Ainsi parlait Kama Sutra

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Samedi le 12 octobre, c’était la soirée YOLO (révolution) de Poème sale au Off-festival de poésie de Trois-RivièresAprès le texte de M.Gregor, voici celui de Darnziak. Merci aux organisateurs et à tout ceux qui sont venus!

* * *

Ça commence samedi dernier, ici même au Mot-Dit à Trois-Rivières, mon ami Ed. Hardcore me prend par les épaules, il veut me rentrer dans la tête la vérité sur l’existence parce qu’il parait que je la comprends pas, il me dit : « Écoute bien, on est rien que des animaux, on est rien que des corps et on va tous crever, ton seul but dans l’existence, je vais te dire ce que c’est, c’est le plaisir. Quand on t’en offre, prends-le donc. Quand t’en as pas, va donc le chercher. » Je sais ce que ce qu’il veut dire : t’es coincé de la raie, manne, t’as juste une vie et dans ce jeu-là il n’y a pas de continue, faque vas-y, frenche, bois, sniffe, fourre et je pense à la plus belle fille de la classe en secondaire trois qui me pointait en disant « je comprends pas pourquoi ils passent leurs journées devant des écrans au lieu de juste avoir du fonne. »

Est-ce que j’ai peur de vivre?

Pourtant il me semble que je fais des efforts, je suis revenu du Off la semaine passée avec une dent pétée, à ma fête mes collègues m’ont traîné aux danseuses et l’autre fois j’ai même gobé la moitié d’une capsule de speed.

Est-ce que je suis terrorisé par la vie?

Pourtant je me force, l’année passée le 22 avril à 2 heures du matin alors que j’étais déjà en bobette dans mon lit une fille que je n’avais jamais vue de ma vie m’écrit en pleine nuit sur mon iPad « je cherche quelqu’un avec du fort »

un taxi file dans la neige
j’ai pas d’argent on va au guichet
débarquer grimper chez elle
vider la bouteille d’hydromel
coucher avec
tomber en amour
me faire scrapper le cœur, yeah!

Puis l’autre fois à Louiseville après avoir vidé un tonneau de Heineken, mon ami Patrick Brisebois me dit : « Je trouve que t’as vraiment dégénéré depuis deux ans » et je pense à la brosse qu’on a viré ensemble en février dernier de cinq heures le soir à quatre heures l’après-midi le lendemain et je me dis enfin mes efforts ont payé, les bandes-annonces sont finies, ma raie se décoince enfin, la vie commence.

Mais quand je fais le récit de mes débauches pourtant modestes en comparaison avec tes binges de coke et tes trips à trois, je repense à cette fille dont j’étais crissement amoureux en l’an 2000, celle qui me racontait ses histoires de mescaline, de mush, de buvard, de hash et j’étais tétanisé d’effroi parce qu’à ce moment-là l’affaire la plus intense que j’avais vécue dans ma vie c’était l’introduction de Final Fantasy III au Super Nintendo, les robots qui avancent dans une tempête de neige de pixels et la musique belle à pleurer et c’était déjà presque assez pour dire : je te refile mon abonnement, la vie c’est trop pour moi. À danser à l’envers au plafond dans des raves à n’en plus finir on se demande jusqu’à combien de volts d’intensité on peut supporter avant d’être vaporisé comme les dieux d’Épicure et scander la mort n’est rien pour nous.

La vérité c’est que je suis encore épouvanté et je veux juste me cacher sous le plancher, quand des gars m’offrent un french je dis non sans façon et je refuse toutes les tracks de poudre et quand je vois dans les yeux d’une amie qu’elle voudrait bien que je l’embrasse, je fais exprès de viser à côté quelque part sur sa joue et mon ex juste avant de me laisser après huit ans de vie de couple me disait « t’as jamais utilisé ta langue pour m’embrasser, force-toi donc un peu je vais te montrer comment ça marche » et elle me cassait presque les vertèbres du cou tellement elle appuyait fort sur ma bouche et quand elle tâtait la racine de ma langue avec sa langue, je pensais que c’est le seul muscle à découvert dans le corps humain, le seul muscle rattaché par une seule extrémité et je me sentais comme dans un film de Cronenberg.

Et quand une fille me fait une pipe je lui dis tire pas trop fort tu vas tout arracher, c’est fragile cette affaire-là, vas donc lire la page wikipedia à propos de la frénuloplastie, calme-toi avec ta langue de chat en papier sablé tu vois pas que c’est mauve, t’es mieux d’arrêter, oublie ça, j’aimerais mieux que t’ouvres les jambes, ça serait plus doux.

Le volume du monde est trop fort pour mon petit corps, à tout moment je ne suis qu’à une étincelle de la combustion spontanée et plus t’es belle moins je vais te le dire et quand tu me regardes comme ça j’oublie mon code postal, je perds mes cheveux et je me réveille le lendemain sur le plancher de ma chambre avec des poèmes sur mon desktop du genre :

je t’aime tellement
que je fends en deux
je vais partir
en ambulance
je vais briller par
mon absence

Et vivre même une seule fois c’est déjà trop pour moi imagines-tu le décollage jusqu’en orbite de Saturne si je sniffais la moindre ligne de coke? Imagines-tu le saccage si jamais tu finissais par m’avouer que tu m’aimes?

Carpe diem, tu me dis, mais quand j’essaie de saisir le jour il me passe à travers les doigts. Quand j’étais enfant je levais ma main dans les airs et je regardais le soleil passer à travers, la peau qui devenait jaune, orange, rouge, illuminée, transpercée par les rayons de lumière. On croit qu’on est des corps lourds mais non, on est légers, on est presque transparents et dans ce monde il vente fort.

C’est les Darwin Awards et j’invente rien, j’ai lu ça sur internet, t’as quatre polonais autour d’une table sur laquelle ils ont déposé quatre bouteilles de vodka, c’est la nuit et ils sont fucking drunk et c’est un concours pour savoir c’est lequel le plus badass, ils se foutent à poil et ils commencent à se tapocher sur la tête à coup de navets congelés, et puis l’un d’eux dit, « C’est rien ça » et il saisit sa chainsaw et se coupe un pied. Puis l’autre dit, « Manne, un pied c’est rien, regarde bien ça » et il prend la chainsaw et tchop, il se coupe la tête.

YOLO, ossetie.

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