Rocambolesques en résidence – Épisode 4: Mark Rosenberg

rocambolesques image

Où l’on apprend, grâce à Mark Rosenberg, que toute bonne chose n’est pas bonne à consommer et que la Californie regorge de chiens.

信じられない !

Le principal problème de Mark Rosenberg était grave et peu commun. Aucun langage ne pouvait le nommer, aucun lendemain de baise n’était en mesure de l’accoter en matière de gommage; il était tout simplement impossible, pour Mark, d’arriver à concrètement identifier son bobo puisqu’il en ignorait tout, de la source aux manifestations concrètes, en passant par les tics. Le principal problème de Derek, son co-chambreur, le même que quiconque ayant échangé une poignée de main ou mangé une soupe les yeux dans les yeux avec Mark, se situait, justement, dans cette incapacité de nommer adéquatement LA chose puisqu’elle était évidente.

C’était clair comme de l’eau de plotte; c’était un truisme; Mark Rosenberg compulsait sur l’empaillement parce que ses parents, désormais célèbres, avaient révolutionné le monde de l’embaumement. N’importe qui aurait pu l’admettre. Selon le commun des mortels du campus, Mark Rosenberg était un con aussi facilement rembourrable que ce qu’il rêvait d’immortaliser en le croque-mourant de sperme ou en le remplissant de paille. Pour lui, fourrer ou éviscérer un hibou pour, ensuite, lui donner la vie éternelle en le faisant trôner entre d’autres hiboux ou des écureuils sur des étagères dans sa chambre, relevait du même domaine; c’était prendre son pied; ça provoquait une décharge.

Depuis son arrivée sur la planète terre, Mark était un enfant. Il avait des freckles, aimait jouer, risquer, et attenter à la pudeur. En décorant sa partie de chambre de dégueulasseries sauvages enrobées de fourrure – choses qui lui étaient souvent livrées préalablement tuées, en personne, par ses riches parents établis dans le Maine et adeptes de la chasse –, il savait pertinemment qu’il faisait chier Derek, mais il s’en délectait; pour lui, le mauvais goût, les odeurs sales et le non-politiquement beau étaient des chevaux de bataille.

Habiter avec Derek Campbell représentait une joute politique et esthétique perpétuelle pour Mark, rien de moins; c’était un incessant combat, dans son imaginaire à lui, Mark Rosenberg, la plus vulgaire des salopes avaleuses 100% juive du campus, et Derek, le 100% Américain aux accents pas juifs pour deux cennes, qui osait sacrifier une dinde plutôt qu’un agneau pour Thanksgiving… mais son co-chambreur ne se doutait pas de ça.

La beauté nullement volontaire de Mark était naturelle. Il ne passait pas son temps à s’entretenir les abdominaux et le contour des yeux à l’aide de mixtures toujours plus douteuses les unes que les autres comme le sublime Derek, son amant de lendemain de speed (c’est comme ça qu’il l’appelait).

D’ailleurs, il n’était pas dans sa chambre à l’arrivée de Mark qui, une envie hurlante de se faire labourer le prenant dans le ventre, s’inventait des scénarios de gang bang enragé et de fissure anale éternelle provoquée par une pénétration diamétralement opposée à son étroitesse de cul malgré tout ce qui s’y était passé, déjà. Mark Rosenberg aurait été prêt à n’importe quoi pour se faire défoncer, quitte à en perdre tout ce qu’il lui restait de dignité; n’importe quelle bite aurait fait l’affaire; dilaté comme une vache qui vient d’accoucher à cause des restes de poppers absorbés la veille qui lui montaient au cerveau, Mark n’allait pas faire la fine bouche. Mais qui? Qui d’autre que Derek osait toujours l’approcher sans gants de latex? Ici? Sur le campus de l’UCLA? La réponse était simple, pas enrobée, blessante, et très juste : crissement personne. Mais où pouvait bien se terrer Derek Campbell? Toujours absent quand on avait besoin de lui…

Après s’être dirigé nonchalamment vers son lit, Mark a regardé les huit paires de chaussures griffées de Derek, il a essayé de se dégraisser en pensant aux pieds de Derek enfilant celles en cuir, des Paco Rabane, mais rien n’a levé, pas même une apparence de pénis semi-dur, rien, le néant; ça relevait carrément du domaine de l’absurdité humaine.

Le ciel gris visible à travers la seule et unique fenêtre de la pièce ramenait toute la dégueulasserie mélancolique d’une matinée ratée entre les quatre murs de la chambre. Mark Rosenberg n’en revenait pas qu’il pleuve pratiquement tous les deux jours depuis deux semaines sur les palmiers de la Californie. Il s’ennuyait. Il était incapable de vivre pleinement son expérience unique, lui, le sélectionné, lui, ayant eu la possibilité de quitter le Maine pour venir s’installer ici et s’inscrire à la Faculté des arts et y être admis haut la main. Ses photographies, toujours explicites et viscérales, lui avaient bien valu quelques bon commentaires de ses maîtres et de ses pairs mais sans plus. Il était un raté. Et ce n’était pas en pâlissant sous les nuages pollués de la côte ouest que ça allait s’arranger, pas maintenant en tout cas.

S’il restait, ce n’était pas pour réussir, vraiment pas. Il n’en avait plus rien à foutre depuis sa rencontre avec Derek Campbell; ce qu’il voulait en faire surpassait le réel. Fier de ses parents qui, sans moyens et nés pour un petit pain, avaient réussi à se frayer un chemin jusqu’au sommet en matière de thanatologie et devenir, sans l’ombre d’un doute, LA référence internationale pour tout entreteneur de pompes funèbres, Mark Rosenberg voulait absolument empailler Derek. Pas nécessairement pour singer sur ses géniteurs mais pour vivre. Mais à quel prix?

Depuis plusieurs mois, Mark caressait ce désir. Chaque fois qu’il baisait avec Derek, il essayait d’enregistrer ses mimiques étranges mais sensuelles quand venait le moment de venir. C’était magnifique et grotesque. Toujours photogénique. Et Mark se promettait, à chaque fois, qu’il allait réussir à l’immortaliser de cette façon, son unique étoile, après le passage d’une colonie de dermestes[1] dans son crâne vidé. L’apparente stupidité de Mark représentait donc – et ce n’est pas peu dire – son arme la plus redoutable. Bien qu’il devienne complètement malléable et dépossédé de ses moyens lorsque Derek l’effleurait, Mark voulait en finir avec lui.

L’un et l’autre voulaient la peau de l’autre sans que l’autre le sache. C’était fair. C’était équitable. Derek ne pouvait plus sentir Mark parce qu’il l’avait trahi mais, de son côté, le Juif n’allait certainement pas se laisser charcuter en silence; il avait une œuvre à accomplir.

À midi, Derek Campbell n’était toujours pas rentré au bercail et la pression dans la tête et dans le sac à dèche de Mark Rosenberg devenait vraiment insupportable. En perte totale de repères, Mark s’est levé et, sa Lee-Enfield No. 5 Mk I[2] sur l’épaule, et il s’est dirigé vers la porte. Il y avait une épidémie de chiens sur le campus. Ça allait l’occuper en attendant l’autre.

継続するには。


[1] http://www.taxidermiechezeric.com/dermeste-nettoyage-crane-animal-colelctionneur/ (Note intéressante à consulter pour tout passionné de taxidermie.)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :