La neuvaine de Sémillant

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1 – Employer les services du Mercenaire

« Vendre du papier vous dites? C’est tout? Mais alors! Qu’en est-il de ce transcendant match de tennis entre la ligne éditoriale et l’écrivailleur torturé… lorsque ce dernier se dépasse dans la crainte dialectique de ne passer la borne de l’appel de texte?

Et le peer review? le comité de lecture? la peur d’être rejeté malgré le copinage pistonné et les contacts glanés dans les 5 à 7, gin & tonic, string de dentelles rose ? »

Et lui de me répondre… « En 2013? un peer review? à Montréal? Tu rêves man… Tu rêves en fucking technicolor! »

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2 – Une entrevue avec Alexie Morin à Radio-Canada.

Questions de routine. Évangélisme littéraire – mais style bon goût – de la part de l’intervieweuse… Et surtout un tract calfeutré dans la voix d’Alexie… « Ah oui Alexie! Vous venez d’une famille d’ouvriers? » « Ah oui Alexie! Il y avait du Heidegger chez mère-grand? »

Puis finalement, la vraie, la tuante, la tueuse question qui pose le doute dans le sens de la réponse à venir – car il faut bien parler du livre! de l’histoire! du degré zéro de sa fiction! de l’émergence génésique de sa narrativité! Mais oui, vous savez bien… Le beau, le fameux  « qu’est-ce qui se passe? » dans cet inatteignable livre de poésie pour le commun des mortels qui nous écoute, là, sur nos ondes, chez eux, en ce moment, et qui n’ont rien demandé?

Puis Alexie de répondre :

« Bin, c’est un couple d’adolescents qui fuient le toxique »

« Vraiment? Le poison? Le nuisible? L’anxiolytique? Les toxines? La pollution? Mais qu’est-ce que cela veut dire que fuir le toxique »

Et Alexie de ne pas savoir répondre, de savamment tourner autour du pot, de glisser sur le sujet, de se donner elle-même, nue, à une intellectualisation, un impromptu sur ce que le toxique veut dire pour elle. Mais au fond, crûment, elle ne sait pas comment dire.

Elle a écrit Chien de Fusil exactement pour comprendre le toxique… Pour disséquer la question et rendre tangible l’indicible évidence qu’était pour elle le toxique.

C’est la première clef. Il faut commencer par là et ne pas sauter d’étapes. Si vous la croisez, ne la brusquez pas… Ne lui imposez pas de vous entretenir du toxique autour d’une Boréale rousse chez Ed Hardcore – déguisé en nonne pour l’occasion ou pas. Elle a eu le génie de vous écrire un grand beau livre pour vous dire le toxique. Si elle avait su répondre à la question par une croustillante boutade, elle n’en n’aurait pas fait de la poésie.

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3 – Parler de multiculturalisme avec un ami.

En bon progressiste il est nécessairement pour la diversification, la richesse de l’hétérogène et la rencontre salvatrice des altérités. Il croit spontanément que plus une culture lui est étrangère et exotique, plus elle est synonyme de valeur, d’importance et d’échange. Mais en revanche, sociologiquement, il renâcle systématiquement à l’idée d’user de la religion, de la race, de la culture ou de la langue d’une communauté – ou même d’un individu – en vue d’expliquer l’avènement d’un quelconque phénomène politique actuel. Et sous prétexte d’amalgamer, de généraliser ou de stéréotyper une certaine caste de gens, il insiste pour ne pas considérer ces données comme des facteurs explicatifs de certains comportements ou avènements sociaux. La valeur dont il faisait l’éloge au début de la conversation semble soudainement ne rien valoir une fois appliquée à une réflexion géopolitique.  Bref à cause de ce paradoxe qui parait superficiel mais qui sous-tend une contradiction inextricable, je ne parle plus de multiculturalisme avec cet ami. Mais on a tous un ami comme ça, non? Et on finit par lui pardonner…

4 – Lire Playboy pour les articles.

C’est cliché en criss, mais je m’y suis adonné. Et pour cause : une entrevue inédite du Dr. Thompson où il nous parle de son désir de droguer Nixon au LSD.

J’en profite quand même pour regarder le photoshoot de la tout-nue-du-mois. Un fou dans une poche, tsé…

5 –Mon héritage judéo-chrétien: le masochisme.

Masochiste comme dans downloader le dernier opus des Strokes et d’avoir les mêmes attentes qu’en 2002. How pathétique is that, mister hipster?

6- Nick Cave et le conclave.

Sur Facebook, on s’étonne amèrement que le nouveau pape soit vieux. En fait on s’étonne plus de son statut gérontologique que de son background jésuite.

Faut croire que l’église catholique est même réfractaire à la dictature de la jeunesse qui semble nous coller à l’idéologie depuis Mai 68. N’y a-t-il donc pas eu une époque non lointaine où la vieillesse était synonyme d’expérience et de sagesse? Il me sembla alors que cette époque fut derrière nous, dépassée.

Puis finalement le nouveau Nick Cave arrive, et tout le monde s’étonne qu’il soit encore si jeune après toutes ces années. Comme un fossile qui n’aurait pas pris une ride. Et je rechante Dylan rassuré de me sentir comme un vieillard de 27 ans. Ah, but I was so much older then / I’m younger than that now. Un jour peut-être que je deviendrai jeune!

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7- Lire des revues chez la coiffeuse.

Tandis que Liberté traite du résiduel subversif qui reste de la contre-culture nationale et des enjeux de sa potentielle disparition – ou des modalités de son renouveau! – à l’heure des indigènes numériques et des Y paumés et inquiets par la situation économique précaire actuelle… Urbania fait un numéro sur les roux? Hey bin! L’évidence est que la pertinence reste la chose la moins bien partagée au Québec.

« Court sur le dessus mais rasé à 2 sur les côtés s’il vous-plait. »

 

8- Écrire tout croche.

Mon écriture empressée souffre tant de calligraphie boiteuse qu’elle frôle de temps à autre l’illisibilité.

« Tu as écrit publier ou oublier? » demande-t-elle, en plissant le regard.

Et le destin de l’écrivain qui tient peut-être sur ce fil ténu : une barre latérale qui distingue en funambule le p du o.

« Catholique ou Cathodique? »

Je rêve vraiment en technicolor…

9- Le Devenir-oligophrène.

« J’ai tendance à mélanger les faits et à confondre les choses, mais c’est sans rapport direct… il me semble… »

… à moins que…

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Comments
One Response to “La neuvaine de Sémillant”
  1. Chris Seroquel dit :

    un vrai peer review, qui ferait autre que publier des copains ? Pourquoi pas.
    si vous êtes capable de mettre les saints avants les seins, tout est possible, non ?

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