La fois où Lora Zepam est partie au vent

Lora-Zepam-Part-au-Vent

1. La trop longue introduction où je t’étourdis de digressions tourbillonnantes en me rendant compte que j’essaie un peu de faire mon François Blais.

(François Blais, c’est un auteur qu’on aime beaucoup, Lora Zepam et moi. Il nous a envoyé des copies de son dernier livre, La classe de madame Valérie, avant tout le monde. Il y en avait une pour Vickie dans la boîte, aussi. C’était notre fête en ossetie. Moi je l’ai fini, et Sophy avance dedans. Je vais te reparler de François Blais, un manné. (« Un manné », ça veut dire « un moment donné ». Écoute comme il faut, tu vas tout comprendre. Je vais t’aider. Je vais t’expliquer à mesure. En passant, je ne suis pas habitué à te tutoyer, ami lecteur. Je vais me forcer. Je veux qu’on soit à l’aise toi et moi. J’en ai long à te raconter.))

Je vais bloguer comme en 2004, je vais bloguer comme Lora Zepam, je vais raconter mon après-midi au centre-ville avec Lora Zepam le 29 avril 2013, la journée où on devait chacun remplir une mission, la veille de la lecture de Drama Queens. Il n’arrivera rien d’important mais je vais le raconter quand même. Lora Zepam va le raconter elle aussi. On écrit nos textes chacun de notre côté, sans se les montrer. On est bin curieux de voir ce que ça donner, on veut savoir si on est fidèle à la réalité quand on raconte, ou plutôt, on veut voir quel degré de fiction s’infiltre dans toute tentative de récit parce qu’on sait d’avance qu’on va tordre la réalité. La réalité ne peut pas faire autrement que nous échapper, il faudra la réinventer. Pour toi ami lecteur, cette double perspective te donnera le double du fonne. C’est un double feature! Le même après-midi vu par deux réalisateurs! Tu vas voir que je ne vais pas me gêner pour multiplier les insides mais comme je suis fin, je vais te les expliquer à mesure, et ça fera une sorte de manuel d’instruction pour devenir notre ami en parlant notre langage. Nos amis, on les aime. On est capable d’en accueillir d’autres, y’a de la place encore. Tultemps.

(« Tultemps », c’est tout le temps. Écoute-la, elle parle comme elle écrit encore plus qu’elle écrit comme elle parle.)

D’ailleurs je vais te bombarder de namedropping de nos amis, cette belle gang d’écrivains et de poètes qui ont tous une aura magique d’artiste dans lequel on adore se régénérer comme dans les cercles lumineux des check points de Final Fantasy IV. Inquiète-toi pas, je vais te les présenter à mesure, ça va être comme si tu les connaissais, tu vas même avoir des trucs à leur dire si tu les croises dans les lancements ou les soirées. Ça va d’être le fonne, tu créras pas à ça.

(« Ça va d’être » c’est l’expression de Edouard H. Bond qu’on utilise à profusion. Par exemple, le classique : « Ça va d’être épique. » Récemment Alexie Morin a écrit dans un statut Facebook en ma présence et en celle de multiples cocktails : « c’est dépique ». Ça commence à être déformé solide. J’aime ça. Ed Hardcore c’est un écrivain qui fait peur à ta mère, l’auteur de Prison de poupées et de Maudits! (trop tard, ces livres ont été pilonnés, t’avais juste à t’y prendre plus tôt, ou bin va à la bibliothèque, tu vois comment je suis plein de suggestions) et aussi des Verrats, un ossetie de bon livre que tu peux encore trouver facilement, pis Alexie aussi est écrivaine et poète, son livre Chien de fusil est jaune vert fluo comme un panneau de signalisation et beau comme les feuilles neuves au printemps, tu ne peux pas le manquer dans les librairies, il va te brûler les yeux, c’est même rendu un coup de cœur chez Renaud-Bray, crois-tu à ça? Ça m’arrive souvent de me paqueter la djeule avec ces deux-là, chez eux, chez nous, séparément ou des fois en même temps, oué.)

Tu es prêt? On y va?

(Ici, juste pour retarder le fonne, comme préliminaires, j’insère un paragraphe qui explique le dernier mot du  paragraphe. C’est le mot tute. « Tute » signifie « tout ». En québécois on dit parfois « toute », comme « toute est dans toute » de Raoûl Dugay (non il n’est pas dans notre petite gang, celui-là, on devrait l’inviter ? Je suis pas sûr) mais en écoutant attentivement, on se rend compte que plusieurs le prononcent « tute », surtout Patrick Brisebois, l’écrivain ufologue de Louiseville, auteur des livres que j’ai lus le plus souvent dans ma vie, Trépanés et Chant pour enfants morts. Écoute-le, la prochaine fois que tu le verras dans une soirée littéraire. « C’est tute les extraterrestres! Tute, tute, tute! » Alors depuis que les oreilles de Lora Zepam ont capté ce mot, l’usage du tute se répand comme la peste sur l’Islande au Moyen Âge laissant derrière elle une trainée de squelettes congelés sous les cendres volcaniques. Oké, cette comparaison-là, c’est du Darnziak nihiliste tout craché, il aime les affaires darques et le nord et la fin de l’humanité pis tute. Darnziak c’est le petit prof de philo emo qui écrit des osseties de longs textes sur les blogues depuis le Paléolithique. Lora Zepam lui disait récemment qu’il est « pas mal l’archétype de l’artiste tourmenté », oué. Mais ça ne paraîtra pas dans ce texte-là, inquiète-toi pas, je vais pas t’écœurer avec des émotions. Ah oui. Je devais finir le paragraphe par le mot tute pour pouvoir l’expliquer au commencement. C’est ce que je vais faire. Tute.)

C’est parti pour un paquet de gnéseries.

(« Gnéserie », c’est des niaiseries, mais encore plus gnéseuses. C’est comme du François Pérusse sua poffe, disons. (« Sua poffe », ça veut dire sur la drogue. Ça vient de Julie Brisebois AKA July Brokenwood AKA Vidoc dans le vieux temps des blogues, une autre de nos amies, elle est bin fine et drôle). Parlant de gnéseries, c’est le moment idéal pour une plogue. Le magasin de Sophy s’appelle « Les belles gnéseries de Lora Zepam ». C’est pas des farces, c’est des belles affaires, souvent à l’effigie de Po, la plusse belle chatte gériatrique au monde, et comme on veut la garder en santé longtemps, va faire des achats, c’est pour financer ses soins! Voilà, c’était les publicités avant que ça commence, comme au cinéma qui de nos jours essaie de nous vendre des osseties de nachos dégueulasses en vain, parce que t’as soupé avant pour ne pas avoir à t’acheter du poffe corgne à 7 piasses.)

Oké, oké. Go. On va avoir bin du pliaisir! Tu vas voir!

(« Pliaisir », ça vient d’un chandail que Mathieurseno a confectionné spécialement pour Lora Zepam à sa fête (sa vraie fête, pas celle qui à lieu chaque fois qu’elle reçoit un cadeau merveilleux de la vie et elle en reçoit tultemps), un chandail avec le portrait d’Herbert Léonard et une déformation des paroles d’une de ses célèbres chansons : « Fourre-moé pour le plaisir. » Mais horreur, Mathieuse fit une erreur et il écrivit « PLIAISIR » à la place de plaisir. Depuis, il nous arrive de l’utiliser de cette manière-là, nusautes on sait parler, oué madame. ») (« Nusautes », c’est nous autres, bien sûr. Sophy le prononce vraiment comme ça, écoute-la. C’est par pour rien qu’elle écrit croche, on parle tute croche pis la vie est croche.)

Oké, c’est parti pour de vrai, tout de suite après cette dernière remarque : quand tu fais du Lora Zepam dans Word, ta page se rempli de lignes ondulées rouges en ossetie.

2. Où je te raconte la préparation de notre quête (Parler à tous les habitants du village, s’acheter des armes, des armures, des potions, faire un dernier tour à l’auberge, allez voir le magicien pour sauver sa game, on sait jamais, faudrait pas perdre nos progrès, même si des fois ta game est effacée et tu sais pas pourquoi et tu veux te péter la tête sur les murs).

C’était le 29 avril 2013, c’était la veille de la lecture de Drama Queens. Je devais partir pour le centre-ville aller porter mes papiers d’impôts au comptable de mon papa, Sophy en même temps devait aller chercher une surprise pour Vickie dans le Vieux-Port, elle m’avait demandé si je voulais l’accompagner faque je dis oké, on va faire d’une pierre deux coups, let’s go. On a une double mission! Elle me dit qu’elle est presque prête c’est-à-dire qu’elle sortira de chez elle dans une heure ou deux alors pour passer le temps, je me suis mis à écrire un statut Facebook et pratiquer mon activité favorite, ces temps-ci : attendre les likes.

likes

Ça c’est un design de Fabrice Masson-Goulet de Poème sale, le gars super fin avec un micro qui fait de l’Auto-Tune, tu connais Poème sale? C’est un blogue, mais vivant, c’est rare de nos jours. Mon statut pogne, la petite planète s’allume rouge sans arrêt. Veux-tu le voir ? C’était ça :

STATUT FACEBOOK
Récemment, on me faisait part de doléances quant à l’utilisation des termes « fonne » et « ossetie ». J’aimerais préciser qu’il s’agit de références littéraires.

Fonne :

L’hiver de force, Réjean Ducharme, p.165. « LE FONNE C’EST PLATTE (LA CHAIR EST TRISTE ET J’AI VU TOUS LES FILMS DE JERRY LEWIS. » (Ce titre étant lui-même une référence littéraire à un poème de Mallarmé. Google-le.)

Ossetie :

Trépanés, Patrick Brisebois, première édition à l’Effet pourpre, p. 186.

« Puis, au moment même où le téléphone s’est mis à sonner, je lui ai défoncé son ossetie d’hymen. »

Ces références savantes vous autorisent désormais à avoir du fonne en ossetie avec ces mots. Merci, bonne journée.

À date je suis rendu à 17 likes, mon ego ronronne de contentement. Y’est cave de même. Si t’aimes ça toi aussi, ami lecteur, tu peux me faire une demande d’amitié Facebook. Ensuite je vais te masquer mais tu ne t’en rendras pas compte. Mais non, je te niaise.

Avant de partir on était dans notre tchatte de mongols habituel, elle dirait même un tchatte de monyols. (« Monyol », c’est encore plus intense dans les vingt-et-une shades de la trisomie.)

14:42
Jean-Philippe
Je me bourre de NOIX.

(C’est une référence à ma lecture du moment, un livre de psychologie dont je parlais à Sophy la veille dans mon état semi-comateux zombie au Parc Laurier la fois où on a vu le vrai Shawn Cotton, le livre c’est Willpower : Rediscovering the Greatest Human Strength, qui explique que la volonté – l’énergie mentale qui permet le contrôle de soi, de résister aux tentations et de prendre des décisions – est reliée au taux de glucose dans le sang et que manger des noix permet d’en augmenter le niveau. Cette phrase est aussi une référence à ma volonté de me remettre de ma fin de semaine de double beuverie et de l’extrême noirceur existentielle d’envie de disparaître de la semaine précédente, autrement dit, de remonter la pente et de faire des faces de détermination comme ceci : >:O (Je te l’expliquerai tantôt, celui-là, je ne veux pas trop te retarder par cette digression.) Bref, on est dans notre tchatte habituel du type « on s’encourage à affronter le prochain donjon de la vie ».)

14:43
Sophy (C’est Lora Zepam sous son vrai faux nom, mais je suis sûr que tu le sais, je te le dis juste pour être certain).
GO!
DES NOIX DES GRAINES DES TOTONS!

(Référence à cette horrifiante chanson de pur mal transcendantal, je m’excuse de te faire découvrir ça.)

14:44
Jean-Philippe
DES TOTONS DES BOULES!
Je hais tellement le mot « boule », my god.

14:45
Sophy
BOULE PLOTE TOTONS NOUNE!

14:45
Jean-Philippe
Plotte, noune, c’est limite. Faut que je mette des gants.

14:45
Sophy
lol

(Ici Sophy est tellement perturbée qu’elle écrit « lol » au lieu de notre favori « LULL », en références aux photos de camion LULL de Julie et Léa, d’ailleurs voici une belle grue LULL.)

LULL14:45
Jean-Philippe
Mais « « « boule » » », HAMAH.

14:46
Sophy
TROIS PAIRES DE GUILLEMETS!

14:46
Jean-Philippe
Même « vagin » , « vulve », j’utilise pas ça. J’utilise pas ça même dans ma TÊTE. C’est sans nom, cette affaire mystérieuse magique là.

14:46
Sophy
HA HA HA!

(Elle LULL.)

3. Où je fini par raconter la quête d’une seule traite, c’est la longue section dans le milieu durant laquelle Darnziak essaie de se souvenir de tute.

On finit par lâcher Facebook, c’est dur de s’extirper, GNNN, on force, on sort. On part! En marchant jusqu’à la station je me querisse du Unleashed dans les écouteurs pour encore augmenter ma dose de bonne humeur. Onward to Countless Battles, du gueros old school death metal suédois, ça faisait un boutte que j’avais ressenti de la vraie bonne humeur qui sent bon, mon cours du matin m’avait permis de faire le plein d’allégresse, c’est comme un pit-stop de joie de vivre entrer dans une classe de cégep, contrairement à tes souvenirs les jeunes sont naturellement heureux et rayonnants, ils ont pas encore été écrasés par le rouleau compresseur massif de la vingtaine de marque LULL, je marche le front plissé de détermination, HUNH. (« HUNH », c’est l’onomatopée favorite de Léa AKA Régis Lachamme, notre amie depuis l’époque de l’âge d’or des blogues, une autre talentueuse écrivaine encore inédite, elle reste à Villeray comme moi, et puis HUNH est aussi sans cesse repris par Alexie, et Sophy l’imite avec talent, mais moi je n’y arrive pas, mon mongol intérieur est encore trop déssoufflé, il n’est pas encore assez dégnésé. D’ailleurs sur le quai du métro dans quelques minutes, tu vas nous voir pratiquer nos HUNH et je ferai de gueros FAILS.) Je saute dans le wagon, débarque à Laurier. Sophy arrive en même temps. Elle me voit m’en venir de loin avec « ma démarche particulière. », façon polie de dire que je marche tout croche, qu’est-ce que tu veux, je suis croche. Elle, je ne te dirai pas comment je fais pour la reconnaître à cinq kilomètres de distance, mais un indice : c’est facile.

Lora Zepam : Y vente fort!
Darnziak : Oué, je me disais tantôt, quand tu vas raconter ça sur ton blogue ça va s’appeler « la fois où je suis partie au vent. »
Lora Zepam : LULL.
Darnziak : Tu vas faire du deltaplane! Tu vas voir!
Lora Zepam : Je vais m’accrocher à toi, mais tu vas t’envoler aussi!
Darnziak : Certain! J’ai pété le zippeur de mon coat! Il gonfle comme une voile!

On prend le métro, on transfère à Berri-UQAM. Sur le quai on lit « la poésie dans le métro » sur l’écran géant, mais c’est des vers un peu quétaines.

Lora Zepam : Ça prendrait du Frédéric Dumont dans le métro. Avec ses oiseaux à la pharmacie.
Darnziak : « Mon ex tousse sur Pie-IX pis ça fait des oiseaux morts dans ma chambre. »
Lora Zepam : Wëow!
Darnziak : Je connais mon Dumont.
Lora Zepam : Tu connais ton Dumont en querisse.
Darnziak : C’EST SÛR, TCHÈQUE MON CHANDAIL!

écrou

J’ai mon chandail bleu éclatant des Éditions de l’Écrou, qui publie de l’excellente poésie, entre autre Volière de Frédéric Dumont, lis ça à la place de te tordre le cou à lire les panneaux électroniques du métro quand t’attends le wagon à Berri-UQAM. Le vers que j’ai cité venait d’un statut Facebook de la veille. Y’est poète tultemps, Fred, même dans ses statuts, même sur le tchatte. Des fois on écoute du black metal chacun de notre bord ensemble saouls sul Facebook, lui pis moi. La plupart du temps on finit par querisser du Dissection, la toune The Somberlain.

En sortant du métro Peel, en traversant Ste-Catherine, Sophy me parle d’un débat débile sur le véganisme lancé par un prof de philo sur un blogue. On pogne les nerfs. On rit des sophismes. Lora Zepam, c’est une vraie végane radicale, pas une fake comme moi qui ne mange pas de viande mais qui mange du poisson sans aucun raison, mais je lui ai déjà dit de ne pas utiliser ce mot là, « radicale », ça fait peur à ceux qui pensent que le véganisme est une « dangereuse imposture intellectuelle. » Il y a quatre enfants esclaves qui meurent en Afrique à chaque iPod assemblé par Apple, alors pourquoi sauver les animaux ? J’ai pas le temps de répondre à ça, faut que j’aille sauver des enfants esclaves en Afrique.

Puis on continue notre tchatte sur la vulgarité de tantôt, c’est tultemps comme ça, le tchatte continue dans la réalité puis la réalité se poursuit dans le tchatte, la vie est un long tchatte tranquille, je parle des mots que je déteste et refuse d’employer parce que je les trouve vulgaires, je n’aime pas la vulgarité. Non madame.

—   J’aime pas « boules ». C’est un mot qui dénigre une des affaires les plus belles dans tute l’existence!

Sophy LULL, mais je ne niaise pas, je le pense pour vrai, arrêtez de dire ça, même les filles le disent, je me pogne les boules, j’ai des grosses boules, arrêtez, arrêtez, ça me fait mal. On sort du métro Peel, puis en traversant Ste-Catherine, on continue de cracher des vulgarités partout autour de nous même si je suis supposé ne pas aimer ça. Shit, piss, fuck, ass, deux vrais tourettes sous les tours à bureaux.

Lora Zepam : Moi l’expression que j’aime pas, que je trouve vraiment dégueulasse, c’est « tarte au pouèle! » Ouache!
Darnziak : Yarque! Ou bien tchèque bin celle-là… Smoked meat.
Lora Zepam : Eurque! C’est dégradant, de nous comparer à de la viande! Ou bien « se rouler la bille! » Je sais pas pourquoi, je l’aime pas!
Darnziak : Celle-là, je la trouve pas si dégueuse! Ça me rappelle la grosse bille qu’on faisait rouler pour contrôler certains vieux jeux d’arcade! Genre Marble Madness. RÉFÉRENCE GEEK.

(Oui, on sait quand on parle en majuscule.)

On entre dans une bâtisse sur Peel pour aller livrer mes papiers d’impôts, c’est en haut du luxueux Hôtel Windsor, on est impressionné, c’est tellement chic qu’on trouve qu’on a pas d’affaires là, avec notre attirail de geek pis nos sacs à dos, en tout cas moi je me sens comme un petit cul dans un château et les seuls châteaux où je me sens à l’aise, c’est ceux avec des puits pleins de lave et des barres de boules de feu.

Lora Zepam : Prends un grand respir, même l’air est deluxe, ici.

Sophy regrette de ne pas avoir apporté son cellulaire, elle aurait pu photographier les lustres en diamants brillants pour Vickie. Vickie adore les lustres. Comme celui dans la vidéo non-officiel de The Soft Moon. Et on veut tout donner à Vickie, tout ce qu’elle adore. Quand je parle de Vickie depuis le début, je parle de Vickie Gendreau, bien sûr. C’est à toi de la connaître, c’est pas difficile. Comme elle dit dans Drama Queens, « Google-moi. »

On prend l’ascendeur. J’hésite à la faire monter en haut mais finalement je lui dis : « Envoye, embarque, viens traumatiser le comptable de mon père avec tes cheveux. » Sans compter son chandail de Po, sa ceinture de studs et ses Pegasus Boots qui me font penser aux bottes du personnage de Landstalker au Genesis.

Landstalker

Alors je donne la paperasse à la gentille secrétaire qui n’avait qu’un défaut, celui de me faire répéter mon nom de famille trois fois comme si j’étais originaire de Pologne.

—  Morin.
—  Mora?
—  Morin!
—  Moranne?
—  Morin!
—  Moraste?

Je suis le gros MORIN, querisse! C’est le septième nom de famille le plus commun au Québec, barenaque !

Première mission accomplie! On attrape la Triforce. Je rejoins Sophy et avant de redescendre je remarque une affaire qui fait exploser ma cervelle de geek. À l’étage d’en dessous s’étale presque à perte de vue une salle remplie d’écrans d’ordinateurs et de bidules électroniques scintillants hyper high tech, on dirait la salle de contrôle de la NASA, je dis à Sophy que c’est à partir d’ici qu’ils dirigent toutes les navettes spatiales de Montréal, mes yeux s’écarquillent d’émerveillement, ça brille de milles feux, j’ai neuf ans et demi, je capote bin raide.

—  On dirait le poste de contrôle pour contrôler le monde! À partir de l’espace! Avec des navettes! Des satellites! Des fusées! Goldorak! Albator! (Ok, j’ai pas tout dit ça, je ne me souviens pas de ce que j’ai dit, j’ai pété un plomb devant trop de merveilles, je trippais solide.)
—  On dirait aussi une salle de comptables, à Montréal.

Ah! Aussi. En reprenant l’ascenseur pour sortir, la porte menace de se fermer comme si elle ne détectait pas Sophy, je lui dis : « T’es pas assez pesante! L’ascenseur va pas descendre! Y’a pas assez contrepoids! On va remonter! » Hiiiiiiiiii! Terreur terreur!

On continue notre périple sur Ste-Catherine parce que c’est plusse le fonne que sur René-Lévesque, même si on ne peut pas marcher vite parce que des HUMAINS, cette horrible engeance, obstruent notre chemin. Sophy se retient de faire du zigzag avec ses Pegasus Boots, Sophy aurait envie d’acheter des souvenirs du Canada laittes dans un magasin de souvenirs, mais on ne s’arrête pas pour ça, on va se chercher des items à la pharmacie à la place, je prends une potion Gatorade bleue et elle me corrige, en agitant son doigt en l’air : « On dit du Gay Torride », et voilà, c’est comme ça que j’apprends à bien parler mal, Sophy me corrige à mesure jusqu’à bien tordre mon langage. La lire régulièrement ou tchatter avec elle aura un peu le même effet sur toi, tu peux essayer. Elle me raconte qu’elle devait se rendre jusqu’à Louiseville pour trouver du Gay Torride mauve, peux-tu croire ça?

En entrant dans la pharmacie numéro un :

Lora Zepam : Je pense que je viens de voir Ginette Reno! Ça se peut-tu? Elle avait pas l’air contente! Elle avait l’air de me trouver bizarre!
Darnziak : Bizarre? T’as les cheveux verts, fille!
Lora Zepam : Voir si des cheveux verts ça traumatiserait Ginette Reno. Wô menute. Mais c’était peut-être pas elle.
Darnziak : Je suis sûr que c’était elle. Au centre-ville, le monde sont vraiment eux-mêmes quand y’ont l’air de célébrités.
Lora Zepam : Han? Quoi? Répète ça?
Darnziak : « Au centre-ville le monde sont vraiment eux-mêmes quand y’ont l’air de célébrités. »

Je fais presque les guillemets dans les airs. Quand j’en sors une tordue de même, je suis fier de moi, j’aurais dû m’acheter sur le champ des lunettes fumées dans le Pharmaprix. Je sais que je vais me faire quoter ensuite, je pense que je dois faire un peu exprès.

Lora Zepam : LULL.

(Elle ne dit pas ça à voix haute. Ça veut dire qu’elle rit, quand j’écris ça. Mais je ne peux visualiser son rire que sous forme de gueros camion avec une grue LULL.)

On répète tous les deux la phrase pour être sûr de s’en souvenir après, d’ailleurs on s’en est reparlé dans le tchatte tout de suite au retour, mais on n’est pas certain de l’ordre des mots ou si c’est les bons. C’est pas facile, l’autofiction.

Sur Ste-Catherine Sophy repère des pigeons derrière l’enseigne d’une boutique.

— Aon, regarde les pigeons. As-tu remarqué qu’on voit jamais les bébés pigeons? Y sont où, les bébés pigeons?
— Aucune idée. Si t’étais pas là, je ne les aurais jamais vus. J’aurais juste vu des vidanges, partout.

Je n’ai pas dit la dernière phrase. Je l’ai ajoutée ici, parce qu’il semble que c’est ce que j’aurais dû dire. Raconter c’est corriger. Déformation de prof.

Après on s’arrête encore dans une autre pharmacie parce qu’elle à affaire au bureau de poste et qu’elle sent une petite faiblesse approcher. Dans Zelda, même si t’es presque plein, tu vas quand même voir une fée si tu passes proche de sa caverne. On ne sait jamais. Faque on entre. Dans la file, un monsieur bruyant se parle tout seul à tue-tête en comptant ses cennes, il a l’air louche, je n’en parle pas et je ne sais pas si Sophy l’a remarqué mais elle fait une face de O_O de terreur en regardant derrière moi alors sûrement que oui, (je vois vraiment dans ma tête popper les O_O et le :O de facebook, comme je vois LULL ou HA! HA! HA! quand elle rit pour de vrai, Facebook s’est infiltré dans notre flux sanguin, c’est intense en ossetie), mais j’enterre le dément délirant et je raconte autre chose, je ne sais pas quoi, ça devait être des gnéseries, selon mon estimation.

Lora Zepam has encaissé son mandat poste and has found tablette de chocolat noir aussi. On entend  la petite mélodie des trésors sur l’intercom de la pharmacie, puis on ressort.

Sur Bleury devant le Musique Plus on bifurque vers le sud, je sais qu’elle se transformera en la rue St-André où on doit se rendre ensuite, j’ai tout mappé ça dans ma tête avant de partir, Sophy me fait confiance. On voit se dresser au loin les tours menaçantes du complexe Desjardins, je dis à Sophy :

—  C’est-tu ici que Kayou Lepage vient faire sa picerie? (Oui, on dit « picerie » à la Yvon Deschamps ou François Pérusse.) Ou bien il va au IGA de Place Dupuis? En tout cas… Quand y’en parle, c’est drôle.
— Kayou Lepage, y peux-tu ne pas être drôle?

Elle dit ça avec autant d’émerveillement dans la voix que je devais en avoir devant ma salle de contrôle de navettes spatiales tantôt. (Kayou Lepage, c’est l’empereur des mongols, le Genghis Khan des gnéseries. Son blogue, c’est Le jour des vidanges. Va voir ça au plus vite.)

On descend vers le Vieux-Montréal, on se fait coincer au milieu de René-Lévesque sur une petite île de béton, entouré d’un long fleuve de chars, on attend et on traverse sains et saufs et on débouche dans le vieux. On voit le Centre d’étude des religions et croyances de la Chine, ça me fascine. On est proche du quartier chinois, j’ai envie d’y aller mais ça sera pour une autre fois. On voit un restaurant de maison hantée, « c’est-tu l’affaire avec des genres d’acteurs qui viennent te faire sursauter et bousiller ta digestion ? », mais après seulement on se rend compte, la bâtisse est couverte de graffitis, c’est comme un petit peu fermé. Dommage. On ne pourra pas se vanter qu’on n’a pas envie d’y aller. Le Vieux-Montréal, ça me donne toujours l’impression d’être un touriste. Elle pense la même affaire en même temps :

Lora Zepam :  On a l’air de tourettes! Euh! De touristes!
Darnziak : Des touristes de tourettes! Verrais-tu ça? Tourette tour? Le guide est là : « Shit piss fuck ass… »
Lora Zepam : « Fuck piss shit ass fuck… ».

Pis c’est reparti sur notre syndrome de Gilles de la Tourette pour une boutte. Je suis le Tourette Ninja. Je suis le Tourette Kekloune. (« Kekloune » : un clown. Il paraît que ça vient de Marc Labrèche. L’exemple le plus fréquent d’utilisation de « kekloune », c’est quand Sophy voit mon chat, Chi le chat le plus long au monde. Elle dit toujours, quelle belle face de Kekloune. Tu peux constater ça ici, il n’y a pas que Po qui soit un chat célèbre, il y a le Chi aussi. C’est un personnage public sur Facebook. Des parfaits inconnus likent ses photos, ça me gêne un peu parce qu’on voit mon appartement tout croche, profites-en pendant que ça dure parce que je vais finir par faire sauter cette page.)

Chi-Triangle2

Darnziak : Je viens pas assez souvent dans le Vieux-Montréal! C’est beau! J’aime ça!

(Quand tu connais Darnziak tu te rends compte qu’il n’arrête pas de trouver tute beau, de s’extasier devant des affaires comme les arbres, le ciel, les nuages, les vieux buildings, les ruelles, les chats, tute. Les belles filles, il les regarde, implose, ne dit rien, mais il les regarde pareil, inquiète-toi pas. Il est de même, Darnziak, pour lui tute est beau tultemps, c’est comme s’il était toujours sur le bord de la combustion spontanée, presque en nuclear meltdown, cet esprit-là menace de déchirer à chaque instant.)

Lora Zepam : Y’a plein de coins de Montréal qui me sont encore inconnus! Full mystérieux! Faudrait les visiter! Connais-tu… (Gueros suspense)… VERDUN?

Insérer musique de film de peur terrifiante.

—  Nanon! Pentoute! Kiss?
—  Quoi?
—  Haha! Je voulais dire « yousse » mais j’ai dit « quisse ». Genre j’ai mélangé « où » avec « qui ». Je voulais dire : qui qu’on connait qui reste là?

(« Yousse » est le mot qu’on utilise pour dire « où ». Comme par exemple « yousse que t’es? », mais je l’utilise plus souvent pour demander où on va, où quelqu’un est. Exemple : « Patrick est à Montréal. » « Ah oui, yousse? » Je ne sais pas si ça va rester, mais t’es peut-être témoin de l’invention accidentelle d’un nouveau mot, « quisse ». Les inventions accidentelles sont toujours les meilleures, comme les rayon-X, le Teflon et la sodomie, que Sophy appelle toujours « la sodomie anale ». Peut-être que kiss est un lapsus freudien aussi, tant qu’à parler d’affaires de cul sessuel. Comme les battes. On a parlé de battes aussi à ce moment, mais j’oublie ce qu’on a dit, sauf « gueros batte, ti-batte, tutes les battes. » Des tourettes, c’est ça qu’on est, attention à tes oreilles.)

—  Haha! Quisse! À Verdun, y’a Pascale Raymond… pis un ami de cégep…
—  Ah Oué! Oké, un manné, on ira!
—  Pis à St-Henri. Quisse qu’on connaît à St-Henri?
—  Hum.
—  Indice : il a écrit un livre là-dessus.
—  Aon! Daniel Grenier!

(On fait du namedropping gratuit comme ça sans arrêt, même de gens qu’on connait juste un petit peu, on est comme ça. Moi, c’est surtout parce que tout ce monde-là vit dedans mon Facebook, donc dedans ma tête, pis je les aime dedans mon Facebook et donc dedans ma tête.)

On arrive à destination numéro deux, il est temps parce que les petites jambes de Sophy commencent à fatiguer, on trouve la boutique Zone Orange. (J’espère que c’est pas un jeu de mot.) On est venu pour acheter des cartes avec des flamants roses, c’est le dernier trip de Vickie, on lui achète ça pour l’événement important de demain, la lecture de Drama Queens où tout le monde sera réuni, tous les personnages de ma vie ou presque, d’ailleurs quand j’ai appris que X sera là en même temps que Y et Z et A et moi, j’ai eu envie d’éclater d’un rire tragique sardonique de pleurs de terreur de la vie. Je prends deux cartes, je n’arrivais pas à me décider, un flamant rose avec l’inscription « J’aime les cupcakes », puis un flamant rose avec l’inscription « Je n’aime pas les cupcakes », comme les flamants moi non plus je n’arrive pas à me brancher. Mais Vickie aime les flamants roses et les cupcakes, je lui achète donc. Je sors un nouveau 20$ de mon porte-monnaie, je le laisse tomber sur le comptoir et ça fait TAC.

flamands

—  Écoute comment ça sonne! Y sont massifs, les nouveaux vingt piasses! Y sont DURS!

TAC! Je le frappe de côté. TAC ! TAC !

—  Je vais péter le comptoir!

La caissière LULL, on dirait quasiment que j’étais en train d’essayer de la charmer, nanon, je fais pas exprès, c’est que je suis en mode mongol intense solide cet après-midi et je n’ai pas l’intention d’arrêter, ça me fait trop de bien après avoir traversé des phases  hyper darques la semaine dernière, que je ne te raconterai pas ici pour ne pas te donner envie de te faire sauter la tête dans le four à micro-onds. (« Darque », c’est le mot qu’on emploie pour dire qu’on est déprimé solide, qu’on a des idées noires froides lourdes tristes, c’est aussi le nom que je donne à la musique que j’écoute avec mes amis de la musique souterraine sur Facebook, allez, viens avec nusautes. Dans le genre de la toune de The Soft Moon que j’ai linké en haut et que j’espère que t’écoutes en même temps que tu lis ce texte.)

Oui, l’influence de Lora Zepam, ça rend extra-mongol, c’est comme pogner une étoile de mongolitude, yinque te tenir avec dix minutes, t’es faite, t’es contaminé. On a accompli la deuxième partie de notre quête, on prend l’autre Triforce, ça nous ramène en dehors du donjon.

Je veux montrer le silo numéro 5 à Sophy, on le voit à l’autre bout de la rue, et aussi parce que j’ai envie de me retrouver un peu dans l’ambiance du printemps où j’allais faire de la photo dans ce coin-là avec la reine des ténèbres. (Tu feras sa connaissance un manné dans une histoire de trash geek love, si je finis par finir de l’écrire, cet ossetie de texte dans lequel je m’enlise depuis trois mois et qui avance aussi vite que le progress bar quand tu défragmentes ton disque dur de 1,54 terabytes.) On reçoit quelques gouttes de pluie mais on continue pareil.

C’est devant le silo que Sophy a subitement une attaque de bâillements gigantesques. La fatigue venait de la prendre par en ardjiére. (« En arrière », dit le lexique.)

—  Attention, tu vas avaler le silo numéro 5!
—  Je vais avaler le Vieux-Port au grand complet!

(Référence à « avale-pas les escabeaux! », ce qu’un commis louche du IGA de Ste-Foy avait dit à mon ex-copine Laporie alors qu’elle bâillait à se décrocher la mâchoire dans une allée où le dude boutonneux plaçait des cannes sur la plus haute tablette, et elle avait trouvé ça freak en maudit et j’avais eu l’impression qu’il essayait de la cruiser, mais sinon j’ai ressorti l’expression pour prévenir Sophy quand elle bâille, avale pas les escabeaux, les chars, la rue, ensuite je lui ai dit, avale pas le métro de Montréal, et puis contrairement à ce que tu penses, c’est pas une joke vulgaire, le bâillements c’est pas sessuel, contrairement à presque tout le reste de l’existence, malheureusement.)

On s’est laissé tomber comme deux poches de patates sur un banc en face du fleuve et des bâtiments d’Expo 67. Moi aussi j’avais les jambes un peu mortes, mais je me sentais bien, de la bonne fatigue physique d’exercice de corps du calisme. (J’hais les corps même si c’est tout ce qui existe, si tu n’as pas remarqué, je suis un matérialiste qui hait le matériel, je suis donc un nihiliste, c’était la parenthèse philo, je vais poser une question là-dessus à l’examen, j’espère que t’as pris des notes de qualité.) Un gros paquebot est entré dans la baie au ralenti, on a eu peur qu’il nous fonce dessur. (Oui, on l’écrit et même on le dit comme ça, « dessur ».) Et il nous fonçait dessur au ralenti. Son nom : CABOT. Je me mets à délirer. « Cabot. Le paquebot Sébastien Cabot. » (Sébastien Chabot, c’est un autre de nos amis écrivains, il vient de sortir L’empereur en culottes courtes chez Trois-Pistoles, tchèque ça. Darnziak avait fait le dessin de la couverture de son deuxième roman, L’Angoisse des poulets sans plume, en 2007. Ça fait un boutte, la vie passe vite.)

—  Comment le petit bateau fait pour le tirer? Ça me fait peur!

Sophy dit qu’en voyant le logo de BOTA, le SPA-SUR-L’EAU, à notre droite, elle pensait que sa vision était troublée, qu’elle voyait double, qu’elle était rendu trop fatigué pour voir drette. Ça  l’a fait rire. Presque tute fait rire Sophy dans l’existence, c’est une sorte de don, ou peut-être que c’est la fatigue qui fait ça. Et la fatigue vient lui rendre visite souvent, ces temps-ci.

—  SPA-SUR-L’EAU… mais y’est sur l’eau. Gnnn. Très. Drôle.

Bota

Ça c’est moi qui souffre de jeux de mots même lorsqu’ils sont juste imaginés. L’autre fois j’ai parlé de celui que je déteste le plus sur Facebook et ça m’a valu mon record de likes de tous les temps, je me pétais les bretelles. C’était ça : «  Les jeux de mots comme noms de commerce sont une source d’agonie constante. L’autre fois en marchant sur le Plateau, je croise la buanderie LAVOIR FACILE. Grimaces, convulsions, psychothérapie. » 23 likes. Essaie de battre ça. (OK, c’est facile quand t’as 1700 amis, j’ai rien dit.)

— Je m’allongerais dans le gazon et je tomberais endormie drette là.

— Faudrait couper des buissons, te pogner des cœurs. Te faire un refill.

Montréal, c’est Hyrule. Pour moins se fatiguer les yeux, Sophy sort ses lunettes de Lolita. (Tu peux les dessiner sur Facebook comme ça : <3-<3, c’est Stéphane Ranger qui a commencé ça, Stéphane c’est notre ami adoré le vélocipède écrivain, il file sur un vélo en ce moment quelque part dans l’ouest de la ville les cheveux au vent, il fait assez chaud pour qu’il enlève sa cagoule.)

On marche un peu sur la promenade du Vieux-Port, puis on remonte une rue étroite. Il y a encore un commerce avec un jeu de mots qui me fait grimacer de douleur, mais je l’ai oublié, tant mieux. (Fuck non, ça me revient, c’était BORN-NÉO, une galerie d’art de Bornéo, je suppose, qu’on flagelle les auteurs de ce jeu de mots, même s’il n’est qu’imaginé, j’ai la malédiction de voir des jeux de mots où il y en a pas, en plus de souffrir physiquement dans mon corps physique chaque fois que j’en croise un insupportable qui existe pour de vrai, tu veux m’achever, parle-moi de Çalecon vos goûts), puis dans la vitrine d’une boutique, je pointe et dis à Sophy :

— Regarde! Des singes en bois qui font des fuck you. Pis regarde le singe qui fume !
—  Ah oué, mais t’as pas vu ce qu’il y a autour.

Faut croire que mon radar est pas programmé pour les repérer, mais partout autour, des pénis en bois, des tonnes d’énormes dildos forestiers, je fais « arque », détourne les yeux, je hais les battes, surtout le batte en plastique de fusil à l’eau avec yinque une gosse que Sophy apporte parfois dans les soirées quand elle se déguise en shérif avec un batte, et Sophy regrette encore de ne pas avoir son cell pour prendre une photo des battes pour Vickie. (On dirait que le mot « batte » ne me dérange pas, c’est drôle, j’aime même l’écrire, je vais l’écrire encore deux trois fois, batte, batte, batte.) On traverse la Place d’Armes mais les cœurs de Sophy sont trop grugés pour qu’elle remarque tout ce qu’il y a à voir, elle doit entendre le maudit signal fatigant biper dans ses oreilles et ça la déconcentre, je ne peux pas trop lui montrer l’église Notre-Dame et la tour style Art déco qui fait penser à l’Empire State Building, elle dit par contre en voyant un groupe d’Asiatiques devant l’église, « on va être partout dans les photos des touristes cet après-midi! », comme quoi cet esprit-là ne se met jamais à off, continue de pondre des gnéseries jusqu’au sommeil et même pendant, si j’y pense bien (tu ne connais pas les rêves fuckés bin raide de Lora Zepam? Attends qu’elle te raconte ça.)

En passant, sais-tu c’est quoi, l’esprit? L’esprit c’est l’affaire qui te fait tordre les phrases pour les rendre belles, c’est ce qui fait écrire et parler tout croche, parce qu’il faut tordre les mots pour faire passer la beauté à travers, les mots sont devenus crottés sales et laids à forces d’être utilisés par tout le monde sans y penser, lave-toi les mains après avoir touché de l’argent, ma mère me disait, tout le monde touche à ça, c’est sale comme les poteaux de métro. L’esprit c’est ce qui nettoie le langage pour le rendre neuf, parce que le monde est toujours neuf à chaque fucking seconde mais tu ne le vois plus, la saleté t’empêche de voir, la saleté de ton langage mort. Il y a des gens que je ne nommerai pas en public qui arrivent à publier des livres tout en étant complètement dépourvus de cette affaire que j’appelle l’esprit, c’est tout de même étonnant les miracles que peuvent accomplir les contacts. (Ça c’est une méchanceté, même le bon Jean-Philippe peut en lâcher une de temps en temps, en fin d’après-midi surtout.) L’esprit, mes amis en ont en crisse. L’esprit, y’en a une barge dans chaque phrase qui s’échappe de la djeule ou du clavier de Lora Zepam.

Alors à ce niveau de fatigue, on s’en va direct au métro, viens-t’en, c’est pas loin, c’est la ligne orange en plus, tu retournes direct chez vous. Il lui reste un demi-cœur. Ça clignote, ça bipe. Faut faire vite, il faut faire attention. On n’a pas de potion bleue en réserve. Mon Gay Torride est vide. Je dis que ça prendrait un funiculaire. Sophy ne réagit pas. Je dis que ça prendrait un warp zone. Elle dit « Oh oui, oui ! Le métro, c’est écologique, mais c’est pas efficace ! On veut des warp zones ! », ses yeux sont presque fermés derrière ses lunettes Lolita, je le sais.

— Ah non, c’est l’heure de pointe.

Une autre affaire! Qu’est-ce qu’on fait, on prend le métro pareil? J’aurais pu la plier et l’empaqueter dans mon sac à dos, puis marcher. Mais on finit par opter pour le métro. On descend sur le quai, deux trains remplis à craquer qui nous filent dans la face, puis on arrive à se squeezer dans le troisième. Comme on le prend à Place-d’Armes, on se trouve des places assises à Berri quand les gens transfèrent, je n’ai pas besoin de lui servir de poteau trop longtemps. Sophy a des tout petits yeux de chat endormi japonais, des minuscules fentes, elle bâille aux trente secondes, elle aspire tous les passagers les uns après les autres avec leurs écouteurs géants sur la tête mais moi je résiste, je me retiens fort après le poteau à côté. Elle dort deboutte assise sur son siège, elle oscille doucement dans le métro de fin d’après-midi et c’est comme si le vent soufflait dans ses cheveux en haut d’une colline. Il y a un léger sourire sur son visage. Aon. Dodo, dodo, dodo, la seule pensée dans son esprit. Elle prépare son bébé iPod et descend à Laurier, et moi je continue jusqu’à Jean-Talon avec mon death metal de bonne humeur dans mes écouteurs encore et je me sens bien, de la bonne douceur de fatigue du corps, avec un esprit régénéré par les gnéseries. La bonne humeur a repoussé dans la terre noire de ma cervelle après le total fucking darkness de la semaine précédente, je marche jusqu’à chez moi en faisant des moulinets de drum avec les bras, regarde-moi faire quand je marche sur la rue, tu verras, je fais ça tultemps.

C’était un bel après-midi, il n’est rien arrivé de spécial, pas de drame, pas d’aventure, rien de particulier à raconter même si j’ai fait 8100 mots avec tout ça, pas de boss dans ces donjons, des Triforces faciles à obtenir, pas de signification intense profonde à excaver, on est juste allé faire un petit tour au centre-ville pendant trois heures et on est revenu. C’est tout. J’aime ça de même. La vie devrait ressembler à ça. Un long après-midi tranquille. C’était business as usual, sauf qu’un manné j’ai attrapé Lora Zepam en train de propulser un gueros glaviot direct dans la rue. Pouah !

— Je t’ai vu faire, fille! T’as craché!
— Ah! Chuis une crottée!

Ok, pas sûr qu’elle a dit ça, mais on va dire.

4. Où je t’offre un épilogue scatologique puisque tu as eu la patience de te rendre jusqu’ici.

Avant de partir pour notre périple on gnésait dans le tchatte perpétuel, attention à vos yeux, faudra les laver après.

14:01
Sophy
AVANT DE PARTIR JE VAIS FAIRE CACA.

14:01
Sophy
(On peut se dire ça, entre BEST FRIENDS?)

Et là c’est moi qui LULL devant mon écran. Quand on parle en majuscule on articule trop et on exagère tute, on se permet de dire les pires atrocités de l’existence autant qu’on veut en toute impunité. Qu’elle parle de déjections, c’est de l’hyper-ironie, parce qu’on sait bin qu’on déteste l’existence de nos corps et leur marde y compris, on ne tolère pas l’existence du caca, on est nihiliste de même, contre le monde, contre la vie. On ne fait pas exprès, on voudrait penser autrement, bien se nourrir et se coucher de bonne heure, faire l’exercice pis tute, mais le fond de la question c’est que ça nous écœure, ça nous dégoûte, ça nous épuise, ça nous exaspère, on aimerait mieux s’en passer de ces osseties de corps là, alors des fois on se laisse aller, pis on dit fuck tute. Vivons sur Facebook. Vivons sur MSN à la place même si MSN vient de fermer pour toujours. Vivons sur Skype sans caméra, sans face. Soyons virtuels. Même in real life. Soyons de purs esprits. Existons par les mots. Devenons des personnages. Les prochains personnages de François Blais.

Et puis au retour chez moi c’est-à-dire dedans le tchatte, je dis :

18:02
Jean-Philippe
Fais ta sieste!
MOI JE VAIS FAIRE CACA.

18:03
Sophy
GO GO CACA!

18:04
Jean-Philippe
(J’ai trop d’idées pour écrire, je le retiens, FUCK IT.)

18:04
Sophy
HAHAHA
T’es plein d’marde!

18:06
Jean-Philippe
MEZANT.
(ÇA AUSSI M’A L’ÉCRIRE.)
(Euh.)

18:07
Sophy
OUI!
Face d’envie de chier de Darnziak qui écrit une note de bloye : >:O

18:08
Jean-Philippe
HAHAHAHA
Ok j’aurai pas le choix de l’écrire, ça.

Le >:O étant notre symbole signifiant la détermination, la persévérance, mais Sophy trouve aussi que ça a l’air d’un personnage qui force sur la bolle. Essaie-le dans le tchatte de Facebook, tu vas comprendre. Ce texte est le résultat de cette constipation littéraire. Il faudrait pouvoir tout raconter de notre vivant. C’est pour ça que j’écris. Quand on essaie de raconter une journée comme celle-là à la manière de Lora Zepam, on se rend compte que les gnéseries, c’est ce qui est le plus important. Le reste, la lourdeur, la darquitude, les guerosses émotions laittes, ça part au vent.

Comme je lui disais aussi en marchant sur la rue St-André en lâchant des fuck piss shit ass, des shitloads of fuck de gnéseries :

—  Je suis rendu donc ben vulgaire… c’est de TA FAUTE, ÇA!
—  C’est pas juste moi! C’est à cause de nos amis VULVAIRES!

Oui, vulvaires. C’est vrai. La plupart de nos mots tordus viennent de nos amis ou d’ailleurs. Qui infecte qui? Ça commence à être difficile de le savoir avec toute cette circulation d’esprits. D’ailleurs, parlant de vulvarité, un peu plus tôt sur Ste-Catherine Sophy me tape sur l’épaule.

— Orgarde ça!
— Quequoi?

Ses yeux s’agrandissent comme pour souligner la terreur de l’existence et on s’entend que les yeux de Sophy sont assez grands pour avaler une ville entière. Elle pointe les trois arches gothiques d’une église. Sourire diabolique.

—  Orgarde… Trois vules!

Je sursaute d’horreur. Une église-vule! On est rendu dans Lovecraft ! Fuck ! Que ce monde de corps est dégueulasse et impur! Fuck shit piss ass tourette !

Mais heureusement, il est encore rempli d’esprits. Il est encore plein de gnéseries.

Oké, c’est assez, il est passé vingt-et-une heure et j’ai oublié de souper en écrivant tout ça. Et puis de faire autre chose, aussi, si tu es attentif, ami lecteur. Je vais aller me faire chauffer un plat congelé du Commensal comme ceux que je mange chaque fois que je vais faire un tour au Manoir deluxe de Lora Zepam. Le corps est fucking boring avec ses exigences incessantes, mais il faut ce qu’il faut. Baille baille!

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Comments
6 Responses to “La fois où Lora Zepam est partie au vent”
  1. Alexie dit :

    HUUUUNNNNNNH!!!!!1!!!

  2. Régis Lachamme dit :

    Notes pour la génétique du texte:
    1) LULL ça vient d’une ballade à vélo que moi et Choukri fîmes aux temps jadis. On descendait De Lorimier et y’avait une grue. J’aime bien la machinerie lourde, donc je me rinçait abondament les yeux dessus quand je remarquai sa marque: LULL. « LUUUUULL! » Hurlai-je donc sur De Lorimier, parce que tsé. À bien y penser, je hurle relativement souvent sur la rue De Lorimier. Blâmez Plume. Enfin, s’en suivirent des photos de grues sur Facebook ainsi qu’un party de commentaires mongols.

    2) Daniel Grenier a des gros poignets.

  3. La meilleure façon de faire la face de LOLita, c’est de même:
    <3 _ <3
    Ça lui fait comme une face avec bouche droite, comme qu'est pas sûre!

  4. Stéphane Ranger dit :

    Mais de même <3-<3 c'est vrai qu'elle met ses SUNGLASSES AT NIGHT.

  5. audrey dit :

    Oh moi aussi je pense que j’ai un don pour remarquer les jeux de mots douteux.. J’ai un disque ici, c’est de la musique du monde, du violon. Le titre? VIOLONS DU MONDE! Ou encore cette publicité que je vois (trop souvent) sur Hulu pour cette compagnie de crédit, Chase, qui sortent une édition spéciale? Chase Freedom! .. mouaiss .. :)

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  1. […] lire son texte tant que j’avais pas fini le mien, pis j’avais hâte en crisse de lire les gnéseries mongoles du Morin. Fait que j’ai botché mon texte la nuit dernière. Comme au cégep. Sauf que je veux pas […]



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