Rocambolesques en résidence – Épisode 5: Britanny Cockette

rocambolesques

(Une nouvelle tête – et pas n’importe laquelle – se joint au tandem peu fréquentable Archet-Latrique sur le campus de l’UCLA. C’est Britanny Cockette, la gagnante du concours lancé par SS Latrique lors des célébrations du dixième anniversaire de Lubricités, l’exquis blogue d’Anne Archet[1].

Le texte de Britanny est ici : http://archet.net/2013/01/18-mars-1993/

Sur ce, welcome sur le campus, Britanny!

Et noune lecture…)

—————————————————————————————————————————————————-

Où l’on rencontre quelqu’un qui aurait préféré ne jamais être rencontré et qui regrette amèrement d’être apparu sous nos yeux.

信じられない !

Britanny Cockette avait toujours trouvé que l’existence était overratée. Pas qu’elle aurait voulu mourir, juste exister le moins possible : disparaître. Et c’est ce qu’elle s’efforçait de faire chaque jour. Elle avait transformé sa chambre en chambre noire pour se couper de l’éclairage trop franc du monde révélé par le jour.

Elle se déplaçait sur le campus en longeant les murs. Ses cheveux toujours gras flattaient sa taille anorexique. Elle se dévorait de l’intérieur pour éteindre toute passion qui aurait donné un sens à cette existence méprisable qui était la sienne, son fardeau quotidien d’être. Elle observait de loin les autres étudiants, pris dans la fulgurance de leur besoin de vivre l’exaltation de leur adolescence tardive, derrière la lentille de sa caméra. Elle les fixait dans un cercueil photographique, qu’ils s’arrêtent de vivre, noyés sous la pellicule. Elle les tuait tous, chaque jour, comme si son appareil était une arme tenue par un tireur fou, un petit massacre de temps qui ne passe plus. Mais elle s’appliquait à la tâche avec une indifférence divine plutôt qu’avec la pulsion dévorante d’une rage trop humaine.

Ce jour-là, Britanny fit preuve de distraction en sortant de son cours d’archéologie de la mort dans l’art contemporain. M. Young traitait souvent de l’érotisme et de la mort. Enfermée dans sa virginité et son dégoût de l’autre, Britanny avait soudainement réalisé qu’elle ne pouvait atteindre ce triomphe d’être, vivante, un petit peu plus que morte, sans se déverser de la vie dans cette violente jouissance du sexe. Elle désira que le monde, l’instant d’une seconde, que le monde éjacule et s’éteigne enfin en elle. Cette seconde fût fatale, car Mark, ne la voyant pas, l’accrocha si brutalement qu’elle fût projetée contre le mur de la classe. Le bruit de la collision et le sang sur sa tempe attirèrent l’attention de ses collègues de classe : en un tout petit moment de distraction, elle était devenue visible aux yeux de tous, cible d’une rigolade généralisée.

Elle ramassa ses livres, sa caméra et pris ses jambes à son cou jusqu’à sa chambre et s’enferma dans sa garde-robe avec Roubaud, son lapin nain. Elle le flatta longtemps, sanglotant et tremblant de tout son corps étrangement plus opaque et plus lourd tout à coup.

Elle avait toujours cru que sa chambre était sans odeur. Elle s’appliquait à ne laver les choses qu’avec de l’eau ou des savons sans odeur. Elle chercha le frais parfum du vide dans lequel elle désirait tant s’absoudre, mais ne trouva que du renfermé et les senteurs fétides de son haleine haletante et de sa sueur. Tout son corps se rebellait contre elle à cause de cet abject gros imbécile de Mark Rosenberg qui s’asseyait à quelques sièges d’elle dans le cours de M. Young.

Britanny n’avait plus qu’un espoir. Elle se jeta sous la douche avec l’intention de s’arracher de sa propre peau.

継続するには。

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :