Pendant que Sillery se conte des peurs

keep-calm-and-listen-to-your-mother-9

«Du gaz, moé j’aime ça ! J’en mange pour déjeuner.»

Première phrase entendue de la part de Carrier.

-Bonjour, j’m’appelle Sébastien.

-Mange de la marde?! Tu t’appelles mange de la marde?

L’acouphène de Martin le rend divertissant.

*

On est rentrés chez Tremblay y devait être une heure et demi. Moi avant eux-autres, saoule de fatigue pis de Rickard’s du christ de restaurant de l’hôtel Pur qui coûtent les yeux de la tête du tabarnac. 7$ la pinte de rousse qui goûte la pas fraîche, aussi ben être ben brûlée pis avoir pas soupé avant d’aller là.

 Y’a des grosses chances que ce soit un party de péquistes mais ça me dérange pas. Y’ont d’autres qualités, je te jure. Ça parlera pas de la charte, tu peux slaquer tes nerfs. Y s’en sont pas vantés de celle-là sur leur Facebook, ça veut dire qu’y’en sont pas fiers fiers. (C’est la règle non-écrite, Tremblay me l’a dit l’autre jour quand y’était saoul aux Salons d’Edgar pis que Léa Clermont-Dion faisait du name dropping devant mes chums de gars.)

On m’accueille avec un Tia Maria sur glace… J’t’un peu insultée. Il semblerait que de porter une robe et un vagin m’inclue d’emblée dans la catégorie «memounne du gorgotton». Je dis merci parce que je suis polie et qu’il est passé onze heures.

Autour de l’ilot de la cuisine y’a moi, Tremblay qui se dit trop heureux de m’avoir en sa demeure pis que je devrais pas quitter Facebook parce que je suis la seule mère qu’il connaît qui publie des citations drôles pis juste assez trash sur son kid, Charles-Edouard qui se questionne sur la vie de couple, une fille au regard cross side qui semble assez avancée pis Julien qui a vraiment l’air de s’emmerder. (Personne finalement n’est activement péquiste à part Tremblay, si tu veux savoir.)

Je suis en train de parler de l’importance de «l’être» vs «l’avoir» parce que ça adonne de même pis un peu parce qu’on est dans un condo de luxe avec un p’tit banc moulé dans’ douche «pour se faire piper» quand mon chum débarque avec Carrier pis Martin.

Tremblay pogne le shake. J’pense qu’il craint pour la survie de son centre de table en verre soufflé. Il dit: «Martin c’est correct mais Carrier tu le watch, y pourrait péter du stock.»

Mon chum se demande quand est-ce que Carrier a pété du stock à part la fois où il a échappé sa bière sur son ampli et comment ça se fait qu’il connaît Martin pis qu’y’en n’a pas peur avec sa barbe, sa christ de longue tresse pis son jacquet de cuir patché «No club – lone wolf (1%)» dessus. Je dis «Ouin, hein! C’est fucké» j’y donne un bec pis je retourne prêcher sur la source du vrai bonheur intérieur. Julien quitte l’ilot, va trouver mon homme avec la joie profonde de tomber sur du nouveau monde. On l’aime Julien.

Tremblay continue de me complimenter sur mes talents d’auteure Facebook (Yeah, right) et me propose de parcourir son premier jet de saga historique. Chu chaude raide fait que je dis oui.

La première page a l’air ben bonne ! Donne le goût de lire la suite, là… Je me prends pour une autre à soir fait que je sors ma carte. J’écris un mot gentil à l’endos qui l’encourage à continuer.

-T’es vraiment smath ! Je mets ta carte sur mon miroir devant lequel je noue ma cravate chaque matin.

-Pas de troub, fais plaisir ! C’est quoi ces ostis de photos plates là?

-C’est mon voyage en Louisiane…

-Misère de christ… Je sacre mon camp su’a galerie.

J’avais oublié que Tremblay était le genre de personne à mettre des photos de lui en diaporama pendant ses partys. Pourtant j’aurais dû me rappeler de la fois où il a arrêté le système de son pour qu’on r’garde les vidéos de ses discours de quand il était encore à l’aile jeunesse du PQ.

Mon chum est content de me voir er’soudre. Y dit que j’t’en train de me faire cruiser pis que ça fait six bières qui pogne dans le fridge su’ l’bras à Tremblay parce que visiblement, y sait pas recevoir.

-Le vol c’est mal, mon coeur.

-L’adultère aussi, ma chérie.

On se french. Carrier capote parce qu’on connecte pis qu’on n’est pas stressés de la vie. J’vas pas le dédire même si j’angoisse sur ce que je construis pis ce que j’échappe sans m’en rendre compte.

J’y dis: «Parle-moi de toi ! Paraît que t’es en amour !»

Est belle sa punkette, est bonne, capable pis pareille à lui. J’te dis qu’y saute à pieds joints dedans pis au y’able si le coeur fend. C’est le risque à prendre quand tu tombes amoureux d’une roady des Québec Redneck Bluegrass Project.

«J’vas la suivre partout ! Même en Italie ! Elle a m’attend ben quand j’fais de la tôle les lundis-mardis.»

Carrier s’t’un poète qui s’ignore, Martin est d’accord avec moi.

«S’pas aussi fort que mes paroles de Black, mais s’pas loin!» qui répond.

Fuck. Faut refaire un show avec Sexe, Bacon et Prédateur 2.

Julien trouve ça drôle en esti de nous voir aller. J’pense qui trouvait le party plate depuis une couple d’heures… Y propose qu’on s’en aille pendant que Charles-Édouard met la bouteille de gin dans le bac bleu pis que Tremblay rédige la deuxième page de sa saga historique. Vite au Pierrot ! Faut qu’on se tapisse l’estomac pour être d’équerre demain.

*

On prend toutes des poutines sauf Carrier qui est du genre à commander un hot hamburger. C’est long sans bon sens le Pierrot à trois heures et demi… Surtout quand tu te câll une fantaisie de même !

«Dire que tu t’es déjà assis de travers dans cette banquette-là parce que tu rentrais pas.»

Mon chum fait allusion à la dernière poutine que j’ai mangé avant de te mettre au monde, deux jours passé la date prévue d’accouchement. On en parle chaque fois qu’on vient icitte.

Ça a l’air de rien mais j’suis certaine que pour beaucoup de monde, le Pierrot renferme plein de bons souvenirs. Du bon gras, de la belle faune… C’est pas encore devenu une christ de place de snobs qui profitent du hype de Limoilou pour présenter un menu de peteux de broue qui coûte les yeux de la tête pour faire acroire au bon peuple de Sillery que ça leur fait pas peur, eux, la basse-ville; qu’ils sont ouverts d’esprit, eux; qu’ils sont même déjà revenus de La Planque en taxi parce qu’ils étaient trop saouls pis ils ont même pas eu peur de laisser leur char sur la 8e rue toute une nuit pis le lendemain ça a été pratique de revenir dans le coin, ils ont pu passer chez Yannick acheter un fromage à 40 piasses, mais j’ai l’impression que ça ne saurait tarder. D’ici là on en profite… La face dans le plat.

-La bouffe en d’dans s’pas si pire que ça.

-Vous mangez quoi, mettons?

-Des affaires normales là… Du poulet.

Nos assiettes finissent par arriver, y’a quasiment pu un chat dans’ place: les cooks, la serveuse, une banquette de flots de 19 ans pis nous autres. Je mange comme une défoncée -j’prévois finir ma p’tite poutine pas si p’tite que ça- pendant que Carrier s’adonne aux confidences.

-J’ai dit aux gars de pas compter su’ moé pour rentrer du stock. Quand j’arrive le lundi, j’me couche pis j’parle quasiment pas jusqu’au mardi soir. On n’a même pas le droit d’emmener de livres, câlice. Des livres !

-Y doivent avoir peur que vous passiez de la dope dedans.

-La dope ! A rentre pareil ! Comment tu penses qu’ya passe leu’ patente?

-S’la rentre dans’ l’cul…

 -Ben oui ! Pis les screws le savent pis y font même pas de fouilles dans’ raie.

-J’avoue que tant qu’à ça, tu laisses passer un livre…

-Sont touttes pluggés su’a tv. Aggressifs en esti si y’ont pas leu’ tv. Y’a 2 semaines, a l’a lâché la christ de tv, juste avant la game de hockey ! Ça gueulait là-dedans, c’était l’enfer. C’est le monde du p’tit crime. Des flots de 20 ans que ça fait 3 fois qui rentrent pis que tu sais qui vont passer leur vie à faire ça. Moé j’me tiens loin pis j’parle pas. J’veux pas me faire de chums de d’la.

Dire que j’me suis déjà assis de travers dans cette banquette-là parce que je rentrais pas. Affamée mais à jeun, à une heure raisonnable. J’aurais pas pensé m’y retrouver un jour avec ton oncle Carrier qui parle de tôle, Julien fixant son plat trouvant ça moins drôle, ton père pis son ami Martin dont j’viens de remarquer les tatoos sur ses doigts. Pas que la situation sort tant de l’ordinaire… Juste que j’suis pas bonne pour voir en l’avenir.

Quand j’étais grosse à ce point-là, j’m’étais dit que j’allais tenir un journal, t’écrire chaque jour pour te dire qui je suis. Pour que jamais tu penses que je suis une mère dull ou une câlice de frustrée qui t’a eu trop de bonne heure pis qu’ya pas assez vécu. J’ai laissé tomber ça. J’saurais pas te dire pourquoi, ça a adonné de même. Ça adonne souvent toute juste de même. Sans raison, sans grande surprise.

Pense pas que j’suis fière d’être de travers dans un shack à patates à quatre heures du matin… Pense pas que Carrier m’impressionne avec ses histoires d’Orsainville…

(Okay, peut-être un peu. J’trouve ça intense en christ qu’y fasse de la tôle 2 jours par semaine.)

Mais je sais pas ce qui est pire entre découvrir après tout le monde d’où tu viens ou savoir à quoi t’en tenir. J’aurais aimé qu’on me dise, enfant, que les adultes peuvent se tromper. Que c’pas de ma faute si y’ont l’air bête. Que c’est pas parce que je braille que P’pa vient de faire un trou dans le mur. Juste… Si on m’avait dit que les grands font des niaiseries eux-autres aussi… Ç’aurait été moins pire.

 *

Je l’ai clanché ma poutine. J’ai même aidé ton père à finir la sienne. On est rentrés sous la pluie dans notre appart coin 18e, là où on vit en attendant d’être un peu riche pour te trouver une belle maison bien décorée. Avec un centre de table en bois pour pas stresser quand les amis viendront.

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