Chien de fusil, d’Alexie Morin

Après la lecture de Chien de fusil, j’ai écrit à l’auteure pour lui dire pourquoi j’avais aimé son livre. Je lui ai avoué que je suis noob en poésie, que ça fait peu de temps que j’en lis, alors à défaut de comprendre cette poésie, j’ai tenté de comprendre pourquoi elle me parle, et pourquoi elle me fait du bien.

C'est pas ce que tu penses. Sa véritable couleur a rien à voir avec ce que tu vois sur ton écran.

C’est pas ce que tu penses. Sa véritable couleur a rien à voir avec ce que tu vois sur ton écran.

Je le dis en partant : Alexie Morin, c’est mon amie. Mais c’est pas pour cette raison que je te recommande de lire sa poésie. Généralement, j’aime bien ce que font mes amis, mais je peux dire qu’ils ne font pas que des trucs sublimes et/ou géniaux à tout coup. C’est pas grave, c’est comme ça. Est-ce que je suis biaisée? Je sais pas. À toi d’en juger, lecteur, après la lecture de ma critique, mais surtout, après la lecture de Chien de fusil.

D’abord, le livre est beau. Alors si t’aimes pas trop son contenu, tu pourras toujours apprécier l’objet en tant que tel pour son graphisme épuré, son papier velouté, sa couleur incroyable qui ressemble à rien d’autre dans l’univers, et le logo de la maison d’édition, l’adorable mini sanglier (hiiiiiii!). D’ailleurs, savais-tu qu’un quartanier, c’est un sanglier de quatre ans? Oui madame.

Le dedans, astheure. Ça commence avec une citation de Dostoïevski, puis Morin t’envoie en forêt, où elle alterne entre prose et vers. Deux narrateurs. Deux personnages, un homme et une femmes, qui semblent asexués. Un besoin puissant de s’exiler, de fuir. Le flirt avec la mort, la survie en forêt. Un univers froid et hostile, de peu de mots.

Il attend des mots qui dépassent la pensée, l’assaillent et forcent leur chemin hors de lui, loin, en paroles si importantes qu’il se laisserait démembrer, arracher les doigts, les dents, sinon ça ne vaut pas le coup.

La forêt, c’est mon élément en crisse. À croire que ma mère a mis bas dans un terrier, que j’ai vu la lumière du jour pour la première fois dans une forêt d’épinettes. J’ai passé une bonne partie de mon enfance à jouer seule dans une forêt charlevoisienne qui me paraissait immense, sans fin. J’aurais voulu explorer tous ses recoins, mais même le voisin s’était joint à mes parents pis mon oncle Robin pour me chicaner quand j’ai eu l’idée de faire le tour de la montagne toute seule. Je comprenais pas le danger qu’il pouvait y avoir à se réfugier dans les bois, à passer quelques heures en compagnie des épinettes odorantes, des oiseaux et des cigales qui manifestent leur existence dans un grand vacarme, des crapauds qui se font (trop) discrets, et du mystérieux limbo que personne n’a jamais vu (il mérite une note de blogue à lui seul, ce limbo). C’est peut-être un peu pour ça que j’arrive pas à trouver Chien de fusil désespérant. Parce que je sais que les personnages se trouvent dans une matrice à l’épreuve de tout, je sais qu’ils survivront, que même la mort ne leur fera pas mal. Alexie Morin m’a amenée faire une ride dans le bois : ça m’a ébranlée, mais je suis revenue vivante, la tête pleine d’images brutes et vraies.

C’est un heureux hasard que ce livre vienne au monde à un moment où je traîne avec moi une grande tristesse, où je ne sais plus où me réfugier pour reprendre mon souffle. J’ai besoin de me nourrir de choses belles et bonnes, et si Chien de fusil est triste et sombre, il n’est pas dépourvu d’espoir, même si Alexie a utilisé ce mot dans ma dédicace le soir de son lancement. C’est peut-être juste parce qu’un lecteur ne lit bien que ce qu’il veut lire, mais moi c’est ce que j’ai senti. Ça m’a donné envie de me creuser une tanière, de me coucher en boule sur un lit de racines et de feuillage, sentir la terre, et fermer les yeux jusqu’au printemps. Le vrai.

Nous volons. Notre ombre glisse sur la terre comme une coulée de lave. Notre ombre s’agrandit et recouvre la terre de sa guérison. Je regarde en même temps les arbres morts et les toitures trouées. Nous volons. Nous recouvrons le ciel d’amour et de mort. Sur la terre s’étend l’ombre de sa guérison.

Ti-Brin Hipster, par l'autre Morin (le Darnziak).

Ti-Brin Hipster, par l’autre Morin (le Darnziak).

Ma critique est peut-être un peu maladroite, mais si je tiens à la mettre en ligne, c’est par pure envie de partager les beautés de ce monde à un moment de ma vie où je suis surtout confrontée à ses laideurs. Cher lecteur, je veux juste te dire que la lecture de Chien de fusil m’a fait du bien, et je veux te donner le goût de t’y plonger toi aussi. Je suis pas critique littéraire, mais j’ai tout de même tenté de mettre en mots ce que j’ai ressenti en lisant ce recueil de poésie. Dans le email que j’ai écrit à Alexie suite à ma lecture de son livre, je lui ai dit cette phrase que je partage avec toi : ça donne envie de devenir plus fort. Voilà, c’est ça. Je vais essayer, promis.

Chien de fusil, Alexie Morin, Le Quartanier, 74 pages.

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Comments
2 Responses to “Chien de fusil, d’Alexie Morin”
  1. DailyV dit :

    Ça donne le goût de s’y plonger à notre tour..

  2. Sarah dit :

    Je suis tout à fait en accord avec tes propos, un carré de verdure éclatante dans lequel l’air est frais à en faire merveilleusement mal. J’ai adoré ce recueil.

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