Comment tuer une alouette (Lu par Antoine Lussier lors de la soirée Gang de Truands)

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Après s’être concertée, l’équipe de Gang de Truands a décidé de publier l’entièreté des textes lus lors de sa soirée éponyme – le 12 mars 2013 au Café Chaos –  sur Terreur Terreur. Le Mercenaire ayant donné le feu vert, l’embuscade sera donc tendue au détriment des bonnes mœurs. Et du coup M. Gregor et Docteur Triton en profiteront pour faire leur comeback en ces lieux de déchéance prosodique, bien entendu… Mais surtout, cette initiative permettra aux Truands non-terroristes de se commettre chez nous; que ce soit sous la plume du désopilant Sébastien Chabot, par le retour de l’ex-académicien Antoine Lussier ou, encore, par la présence du percutant Raymond Bock. Vous pourrez aussi lire Sémillant, qui donna le coup d’amorce à la soirée, mais puisqu’il écrit lui-même ces lignes il contiendra ses éloges. Bonne lecture.

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Je, tu, nous.
Comme le jour de ta naissance.
Comme chaque jour de ton existence.
Mais,
Aujourd’hui, c’est la fin,
De rien, de tout, la fin de nos moyens.
Et de ce qui nous a rendus fous.
Mes mots, pour te faire mal.
Ma main qui .. L’air de rien, massacre avec la bouche ce qui restait de nous, ce qui restait de toi, ce qui restait de moi.
Nous n’étions qu’une genèse dans l’histoire du monde, de nos vies
Nous n’étions rien de plus qu’un cerne bien défini sous l’œil de la poésie romantique.
Une vie plaignarde et insipide. Mais nous ne sommes plus.

Je t’ai déchiré des oiseaux qui flottent, tu bats des ailes en deux parties.
Alouette en colère.
Tu aurais beau t’obstiner pendant vingt ans, ce qui est fait est fait.
La bombe que je suis t’aura fait éclaboussé sur les murs des passions.

Je me suis toujours demandé de quoi aurait l’air un cadavre, s’il exploserait sur une surface plane, blanche. Quelle oeuvre d’art ça donnerait. Si on s’apparentait plus à Pollock, ou à Riopel. Mais, à présent, rien de tout cela n’a vraiment d’importance.

Je me rappelle, le temps passé, nous étions Barcelone. Barcelone dans sa grandeur minable, dans ses rapports humains, comme toutes les autres villes finalement, mais. Barcelone porte un nom, et une histoire. Nous portions un nom, et une histoire. Bien sûr, on s’en est défait bien assez tôt. On a goûté à autre chose, et ça a donné un paquet de sympathie pour des amours désincarnés, des catharsis de je t’aime, et des pluies de mensonges. Aujourd’hui, on a l’air d’un fond de campagne. D’un Sorel sur le bord de la trente. Rien de plus, rien de moins. Accordons à César ce qui revient à César. On a été, nous sommes encore. À des stades différents.

Probablement que pendant que je suis à moitié saoul, tu es jalouse. Jalouse du temps où j’étais saoul de toi, mais que je ne suis plus. Des vagues éternités qui nous forgeait, il ne reste que le tsunami qui l’a rasé. Tu es seule maintenant, et moi je cours. Je marche. Et je cours. Tu fais du sur-place, mais moi, je cours après le temps, et ça ne me fatigue pas. Peut-être tantôt, peut-être plus tard, mais pas là. Tu clochais à ma vie, deux bras zombies qui s’accrochent à mes pieds. Fini, le temps où tu me ralentissais, aujourd’hui, c’est moi qui te regarde suppliante, un peu comme n’importe quoi, pleurer comme une madeleine.
Une piéta.

On pourrait évoquer les souvenirs des temps anciens, si tu veux. Ça ferait passer le temps, ça nous rendrait nostalgiques. Peut-être qu’après on baiserait sur le divan, je dirais quelque chose qui te frustrerait, et tu repartirais en enfilant ton chandail dans l’entrée. Ça avait l’air de ça, quand on essayait de se remettre à s’aimer, à vouloir faire l’amour. Mais on est meilleur à la guerre dans le lit, qu’à l’amour avec des fusils, n’est-ce pas ?
Combattre dans des tranchées, ça rend notre vie beaucoup plus excitante que de vomir des beaux mots dans l’oreille de l’autre, non ? Je te vois venir de loin, avec tes supplications ridicules. Juste une autre nuit, une dernière fois. Un dernier baiser, une dernière preuve d’amour. SUFFIT !

Amour, c’est désuet. On est dans un siècle de barbarie. De truands. Plus on est truands, plus on est aimé. Plus on est aimé, plus on est bon. Plus on est bon, plus les gens nous veulent, et, évidemment … plus les gens nous veulent, plus il y a de variété. Tu crois vraiment qu’à être un gros trou de cul je vais voir plus de biomes que si j’étais un poète de mot bien placé ? Faire le plus de métaphores en une phrase ou toucher le plus de boules en une semaine, c’est le même combat.

Il fut un temps où je m’en approchais, de cette notion de truand ; j’étais dealer de mots. J’offrais à ceux qui n’en avaient pas la possibilité de créer avec mes mots, de donner vie à leurs omniprésences, de leur donner raison d’être. Toutefois, semble-t’il que le métier ne m’était pas destiné, ou du moins, pas pour le moment. Parce que tu es arrivé.

Je reste encore accroché à me demander si ça donnerait plus un Pollock ou un Riopel. Tu pourrais me dire que les deux ne sont pas du tout dans le même style. Tu n’aurais pas nécessairement tort. Mais, faut s’y connaître un peu. Le gros colon que je côtoyai tous les jours au travail, il te répondrait que c’est simplement le même christie de garrochage de peinture sur une toile. Un beau commentaire riche en prose, tu confirmeras ? Je sais que tu t’en crisses. Mais t’aurais pu faire un effort.

Des efforts. Combien de fois tu m’as dit que ça serait bien que je fasse des efforts, pour toi, pour moi, pour nous deux ? De la manière que je te le présente, on dirait que tout le tord est sur toi. En fait, ma phrase et ma logique ne laissent pas de place à  » on dirait  » . C’est exactement cela.

Mais là, c’est actuellement moi, qui tiens le gros bout du bâton. Je t’ai coupé les ailes, ange bellâtre. Tu ne peux même plus voler. Tu te réfugies dans tes songes, pensant bien que notre amour durera quatre temps, et que ce n’est que le troisième. Mais ce serait idiot de le penser. Si on y met pas fin ce soir, on écopera pour un amour de mille temps, mille pauses. Pouvons-nous nous le permettre ? Avons-nous assez de nos neuf vies pour passer au travers de nous ?

On va finir fatigué, à force de se raconter des conneries. On va se fatiguer à faire l’amour chaque jour, à être tout le temps ensemble, à se raconter nos journées, la petite routine, le train-train quotidien des belles histoires des pays d’en haut. J’aspire à plus d’action. J’aspire à devenir autre. À abattre le présent, le futur, le passé, et créer ma propre notion. Celle qui n’existe pas encore. Celle où on peut devenir continuellement, sans jamais être pris dans le carcan sociétaire, ou ton carcan à toi. Devenir le bad ass que je veux, si je le veux. Un truand de hauts étages, je pourrais regarder le monde sans avoir le vertige de la chute. Comment on peut tomber quand on est sur le sol plat, en pleine hauteur.

Vague ironie, je devine que les nuages n’ont rien de plat, de rigide. C’est encore moi qui fabule dans ma tête d’enfant qui veut devenir trop vite un adulte. J’ai rien à envier au petit bum qui vend du weed dans les parcs, moi. Ça fait toujours plus beau sur un CV vendeur de mots que vendeur de weed. Pis en plus, tu sais, ça les intrigue, les vendeurs de mots. Ils ont jamais idées de quoi ça l’air. Ça passe d’un gros bedonnant sale à une petite jeune trop liftée qui pourrait être secrétaire cochonne sur Wicked.

J’aspire à être vendeur de mots professionnel, ma belle. C’est charmy-charmy. Ça fait rêver bien des gens, mais moi, je prends les devants, belle créature qui n’est plus mienne. J’abandonne ce que j’avais avant, donc toi, je me débarrasse de tout, ainsi, je peux être sûr et certain que jamais plus tu ne viendras me chercher.

C’est toujours bon pour l’image de truands, d’avoir un passé qui fait frémir les oreilles, ou qui impressionne les autres hommes. Tu imagines Dillinger, Capone, Nelson, Kelly, sans ce qui fit leur renommée ? Tu imagines Bond sans ses Hardcorettes ou ses Verrats ? Voilà donc.

Tu vas m’en vouloir, mais j’arrête officiellement tout ici. Regarde-moi, une dernière fois dans les yeux. Ça va faire mal, un peu au début, mais la douleur va s’estomper, tu vas flotter, tu vas être libre, belle demoiselle. Tu m’auras plus dans les jambes, je t’aurai plus dans les jambes, et tu vas pouvoir enfin voler de tes propres ailes.

Ma poésie est en fuite, je dois la rattraper, et je ne t’amène pas avec moi.
Double déclic, en plus de te couper les ailes, je te perce la tête.
Et, question existentielle résolue, une tête explosée sur un mur blanc plat ressemble beaucoup plus à du Pollock que du Riopelle.
Malgré les textures.

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