Chix Fight XXXtreme (lu par Dr. Triton lors de la soirée Gang de Truands)

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Après s’être concertée, l’équipe de Gang de Truands a décidé de publier l’entièreté des textes lus lors de sa soirée éponyme – le 12 mars 2013 au Café Chaos –  sur Terreur Terreur. Le Mercenaire ayant donné le feu vert, l’embuscade sera donc tendue au détriment des bonnes mœurs. Et du coup M. Gregor et Docteur Triton en profiteront pour faire leur comeback en ces lieux de déchéance prosodique, bien entendu… Mais surtout, cette initiative permettra aux Truands non-terroristes de se commettre chez nous; que ce soit sous la plume du désopilant Sébastien Chabot, par le retour de l’ex-académicien Antoine Lussier ou, encore, par la présence du percutant Raymond Bock. Vous pourrez aussi lire Sémillant, qui donna le coup d’amorce à la soirée, mais puisqu’il écrit lui-même ces lignes il contiendra ses éloges. Bonne lecture.

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« Bienvenue! Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, à un autre match de Chix Fight XXXtreme! Ce soir, nos fabuleuses pugilistes sont… »

Roulement de tambour cheezy, les spots se braquent sur l’animateur, Jonnhy Nitro, ainsi que sur deux amazones, harnachées de strap-ons et affublées de muselières, qui se font face dans l’arène grillagée. L’hôte de la soirée, aussi à l’aise en smoking qu’un chat dans un sac en plastique, sue à grosses gouttes, un sourire de vendeur de chars usagés sur le faciès et un micro sans fil à la main.

« Dans le coin droit, directement de la Russie, moulée dans un suit de latex noir, la jeune Katja Blastemoff, dont c’est la première présence à vie! Vous comprendrez à son regard carnassier qu’elle n’entend pas à rire… »

La foule est survoltée. Encouragements, insultes, remarques vicieuses et propositions indécentes fusent de toutes parts. Nitro, aussi frosté qu’un hippie à Woodstock, renifle bruyamment pour faire passer un motton englué à ses muqueuses, avant de reprendre le micro.

« Dans le coin gauche, vous la connaissez bien; l’indomptable, l’envoûtante panthère noire : Voodoo Queen! L’ex-championne, qui demeure la favorite de bien des fans, tente de regagner son titre cette saison et s’en tire plutôt bien à en juger par ses cinq victoires consécutives… »

Brouhaha, applaudissements, jeux de lumières, musique tonitruante.

« Juste avant que le carnage commence, je vous rappelle brièvement les règles de Chix Fight XXXtreme. Premièrement : tous les coups sont permis. D’ailleurs, les lutteuses ont reçu une arme dont elles pourront se servir dès qu’elles auront les mains libres. Deuxièmement : les spectateurs ne doivent en aucun cas interférer avec le match. Troisièmement : la gagnante sera celle qui réussira à soumettre son adversaire et à la pénétrer avec son gode-ceinture. Finalement, permettez-moi de remercier chaleureusement nos commanditaires : les sex-toys sont une gracieuseté de Latex Love, les costumes sont signés Christor Dian et nos combattantes, si elles survivent, profiteront d’un séjour toutes dépenses payées à la clinique du Docteur Triton qui les prendra en charge le temps de leur convalescence. Sur ce, je vous souhaite un excellent spectacle et, aux filles, je dis : soyez sans pitié car je le serais à votre place! Bon match! »

Jonnhy Nitro fait une courbette sous les applaudissements énergiques de l’assistance. Ses cheveux sont si grassement beurrés de gel qu’ils ne bougent pas d’un millimètre. Sa steppette finie, il se retire, tandis que la porte de la cage se referme automatiquement derrière. Les entraves pneumatiques que les lutteuses portent aux chevilles et aux poignets s’ouvrent, l’attirail clinquant tombe au sol avec fracas.

Simultanément, les deux gladiatrices s’emparent de leur arme. Pour Katja, il s’agit d’un poignard effilé qu’elle retire agilement d’une gaine à sa cuisse. Voodoo Queen empoigne comme une massue le fémur humain qui était passé à sa ceinture. Le mimétisme s’arrête là car, alors que Voodoo Queen se rapproche furtivement de sa vis-à-vis, celle-ci demeure immobile, stoïque, le regard fixe. La combattante noire porte autour du cou un collier de griffes qui tressaute insolemment sur sa poitrine nue à chacun de ses bonds. Soudain, elle s’élance avec un cri rageur que la muselière plaquée à sa bouche ne suffit même pas à étouffer complètement. Dans la salle, ses admirateurs jubilent.

Alors que le fémur s’apprête à s’abattre sur elle, Katja, qui n’a pas encore bougé un muscle, sort enfin de sa torpeur et esquive le coup au dernier instant. La massue de fortune heurte le plancher du ring au lieu de la chair tendre qu’elle escomptait broyer. Voodoo Queen s’en disloque presque une épaule tant le choc est violent. Katja profite de son déséquilibre pour lui envoyer un coup de pied en plein estomac, qui claque comme un coup de fouet, suivi immédiatement par un redoutable coup de boule que l’ex-championne se prend en plein dans le nez, sûrement cassé. La grande Africaine va s’écrouler au pied du grillage.

Dans les gradins, le public, mécontent de voir sa favorite se faire maltraiter ainsi, commence à manifester bruyamment son indignation. Des canettes vides et divers autres projectiles se mettent à pleuvoir sur la cage.

Suffoquée, aveuglée par ses propres larmes, avec la tête qui tourne comme une laveuse à spin, Voodoo Queen, genou à terre, a perdu pas mal de sa superbe. Elle se remet péniblement sur pied, utilisant son gourdin comme canne. Son image retransmise sur les écrans géants fait pitié; du sang ruisselle de sa muselière sur son cou, sa poitrine, son nombril. Sa respiration sifflante confirme l’hypothèse du nez brisé. Katja, contre toute attente, ne profite pas de sa faiblesse pour lui porter le coup de grâce; au contraire, elle recule pour lui signifier qu’elle n’a pas l’intention de l’attaquer et reprend sa posture de statue de sel. Le public, guère habitué à cet étalage de compassion et d’honneur guerrier, réclame sa dose de meurtre. Mais tout indique dans l’attitude de la mystérieuse Katja qu’elle n’est pas là pour amuser la foule.

Voodoo Queen, à nouveau calée sur ses jambes, secoue ses tresses pour dissiper les traces de vertige qui embrument sa tête. Son orgueil titanesque hurle vengeance. L’ancienne championne se met à onduler du bassin, imitant le célèbre hip shake d’Elvis, en pointant son godemiché en direction de Katja. Le contraste entre la couleur rose saumon du dildo et sa peau sombre est très obscène. La Russe demeure imperturbable face à cette provocation. Le public éructe, se met à clamer :

« Dans l’cul! Dans l’cul! Dans l’cul! »

Voodoo Queen, yeux révulsés et buste incliné vers l’arrière, fait mine d’entrer en transe. Ses bras ondulent comme des serpents, des secousses parcourent ses jambes puissantes. Le public raffole de ces simagrées et le lui signifie par un tonnerre d’applaudissements.

Interrompant sa danse de Saint-Guy, la lutteuse Africaine, espérant profiter d’un effet de surprise pour blesser et ensuite baiser son adversaire, lui lance sa massue de toutes ses forces. Katja, dans une gracieuse économie de mouvements, esquisse deux pas de côté, ce qui suffit à sortir de la trajectoire du projectile. Au moment précis où elle lance son arme, Voodo Queen s’élance vers Katja… qui pare cette nouvelle agression aussi facilement que les précédentes.

C’est ainsi que, pendant plus de vingt minutes, se déroule une étrange corrida : Katja, insaisissable, se soustrait sans mal aux multiples attaques de son ennemie comme un toréador narguant le taureau dans l’arène. Quand l’épuisement de son adversaire devient apparent, Katja, lassée, se décide à mettre fin au jeu du chat et de la souris. Alors que la reine vaudou charge une fois de plus tête baissée dans sa direction, la lutteuse russe la terrasse en plein élan par un redoutable coup de la corde à linge. Voodoo Queen tombe à la renverse, dans sa plus belle imitation d’une étoile.

L’issue du match ne fait plus de doute. Le public émoustillé se découvre un engouement soudain pour Katja Blastemoff, perceptible en termes de décibels car on entend scander son nom, dans les premières rangées d’abord, puis à l’unisson.

La combattante russe, altière, pose le talon de sa botte sur la purée de nez de son ennemie et le piétine comme un mégot qu’on éteint sur le trottoir. Pendant ce temps, elle jongle d’une seule main avec sa dague. À la surprise générale, elle possède en fin de compte un sens certain de la mise en scène, ce qu’elle prouve en faisant exprès d’échapper d’un geste théâtral l’arme avec laquelle elle s’amusait. La lame scintillante vient se planter pile entre les cuisses entrouvertes de la black. Quelques centimètres plus bas et son appareil reproducteur se trouvait salement endommagé.

Nouvelle ovation extatique. Contente de son effet, la favorite récupère sa dague et s’en sert pour trancher le pénis factice que l’autre avait utilisé plus tôt pour la menacer.

Puis, alors que la foule est à deux doigts de tacher ses culottes de bonheur, l’impensable se produit : retournant son arme contre elle, Katja se castre à son tour. Cet affront sans précédent prive les spectateurs du viol qu’ils réclament à grands cris, témoins malgré eux du premier match nul de l’histoire de ce sport!

Frustré par cet inqualifiable coït interrompu, le public outragé sombre dans la fureur la plus noire.

Des bancs sont arrachés, des têtes fracassés, des os fracturés, des yeux crevés, des vitres éclatées, des chars incendiés dans le stationnement. Des hordes d’enragés prennent d’assaut le ring, tentant de se faufiler par les ouvertures du grillage. Des gardiens se fraient à coups de matraque un chemin parmi eux, neutralisent Katja à l’aide de fléchettes paralysantes et la traînent en coulisses avant qu’elle ne soit mise en lambeaux par les insurgés.

La sécurité du stade, débordée, fait appel à l’escouade anti-émeute. Johnny Nitro, sous escorte policière, est évacué par le toit, en hélico. On interrompt la diffusion du match pour passer des reprises d’une série policière qui a fait un flop la saison passée. Le commanditaire Latex Love poursuit les producteurs de l’émission, les accusant d’avoir laissé un participant subversif ternir la réputation de leur marque de commerce. La chaîne télévisée FTW décide de ne pas signer le contrat pour le renouvellement de l’émission la saison prochaine.

Katja Blastemoff est bannie de la ligue pour non-respect du règlement et privée des soins de la clinique du Docteur Triton. Elle est ensuite livrée pieds et poings liés aux services de renseignement, qui lui font subir un interrogatoire musclé, dans une base secrète, afin d’établir les motifs de son geste et son éventuelle appartenance à une organisation terroriste internationale.

Elle n’a jamais refait surface depuis.

Selon les sources officielles, elle aurait été déportée en Russie.

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