Queer & the Shitty. Saison II. Épisode II

latrique

Si tout vient à point à qui sait attendre, bien que ce soit un dicton sage qu’on a tous entendu au moins cent fois, parfois, attendre, ça fait chier. Qui n’a jamais été se branler en cachette dans les toilettes, au travail ou pendant une trop longue soirée avec du monde emmerdant, même si le timing ne le permettait pas? Qui pourrait prétendre avoir toujours su et pu attendre, envers et contre le temps, que le moment advienne sans grincer des dents contre ce qui n’advient jamais assez vite? L’homme est un animal de décharge… qu’on se le dise… et, même pour nous – on venait d’en entendre parler violemment par Nicky  –, c’était vrai, hélas; on n’échappait pas à la loi des barbelés du temps malgré notre tempérament blindé.

À 6h du matin, on s’était finalement décidé à sacrer nos prises de la nuit à la porte  – tous les deux en visite à Montréal mais en provenance de Laval, par le plus grand des hasards. La grosse fausse blonde aux jos gonflés à l’hélium (ramenée par les chicks) et le wannabe-yo sosie d’Eminem (repêché par Nicky Dean et moi) n’étaient pas méfiants pour deux cennes et super cochons; c’était le jackpot. Le baptême de notre nouvelle planque se passait presque trop bien, c’était hot, les murs suaient notre jus de fun, mais Ritz Carlton a décidé de nous stopper brusquement.

–           Ok, c’t’assez. Y faut pas qu’on soit lettes pour Bonnie tantôt… Y faut qu’on l’accueille comme du monde… pis on a du ménage à faire… Y va falloir qu’on s’reprenne…

Selon la Carlton, il fallait avorter dans le processus. C’était raide et sec; ça avait le mérite d’être clair. Personne ne savait pourquoi Ritz jouait au caporal. On ne pouvait pas lire dans ses pensées. Plus tard, on allait apprendre qu’elle voulait garder les portes de l’Écurie fermées pour qu’on soit plus enragés contre le Même quand on allait recommencer le vrai remplissage comme avant… mais là, elle faisait vraiment sa vache; c’était poche. Oui, Bonnie Frappier allait revenir; c’était un fait. On devait aller la ramasser à l’aéroport dans quelques heures mais en attendant, tout ce qu’on espérait, c’était jouir aussi fort et longtemps que possible, sans remords, en sauvages. Même s’il fallait cleaner le nouveau Quartier Général pour Bonnie, se mettre sur nos 36 et, surtout, ne pas oublier que la soirée allait être longue, on était ailleurs, la cervelle dopée par les hormones qui nous excitaient comme des freaks. On suçait. On se faisait branler. On donnait des claques une fois de temps en temps. Minette avait perpétuellement la bouche pleine. Ça sentait le Baloney saucé dans le caoutchouc. Nicky Dean rêvait d’une éjac’ faciale. On planait. C’était un berceau de sperme. Ça glissait de partout. Rien d’autre ne comptait.

–         Heille! Êtes-vous sourds sacrament?! (Ritz Carlton allait péter quelque chose si on continuait de s’en foutre. Mieux valait l’écouter.)

Minette Salinger a retiré son poing de la chatte inondée de la fille sur l’ecstasy en roulant les yeux vers le plafond, pas contente, et j’ai remis ma graine dans mes boxers avant d’enlever la paire de bas sales roulée en boule dans la bouche du gars pour qu’il ne réveille pas les voisins avec ses cris rauques. Et c’est là que Nicky Dean a sauté sa coche solide. On ne le croyait pas capable de lâcher la queue d’un gars deux minutes avant l’explosion mais on avait tort.

–         Crisse… t’es pas notre boss! C’est pas un Sushi Bar icitte… c’est quoi l’affaire?

Il nous a tous envoyés chier magistralement avant de claquer la porte de sa chambre. Nos deux sacs à dèche se sont rhabillés à la vitesse de la lumière et ils sont partis. L’ambiance était lourde, tout allait éclater, même la plante verte ne savait plus où se cacher, et Ritz Carlton avait la mine basse; elle n’en revenait pas de s’être fait cockslapper une bonne partie de la nuit pour en arriver à ça, juste ça : une engueulade à l’interne.

Il faut dire que Nicky avait en partie raison. Je comprenais sa frustration. Pour lui, il fallait aller jusqu’au bout. Je savais qu’il aurait été fier, tellement content, d’accueillir sa pulpeuse Frappier en lui présentant son trophée de chasse bien ligoté dans l’Écurie en attendant la suite. Chose certaine, le séminaire d’éducation sentimentale de Shirley McMurray auquel nous avait inscrit Minette allait servir à quelque chose; il n’y avait aucun doute… On en avait tous à apprendre là-dessus. On allait avoir notre première rencontre dans une semaine et, chose encore plus certaine, ca commençait vraiment à urger.

On avait quelque chose d’important à accomplir sur notre planète mais pour Dean, c’était comme si notre projet grandiose d’émulation des tous pareils avait pris le bord à cause du power trip de Ritz Carlton. Ça, Nicky Dean ne pouvait pas l’avaler; il fallait continuer l’éradication; c’était sa jeunesse hitlérienne à lui.

Pour nous sortir du gouffre, Minette Salinger a décidé qu’on allait continuer notre party calmement à trois. Il n’était pas question de rentrer dans le plancher ou de se transformer en momies sans sarcophages. Armée d’une bouteille de Brandy, des plus beaux verres du vaisselier et d’un tube de Tylenol, elle s’est assise les jambes écartées devant Ritz et moi. Ça allait nous aider à réfléchir à la suite des choses. Elle goûtait bon.

Ça nous a redonné de la mine dans le crayon.

*

À 16h18 pile, un avion s’est posé sur la piste sale de l’aéroport PET. Il était trop tard pour reculer. La folle allait nous englober dans quelques minutes. Même si personne ne se parlait, tout le monde se comprenait. Il n’y avait plus rien à espérer. Il n’y avait pas eu de crash. Elle était là.

Bonnie Frappier en avait eu plein la snatch de tout faire toute seule. Son empire tentaculaire mondialisé la jetlaguait rare. Entre Montréal, Pékin, Rio de Janeiro et Bangalore, entre autres, elle ne savait plus où se pitcher les ovaires. Partie pour Chongqing, parce qu’elle trouvait bien poétique que la ville se situe à l’entrée des Trois Gorges du Yangtsé, elle avait bien médité la question : elle avait besoin d’une assistante. Il lui fallait à la fois quelqu’une capable de dévorer crue une pouliche rose pleine de sparkles, à la fois quelqu’une capable de docilité. C’est dans les quartiers peu fréquentables de la ville côtière qu’elle tomba sur Tsi-ku Whore, une usurière salement vêtue de misère, qui serait bien en mesure de plier l’échine quand il le fallait pour avoir son morceau d’American Dream. 

Trois jours plus tard, Bonnie et Tsi-ku sautaient dans l’avion qui les ramènerait vers Montréal. Bonnie dans sa robe-tube de satin vert, le sourire aussi fendu qu’une shot de botox puisse le permettre, songeait aux seins bien fermes de Tsi-ku qui se dresseraient, plus tard, dans le froid de Montréal. Elle n’avait pas pris la peine de parler des grands froids à Tsi-ku, non sans envie que le frimas lui pogne dans le duvet, ce qui permettrait à Bonnie de se taper un Popsicle dans la limousine.

Bonnie avait profité de son séjour en Chine pour concocter trois nouvelles drogues qu’elle gardait dans des flacons de teinture-mère. Comme elle n’aimait pas particulièrement les avions, elle avait acquis un jet privé dans lequel elle se plaisait à trimballer de haut-dignitaires. Une fois le contenu dudit jet transformé en suppôts de Dionysos, elle en profitait pour filmer et s’assurer de toujours pouvoir faire chanter qui bon lui plaisait. Les gosses de dauphins avaient été particulièrement effectives pour cette dernière cuvée.

À côté de l’aéroport international de Singapour, l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau avait l’air d’un cul de vache pris dans un iceberg. Mais Bonnie n’en avait rien à cirer, elle pensait à son cher Nicky Dean, et mouillait déjà à l’idée de lui foutre la face dans sa craque de boules. Un mois qu’elle n’avait pas vu son beau-fils. Sa fibre maternelle était en manque.

Nicky Dean était fébrile, lui aussi. Dans un racoin de vieux premier ministre, il regardait frénétiquement l’affiche électronique des départs et arrivées. Sa belle-mère était la seule à pouvoir comprendre tous ses instants critiques.

C’est à ce moment que Bonnie, suivie d’une chinetoque à faire bander des impuissants, s’est pointée sur le même carrelage. Bonnie ne regardait personne, comme si son regard de méduse n’était pas digne de s’abaisser sur l’humanité. Et elle passait devant la troupe sans hésitation dans le claquement de ses talons aiguilles quand, soudainement, elle a éructé du fin fond de la gorge et stoppé.

Bonnie n’était pas dupe. Quiconque avait éjaculé dans sa bouche pouvait bien changer d’apparence, elle le reconnaîtrait à l’odeur. Elle a reculé de trois pas, nous a regardé droit dans les yeux, insoutenable de mépris — sauf envers Nicky — pour finalement dire :

— Bande de petits cons d’éjaculateurs précoces de seconde zone. Vous vous êtes fait prendre.

Elle le savait. Bonnie savait tout. Elle avait lu les manchettes. Qu’elle soit en Alaska ou au Gabon, sur le dos d’un morse pour lui voler ses défenses et les revendre à qui mieux-mieux ou dans le cratère d’un volcan en Indonésie, elle ne perdait rien de vue. Bonnie Frappier nous avait à l’œil; c’était la belle-mère de Nicky; c’était la peste; elle ne se lasserait jamais de nous traquer.

Mais la fête nous attendait. On allait pouvoir s’expliquer tous ensemble très longtemps, tout le temps, le temps d’une soirée, et après, demain, après-demain, après notre énième shooter de téquila,  jusqu’à la fin des étoiles, amen!

*

Deux bouteilles de 40 onces de vodka plus tard, les essieux de tout le monde baignaient dans l’huile. Tsi-Ku était charmante de méchanceté (ses boules jaunes sautaient dans nos faces), Bonnie roucoulait comme une perdrix, Ritz Carlton avait perdu sa face de carême, Minette frenchait allègrement un travesti, et on s’adonnait au jeu de « touche mon batte avec ton pied en d’sous la table sans que les autres s’en aperçoivent », Nicky Dean et moi, comme si rien ne s’était brisé dans le cœur à quatre têtes de notre gang de truands.

La piste de danse du Cabaret Mado brillait plus que les paillettes du nouveau kit made in Hong Kong arboré par une Bonnie Frappier plus en shape que Josée Lavigueur après le tournage d’un de ses prestigieux DVD. Ses lèvres bougeaient, elle n’arrêtait pas de les lécher, son gloss hurlait, sa huitième ligne de coke en deux heures la servait grave. Assis à notre table VIP, plus rien ne pouvait nous atteindre, même pas la quétainerie du mix dansant ultra-cheesy – sélectionné par Mado en personne – qui polluait l’air à coups de Martine St-Clair. Bonnie n’était soudainement plus en maudit parce qu’on s’était presque fait pogner par la police, mais elle tenait à nous donner des trucs. Dès demain, on allait être mieux éduqués.

–         Vous allez voir… Ma Tsi-Ku va vous déniaiser. C’est pas une novice, elle!

Même si elle ne voulait pas nous insulter, Bonnie venait de le faire. Nicky m’a regardé comme s’il y avait mort d’homme, défait, humilié; il a pris ça rough. Son pied m’a écrasé les gosses. Notre jeu était fini pour ce soir.

Sans dire bye à personne, mon frère de queue s’est levé. Il a donné un coup de poing sur la table, s’est retourné – je voyais ses épaules trembler tellement il rageait par en-dedans – et il s’est dirigé vers la sortie. Deux fois plutôt qu’une en une journée, on l’avait infantilisé… et c’était trop. Quelqu’un, quelque part dans sa trajectoire, allait en payer les frais.

*

À SUIVRE.

SAISON II. ÉPISODE III : mars 2013.

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Comments
One Response to “Queer & the Shitty. Saison II. Épisode II”
  1. SS Latrique dit :

    Photo : Rita-Adèle Beaulieu
    http://barphotos.blogspot.com/

    Collabo : Bonnie Frappier (MCLC) — partie en italique dans l’article

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