d’innocent : il vient de dromos qui peut se traduire du grec antique par circuit. Bref le Videodrome est analogue au circuit du dealer de crystal meth : il a sa run au pays des addicts où les plus atteints finissent au Cathode Ray Mission comme autant d’ex-junkies gavés de jus d’orange-méthadone. Mais peu importe les implications plus métaphysique de son film, Cronenberg voyait juste : la consommation cinéphilique changea radicalement à l’heure de la cassette vidéo et du magnétoscope. Naguère, si l’on voulait regarder un film, nous étions tenus de confronter un line-up de gens se livrant aux mêmes plaisirs que nous au theater du coin, Broadway-style. Et comme une meute bienpensante, nous nous approuvions pour peu chacun l’un l’autre; approuvant notre voyeurisme mutuel par le seul fait de se trouver ensemble à s’engouffrer dans des salles obscures aux effluves de pop-corn et aux planchers collants, pour voir autant se mettre nue une Bardot méprisante que des gorges profondes aux luettes clitoridiennes. Et quoiqu’il en fût auparavant le Home Cinema fut. Et le VHS s’imposa radicalement avant tout par l’intermédiaire du porno. D’la porno comme jamais il n’y en avait eu avant!

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Le VHS revenait au final à se branler chez-soi, secrètement – et c’était là son implication la plus novatrice. Ce fut même ça, à prime abord, la révolution du cinéma maison! On ne le dit jamais, mais si les cassettes Betamax pourtant meilleure qualité se sont fait éclipsées par le format VHS c’est entre autre à cause d’une armée de queues américaines éjaculant dans le confort de leur living room. Et tout comme St-Augustin se méfiait de l’évêque Ambroise de Milan parce qu’il lisait sans émettre un son – soit dans l’intimité interprétative la plus opaque et la plus démoniaque de sa tête – la légende du snuff mettait en garde le pervers qui soudainement pouvait s’abstraire du social pour communier avec ses fantasmes les moins communs et les plus inavoués. Ce fut aussi la décennie des handycams, cheap as fuck, où l’ont pu faire une seule pierre deux coups : filmer à la fois les quatre ans de Caroline la face pleine de gâteau au chocolat avec le même appareil qui archiva la partie de jambes en l’air qu’on jouait une semaine auparavant avec sa secrétaire. C’est donc alors que le paradigme médiatique changea tellement et si rapidement qu’il intensifia une crainte : la technologie cinétique, comme ses moyens de diffusion et de production, se voyait échappé à la société. Et le snuff mettait en garde le social contre ses propres perversions et tentations libérales. Car ce que son mythe nous disait alors c’était grosso modo : « si nous laissons libre-cours… si nous laissons l’économie s’autoréguler aux confins de l’offre et la demande sans que d’autorité morale intervienne pour baliser ses échanges, ses productions et son économie : la mort vaudra elle aussi son pesant d’or et quelqu’un en fera un jour une industrie. » Naissant d’abord comme fiction à portée éthique, le snuff visait comme grand-méchant-loup le capitalisme fauve et amoral que sous-tendait la logique occidentale. Son grand mythe eut été cette chimère hyperbolique qui servit à dénoncer la logique des Chicago Boys poussée à l’extrême : soit un libéralisme sans foi ni loi.

Et en ces mêmes années, comme par hasard, l’Amérique et l’Europe se sont misent à halluciner des snuff movies partout. Méchant adon! Ils en sont devenus obsédés. Et sur ce point j’irai très rapidement parce que, finalement, Pierre cria un peu trop souvent au loup… Mais il eut d’abord la chicks empalée dans Cannibal Holocaust. Puis ce fut Tsutomu Miyazaki et Charlie Sheen qui se sont tiré la tige intense sur Chiniku no Hana. Ensuite on se tapa une belle syncope de moraline sur Faces of Death où l’on trouve en alternance du real & du fake footage pour fourrer un peu tout le monde et, ultimement, pour faire parler de soi… Bad press is the best press, me direz vous? Sans doute. Et il n’y a pas de meilleur mot pour décrire la tradition du Mondo. Mais pour ce qui est d’un snuff en bonne et due forme, en revanche? Zéro, nada. Pas un fucking snuff jusqu’au millénaire suivant. Et ce parce qu’un snuff doit remplir plusieurs critères pour être qualifié comme tel.

1- Ce film doit mettre-en-scène une personne qui au début du film est vivante et qui éventuellement meurt en cours de tournage

2- Celui-ci doit présenter un acte de meurtre non feint.

3- Il doit par ailleurs être un authentique film : donc il doit avoir été monté, dirigé, pensé dans le but de présenter le meurtre précédemment indiqué.

4- Il doit aussi manifestement présenter un caractère pornographique explicite.

5- Finalement – et cette dernière condition n’est pas moins optionnelle que les quatre autres – le film doit avoir été marchandé et distribué auprès de gens avides de ce genre de sensations extrêmes. Bref il lui faut un authentique public.

Certaines personnes reprocheront au FBI d’être un peu tatillon sur leur définition du snuff. Mais se demander pourquoi les films du couple Homolka ne sont pas des snuffs est, selon moi, poser la question à l’envers et ne pas vraiment vouloir y répondre. La réponse qui conviendrait à ce genre d’objection est liminaire : ces films ne sont pas des snuffs parce qu’ils n’ont pas fait surface publiquement.  Il furent conçus comme « souvenirs » et terminèrent comme preuves légales. Et pour ce qui est finalement du plus récent 3guys1hammer, et bien ce n’est tout simplement pas un film. C’est plus proche d’un rush vidéo d’iPhone qu’on garde comme relique pour ses vieux jours, et qui malencontreusement leak sur les interwebs pour enfin devenir viral. Mais ce n’est pas une œuvre. Et c’est encore moins un film porno. Le caractère érotique de ce film brille par son absence.

Ce qui nous amène donc à parler du cas ultra particulier de 1lunatic1icepick… que je traiterai dans les jours qui suivent….  Parce que 3000 mot d’une shot c’est un peu éprouvant pourvos ti-yeux. Part 2 la semaine prochaine!

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Comments
5 Responses to “If you don’t like the Reflection, Don’t look in the Mirror. I Don’t Care – (part 1)”
  1. G. dit :

    Le VHS ayant été développé par des entreprises japonaises, et connaissant leur goût pour le vidéo érotique, je dirais qu »il y a aussi une armée de queues japonaises qui sont en cause. Mais le lien porno-VHS relève-t-il du mythe ou de la réalité?

  2. Sans doute beaucoup « du mythe », effectivement G.

    Ce tread est d’ailleurs particulièrement intéressant à ce sujet (http://message.snopes.com/showthread.php?t=2126).

    Et à mon corps défendant, si on relis l’article, on remarquera que ce qui m’importe le plus dans l’apparition ou triomphe du VHS c’est moins le fait que la porn a tué le Beta, que notre rapport aux médias pornographiques ce trouve changé par un nouveau médium.

    Et pour ce qui est des queues japonaises, elles ont l’avantage d’être plus petites… Elles sont donc passées sous mon radar. :)

    • G. dit :

      Je suis tombé pour la première fois sur ce mythe en travaillant sur la question de la censure dans le cinéma au Japon. Assurément, l’apparition de ce médiat a fondamentalement changé la façon de distribuer, et voir même de produire du contenu érotique et pornographique.
      Évidement, ce qui m’intéressait le plus ce n’est pas la victoire du VHS, mais bien plus le changement au point de vue du contenu, qui marque la fin du pink movie et le début du film porno à proprement parler.
      En ce qui concerne la guerre Beta-VHS, je pense que pour établir un lien entre la porno et l’issu du conflit, il faudrait faire des recherches bien avancées en ne se limitant pas au marché nord-américain (car après tout, les deux formats son japonais).

  3. Ed.Hardcore dit :

    Tu me prends par les sentiments ici. Hâte à la deuxième partie !

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