Rocambolesques en résidence – Épisode II: Derek Campbell

rocambolesques

(Où l’on fait la connaissance de Derek, un inquiétant maniaque au passé trouble, et Mark, un sympathique paumé qui lui sert entre autres de coloc.)

信じられない !

Quand Derek Campbell a accepté la proposition de ses parents, il savait que c’était la seule et unique façon de sauver sa peau et qu’en faisant comme s’il était enchanté de se retrouver sur le campus, il allait pouvoir continuer à pratiquer ses activités douteuses au chaud, vachement mieux que dans les ruelles puantes du New Jersey. Sa chambre était parfaite. Les rideaux toujours tirés. Le placard était profond; Derek pouvait même s’y terrer et y entreposer sa collection de cravates griffées bien en évidence pour qu’il puisse les voir toutes en même temps; aussi, entre deux polos Ralph Lauren ou sous les décombres de ses cinq paires de chaussures en peau de crocodile authentiques, des choses salement louches, innommables, pouvaient être entreposées; finalement, dans le placard, il y avait la possibilité de planquer des documents confidentiels à l’abri des indiscrets, bien dissimulés, entre autres, derrière un double-fond… c’était magique, grandiose, magistral. Le tapis gris était toujours frais lavé. Sa lessive toujours pliée adéquatement sur son lit parfaitement entretenu, sans un pli de travers, l’attendait patiemment chaque jour, parce que ses parents jugeaient devoir lui payer ce genre de privilège pour qu’il puisse étudier sans se soucier de l’entretien de ses boxers Clever de qualité et devenir l’avocat réputé qu’il disait vouloir devenir. Derek était d’une nature lustrée et impeccable en apparence. Il passait au moins 45 minutes sous la douche, tous les matins vers 6h. Il se parfumait subtilement mais efficacement. Il se coupait lui-même les cheveux, une fois par semaine, afin de bien garder les contours de ses oreilles dégagés parce que ça faisait pouilleux sinon, selon lui. Ses ongles n’étaient jamais trop longs, toujours bien entretenus, ceux de ses orteils comme ceux de ses doigts. Derek n’avait jamais été constipé de sa vie; il se nourrissait bien, pas d’OGM, beaucoup de fibres, une hydratation constante et adéquate, pas d’alcool, parfois une ligne de coke pour arriver à bien travailler toute la nuit afin de bien rencontrer les échéances serrées en fin de semestre (son cache-cernes devenait alors son meilleur allié). Derek Campbell n’était pas un obsessif; c’était un maniaque. Ses trois cartes de crédit n’avaient aucun retard de remboursement, jamais, c’était hors de question, son identité sociale n’avait aucune égratignure sauf ici, dans le pays de l’Université de Californie à Los Angeles en forme de campus.

S’il l’avait pu, Derek n’aurait jamais accepté de partager sa chambre avec la salope de Mark Rosenberg, une fouine de la pire des races d’enculé qui puisse exister en Amérique du Nord. Bien qu’il soit complètement soumis et que Derek arrive à lui ligoter les mains, à l’attacher les bras dans les airs, solidement, dans des positions humiliantes, et à lui bander les yeux pour le défoncer sauvagement quand il devait se vider, Mark n’y pouvait rien, malgré ses lèvres charnues plus utiles que le fric pour arriver à ses fins, c’était une tache à faire disparaître. Derek s’en servait, il n’y avait rien à en redire, c’était son sac à foutre en attendant la suite, une poupée gonflable avec une graine, that’s it.

Le campus de l’UCLA, avec ses 22 départements de recherche et plus de 5000 projets scientifiques financés pour un budget global frisant les 630 millions de dollars, n’avait pas la renommée de Berkeley mais son chancelier était un bon dude pas trop chiant. Il y faisait bon vivre et il était assez facile d’y prendre son pied sans trop se faire dynamiter les neurones à coups de « étudies et sois étudiant et ne vis pas. »

Derek et Mark ne partageaient pas les mêmes valeurs, ne fréquentaient pas le même monde, mais toujours est-il qu’ils respiraient le même air et que les choses n’allaient pas changer à moins d’un événement inattendu. Hypocritement, Derek baisait son co-chambreur, il lui laissait croire que, comme lui, il se plaisait sur le campus, qu’il voulait un jour que leur relation soit dévoilée au grand jour, sous le soleil ardent de la Californie, mais pas tout de suite, il lui prêtait son portable, son aftershave, lui souriait le matin, dormait parfois collé sur lui dans le même lit, mais il n’avait pas digéré la trahison de Mark lors de son arrivée sur le campus; il était surveillé depuis; à cause de la grande gueule de Mark Rosenberg, Derek s’était fait retirer une grande partie de sa came deux jours après l’arrivée du pogo juif dans SA chambre – une dizaine de fioles de kétamine et quelque chose comme un kilo de poudre vraiment bien cachés dans des incisions méticuleusement faites dans le matelas de son lit. Le temps suivait son cours, mais la blessure restait. Derek ne pouvait plus agir aussi librement. Une marque rouge sur sa fiche exemplaire… c’était inacceptable. Plus rien ne pouvait être comme avant depuis la délation. C’était dangereux de trafiquer. C’était l’enfer. Les agents de sécurité du campus n’allaient plus jamais en laisser passer une. Ça faisait vraiment réellement suer. Mark devait purger sa peine. Ça n’allait pas tarder.

*

À 22h, seul au monde un vendredi soir entre les quatre murs de son bunker d’étudiant en Droit, Derek Campbell profitait de la tranquillité habituellement impossible à effleurer pour un être comme lui, prisonnier d’une histoire dont il était le héros. Mark n’allait pas rentrer au bercail cette nuit. Une fiesta qui allait faire partie des moments mémorables de la décennie était en cours pour Thanksgiving sur le campus. Ce soir, Derek voulait fêter à sa façon, autrement, pas nécessairement seul, mais pas avec son pseudo-amant qui n’allait pas le lâcher d’une semelle s’il l’accompagnait pour faire comme si son assassinat ne lui pendait pas au bout du nez. Derek avait besoin de se sentir fort. Il avait la rage. Il n’allait certainement pas attendre que le jour se lève sans bouger, dormir, en oubliant ses besoins, c’était impossible.

Avant de s’évader dans la nuit, Derek s’est dégraissé sa trique monstrueuse en se regardant le faire devant sa webcam en mode miroir, le membre fièrement empoigné, bouillant, haletant comme le freak qu’il était, la main droite tellement serrée autour de sa bite que le Grand Canyon aurait pu lui venir les yeux qu’il n’aurait rien vu d’autre que son va-et-vient frénétique, Derek devenait un enfant, il se trouvait beau, puissant, il voulait jouer. En lâchant sa purée, une larme est descendue sur sa joue. Il avait mal. Rasoir dans l’urètre. Troisième ITS en six mois.

Ce soir, il allait sans aucun doute propager la bonne nouvelle, pour le meilleur et pour le pire, tant pis pour le reste. Derek n’en avait rien à foutre des conventions. Sa mère allait être fière de lui.

継続するには。

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Comments
3 Responses to “Rocambolesques en résidence – Épisode II: Derek Campbell”
  1. Anne Archet dit :

    La jeunesse est vraiment dépravée de nos jours. Ça leur prendrait une bonne guerre, tiens.

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