Bons baisers de…

Je me suis endormie à plein d’endroits différents : sur le divan du salon, sur le divan de la salle de séjour, dans le litte de pré-pubère de mon chum… C’est que les festivités d’Action de grâce (oui, j’ai bien dit «festivités», on fête ça nous autres) me donnaient une excellente excuse pour caller off de ma job de jour. J’ai manqué le pitchage de feuilles mortes pis la promenade en forêt pour faire des dedos chez ma belle-mère parce que j’ai travaillé 50 heures en 3 jours.

Hé que je fais pas pitié pis que tu t’en calice? Right. Mais comme on est à l’ère où on n’est pas à une futilité près sur les internets, je vais m’étaler encore une couple de lignes pour finir par te dire de quoi qui, je l’espère, te donnera le goût de partager à tous tes amis adeptes de ces dites futilités.

C’est à cause de samedi qui vient de passer. Le soir du show de Poème Sale au Off-Festival de poésie de Trois-Rivières à lequel j’suis pas allé parce que j’travaillais trop. À 120 km de la Trifluvie.

Dire que ça m’a pas démangé serait te conter une grosse menterie. Dire que j’ai sans doute eu plus de fun que toé au final, serait te rire dans face. Mais dire que j’ai du mal à accepter de devoir travailler sérieusement pour garder une day job payante qui me permet de pas stresser sur le niveau de confort de mon kid serait vraiment te prendre pour un cave.

J’aime ça. Ça me fait pas chier. Souvent même j’adore être une madame de bureau (ça me donne l’impression d’être allé à l’université). J’assume tous mes choix même si ce soir-là, mon choix consistait à faire de la gestion de foule dans une activité littéraire participative. On a les YOLO qu’on peut.

***

On est sur St-Jean (t’oublies pas que je vis à Québec) dans l’église qui sert de bibliothèque. À côté de s’t’église là, y’a un cimetière/parc de punk. Des beaux punks que j’aime. Smaths avec des chiens pis toutte. Vraiment pas des punks stressants. Bon okay, c’est rarement stressant des punks mais je précise, parce que par icitte il faut spécifier ces affaires-là. Dire au monde qu’y sont pas dangereux. (Je niaise pas.)

Notre équipement occupe le cimetière depuis la veille: y’a eu un gardien de nuit pour watcher les spots pis le décor au cas où tu te demanderais comment ça se fait que les punks on pas toute décrissé. Toute la journée, on continue le montage au travers d’eux-autres pis ça va A-One. T’es-tu surpris, madame?

Le soir venu, j’suis à ma station de l’activité (la seule au chaud dans l’église) dans laquelle tu dois, amoureux des mots, écrire une carte postale à un inconnu. Tu piges un sticker avec une adresse dessus au hasard, choisis une carte postale parmi des centaines étalées sur une grande table, inventes un souvenir de voyage palpitant full pas vrai, l’écris sur la carte, colle l’adresse de l’inconnu dessus pis laisse la tienne à la sortie pour recevoir une fausse carte postale à ton tour. C’est excitant pareil ! En tout cas, je participe avec coeur pis 300 autres personnes. J’te dis que ça refoule aux portes pour écrire des fausses cochonneries de dans le Sud !

Pendant que je suis après gérer le transfert d’adresses du ti-bac de la sortie au ti-bac de l’entrée, y’a un gars qui m’accoste:

-Hey, j’ai une question.

-Oui?

(Avec mon plusse beau sourire de fille ben d’adon qui aime ça travailler dans le public.)

-Je fais quoi, là?

(Y’a l’air mêlé mais pas trop, s’pas un fucké qui comprend ni du cul ni de la tête.)

-T’as fini d’écrire ta carte?

(Je me permets de le tutoyer parce qu’il a mon âge, peut-être même qu’il est plus jeune que moi.)

-Oui.

-Okay ben tu colles l’adresse que t’as pigé au début, dans le bas à droite. Icitte.

(Je lui pointe la zone de collage d’adresse pis je remarque qu’il a pas une belle main d’écriture pantoute. Y’a l’air de shaker du stylo pas pire. On dirait le ti-mot manuscrit de Marcel Dubé que j’ai reçu au bureau y’a une couple de mois, à l’occasion d’une toute autre tâche connexe. Christ de belle relique pareil, je l’ai de piné sur mon babillard, je te montrerai ça un de ces madnés.)

-Pis là, ça va faire quoi?

-Ben cette personne-là va recevoir ta carte postale.

-Même si je la connais pas?

-Oui… C’est ça le jeu.

-Okay, pis moi?

-Tu laisses ton adresse en sortant pis tu vas en recevoir une aussi.

(Une chance que je me suis gelé le cul tout l’après-midi pour tourner une vidéo de marche à suivre en plein air au gros vent, habillée en hôtesse de l’air pour faire concept, pis qu’elle est diffusée à l’entrée de l’église pour m’éviter de réexpliquer 300 fois…)

-Pis si j’ai pas d’adresse?

-Quoi?

-J’peux-tu mettre celle de la maison Dauphine? On a une boîte postale. J’pourrais mettre mon nom.

-Oui. (…) Oui.

…Okay madame, j’te vois venir. Là t’es touchée dans ton dedans, hein? Tu te dis que c’est don’ beau que la culture se rende aux SDF. Tu te dis que c’est grand les arts pis qu’un exercice d’écriture épistolaire ça permet don’ des échanges improbables. Que c’était une bonne idée finalement de faire ça au travers des punks. Non mais quel public pareil !

J’t’en veux pas madame. C’est une réaction normale. Je penserais ça aussi si j’avais pas le gars dans ma face (même pas punk en passant).

Madame, tu vas être surpris d’apprendre qu’y m’a dit ça de façon ben relax, sans gêne ni honte, y’a avoué ça comme e-rien lui là, le fait qu’y’avait pas de loyer. Y s’est pas justifié, a pogné son ti-papier pis a écrit son pas d’adresse de la rue Dauphine.

J’pourrais te dire que ça fini de même. Qu’y va recevoir sa carte un coup que je les aurai toutes timbrées… Mais la vie c’est pas comme chez vous, madame. Ça a d’lair.

-Pardon, mademoiselle…

(Ah, calvâsse. Un français. J’les aime pas d’avance eux-autres, va falloir tu t’y fasses.)

-Oui?

-Est-ce que je peux piger une autre adresse?

-Pourquoi?

-Je crois que celle-ci est fausse…

(Je reconnais la main qui shake, le «14, rue Dauphine» mal écrit mais lisible pareil. Osti de français.)

-Non. C’est une vraie adresse.

-…Quel est le nom de la personne?

-…Da… Darcil. Darcil.

-Darcil?

-Darcil.

(C’est pas parce que t’es dans’ rue que t’as nécessairement échappé à la vague des nouveaux noms laittes.)

Je watch le français ben comme faut’. Que je le voye pas recrisser sa main dans le bac ! Je peux t’assurer, madame, qu’il va coller Darcil sur sa carte postale.

-Je n’ai plus vraiment d’espace pour coller l’adresse, je me suis laissé emporter.

(Tu m’étonnes…)

-Oui, il y a encore de la place. Vous pouvez la coller ici, juste au bas.

-Mais ça cachera un peu, non?

-Non.

(Le français cède pis colle l’adresse. Je prends la carte sans la lire parce que c’est pas de mes affaires pis je la range avec les autres. La soirée achève, le monde commence à partir, on va en avoir jusqu’à minuit passé avec le démontage.)

***

Je viens de checker l’adresse de la Maison Dauphine sur internet…

Pis c’est au 31, rue d’Auteuil. Madame.

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«Salut Darcil,

 Icitte y fait beau pis chaud. J’en profite pour me reposer, prendre un break de la job en m’endormant partout pendant que le monde se saoule comme des flots de 14 ans dans le temps que la Tornade aux framboises existait, en ayant l’impression de le faire gratis parce que c’est inclus dans le forfait. Toé tu fais quoi? Y mouille tu ben, cet automne? J’ai pas gros de place pour t’écrire mais j’veux juste te dire que j’espère te recroiser un de ces quatre. Dans’ rue ou quecqu’part. Ça me stress pas.

Erika»

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