Cessez d’être gentil, soyez vrai

Entrevue avec Sébastien Chabot, romancier.

calinours

François Rioux : Suivant les catégories des organismes subventionnaires, tu es, avec quatre romans, un écrivain à « mi-carrière ». C’est un peu tôt pour les bilans, or rien n’empêche, et c’est ce que je te propose, pour commencer, d’examiner le tracé du chemin parcouru jusqu’ici.

Sébastien Chabot : C’est Emmanuel Aquin qui me confiait, quelque part en 2004 : « Lorsque tu écris, tu dois te prendre pour le meilleur, tu dois sentir que tu es le numéro un. Lorsque le livre est publié, il faut que tu reviennes sur terre, que tu décantes et que tu te repenses dans tes justes proportions. Au fond, nous ne sommes que des pauvres types qui tentons de bâtir une œuvre. Or, le problème, c’est que plusieurs écrivains continuent de se voir comme des numéros un, même lorsque leur livre est publié, même lorsqu’il est descendu en flèche par la critique. »

Tu disais qu’il était trop tôt pour les bilans ; lorsqu’Emmanuel, qui était alors directeur littéraire chez Point de fuite, m’avait filé ce conseil, je n’étais pas prêt à le recevoir. J’avais 26, 27 ans lorsque j’ai publié Ma mère est une marmotte, et Dieu du ciel ! je ne me prenais pas pour de la merde. J’ai fait passablement de gaffes parce que je croyais avoir écrit quelque chose d’important. En fait, il s’agissait simplement d’un début, d’un effort que je crois toujours honnête. Et c’est de là que le malentendu est parti. Je me suis fais des ennemis pour rien. Au départ, je détestais Ed Hardcore ! Ed avait quelque chose de déjanté qui entrait en conflit avec ma vision de la chose littéraire. Et contrairement à ce que l’on m’a reproché plus tard, ce n’était pas parce que j’étais bourgeois — comment pourrais-je l’être, moi qui vient d’un milieu ouvrier, plutôt pauvre, je suis Matapédien ! Faut sortir ! La Vallée, c’est une région du Québec particulièrement touchée par la pauvreté, le chômage, le suicide, etc. Non, j’entrais en conflit avec certains de mes contemporains parce que j’étais idéaliste. Voire dogmatique. Je rêvais de changer le monde avec mes livres et je ne pouvais me résoudre à percevoir la littérature sous son côté rigolo. Maintenant, je sais que l’humour, l’ironie et la récupération d’éléments de culture populaire dans l’écrit peuvent être hautement subversifs, et oui, cela peut contribuer à réinventer ce monde de marde ! C’est d’ailleurs ce qu’Ed Hardcore me semble faire, c’est aussi ce que Martin Ouellet accomplit dans sa poésie et ses nouvelles.

Mon premier livre a eu pour effet bénéfique collatéral de me permettre de rencontrer notre barbu national, Victor-Lévy Beaulieu. Il avait aimé Ma mère est une marmotte. Nous étions à la fin de 2004. Au début de l’année, VLB venait de faire paraître un texte intitulé « Nos jeunes sont si seuls » dans un torchon de Gesca. Cela créa une polémique de centre d’achats aussi vaseuse que tous nos débats commandités par des marques de Kotex. Personne n’avait pris le temps de se lire. On s’accusa de replié, de branché, de farmé, de rouvert-su-l’monde, et j’en passe. Moi, j’ai fermé ma gueule pour deux excellentes raisons : 1. personne n’en avait rien à foutre de mon opinion parce que j’étais un quidam anonyme et 2. je me disais que ça ne servait à absolument rien. Le vrai problème n’était pas là. VLB parlait d’enracinement, les « Jeunes » parlaient d’une littérature sans frontière. Il me semble que ça saute aux yeux : s’enraciner pour mieux aller vers le monde. Je me fous de Robert Lepage, mais il a quand même dit ceci : je m’enracine dans le Québec, mais je parle au monde. Toujours trouvé que c’était une bonne idée. Alors, je me suis mis à écrire L’angoisse des poulets sans plumes expressément pour répondre à VLB. Je me suis inspiré de son univers, mais aussi et surtout de celui de Günther Grass. Un Allemand ! Prix Nobel, par-dessus le marché. Que je considère aussi grand que VLB. Tous deux sont internationaux. Ils ne se soucient pas de l’être, ils le sont ! Dans Le tambour, Grass parle d’un trou perdu en Allemagne durant la Deuxième Guerre mondiale. Autrement dit, il parle de chez-lui et il accède à l’universel. C’est pour cela que j’en ai contre tous ces auteurs, cinéastes, musiciens qui sentent le besoin de parler du Grand Ailleurs parce que naïvement, ils croient qu’ils vont atteindre l’Universel plus facilement. Bien sûr que l’on peut écrire sur ce que l’on veut, le lieu que l’ont veut, mais il ne faut pas être naïf au point de croire qu’il faille absolument parler de l’occupation de la Palestine pour atteindre le reste du monde. Je préfère, et de loin ! le Allah n’est pas obligé d’Amadou Kourouma au film Rebelles de Nguyen. Ce sont deux œuvres qui traitent du même sujet, mais la première est profonde (géniale même !), tandis que la seconde est réalisée sans ce que Gaétan Soucy appelait « la connaissance de cause ». Nguyen disait lui-même qu’il n’avait pas fait assez de recherche à son goût pour écrire son film. Il ne savait pas de quoi il parlait et son film hésite entre l’anecdotique et le spectaculaire. (Fait à noter : son film Le Marais était plutôt bien et ça se passait dans la forêt boréale québécoise…)

Est-ce que mon Angoisse des poulets sans plumes était mieux réussi ? Je ne sais pas. Il fut tantôt louangé, tantôt éreinté. Il porte la marque, en tous les cas, d’une préoccupation : m’enraciner dans la culture québécoise pour parler au monde entier. Ce fut un four colossal. Personne ou presque ne l’a lu. Est-ce grave ? Non. Le travail est fait. On a dit que tout était trop dans ce livre violent. Scène d’ouverture : une mère se pend alors qu’elle est en train d’accoucher de son treizième enfant qui grandira sous la table, parmi les mouches et qui se nourrira des ongles d’orteils de ses frères… Dire que l’on a osé dire que c’était trop ! Pour les amateurs de métal, je considère que ce livre sonne comme le Battles in the North d’Immortal. Mon second livre est excessif et bruyant, mais c’était, comme l’album que je viens de mentionner, totalement assumé.

Il n’est pas inutile de rappeler que c’est VLB qui a édité ce roman. Je trouvais amusant et pour le moins impressionnant que cette modeste (et peut-être ratée) tentative de réponse à ses préoccupations soit publiée par lui.

Toujours est-il que j’ai pris beaucoup de temps à me remettre de cet échec. Je suis immédiatement retourné à l’écriture et j’ai commis, comme on commet une erreur, Le chant des mouches. Si mon Angoisse est un échec dans le milieu littéraire, ce qui n’est pas trop grave, mon Chant des mouches est un échec sur le plan littéraire, ce qui est inadmissible. Ce n’est de la faute à personne. J’en prends l’entière responsabilité. Je l’ai écrit trop vite. J’ai dilué mes intentions dans la volonté de plaire à tout prix. Je voyais mes contemporains réussir, je pense à Nicolas Dickner et à Éric Dupont, et je me disais, bon Dieu ! je raconte des trucs qui n’intéressent personne, alors je vais tenter un virage. Narration au il, scénettes où il est question de la fragilité du monde (!), et autres trucs qui ne sont même pas présents chez Dupont et Dickner. Je n’insulterais pas des œuvres que je respecte beaucoup. Dupont est un conteur génial ; Dickner est peut-être le romancier le plus intelligent que je connaisse. Résultat de tout ça : un dossier de presse impeccable et des lecteurs qui n’ont pas aimé. Une connaissance me disait : « J’ai eu l’impression de lire un collage de belles phrases, mais sans la substance. » C’est ma première éditrice qui trancha : « Pardonnez-moi de vous le dire, mais votre Chant des mouches, c’est de la merde ! Vous avez oublié votre sauvagerie pour vous cantonner dans la peluche. » Oups !

Cinq ans plus tard, c’est L’empereur en culottes courtes. Mais je préférerais passer à une autre question.

FR : Et une décennie après la Marmotte, que reste-t-il de cet idéalisme ? Comment s’incarne-t-il ?

SC : Je dirais que je suis moins idéaliste, mais que mon idéal est intact. La nuance est importante. Je crois toujours à la littérature comme force, je dirais même, comme force politique. Écrire au Québec, et en français, c’est porter une vision qui est constamment mise à mal par ceux que je nomme les provinciaux — tous ces complexés qui sont incapables de se penser dans le monde à partir de ce qu’ils sont.

Être idéaliste, c’est choisir une certaine forme d’aveuglement : on lit le monde à partir d’un système préconçu qui pervertit forcément la réalité. Je comprends maintenant qu’une idée doit être éprouvée pour voir si elle est bonne ou mauvaise. Prenons l’exemple de l’idée de l’indépendance du Québec. Lorsqu’un groupe comme Loco Locass éprouve cette idée dans leur chanson engagée, il me semble qu’ils sont plus idéalistes que porteurs d’un idéal. Qu’on se comprenne bien, l’indépendance du Québec est une bonne idée en soi, mais c’est la façon dont on incarne cette idée qui est bonne ou mauvaise. Loco Locass, parce qu’ils traitent de cette idée avec légèreté, font des jeux de mots sur « le PQ qui pogne le cul de la culture », passent à côté de l’essentiel : est-ce que l’idée de pays est bonne ou mauvaise ? Comment s’incarne-t-elle dans la réalité ? Il faut plutôt parler de l’indépendance du Québec comme Pierre Vadeboncoeur, ou Gaston Miron. Je donnerais toute l’œuvre des Locass pour cette seule citation d’Hubert Aquin : « En moi, déprimé explosif, toute une nation s’aplatit historiquement et raconte son enfance perdue, par bouffées de mots bégayés et de délires scripturaires et, sous le choc noir de la lucidité, se met soudain à pleurer devant l’immensité du désastre et l’envergure quasi sublime de son échec[1]. »

Je ne sais pas si on voit où je veux en venir, mais je fais une distinction entre un idéaliste et celui qui parvient à incarner un idéal : pour moi, cela tient à la réussite esthétique. C’est ce que je nommais éprouver une idée. Aquin ne criait pas à toutes les lignes « Vive le Québec libre! » il vivait l’indépendance du Québec, il l’écrivait dans ses livres et soudain, cette idée devenait tantôt lyrique, tantôt douloureuse. Il nuançait un idéal, le contredisait même parfois. Il cessait d’être idéaliste et se consacrait plutôt à discuter d’une idée, à l’éprouver, j’y reviens.

Maintenant que me reste-t-il de mon idéal : tout. Je crois que la littérature est une « arme de construction massive » et qu’il est temps de redire à nos comptables que ce sont peut-être les chiffres qui mènent le monde, mais que ce sont toujours les Lettres qui l’ont empêché de s’effondrer. Camus disait que les hommes et les femmes de sa génération avaient pour mission de sauvegarder ce qui restait du monde écorché par les deux grandes guerres. Cette injonction est toujours valable. Cette injonction est un idéal.

FR : Ainsi tes idéaux ne sont pas « des mots abîmés », pour citer Mylène Farmer. Malgré cela, tu n’es pas exactement le Dalaï-lama, du moins pas dans le style ni dans le ton, véhément voire heavy metal, de ton dernier roman. Pourrait-on y voir une application du précepte du best-seller Cessez d’être gentil, soyez vrai ! ?

SC : Derrière ta boutade se cache une grande vérité. Même si c’est un truisme, il faut malgré tout rappeler un principe simple et fort en écriture : l’authenticité, ou pour reprendre ce best-seller, être vrai, est une condition sine qua non à l’écriture de nos meilleurs textes. J’ai bien senti qu’avec L’empereur je n’avais plus rien à perdre, puisque ma carrière ne m’avait pas fait gagner beaucoup. Encore une fois qu’on se comprenne bien : le travail effectué est derrière moi, donc, tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant m’a permis de prendre possession de ma manière, de mon style, de mes thèmes aussi. Et ce n’est pas rien : c’est justement prendre confiance en ses moyens qui permet à un auteur de cesser d’être gentil et d’être vrai. Parce que là, on se fout de ce que va dire notre maman, ou Danielle Laurin (ce qui est la même chose !), et on va se mettre à parler de ce qu’il faut qu’on parle. Parce qu’au fond, qu’est-ce qu’un auteur, d’un point de vue essentialiste, sinon deux ou trois thèmes portés par une manière particulière de vibrer dans le langage. C’est ce que j’essaie de faire depuis quelques années. Sans être arrogant, ce qui ne serait au fond que l’envers du manque de confiance en soi, je m’occupe moins de ce qu’on pense de mon travail. Ce qui ne veut évidemment pas dire que je ne veux pas être lu ! Encore une fois, on retrouve la tension fondamentale dans toute affirmation de soi : être vrai au risque de perdre l’amour de l’autre. C’est une tension féconde qui touche à l’essentiel du travail de l’artiste. Pourquoi faisons-nous ce métier ? Peut-être un peu pour être pleinement soi tout en espérant recevoir tout l’amour que l’on croit mériter. Ce qui ne doit jamais devenir une raison pour être essentiellement gentil !

FR : Tu dis : « et on va se mettre à parler de ce qu’il faut qu’on parle ». De quoi te fallait-il parler dans L’empereur ? De quoi te faudra-t-il parler, au Québec, en 2013, dans ton prochain roman ?

SC : Il me semblait qu’il fallait absolument parler de politique dans ce roman. L’Empereur en culottes courtes est politique jusque dans sa quatrième de couverture. Lorsque j’ai écrit dans la notice biographique que je vis au Canada à Contrecœur, j’affirme deux réalités : j’habite cette ville si bien nommée, et j’habite un pays que je n’aime pas, que je subis chaque jour.

Je trouve nos artistes bien mièvres sur ce sujet — avec, bien entendu des exceptions notables, comme Victor-Lévy Beaulieu. Cela tient peut-être au fait que les politiciens sont de plus en plus médiocres, ce qui a un effet démobilisateur. Le milieu des affaires est arrivé avec ses gros sabots et s’est mis à prendre ses vessies pour nos lanternes. Les affairistes, cette race détestable, ont pris leur projet d’affaires pour des projets de société. Ils ont, au passage, tout débilisé. Faut-il rappeler que la plupart des grands hommes politiques venaient des sciences humaines ? Trudeau possédait une solide formation humaniste et René Lévesque fut longtemps journaliste. Mais le meilleur exemple, c’est Vaclav Havel qui était un écrivain reconnu avant de se lancer en politique et de devenir président de la Tchécoslovaquie. Il a travaillé intelligemment à sortir son pays du régime communiste lors de la Révolution de Velours, avant de participer activement à la création de la République tchèque. Je suis peut-être complètement à contre-courant quand j’affirme ceci, mais je demeure convaincu que les meilleurs pour exercer le pouvoir sont les gens avec une solide formation « humaniste », à défaut d’un autre terme.

Il faut voir aussi que la politique est profondément malmenée par une vague de fond qui déferle en Occident : la suprématie des droits individuels au détriment des droits collectifs. Je crois que lorsque nous voulons faire de la politique, il faut endosser un discours qui peut paraître réactionnaire, mais qui, au fond, ne l’est pas du tout. La politique, c’est accepter que ma liberté individuelle soit contrainte pour permettre au groupe de fonctionner. C’est croire que la collectivité est plus grande que l’individu. Un certain type d’artistes semble oublier cette chose qui m’apparaît véridique : le génie est plus redevable à la société qui le porte qu’à l’individu qui l’incarne.

Suis-je loin de L’empereur en culottes courtes? Non, pas du tout. C’est de cela dont il est question tout au long du roman. Il s’agit d’un individu, Malik Beauchemin, qui doit se battre contre une société débilisée par des forces très puissantes. Il y a d’abord les médias incarnés par un personnage du nom d’Alexandre Dumont (en hommage à notre très paroissial Mario). Tout au long du roman, ces médias vont tantôt faire la promotion éhontée des intérêts patronaux, tantôt travailler sur cette idée que nous sommes tous des incompétents ataviques. Malik (à noter que c’est un prénom arabe qui veut dire roi !) devra aussi affronter le milieu des affaires lors de son passage à la Barrabas Incorporated, cette usine de sciage qui est une véritable bête affamée de forêt. Il se fera traiter comme un moins que rien et occupera un poste d’exterminateur de requins-scies, ces marmottes tératologiques mâtinées de renards radioactifs à cause des déchets de l’usine. C’est armé d’une grande batte sur laquelle est mystérieusement écrit Loto-Québec qu’il sillonnera la cour à bois de l’usine avec ses compagnons d’infortune. Ceux-ci seront d’ailleurs les seuls personnages vraiment humains de tout le roman. Mais surtout Malik devra se battre contre cette mentalité complètement bancale du chacun pour soi qui mine toujours les efforts collectifs pour améliorer le sort d’une communauté. Pour céder à la formulation, je dirais que Malik est, en un sens, une volonté de puissance vers le véritable politique.

Au cœur du roman, il y a ce que mon journaliste Alexandre Dumont baptisera une « Apocalypse à échelle humaine ». Il s’agira d’une série de catastrophes qui s’abattra sur la ville. Ces événements dévoileront toute la vacuité des politiques. On verra les tergiversations du gouvernement canadian et l’incapacité provinciale du Québec, tandis qu’au milieu, la population se tiendra ahurie, inapte à se penser comme communauté politique. À défaut de comprendre les enjeux, les habitants de cette Sainte-Florence romancée plongeront dans la mièvrerie, le sentimentalisme et le fatalisme.

Ici, je ne veux pas faire de la basse récupération, mais il faut voir que mon roman est sorti en avril 2013, et qu’en juillet de la même année Lac-Mégantic explosait, vivant une vraie apocalypse à échelle humaine. J’ai remarqué l’absence de colère des gens, l’opportunisme de certaines vedettes, les reportages axés bassement vers le spectacle de la douleur, les hésitations d’Ottawa et de Québec; bref, j’ai constaté, après coup, de visu en quelque sorte, que l’incarnation fictionnelle de la politique dans mon Empereur avait une certaine justesse. Ceci étant, la tragédie de lac-Mégantic demeure quelque chose d’objectivement horrible et je ne parviens pas à comprendre que les réponses prennent autant de temps à venir; surtout, je ne comprends pas pourquoi nous n’en avons pas profité pour faire un procès en règle à cette idée du tout-au-privé ! Croit-on sérieusement que le privé se soucie de la sécurité des gens ?! Je vais continuer à écrire tant et aussi longtemps que cette colère ne me quittera pas !

Je ne m’égare pas. C’est justement de notre boulot dont il est question dans tout ce que je te raconte. La politique est vidée de son contenu par les affairistes et leurs médias, et nous devons remettre le sens aux bonnes places. Lorsqu’André Pratte écrit que le Québec deviendrait le Rwanda après sa cessation d’avec ce pays fantasmé qu’il nomme Canada, il faut rappeler que le Québec sauverait deux milliards par année en étant indépendant. J’ai les chiffres, gracieuseté de Jean-Martin Aussant. Lorsque les affairistes affirment que nous devrions privatiser la santé pour désengorger le système, il faudrait leur rappeler que la santé privée est un recul considérable des acquis sociaux, et que ce modèle est non seulement inefficace, mais qu’il contribue à élargir l’écart entre les riches et les pauvres. Chiffres à l’appui, encore une fois.

Les gens de notre milieu montent parfois aux barricades, mais trop souvent c’est lorsqu’il est question d’argent. Couper des subventions en culture, et là vous allez voir Michel Rivard débarquer. Mais le reste de l’année, il est où ce type? À Châteauguay les pieds pendants au bout du quai !? Chaque jour, les intellos, les artistes devraient rappeler que la culture est fondamentale comme la santé, comme les affaires, comme l’environnement. Trop souvent on parle de culture et d’argent en même temps. C’est malsain. Il faudrait rappeler que la culture est ce qui rend l’humain meilleur, est ce qui l’élève au-dessus de l’économie, de la santé, de l’environnement et lui permet de faire une véritable gestion de ces dimensions de la vie politique.

Parler de quoi en 2013, au Québec ? De l’extrême urgence de réinvestir le champ politique par la culture. La guerre prochaine en Syrie : échec de la culture qui n’a pas su montrer le côté néocolonial de ce conflit ; le délitement des sociétés occidentales : échec de la culture qui s’est spécialisée dans les thérapies sociétales farcies de mauvaise foi ; toute-puissance du marché, échec de la culture qui n’a pas su replacer le profit dans une perspective humaine.

Mon prochain roman, tu demandes aussi, n’en sera pas un. Je voudrais faire un essai politique. Je n’ai plus le choix. On verra bien. Je vais essayer.


[1] Prochain épisode, Montréal, Le Cercle du livre de France, 1965, p. 25.

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