Un granit entouré d’une vague épouvante

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L’autre jour, un jour de printemps, j’étais sur Sainte-Catherine, m’étais acheté des chemises, une amie m’accompagnait parce qu’elle a du goût et que c’est moins platte d’être accompagné quand on magasine. Elle devait aller chercher un truc chez Ogilvy, nous y allâmes sous un beau soleil.

Chez Ogilvy il y avait évidemment de belles madames, plus étonnante était la présence d’un squelette, comme dans les classes de biologie, mais vêtu d’un uniforme d’employé et installé dans la section des produits de beauté. Sa fonction devait être de nous rappeler la vanité de toute chose, de la beauté qui passera, en somme une sorte de memento mori — souviens-toi que tu vas mourir.

Et ça peut aller vite, on aura vu.

Cette phrase était murmurée par un esclave à l’oreille du général romain à l’occasion de son triomphe. Sans doute qu’il existe une application pour Iphone qui fait la même chose. T’es belle/beau ? Memento mori. T’as sorti un livre/disque/film ? Memento mori. Tu fais de la télé/blogues au Voir ? Même affaire hostie.

Ce rappel nous incite à un peu d’humilité.

Cette amie qui a du goût m’écrivait : « La vie est trop courte pour le niaisage. » On ne pouvait pas mieux dire.

Des évidences que tout ça, je sais, or c’est le problème avec les évidences, il faut les rappeler car on les oublie, on agit sans en tenir compte — c’est peut-être moins angoissant ainsi.

Alors quoi, le squelette de chez Ogilvy nous confine à l’étroit chemin entre deux gouffres, d’un côté l’orgueil et la démesure, de l’autre la léthargie, le « granit entouré d’une vague épouvante » ? Je sais pas, je suppose qu’on y est déjà, sur ce chemin de largeur variable ; dans la ville enfumée chacun vaque à ses affaires, j’essaie de même avant la pétrification.

Je verrais bien pareil squelette au parlement, dans les chambres de commerce, les salles de rédaction des magazines branchés, les studios, à chaque lancement, chez Denys Arcand. Bien entendu le squelette ramasserait la poussière, on le surnommerait Bob, ou pire, Oscar, il finirait par devenir invisible, un morceau du décor. Mais Bob n’en resterait pas moins là, à rire sans se cacher de tes comédies mal écrites, et de temps à autre tu vas t’en rendre compte, ô matière vivante.

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